Israël en guerre - Jour 226

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Des femmes et des enfants de Gaza dans la maison Shevet Achim d'Ashdod où ils reçoivent des soins médicaux en Israël, le 29 octobre 2023 (Crédit : Lazar Berman/The Times of Israel)
Des femmes et des enfants de Gaza dans la maison Shevet Achim d'Ashdod où ils reçoivent des soins médicaux en Israël, le 29 octobre 2023 (Crédit : Lazar Berman/The Times of Israel)

Des mères gazaouies bloquées en Israël après des soins médicaux pour leurs enfants

Ces civiles se trouvaient en Israël, le 7 octobre, pour des interventions chirurgicales qui ont sauvé la vie de leur enfant. Reconnaissantes, elles reprochent aussi parfois à Israël les maux de Gaza

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Au moment où les terroristes du Hamas se déchaînaient dans les communautés israéliennes, dans la matinée du 7 octobre, des enfants malades de Gaza étaient soignés dans des hôpitaux israéliens.

La guerre fait aujourd’hui rage à Gaza et le point de passage civil d’Erez, entre Gaza et Israël, a été détruit lors de l’assaut du Hamas, – les enfants et leurs proches ne peuvent donc pas rentrer chez eux.

Pour l’heure, et dans un avenir proche, les voilà coincés dans la ville côtière d’Ashdod, dans les locaux de Shevet Achim, organisation chrétienne basée en Israël qui fait venir les enfants des pays voisins d’Israël en demande de chirurgie cardiaque.

A l’occasion d’interviews, ces femmes ont dit leur gratitude pour le traitement vital reçu par leurs enfants de la part de médecins israéliens et financé par les contribuables israéliens, et pour le personnel qui les a pris en charge dans les hôpitaux. Mais elles sont également nombreuses à dire qu’Israël est responsable de tous les malheurs de Gaza, une ou deux demeurant plus nuancées.

Amenées à courir plusieurs fois par jour vers les abris anti-aériens pour se protéger des roquettes du Hamas, elles font défiler sans relâche les images des Gazaouis morts diffusées sur les réseaux sociaux arabes. Ces mères et grands-mères ont peur, elles sont en colère et veulent que les combats cessent afin de rentrer chez elles – si elles ont encore une maison – et de retrouver leurs proches.

« On nous a traitées avec beaucoup de gentillesse à l’hôpital, ça oui », confie Umm Roz, mère de 24 ans originaire de Shejaiya. « Rien à voir avec ce qui se passe à Gaza. »

Des personnes entrent à l’hôpital Nasser de Khan Younis, dans le sud de la bande de Gaza, le 24 octobre 2023. (Crédit : Mahmoud HAMS / AFP)

Des éloges, mais seulement pour les médecins

Umm Yousef, dont c’est le premier séjour en Israël pour accompagner son neveu Hor, âgé de 2 mois, expliquait dimanche au Times of Israël qu’elle n’avait jamais rien entendu de positif sur les Israéliens lors de son enfance à Jabaliya.

« Nous étions sous occupation ; qu’est-ce que je pouvais bien entendre à leur sujet ? demande-t-elle. »

Umm Yousef dit avoir peur lorsqu’elle n’est pas dans les locaux de Shevet Achim ou à l’hôpital Sheba, près de Tel Aviv. Elle et Hor étaient les seuls Gazaouis de l’unité de soins intensifs, le 7 octobre, et elle a craint un temps pour leur sécurité.

Une ambulance devant l’entrée des urgences du centre hospitalier Sheba de Ramat Gan, le 15 juillet 2023. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

Umm Yousef a rapidement compris qu’elle était en parfaite sécurité mais elle se trouvait à l’hôpital, quatre jours plus tard, lorsque des membres du groupe d’extrême droite La Familia ont fait irruption, attirés par des rumeurs selon lesquelles des terroristes blessés du Hamas y étaient soignés.

« Ils nous ont protégés. La direction a fait venir la police », confie-t-elle.

Mais elle estime que les soins et la protection apportés par le personnel de Sheba constituent une exception.

« Il y a une différence entre les médecins et les soldats ». « Les médecins nous soignent bien, pas les soldats. Si je suis à l’hôpital, je suis en sécurité, si je marche dans la rue, je ne le suis pas. »

« Nous demandons une protection pour pouvoir rentrer chez nous, auprès de nos proches », plaide Umm Youssef.

Si et quand elle reviendra, elle ne sait pas où elle ira. Sa maison a été détruite et ses cinq enfants se trouvent dans le sud de la bande de Gaza, précise-t-elle. « Tout, tout, tout s’est envolé ».

Umm Yousef n’a pas seulement perdu sa maison. La veille de l’entretien, dit-elle, son frère a été tué par des frappes israéliennes à Gaza.

Des proches et des connaissances tiennent des photos d’otages et de personnes disparues lors d’une conférence organisée au nom des otages enlevés en Israël par des terroristes le 7 octobre 2023, à l’Assemblée nationale française, à Paris, le 31 octobre 2023. (Crédit : Emmanuel Dunand / AFP)

Elle considère également que l’enlèvement de civils israéliens est justifié.

« Nous avons des gens dans les prisons israéliennes. Nous voulons le retour de nos prisonniers, vous, des vôtres. »

Le Hamas, dit-elle, « tente de protéger les femmes et les enfants, parmi les otages, mais Israël ne protège pas les femmes et les otages ».

Les Palestiniens de Shevet Achim parlaient pour l’essentiel en arabe, et une mère kurde irakienne traduisait en anglais.

Impossible d’oublier que leurs proches vivent sous le contrôle du Hamas, dans la bande de Gaza, et que dire trop de bien d’Israël pourrait les mettre en danger. Elles ont d’ailleurs demandé à ce que leur nom complet ne soit pas révélé, de même que leur visage.

Umm Leen se trouve ici avec sa fille âgée de 6 ans. Elles ont déjà fait plusieurs séjours en Israël pour traiter la maladie cardiaque de Leen.

Des Palestiniens inspectant les dégâts d’un bâtiment détruit après des frappes aériennes israéliennes à Khan Younis, dans la Bande de Gaza, le 10 octobre 2023. (Crédit : Hatem Ali/AP)

La maison de sa famille, située dans un village agricole à l’est de Khan Younis, a également été détruite par des attaques israéliennes, précise-t-elle.

Elle se dit en colère contre le peuple israélien. « Quand quelqu’un nous fait quelque chose de mal, oui, cela a des conséquences. Est-ce que je peux encore ressentir de l’affection pour eux ? Non. »

Lorsqu’on lui demande si elle compatit avec les mères israéliennes massacrées par le Hamas, le 7 octobre, elle se contente de secouer la tête.

« J’ai seulement eu peur pour ma maison, ma famille, mes enfants et les gens de Gaza, quand j’en ai entendu parler », dit-elle.

Mais Leen et elle pourraient bien rester en Israël pendant encore des mois. Sa fille a des valves cardiaques défectueuses et souffre de convulsions. Elle doit recevoir d’autres traitements en début d’année prochaine.

« Je veux rentrer chez moi, je veux voir ma famille ». « Que va-t-il se passer, est-ce que je vais rester ici encore trois mois ? »

Umm Roz, dont c’est la première visite en Israël, est arrivée il y a de cela deux mois. Revenue peu de temps avant la guerre, elle n’a pas davantage exprimé de sympathie envers les victimes du Hamas.

Vue de voitures détruites par des terroristes du Hamas lors de l’attaque du 7 octobre, dans un champ près de la frontière entre Israël et Gaza, le 31 octobre 2023 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Lorsqu’elle a entendu parler des attaques du Hamas, le 7 octobre, elle dit avoir « senti que le monde avait basculé. J’ai eu très peur ».

Elle ne tarit pas d’éloges sur le personnel de l’hôpital.

« Les médecins ont fait preuve de mansuétude et d’humanité envers les enfants », dit-elle. « Ils traitent tout le monde de la même façon. »

« C’est ce que je pense »

Malgré la colère palpable de la plupart des adultes, certains Gazaouis préfèrent voir le positif.

« Tout va bien ici », assure Fares, un gentil charpentier de Khan Younis qui tient sa fille de 3 mois, Abeer, dans les bras. « Je n’ai pas peur d’être ici. »

Il semble rejeter la faute de la guerre sur le Hamas. « Il y a une guerre parce qu’ils sont venus en Israël ; Avant cela, il n’y en avait pas. Nous pouvions aller et venir et il n’y avait aucun problème. »

Umm Naim, 47 ans, a perdu son mari lors du conflit de 2014 entre Israël et le Hamas. Elle a donné naissance à son fils au centre hospitalier Sheba peu de temps après, et lui a donné le nom de son défunt mari, Naim.

Elle assure qu’elle ne déteste pas Israël, et ce malgré la mort de son mari. « C’était une guerre » dit-elle.

Umm Naim précise que son père a travaillé en Israël pendant de nombreuses années.

« Je veux la paix, être avec mes enfants : là, j’ai tout le temps peur », dit-elle en anglais.

« Je n’ai aucun pouvoir », poursuit-elle. « J’aspire à la paix, c’est mon rêve. »

Des personnes traversent un portail pour entrer dans le poste frontière de Rafah vers l’Égypte, dans le sud de la bande de Gaza, le 1er novembre 2023. (Crédit : Mohammed ABED / AFP)

Elle voudrait que les pays arabes négocient ensemble pour régler la question de Gaza. « A vous de résoudre le problème. »

« Arrêtez de tuer les enfants, dans les deux camps », dit-elle. « Ce sont des humains, de part et d’autre. »

Elle espère que les États arabes pourront aider à la tenue d’élections dans la bande de Gaza.

« Nous voulons que tous les enfants, tous les gens sur terre, aient le sourire, soient heureux », poursuit-elle. « Musulmans, juifs, tout le monde. Tout le monde. C’est ce que je pense. »

Une bénédiction pour les nations

Jonathan Miles, le fondateur de Shevet Achim, explique au Times of Israël pour quelle raison il fait venir les enfants malades de Gaza dans les hôpitaux israéliens : « Nous sommes des chrétiens des nations, qui croient en la parole de Dieu, que nous avons reçue du peuple juif ».

Jonathan Miles (à gauche) et Lazar Berman s’adressent à des Gazaouis venus en Israël pour recevoir des soins médicaux, le 28 octobre 2023 (Autorisation)

« Nous sommes créés à l’image de Dieu, c’est-à-dire que chaque vie a de la valeur », affirme-t-il. « Au tout début de l’alliance avec Abraham, il a été promis à sa postérité d’être une bénédiction pour toutes les familles de la terre. »

Miles, qui a également fait venir des dizaines d’enfants de Syrie, d’Irak, de Jordanie ou de Cisjordanie dans des hôpitaux israéliens pour des opérations cardiaques vitales, ne tarit pas d’éloges au sujet des valeurs des Juifs et des Israéliens.

« C’est dans leur ADN spirituel. » « Qu’on le veuille ou non, être un Juif pieux signifie être une bénédiction pour les nations. Aucune autre nation n’est disposée à faire pour ces enfants ce qu’Israël est en train de faire. »

Un père attend pendant que le personnel de l’hôpital s’occupe de son bébé, amené en Israël pour une opération cardiaque vitale par l’entremise de l’ONG Shevet Achim. (Capture d’écran : Vimeo)

Miles assure que les autorités israéliennes « feront presque tout ce qui est en leur pouvoir pour permettre aux enfants qui ont besoin de soins vitaux de venir en Israël. Médecins et infirmières se battront pour ces enfants, avec toutes les ressources dont ils disposent, quitte à prendre sur leur temps personnel. Si nous les aidons, les hôpitaux sont prêts à prendre en charge la moitié au moins des coûts. »

Malgré tout, Miles relève que « cette guerre est un coup si dur que les gens, en Israël, ont du mal à appréhender la valeur de la vie de leurs voisins comme ils le faisaient jusque là. Sans l’aide de Dieu, c’est impossible. »

« Il n’y a pas de Hamas »

Vers la fin de cette conversation, qui aura duré une heure, les Gazaouis laissent libre cours à leur frustration à l’égard d’Israël.

« Nous sommes des gens pacifiques, mais j’ai peur de recevoir un appel me disant que mes enfants ont été tués », confie Umm Leen. « Quatre membres de ma famille ont déjà été tués aujourd’hui. Pourquoi ont-ils attaqué la maison ? »

Des Palestiniens prennent la fuite suite aux recommandations de l’armée israélienne de se déplacer vers le sud avant une offensive terrestre, dans la ville de Gaza, le 13 octobre 2023. (Crédit : Mahmoud Hams/AFP)

« Cette guerre est entre le Hamas et les Juifs, et c’est nous qui en payons le prix. »

Le Hamas n’empêche personne de se rendre dans le sud, insiste-t-elle, accusant Israël de prendre ceux qui fuient pour cibles.

« Israël nous dit de partir, et après on tire des roquettes sur les voitures. Ce sont des enfants et des femmes. Personne du Hamas ».

« Nos proches essaient de faire ce qu’on leur dit de faire, de se mettre à l’abri et pourtant des gens sont tués. »

Le Hamas, dit-elle, est clandestin et introuvable. « Le Hamas n’a pas arrêté les gens. Il n’y a pas de Hamas. Où est le Hamas ? » « Les gens ici disent que c’est le Hamas la cible, mais il n’y a pas de gens du Hamas là-bas », assure Umm Leen. « Ils attaquent l’hôpital. »

Les Gazaouis estiment que l’affirmation du Hamas concernant l’explosion, le 17 octobre dernier, de l’hôpital Al-Ahli est vraie et qu’Israël est l’auteur des tirs. Israël a pourtant produit des preuves, approuvées par les États-Unis et les principaux médias occidentaux, attestant que l’explosion est due à une roquette égarée tirée par le Jihad islamique.

Une fillette qui porte des couvertures passe devant le lieu d’une explosion meurtrière près de l’hôpital al-Ahli dans la ville de Gaza, le mercredi 18 octobre 2023. (Crédit : AP Photo/Abed Khaled)

Ils sont également très critiques envers le gouvernement égyptien.

« Pourquoi aucun de nos voisins ne nous permet-il de venir ? » demanda Umm Naïm. « Personne ne veut de nous. »

« Comme Netanyahu, qui ne nous laisse pas entrer sur cette terre qui était autrefois la nôtre, l’Égypte ne nous laisse pas entrer », déplore Umm Leen.

« Nous en avons marre de la guerre, nous voulons juste voir nos proches », assène Umm Fares, une grand-mère âgée de 35 ans, originaire du camp de réfugiés de Nuseirat, qui doit accoucher en Israël dans les semaines à venir. « Nous aspirons à une vie simple et tranquille. »

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