Des soldates venues pour leur démobilisation en débardeur et jupe courte sanctionnées par Tsahal
L'armée a retenu le solde de trois des femmes ; l'une des mères a évoqué un incident 'répugnant et humiliant' ; la sanction est intervenue après l'incarcération de militaires qui avaient organisé un barbecue sur leur base à Shabbat
L’armée israélienne a traduit trois soldates en cour martiale – leur retirant également un tiers de leur solde – parce qu’elles portaient des vêtements qui avaient été jugés « trop décolletés » à leur arrivée sur leur base, cette semaine, à l’occasion de leur démobilisation, ont expliqué deux des mères des jeunes femmes.
Tsahal a confirmé l’incident dans la journée de vendredi – estimant qu’il « a constitué un manquement aux ordres et qu’il a, en conséquence, été traité par le commandant adjoint de l’unité, conformément au code de conduite disciplinaire de l’armée israélienne ».
Les jeunes femmes ont le droit de faire appel, ont noté les militaires.
De manière générale, les soldats ont l’habitude de venir sur leur base, habillés en civil, le jour de leur démobilisation – ils y prennent souvent des photos immortalisant le moment où ils découpent leur carte d’identité militaire après avoir rendu leur équipement et rempli les formalités administratives nécessaires.
Sur les réseaux sociaux, l’une des mères a partagé la photo de sa fille en train de découper sa carte d’identité militaire, une photo prise avec quelques collègues qui terminaient également leur service.
Trois des jeunes femmes qui figurent sur la photo portent respectivement un débardeur, une jupe courte et un crop top. Peu après avoir découpé leurs cartes d’identité, les trois soldates ont été traduites en justice et elles ont été condamnées à une amende pour « tenue inappropriée », a raconté la mère, qui a évoqué un incident « répugnant et humiliant ».
« Nous sommes rentrées à la maison avec en toile de fond les gros titres sur le financement des Haredim qui échappent à la conscription militaire et les Unes consacrées à Yom HaShoah, et le décalage m’a frappée », a-t-elle écrit. « Tout est à l’envers ici. Et j’ai une fille incroyable ».
La mère d’une autre soldate sanctionnée a laissé entendre, sur Facebook, que le « procès-spectacle » de sa fille a été un cas d’école de misogynie.
« A quoi cela a-t-il servi ? A éduquer ? A faire d’elles un exemple ? A les empêcher de répéter cet acte horrible qui consiste à porter un jean et un débardeur ? », a écrit cette mère, avocate, dans un message qui a été diffusé sur Facebook. « Je me demande si des soldats masculins démobilisés, qui auraient, eux aussi, porté un débardeur, auraient également été traduits en cour martiale. Pour une raison ou une autre, je ne le pense pas ».
Cet incident est survenu dans un contexte de critiques à l’encontre de la coercition religieuse au sein des forces armées. Quatre infirmiers de combat appartenant à la police des frontières ont ainsi été accusés d’avoir « porté atteinte à la religion et au judaïsme » en organisant un barbecue dans une base pendant le shabbat juif. Leur placement en détention a provoqué un tollé.
La députée Naama Lazimi, du parti Les Démocrates, à la gauche de l’échiquier politique, a dénoncé la sanction infligée à ces femmes, qu’elle a considéré comme un abus digne d’une théocratie.
« Nous devons protéger l’armée israélienne de cette folie », a écrit Lazimi, ajoutant que les soldates devaient « non seulement intenter un procès, mais aussi déposer une plainte pour harcèlement sexuel ».
« Infliger une amende à une femme pour ses vêtements civils revient à l’humilier, à la transformer en objet sexuel et, dans la pratique, à lui faire subir un harcèlement sexuel par des remarques désobligeantes et par des propos sur sa tenue », a écrit Lazimi sur Instagram.
Parallèlement, l’armée a encouragé l’élargissement des structures séparées par sexe pour promouvoir l’accueil des soldats ultra-orthodoxes, et une récente campagne lancée par les conservateurs a appelé à exclure purement et simplement les femmes de l’armée.
Au début du mois, Tsahal a retiré le clip vidéo d’une chanson originale de Pessah qui figurait dans la Haggadah du rabbinat militaire – une vidéo qui, selon les critiques, reléguait les femmes à la maison et négligeait leurs contributions au sein de l’armée.
La polémique autour de cette chanson de Pessah avait éclaté quelques jours après des critiques au sein du Shin Bet concernant une lettre qui avait été adressée par l’épouse du chef de l’agence de sécurité, David Zini, aux « épouses du personnel de sécurité » et qui avait été perçue comme venant renforcer les stéréotypes de genre.