GESHER ADAM, Cisjordanie — Dans la soirée du 24 août, les forces de sécurité israéliennes ont reçu des informations qui ont laissé entendre qu’une opération de contrebande d’armes depuis la Jordanie vers la Cisjordanie allait avoir lieu dans les heures suivantes.
Des policiers et des soldats israéliens se sont alors déployés à proximité d’un pont désaffecté situé au nord de Jéricho, connu sous le nom de Gesher Adam, ou pont de Damiyah, qui enjambait autrefois le Jourdain, dans le cadre d’une mission de surveillance. Ils se sont mis en embuscade, prêts à intercepter les trafiquants d’armes.
Pendant ce temps, d’autres forces ont fouillé la zone avec le soutien des avions de l’armée de l’air israélienne et d’autres systèmes de surveillance.
A l’aube, des soldats du 47e bataillon d’infanterie légère mixte dit « les lions de la Vallée », qui avaient surveillé la zone frontalière toute la nuit, ont repéré deux suspects et ils se sont lancés à leur poursuite.
Les deux hommes, des Palestiniens d’une vingtaine d’années qui étaient originaires de Jéricho, ont été appréhendés et ils ont été interrogés par des agents de police venus prêter main-forte aux soldats. Les trafiquants présumés ont ensuite emmené les forces de l’ordre jusqu’à un sac qu’ils avaient dissimulé dans le périmètre, prévoyant de le récupérer plus tard. Il contenait dix armes de poing.
Le trafic d’armes constitue un défi permanent pour Israël le long de sa frontière orientale – une frontière poreuse – avec la Jordanie.
Contrairement aux autres frontières d’Israël — avec l’Égypte, le Liban et la Syrie — la frontière avec la Jordanie est en grande partie ouverte, à l’exception de clôtures grillagées, et la surveillance y est limitée, ce qui en fait une voie facile pour la contrebande à grande échelle.
Une grande partie de ce trafic à destination de la Cisjordanie et d’Israël, depuis le royaume hachémite, est orchestrée par l’Iran, selon les évaluations qui ont été faites par l’armée israélienne. Des responsables avaient ainsi confié au New York Times, en 2024, que l’Iran tentait « d’inonder massivement » le territoire d’armes dans le but de « fomenter des troubles » à l’encontre d’Israël.
Il y a près de quatre ans, le journaliste que je suis avait écrit un article qui était consacré aux efforts livrés par Israël pour déjouer la contrebande d’armes à la frontière. De retour à la frontière le mois dernier, un officier de Tsahal a fait remarquer au Times of Israel que si les tentatives de trafic n’avaient pas beaucoup évolué depuis lors, l’armée, elle, avait changé.
Au cours de la guerre contre l’Iran qui avait eu lieu au mois de juin 2025, la nouvelle 96e division régionale de l’armée israélienne, surnommée « Gilad », avait été rapidement mise sur pied – en l’espace de 48 heures – alors qu’elle devait initialement être déployée le 1er août 2025.
Auparavant, la région du nord de la vallée du Jourdain, contenant notamment certains secteurs de la Cisjordanie, n’était défendue que par une seule brigade. L’arrivée de la division au complet aura finalement apporté davantage de soldats, d’officiers de haut rang et de ressources pour mieux relever le défi de la protection de cette région frontalière accidentée.
Depuis son déploiement, la 96e division a élargi sa zone de couverture vers le sud – jusqu’à la mer Morte – et elle devrait à terme prendre en charge l’ensemble de la frontière, depuis la zone des trois frontières entre Israël, la Jordanie et la Syrie jusqu’à l’extrême sud, englobant également la brigade régionale Yoav, qui fait actuellement partie de la 80e division « Edom ».
Le chef des opérations de la division a dit au Times of Israel lors d’une visite effectuée le mois dernier à un poste militaire, aux abords de Gesher Adam, que depuis le déploiement de la 96e Division, des progrès avaient été réalisés dans la lutte contre les tentatives de trafic d’armes.
« Une partie du problème auparavant, c’était qu’on ne voyait pas nécessairement tout. La création de la division, le renforcement [des capacités] et la mise en place de nouveaux outils nous ont permis de détecter et de contrecarrer la contrebande », a commenté l’officier, dont l’identité ne peut être révélée conformément au protocole militaire.
« Je pense qu’il y a clairement eu un changement depuis que la division est en place, que ce soit au niveau de la quantité [d’armes saisies] ou au niveau de notre capacité à contrecarrer ces tentatives », a-t-il ajouté.
Les leçons du 7-Octobre
L’une des premières mesures à avoir été prises par le chef de la division, le général de brigade Oren Simcha, dès sa prise de fonction à la frontière, a été de remettre en service 45 postes militaires désaffectés depuis longtemps qui se trouvaient le long de la rive du Jourdain — qui constitue la ligne frontalière proprement dite.
Lorsque Israël et la Jordanie avaient signé un accord de paix en 1994, les postes-frontières fortifiés qui avaient été construits des décennies plus tôt avaient été abandonnés au profit de bases plus grandes situées un peu plus loin de la frontière – ne laissant que des patrouilles le long de la ligne frontalière.
Lorsque les soldats ont exploré pour la première fois ces avant-postes abandonnés au mois de juin 2025, ils étaient remplis « jusqu’aux genoux » de « terre, de poussière et de déchets », s’est souvenu l’officier. « Personne n’y était venu, et la plupart des gens ignoraient même leur existence ».
Les soldats ont passé plusieurs jours à déblayer la terre, à nettoyer et à repeindre les postes le long de la frontière, avant que ces derniers ne soient équipés d’électricité, de ravitaillement et de nouveaux systèmes de surveillance.
L’une des principales leçons tactiques à avoir été tirées par l’armée dans le sillage du pogrom commis par le Hamas, le 7 octobre 2023, a été qu’une barrière ne suffit pas à elle seule à défendre une frontière. Des soldats doivent être déployées le long de cette dernière.
Par exemple, la base militaire de Nahal Oz, qui était située à quelques centaines de mètres seulement de la frontière avec Gaza, n’avait pas été construite comme un avant-poste fortifié. La base ne disposait que de peu, voire d’aucune infrastructure défensive, et ses postes de garde qui faisaient face à la bande de Gaza étaient rarement occupés, ce qui avait permis aux terroristes du Hamas de s’en emparer rapidement.
Malgré des décennies de calme le long de la frontière et malgré une bonne coordination entre les armées israélienne et jordanienne, les militaires ont préféré se préparer au pire. L’armée a estimé qu’en cas d’attaque à grande échelle en provenance de l’Est, les bases existantes situées en retrait de la frontière ne suffiraient pas.
Pour autant, Tsahal ne stationne pas en permanence ses soldats dans les avant-postes qui ont été récemment restaurés.
Quand le Times of Israel a visité les bunkers, les positions de combat et les tranchées de l’avant-poste nouvellement équipé près de Gesher Adam, la position fortifiée était vide de militaires – à l’exception d’un seul poste de garde.
Les soldats passent la majeure partie de leur temps dans une base « moderne », tout à côté. En cas d’urgence, ils se précipitent vers le site fortifié pour défendre la frontière, a expliqué l’officier des opérations.
Parallèlement aux 45 avant-postes restaurés, Israël est aussi en train de moderniser deux tronçons de 40 kilomètres de sa clôture vieillissante le long de la frontière avec la Jordanie, située à plusieurs centaines de mètres de la frontière proprement dite — le fleuve.
Un tronçon est en cours de construction entre les sources thermales de Hamat Gader, à l’extrémité sud du plateau du Golan, et la localité de Yardena. L’autre est également en chantier entre le poste-frontière qui sépare la vallée du Jourdain de la Cisjordanie et l’implantation de Yafit. Lors de la visite du Times of Israel, le deuxième tronçon de la barrière était en voie d’achèvement.
Alors que nous revenions du poste-frontière en passant par la nouvelle barrière frontalière, l’officier des opérations a reçu un appel téléphonique du quartier général concernant une attaque aux drones dans la zone d’opérations de la division.
Selon Tsahal, les deux drones n’avaient pas été lancés depuis la Jordanie ni par des Jordaniens. Ils avaient probablement été envoyés par des milices pro-iraniennes qui mènent des opérations depuis l’Irak.
Tous les deux avaient été abattus au-dessus de la région de la mer Morte.
« La frontière jordanienne est une frontière pacifique », a dit l’officier. « Nous surveillons tout particulièrement tout ce qui vient de l’autre côté ».
la Communauté du Times of Israël !
