Des réparations de la Shoah au trésor nazi perdu : Parcours d’un écrivain
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Menachem Kaiser raconte son aventure dans « Plunder ». (Beowulf Sheehan / Houghton Mifflin Harcourt)
Menachem Kaiser raconte son aventure dans « Plunder ». (Beowulf Sheehan / Houghton Mifflin Harcourt)
"Il y a toujours une autre version"

Des réparations de la Shoah au trésor nazi perdu : Parcours d’un écrivain

En cherchant à récupérer un immeuble qui appartenait à sa famille en Pologne avant la Shoah, Menachem Kaiser n’aurait jamais imaginé ce qu’il allait découvrir

Légende Menachem Kaiser raconte son aventure dans « Plunder ». (Beowulf Sheehan / Houghton Mifflin Harcourt)

Quand Menachem Kaiser a cherché à récupérer un bâtiment qui appartenait avant la Shoah à la famille de son grand-père à Sosnowiec, en Pologne, il pensait que cela lui prendrait tout au plus 18 mois – son grand-père, survivant de la Shoah, ayant déjà rassemblé avec le plus grand soin tous les papiers et documents nécessaires.

Mais l’aventure continue de durer depuis six ans déjà, et Kaiser n’est pas au bout de ses découvertes.

Kaiser relate ce parcours dans Plunder: A Memoir of Family Property and Nazi Treasure, (Pillage : mémoire des biens familiaux et trésor nazi), un livre sorti le 16 mars. En cherchant à récupérer l’immeuble ayant appartenu à sa famille, il a découvert l’existence d’un cousin germain de son grand-père, Abraham Kajzer, un des plus proches de la famille ayant survécu à la Shoah. Abraham avait en fait écrit ses mémoires, Za Drutami Śmierci, qui racontent notamment la période où il était dans les Góry Sowie, dans le Sud-Ouest de la Pologne, un lieu où ont été construits par les nazis de vastes tunnels souterrains pour y cacher de nombreux trésors pillés (un projet connu sous le nom de « Riese »).

Les écrits d’Abraham sont devenus une référence pour les chasseurs de trésors dans la Pologne contemporaine. Ils font aussi partie intégrale d’une histoire que Kaiser a décidé de raconter.

« Les histoires peuvent être encore plus riches et compliquées que nous ne l’imaginions. En particulier lorsqu’elles nous semblent si familières après qu’elle nous ont été transmises », a expliqué Kaiser dans une interview avec la Jewish Telegraphic Agency. « J’ai eu la chance de pouvoir enquêter et avancer. Je pense que nombre de personnes ont des histoires remarquables dans leur famille. Les plus sournoises sont celles que nous croyons connaître. Il y a toujours une autre version. C’est ce qu’il faut retenir : le voyage vers l’intérieur, dans ce que vous pensez être un territoire familier, se révèle être radicalement différent. »

Kaiser nous a raconté ses voyages en Pologne en tant que Juif, ses frustrations à ne pas pouvoir toujours tout maîtriser en raison de l’évolution perpétuelle du récit et de la mémoire de la Shoah.

Son interview a été quelque peu modifiée et raccourcie pour une plus grande clarté.

JTA : Commençons par la fin. Vous aviez dit que vous pensiez écrire ce récit sous la forme d’un roman. Et au bout du compte, vous avez produit Plunder qui n’est pas un livre de fiction. La fin n’est pas celle que vous imaginiez, à savoir la récupération de l’immeuble de votre grand-père, mais tout autre chose. Pourquoi pensez-vous qu’il est important de terminer Plunder comme vous l’avez fait, sans conclusion définitive ?

Menachem Kaiser : Je suis tombé accidentellement sur une saga plus intéressante et qui avait plus de sens. Lorsque j’ai décidé d’écrire, j’avais une vision claire de ce qui allait arriver : récupérer le bâtiment. Et puis tout était retardé, encore et encore. J’étais nerveux à l’idée d’avoir échoué. Mon projet me semblait miné. Aujourd’hui, je définis mon projet autrement : « L’enjeu a peu d’importance, c’est un fait. » Mais comment conclure un livre de cette manière ?

En fait j’ai dû reformuler mon projet. En effet, j’aurais pu terminer sur la récupération du bâtiment, et j’imagine que c’est ce que l’on attendait de moi. Et je le croyais aussi. Comme ce ne fut pas le cas, j’ai été obligé de reconsidérer le sens de cette histoire et la manière dont je devais conclure. Que signifie cette volonté de récupérer un bien ayant appartenu à mon grand-père dans lequel il n’a jamais vécu. Qui suis-je pour le faire ? Quel est mon rôle ? Comment la mémoire se transmet-elle ? La structure narrative de mon projet était sur le point de s’effondrer. J’étais incroyablement nerveux et frustré. Finalement, je m’estime chanceux d’avoir pris du recul, c’est ce qui m’a obligé à comprendre mes motivations réelles.

Si votre livre avait été un roman, quels sont les éléments clés que vous vous auriez changés ?

C’est une bonne question. Si cela avait été un roman, cela aurait été une histoire beaucoup plus intime. Je me suis battu durant toute l’écriture du livre autour de ces questions : « Qu’est-ce que cela signifie pour moi ? Comment expliquer ce que cela signifie pour moi ? » Je n’ai jamais connu mon grand-père. Je n’ai pas grandi avec le sentiment de retour ou de traumatisme. La tension narrative n’était pas évidente.

Dans un roman, j’aurais probablement choisi une forme plus conventionnelle où je n’aurais pas été protagoniste. J’aurais pu imaginer mon grand-père. J’aurais pu le cerner. J’aurais pu élaborer la version fictive de mon grand-père. Dans la non-fiction, c’est impossible. Il n’est pas question d’inventer. Vous pouvez vous approcher de quelque chose mais il est impossible de faire semblant.

Vous racontez la manière dont les Juifs effectuent ces voyages patrimoniaux en Europe de l’Est, vers cette destination « autant mythologique que géographique » et qui cherchent à comprendre l’histoire de leur famille, mais ne trouvent pas toujours quelque chose une fois arrivés (une récente BD, Recherche famille désespérément, reprend aussi ce thème). Lors de vos voyages en Pologne, avez-vous eu le sentiment d’avoir trouvé un lien ? Avez-vous découvert les mythes et les origines de votre famille ?

Non. Matériellement non. Je n’ai rien appris sur mon grand-père. Mais me cogner la tête contre les murs, ça oui. Et c’est sans doute cela le plus précieux. C’est précieux de ne pas forcement se reconnecter. Mais j’ai vécu cette étrange expérience de trouver un autre que mon grand-père, dont l’héritage était incroyablement « riche » si je puis m’exprimer ainsi. Et pendant un moment, tout s’est mélangé. J’avais rencontré un grand-père de substitution. Puis les choses reprennent leur place. Cet homme me permet de réaliser à quel point mon grand-père reste inaccessible. Non, je n’ai rien appris sur lui. Mais je sens avoir touché… quelque chose. J’ai essayé.

Ce livre est-il finalement une exploration ?

Je me sens définitivement lié à l’endroit, disons-le comme ça. Et puis, cet immeuble, j’ai l’impression d’être en conversation avec mon grand-père, même si je ne peux pas vous dire exactement ce que cela signifie parce que je ne sais pas ce que cela représentait pour lui.

Pensez-vous que votre relation à votre judéité a évolué au cours de vos voyages en Pologne et de vos luttes avec la bureaucratie polonaise ?

J’ai grandi dans l’orthodoxie, et tous ceux que je connaissais étaient orthodoxes. Presque tous ceux que j’ai connus en grandissant avaient des grands-parents survivants [de la Shoah], et la plupart d’entre eux venaient de Pologne. Tout cela pour dire qu’il y avait des récits très familiers et des sagesses dont on hérite. Tout est lié à la façon dont les Polonais sont, ou à quel genre de pays ils appartiennent, et à ce à quoi il faut s’attendre. Même si j’ai passé beaucoup de temps en Europe de l’Est avant que tout cela ne commence, ces idées étaient assez profondément ancrées. Pour modifier un peu votre question, je pense que cela a définitivement évolué au cours du livre. Lutter, et parfois résister, et parfois résister à ma résistance, aux idées reçues de ma communauté concernant l’Europe de l’Est.

Vous décrivez la manière dont certains membres de votre famille et votre communauté vouaient une haine pour les Polonais dépassant celle à l’encontre des nazis et vous écrivez : « Les Polonais qui ont sauvé les Juifs étaient l’exception. Le Polonais moyen était satisfait de voir ses voisins juifs emportés dans les fours. »

C’est quelque chose que mon père m’a dit et que mes grands-parents auraient dit. L’une des choses que j’ai essayé de faire est de reconnaître le fossé entre quelqu’un comme moi, qui a grandi dans le confort, et essayer de comprendre la position d’un survivant de la Shoah. Dans la mesure où je le peux : peut-être que ça ressemblait plus à une trahison de la part des gens de votre pays, ou peut-être vos voisins. Je n’ai pas d’anecdotes, ni de données personnelles, pour étayer ou soutenir cela. Mais pour moi, c’est comme ça que j’imagine ce sentiment.

Qu’est-ce qui vous a le plus frappé dans la manière dont la Shoah est abordée en Pologne ? Quelle a été votre expérience, y compris face à la bureaucratie, au système juridique et la société en général ?

L’une des choses que j’aurais aimé inclure dans le livre est mon séjour en Pologne. Mais cela n’entrait pas vraiment dans le cadre du récit. En réalité, j’y vais depuis 2011 et le temps que j’y ai passé a été extrêmement positif. Évidemment, mon histoire fait des détours et s’attarde sur mes frustrations. En ce qui concerne mes interactions quotidiennes, en particulier dans les grandes villes comme Cracovie et Varsovie, j’ai été bouleversé par le soutien et l’intérêt de chacun. Il y a tant d’artistes et d’activistes et de soutien institutionnel [pour les Juifs]. La Pologne que j’ai côtoyée dans les villes était en proie à un énorme conflit [avec le passé]. Quand vous allez à Cracovie en été, c’est un formidable lieu de rencontre de personnes et d’idées juives, et cela est en grande partie alimenté par des Polonais non-juifs.

Cette aventure a commencé lorsque je me suis installé en Lituanie grâce à une bourse et j’ai étudié le yiddish à l’université. Ma professeure de yiddish était une Polonaise originaire de Cracovie qui s’était intéressée au yiddish.

Cracovie, en Pologne. (CC-BY SA Andrzej Otrębski/Wikimedia Commons)

Maintenant que vous connaissez le système juridique et la bureaucratie polonaise, déposeriez-vous encore des plaintes concernant le bâtiment et vos proches ?

C’est une bonne question. En même temps, c’est compliqué. Je n’ai pas commencé ce processus en tant qu’écrivain. Cela ne m’intéressait pas de relater l’histoire de l’immeuble de mon grand-père. [J’ai juste pensé], je vais y aller, ce sera très intéressant et ça aura du sens. Puis, à un certain moment, j’ai pris la peau de l’écrivain. Du coup, je me devais d’être honnête sur cette expérience. D’un côté – cela peut sembler prétentieux de le dire ainsi – mais les frustrations sont réelles. En effet, j’ai une très bonne matière. Mais je ne souhaite pas montrer ce qu’il y a en amont de mon livre. Est-ce que j’écrirais de nouveau sur tout cela, dans le vide ? Probablement pas. Je croyais vraiment qu’en 18 mois j’aurais tout fini. J’étais très excité d’avoir tous ces documents. Tout semblait si simple ! Et puis j’avais mal jaugé. Et cela fait maintenant six ans.

Vos altercations avec les tribunaux polonais, et leur incapacité à déclarer la mort de vos proches durant la Shoah m’a vraiment interpellé. Pour moi, ce fut vraiment une des parties les plus choquantes de votre livre. Ces gens ne sont clairement pas de notre côté.

Je fais des allers-retours en termes de « à quel point es-tu patient et généreux ? » D’un côté, je me dis : « C’est absurde, ils veulent ma peau. » De l’autre, c’est une bureaucratie. C’est une bureaucratie qui essaie de se débattre avec une énorme rupture. Les choses sont délicates. C’est difficile.

Les mémoires d’Abraham Kajzer sont un élément clé de votre livre. Qu’avez-vous ressenti lorsque vous les avez découvertes ? C’est un écrivain qui a rédigé l’un des premiers témoignages sur la Shoah.

Lorsque je les ai découvertes, je n’ai pas pu les lire, car elles étaient en polonais. Ma relation avec le livre d’Abraham Kajzer [au début] était définie par la relation des chasseurs de trésor avec cet artefact. J’ai payé pour le faire traduire en anglais, mais cela a pris du temps. Ce n’est que lorsque je l’ai lu moi-même que je me suis dit : « Whoua ! C’est une histoire émouvante. » Ce sont des mémoires sur la Shoah. C’est très dur, et tragique. Après l’avoir fait traduire, je me suis réhabitué à ce livre et j’ai pu réapprendre à connaître Abraham, non pas comme un mythe, mais comme une personne. Le fait d’avoir un lien de parenté avec lui l’a rendu plus poignant ; j’ai retrouvé cet héritage de la Shoah dans ma famille, d’une façon inédite. Plus je passais de temps avec lui, plus j’étais capable de le voir comme une personne – plutôt que comme cet élément mythologique.

C’est aussi le cas lorsque vous écrivez sur la différence entre la version polonaise, Za Drutami Śmierci, et la version hébraïque, Bein Hametzarim. La version polonaise est une carte au trésor, avec un héros, alors que la version hébraïque consiste à témoigner et à donner son témoignage. Comment voyez-vous l’impact de l’absence de témoignage dans la version polonaise dans la communauté des chasseurs de trésors ?

Ils ne le lisent pas pour ce [témoignage], mais je pense qu’il y a quand même beaucoup de choses qui passent. Lorsque je l’ai finalement fait traduire et que j’ai pu lire la version hébraïque, je me suis dit qu’il y avait si peu de détails. Pourtant, je rencontrais des gens qui l’avaient lu 40 fois. Il n’y a aucune information !

À un certain niveau, et encore une fois, il m’est difficile d’en parler parce que je suis éloigné par la langue et par la population, je pense que le livre d’Abraham prend une dimension supérieure. Il devient le mémoire qu’ils lisent tous, et ils s’en soucient. Ils se soucient des victimes, mais ce n’est pas le récit principal qu’ils font de ces sites. Le récit prend la forme d’un mémorial textuel ; c’est quelque chose qui leur tient vraiment à cœur, de manière étonnante. Ils chérissent vraiment ce livre. Il est sans cesse réimprimé. Il est vendu dans les boutiques de souvenirs ; aucun autre texte de mémoires de la Shoah n’est vendu dans ces boutiques. Il a de la valeur pour eux, et ils le protègent.

Un tunnel faisant partie des mystérieux souterrains nazis de Riese, où Abraham Kajzer a été forcé de travailler durant la Seconde Guerre mondiale. (Adam Guz/Getty Images Poland/via JTA)

Vous écrivez : « Qu’est-ce qui est préférable ? Le mythe célèbre, qui est en partie faux ? Ou la personne que l’on ne célèbre pas et dont le souvenir disparaît ? Qu’avez-vous ressenti face à tous ces chasseurs de trésors qui connaissaient Abraham – mais ignoraient cette facette de lui ? Cela avait-il un sens ?

Le contraste était immense entre ce que représentait Abraham dans le monde des chasseurs de trésors en Pologne et en Israël. Je suis allé en Israël. J’ai vu sa tombe. J’ai passé du temps avec sa famille. Le mythe, son statut spécial dans le « manuel du chasseur de trésors » ne représentant rien en Israël et ne fait pas partie de son histoire.

Les mécanismes par lesquels nous commémorons les gens sont extrêmement puissants mais la plupart du temps peu précis. Avec le temps qui passe, l’histoire se déforme. Une personne qui a été confinée dans son mythe ressemblera de moins en moins à la personne qu’elle était originellement. Qu’est-ce qui est préférable ? Que l’on se souvienne de la personne ou de l’événement ? J’ai ressenti un réel décalage autour des souvenirs que se rattachaient à lui. Il m’a fallu deux ans pour trouver un exemplaire de l’édition hébraïque de ses mémoires alors que l’édition polonaise était plus accessible. Mais les [lecteurs] polonais sont fort éloignés finalement de sa vie. Il reste un symbole. Leurs liens avec lui est constitué de l’idée qu’ils se font de lui, ce qui est bien étranger à ce qu’il était.

Cela m’a fait penser à la manière dont la mémoire de la Shoah s’inscrit dans les récits des Juifs américains. Je sais que vous êtes Canadien, alors peut-être que c’est semblable en Amérique et au Canada. Comment percevez-vous la mémoire de la Shoah en 2021 ? Comment raconter ? Quelles sont les histoires qui nous
interpellent ? 

Cette question se trouve au centre de mon identité. J’ai été élevé avec des grands-parents survivants, mais en grandissant, je n’avais pas l’impression que c’était un élément central de mon identité. En fait, j’ai eu beaucoup de mal à communiquer avec certains de mes pairs pour qui cet élément était constitutif de ce qu’ils étaient. En vieillissant, les gens ont commencé à parler de leur traumatisme et de leurs parents qui étaient de la deuxième génération. Moi, j’avais du mal à parler.

Mais quand je me suis immergé dans cette histoire, j’ai alors pris conscience de ma relation à [la mémoire de la Shoah]. C’est une grande chance pour moi d’avoir pu faire le récit de cette histoire. Mais il m’est impossible de parler de la Shoah sans évoquer la manière dont le récit s’élabore sur le le sujet. Cela a beaucoup eu d’influence sur ma manière de penser l’histoire de la Shoah. Les diplômes ne sont pas pertinents en la matière. Ce qui m’importe, c’est de reconnaître comment et pourquoi je m’en suis éloigné. Il est vrai dans le même temps, cela fait intrinsèquement partie de l’identité juive américaine.

Alors que nous approchons du moment où les survivants de la Shoah auront tous disparu, c’est cette question de la mémoire, comme vous le soulignez, qui est vraiment passionnante. Comment raconter ces histoires ? Et quels types d’histoires racontons-nous ?

Oui, le traumatisme est si puissant et accablant que la compréhension en est perturbée. Et pourtant, nous avons tous grandi avec tant de ces histoires. Une partie de notre cerveau les comprennent trop bien, parfois d’une manière folle.

On en est presque submergé dans un sens.

Vous vous dites : « J’ai entendu cette histoire un million de fois ! » Ensuite, vous prenez du recul. Et cela en devient terrifiant.

Je me sens privilégié. J’ai pu passer beaucoup de temps en Europe de l’Est et j’ai ainsi eu une expérience directe de l’incommensurable. Si vous grandissez aux États-Unis, ou au Canada, au sein des communautés juives, vous êtes plongé dans l’incommensurable tout le temps. Puis vous vous rendez tout  simplement dans ces petits villages, et… deux camps de concentration se trouvent dans ce petit village. Et là, vous touchez de prés à l’immensité de l’inhumanité. Il y a quelque chose d’humiliant dans cela. Ce n’est pas neutre.

Vos proches ont-ils lu Plunder ? Quelle a été leur réaction ?

Mes parents l’ont lu. Ils sont schepping nachas (« très fiers » en yiddish). Ils ont parfois éprouvé des difficultés devant certaines parties. Mais ils m’ont soutenu. Ils avaient lu ma première version sur laquelle ils ont fait des commentaires. J’en ai pris certains en compte et d’autres non. Mais cela a peu d’incidence en fait.

Pour mon père, ce fut vraiment intéressant car tout à coup, il prenait connaissance d’un nouveau membre de sa famille. Il était sidéré d’apprendre l’existence d’un proche parent dont il n’avait jamais entendu parler. Il a fallu qu’il l’accepte.

Votre grand-père est mort avant votre naissance. Si par magie vous pouviez lui parler et lui demander quelque chose, que voudriez-vous savoir ?

Imaginer rencontrer mon grand-père serait incroyable. Je voudrais savoir ce qu’il a traversé. Il y a de grands points que j’ignore. Que s’est-il passé ? Comment étaient ses parents ? Comment étaient ses frères et sœurs ? Comment était sa vie ? Finalement, comment était-il ? C’est amusant de voir combien vous prenez pour acquises toutes ces questions inconnues.

Je n’avais jamais vraiment pensé à lui ni pourquoi je ne le connaissais pas. Je ne l’avais simplement pas connu. Et puis soudain, vous vous trouvez confronté à cette ignorance. Et la réalité est plus sombre et plus profonde que vous ne l’aviez pensée. S’asseoir et parler avec lui, ce serait une chose assez bizarre. Il est difficile de répondre à cette question de manière précise.

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