Des Palestiniens fuyant Gaza retenus pendant des heures sur le tarmac à Johannesburg

Un activiste sud-africain accuse Israël de n’avoir pas tamponné les passeports de 160 Palestiniens ; le COGAT affirme qu’ils détenaient des visas sud-africains valides

Des Palestiniens fuyant Gaza assis à bord d'un avion retenu à l'aéroport O.R. Tambo de Johannesburg, en Afrique du Sud, le 13 novembre 2025. (Crédit : Capture d'écran/X)

Environ 160 Palestiniens ayant fui Gaza sont restés bloqués pendant douze heures dans leur avion à l’aéroport O.R. Tambo de Johannesburg, jeudi, avant de finalement recevoir l’autorisation d’entrer sur le territoire sud-africain.

Une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux montre une passagère palestinienne en larmes, bouleversée par la situation.

« Après deux jours de galère et de difficultés, entre les bus et les avions, nous avons eu une très triste surprise », déclare-t-elle. « Le pays ne peut pas nous accueillir simplement parce que nous venons d’une zone de guerre. »

« Ma maison a disparu. Je n’ai nulle part où aller, aucun abri. Où allons-nous aller ? Ça suffit », poursuit-elle en pleurant, avant d’ajouter : « Pourquoi nous ? »

Selon Haaretz, le groupe avait quitté Gaza tôt mercredi matin via le point de passage de Kerem Shalom, au sud de la bande, après avoir été contrôlé par les autorités israéliennes.

Les passagers auraient ensuite été conduits en bus jusqu’à l’aéroport Ramon, près d’Eilat, où ils ont embarqué dans un vol charter à destination de Nairobi, la capitale du Kenya, avant de poursuivre leur voyage sur un second vol charter vers Johannesburg.


Un autre groupe ayant quitté Gaza deux semaines plus tôt a emprunté exactement le même itinéraire et est arrivé en Afrique du Sud sans incident, précise Haaretz. Les deux opérations ont été organisées par une organisation jusqu’ici inconnue, appelée Al-Majd, qui aurait reçu de nombreuses demandes de Gazaouis cherchant à quitter la bande de Gaza.

L’incident a suscité de nombreuses critiques contre l’Afrique du Sud sur les réseaux sociaux, plusieurs internautes reprochant au pays, pourtant moteur de la campagne d’accusation de génocide contre Israël, de n’avoir pas aidé les Palestiniens.

Un activiste sud-africain venant en aide aux Gazaouis a rejeté la responsabilité sur Israël, affirmant que l’avion avait été envoyé sans coordination avec Pretoria et que les passeports ne portaient pas de tampons de sortie.

Imtiaz Sooliman, fondateur de l’organisation sud-africaine Gift of the Givers, a déclaré à la South African Broadcasting Corporation (SABC) que le groupe comprenait notamment une femme enceinte et plusieurs enfants, qu’ils avaient été laissés affamés dans un avion mal entretenu, avec des toilettes inadéquates, et qu’ils étaient « complètement désemparés après deux ans de génocide ».

Israël rejette catégoriquement toute accusation de génocide à Gaza et accuse le groupe terroriste palestinien du Hamas d’utiliser les Gazaouis comme boucliers humains.

Le coordinateur des activités gouvernementales dans les territoires (COGAT), qui supervise les mouvements de personnes et de marchandises vers et depuis Gaza, a indiqué à Haaretz que les Palestiniens avaient obtenu à l’avance leurs visas sud-africains.

Le COGAT a également précisé qu’Israël vérifie systématiquement, avant tout départ, qu’un pays tiers accepte de recevoir les Gazaouis autorisés à quitter la bande de Gaza.

Sooliman a rappelé que le vol précédent transportait 176 Gazaouis, et que son organisation, ainsi que d’autres groupes humanitaires, avaient immédiatement pris en charge ce premier groupe à leur arrivée à Johannesburg le 28 octobre.

« Ces personnes étaient déracinées. Elles ne savaient pas où aller. Elles n’avaient aucun numéro, aucun contact », a-t-il déclaré.

Selon lui, des proches du premier groupe ont averti son organisation mercredi qu’un second vol était attendu le lendemain.


« Personne n’était au courant de cet avion », a-t-il affirmé. « On dirait bien qu’Israël expulse volontairement des personnes de Gaza – c’est, vous savez, du nettoyage ethnique à l’état pur – et il leur confisque leurs biens, leurs kits d’hygiène, leur nourriture, avant de les envoyer dans des avions affrétés. »

Sooliman a exhorté les autorités à « enquêter sur la manière dont ces personnes se retrouvent dans des avions affrétés sans tampon ». Selon lui, « Israël n’a pas tamponné leurs passeports ». En conséquence, a-t-il ajouté, les agents des services frontaliers sud-africains « ne pouvaient tout simplement pas les laisser descendre de l’avion, car ils appliquaient simplement les règles » interdisant l’entrée de passagers sans documents de voyage valides.

Après l’appel personnel de Sooliman au ministre sud-africain des Relations internationales et de la Coopération, Ronald Lamola, et au directeur général du ministère, Zane Dangor, les Gazaouis ont finalement été autorisés à débarquer quelques heures après l’atterrissage.

« Beaucoup de gens ont déjà proposé de la nourriture, des vêtements et une assistance médicale » aux Gazaouis arrivés jeudi, a indiqué Sooliman.

Un Palestinien passe devant un missile non explosé dans le quartier d’Al-Rimal de Gaza-City, le 12 novembre 2025. (Crédit : Omar Al-Qattaa / AFP)

« Nous sommes reconnaissants envers les Sud-Africains et envers le gouvernement qui a rendu cela possible, en ligne avec la politique que nous soutenons », qui vise à encourager les sanctions contre Israël et à poursuivre les accusations de génocide devant la Cour internationale de justice (CIJ), a poursuivi Sooliman.

Il reste difficile de déterminer, à partir du récit de Sooliman, comment les Palestiniens auraient voyagé vers et depuis le Kenya.

De l’aide humanitaire entrant à Gaza par le poste-frontière israélien de Kerem Shalom, à Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, le 2 novembre 2025. (Crédit : Abed Rahim Khatib/Flash90)

Le président sud-africain Cyril Ramaphosa a déclaré que le pays « devra évidemment examiner les origines [du voyage des Palestiniens], où il a commencé, et pourquoi ils ont été amenés ici ».

« Normalement, nous aurions dit qu’ils devaient repartir, puisqu’ils n’avaient pas de papiers. Mais… par compassion, et parce qu’il s’agit d’un peuple que nous, en Afrique du Sud, avons choisi de soutenir, nous avons estimé que nous devions les accueillir », a-t-il déclaré aux journalistes à Soweto, où il supervisait les opérations de nettoyage en vue du sommet du G20 prévu la semaine prochaine.

Ramaphosa a ajouté que les services de renseignement sud-africains, le ministère de l’Intérieur et celui des Relations internationales avaient procédé à une première évaluation du groupe.

« Nous allons mener une évaluation complète et déterminer les prochaines étapes. Nous informerons la population sud-africaine afin qu’elle sache exactement ce qui se passe. »

Les ministères des Affaires étrangères d’Israël et d’Afrique du Sud n’ont pas répondu aux demandes de commentaires, a indiqué Haaretz.

Une source sécuritaire citée par le journal a affirmé qu’Israël avait facilité le départ des Gazaouis et approuvé plus de 95 % des demandes de quitter la bande de Gaza depuis que le président américain Donald Trump avait présenté, en février, un plan visant à expulser les habitants de Gaza et à reconstruire la bande pour en faire une « Côte d’Azur du Moyen-Orient ».

Trump semble avoir abandonné ce projet dans son plan global de cessez-le-feu présenté en septembre, qui stipule que « personne ne sera contraint de quitter Gaza, et ceux qui souhaitent partir seront libres de le faire et libres de revenir. Nous encouragerons les gens à rester et leur offrirons la possibilité de construire une Gaza meilleure. »

Le nombre exact de personnes ayant quitté la bande de Gaza dévastée depuis le début de la guerre, déclenchée par le pogrom perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023 dans le sud d’Israël, reste inconnu, mais la presse israélienne l’estime à environ 38 000.

Reuters a contribué à cet article.

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