Rechercher
Vlada (à gauche) et Ludmilla parlent au Times of Israel à Kiev, le 4 août 2022. (Crédit : Lazar Berman/The Times of Israel)
Vlada (à gauche) et Ludmilla parlent au Times of Israel à Kiev, le 4 août 2022. (Crédit : Lazar Berman/The Times of Israel)
Exclusif"Je renoncerais à tout juste pour savoir s'il est en vie"

Des Ukrainiennes se démènent pour ramener leurs proches détenus en Russie

Des mères et des épouses s’expriment, ignorant le destin des prisonniers d’Azovstal, se sentant abandonnées par la Croix-Rouge et le gouvernement et demandant de l’aide à Israël

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

KIEV, Ukraine – Tatiana souhaitait juste avoir un peu plus de temps avec son fils.

Le 24 février, la guerre en Ukraine a éclaté. Elle savait que son fils unique, qui servait dans l’armée depuis trois ans et demi, ferait partie des dizaines de milliers d’hommes ukrainiens qui seraient envoyés pour combattre les envahisseurs russes.

Tatiana voulait qu’il reste encore un peu.

« Attends que je rentre du travail », lui a-t-elle demandé, avant de se rendre au laboratoire de Marioupol où elle travaille comme femme de ménage.

Mais le fils de Tatiana, dont elle tait le nom pour des raisons de sécurité, était impatient d’aller au front. Une demi-heure plus tard, il se tenait devant son bureau pour lui dire au revoir. « Je lui ai donné ma bénédiction, et lui ai juste ordonné de revenir à la maison en vie », a déclaré Tatiana, âgée de 48 ans, au Times of Israel.

Tatiana, une mère célibataire, a revu son fils le lendemain. Il servait près de Marioupol et il lui a demandé de lui apporter quelques affaires qui lui manquaient dans sa chambre.

« Je lui ai apporté ce qu’il avait demandé, et je leur ai également apporté d’autres sucreries et des trucs comme des Snickers », a-t-elle raconté. « Ma mère étant décédée récemment d’un cancer, nous avions beaucoup d’analgésiques et de médicaments utiles. Alors j’ai tout emballé et je leur ai apporté. »

Les antennes cellulaires de la ville côtière sont restées opérationnelles jusqu’au début du mois de mars, de sorte que Tatiana a pu parler à son fils au téléphone pendant les premières semaines de la guerre. Puis, après la perte d’un service cellulaire fiable à Marioupol, elle a reçu un court texto de son fils lui disant qu’il était vivant, mais rien de plus.

Des personnes assises autour d’une lampe dans un abri anti-bombes à Marioupol, en Ukraine, le 6 mars 2022. (Crédit : Evgeniy Maloletka/AP)

Tatiana a encore eu quelques nouvelles de son fils, mais cela n’a pas duré. Aujourd’hui, elle fait partie d’une ribambelle de mères, d’épouses, de fiancées, de sœurs et d’autres femmes qui se battent pour obtenir le moindre renseignement sur le sort de leurs proches et pour tenter de les ramener à la maison. Ces femmes affirment que leurs propres dirigeants et la communauté internationale les ont abandonnés, elles et leurs proches, dont la plupart seraient aux mains des Russes, si tant est qu’ils sont encore en vie.

Au début de la guerre, avant que la ville de Marioupol ne soit décimée par les bombardements russes, Tatiana était déterminée à rester dans sa ville natale. Alors qu’elle venait de perdre sa mère et que son fils unique participait à la défense héroïque de la ville contre l’avancée des Russes, Tatiana n’était pas prête à laisser derrière elle son père malade, âgé de 72 ans.

De plus, elle voulait à tout prix rester à proximité et garder contact avec son fils. Tatiana a passé ses journées à parcourir la ville assiégée, serrant dans ses mains la photo de ce dernier, abordant tous les soldats ukrainiens qu’elle rencontrait. « Je leur montrais la photo ; beaucoup de gens l’avaient vu. »

Alors que les forces russes se rapprochaient, intensifiant leurs bombardements, Tatiana a continué ses promenades solitaires sur les traces de son fils, à la poursuite de son ombre dans une ville en ruines.

Les tragédies se sont succédées pour Tatiana, dans une ville qui en regorgeait. Le 28 mars, le maire de Marioupol a annoncé que la ville était « aux mains des occupants ». Trois jours plus tard, son père est subitement décédé.

Un militaire ukrainien garde sa position à Marioupol, en Ukraine, le 12 mars 2022. (Crédit : Mstyslav Chernov/AP)

« Nous ne savons même pas ce qui lui est arrivé », a déclaré Tatiana. « Il n’y avait pas de docteurs ou quoi que ce soit d’autre, mais c’est sans doute la conséquence du stress des tirs constants d’obus et d’artillerie tout autour de nous. »

« À huit heures du matin, mes voisins et moi-même l’avons enterré dans le cimetière. »

Soixante-douze heures plus tard, alors qu’elle venait d’enterrer son père, des missiles Grad ont détruit la maison de Tatiana, ajoutant une légère blessure physique à cette mère déjà meurtrie émotionnellement. Suite à ses nombreux deuils, Tatiana s’est installée dans le sous-sol d’une amie, qu’elle quittait tout de même régulièrement pour arpenter la ville. Les défenseurs ukrainiens avaient été remplacés par des occupants russes, mais ils restaient, à ses yeux, de précieuses sources d’information.

« Je les approchais constamment, et je leur posais différentes questions », dit Tatiana. « Je demandais n’importe quoi sur les nouvelles, parce que nous vivions dans un vide informationnel. Il n’y avait aucune information. Nous ne savions pas ce qui se passait. Alors je leur parlais souvent. »

Les soldats russes étaient respectueux, dit-elle, et lui offraient même de la nourriture.

Début mai, toujours sans nouvelle de son fils, Tatiana a décidé de partir. Elle s’est, une fois de plus, retrouvée sur les routes. Avec un sac à dos contenant cinq jours de nourriture, les médailles de son fils et le chagrin d’une vie entière, Tatiana a quitté Marioupol.

Le 9 mai, elle est enfin arrivée à Berdiansk, ville occupée par les Russes. Le 22 mai, alors qu’elle essaie de trouver un moyen de rejoindre le territoire tenu par les Ukrainiens, elle reçoit un appel téléphonique.

C’était son fils.

Il lui dit : « Hé maman, j’ai été capturé par les Russes, mais je vais bien », raconte Tatiana. « C’était la première fois que j’ai su qu’il était encore en vie. »

Ils se sont reparlés brièvement deux fois, le 30 mai, puis le 13 juin. « Mais je n’ai pas aimé notre discussion du 13 juin, parce que j’avais l’impression que quelque chose n’allait pas, comme s’il avait été forcé de m’appeler et qu’ils ne faisaient que vérifier ou attendre des informations. »

« Il savait exactement où il était », a-t-elle poursuivi. « À chaque fois, il disait qu’il était à Olenivka. »

L’explosion

Au matin du 29 juillet, à la périphérie du village ukrainien occupé d’Olenivka, une explosion a détruit un camp de prisonniers de guerre géré par les séparatistes, tuant au moins 50 prisonniers ukrainiens et en blessant bien plus.

Un baraquement détruit dans un camp de prisonniers de guerre à Olenivka, dans une zone contrôlée par les forces séparatistes soutenues par la Russie, dans l’est de l’Ukraine, le 29 juillet 2022. (Crédit : Capture d’écran/AP Photo)

Des images diffusées par les médias ont montré des cadres de lit tordus et carbonisés dans des baraquements en ruines, ainsi que des corps brûlés et des tôles suspendues au toit désormais quasi-inexistant. Les vidéos montrent également des corps alignés sur le sol à côté d’une clôture de barbelés et un ensemble de fragments de roquettes métalliques sur un banc en bois.

Denis Pushilin, le dirigeant de la République populaire de Donetsk non reconnue par la communauté internationale, a déclaré que la prison abritait 193 détenus. Il n’a pas précisé combien d’entre eux étaient des prisonniers de guerre ukrainiens. L’Ukraine et la Russie s’accusent mutuellement de cette attaque.

Vlada, âgée de 31 ans, pense que son fiancé Pavel se trouvait également à Olenivka.

Pavel s’est engagé dans l’armée le troisième jour de l’invasion. Vlada, originaire de Marioupol, s’est réfugiée chez des proches dans la ville tout en essayant de trouver un moyen d’entrer en contact avec son fiancé. Le 6 mars, Pavel s’est présenté à la maison et lui a demandé de s’installer dans le sous-sol d’un hôpital voisin pour éviter les obus russes.

Vlada s’adressant au Times of Israel à Kiev, le 4 août 2022. (Crédit : Lazar Berman/The Times of Israel)

Les bénévoles ont livré de la nourriture et des médicaments pendant les trois premiers jours, puis ont été contraints d’arrêter à cause des bombardements. Les militaires ont repris les livraisons, et Pavel a réussi à rejoindre les forces qui approvisionnaient l’hôpital. Dans le même temps, des volontaires locaux ne cessaient d’apporter des corps à la morgue de l’hôpital et partageaient les noms des personnes tuées dans les combats.

« Chaque fois que je le voyais, c’était un vrai soulagement », a déclaré Vlada au Times of Israel. Ils ont pu se retrouver deux fois à l’hôpital.

Le 16 mars, Vlada a décidé qu’elle devait laisser la ville et son fiancé derrière elle, même si Pavel l’avait prévenue que les convois sortant de la ville étaient pris pour cible par les forces russes. Aux côtés d’une famille locale, elle s’est entassée dans deux voitures et a entrepris de sortir de la ville. Ils ont franchi une montée et se sont retrouvés face à deux chars.

Les Russes ont ouvert le feu. La voiture en tête a été touchée au niveau des roues et du moteur, mais aucun des passagers n’a été blessé. Les conducteurs se sont mis à l’abri de l’autre côté de la colline, et les 11 passagers – 6 adultes et 5 enfants – sont montés dans le second véhicule. Ils ont pris la route dans la direction opposée, passant devant le théâtre régional de Donetsk, à Marioupol. Deux heures plus tard, la Russie a bombardé le théâtre, tuant jusqu’à 600 civils réfugiés dans le bâtiment.

Le théâtre de Marioupol bombardé en Ukraine, le 16 mars 2022. (Crédit : Capture d’écran/@Mariupolnow)

Une fois que Vlada a quitté la ville, elle a pu obtenir à nouveau une réception cellulaire. « J’ai appelé mon frère. Je pensais que tout était enfin derrière nous. Et puis il m’a dit que toute la zone allant de la Crimée à Marioupol était actuellement occupée. J’ai été choquée de l’apprendre, car je n’ai été privée de connexion que pendant 10 jours. Et durant ces 10 jours, ils ont pu couvrir un si grand territoire. »

Après avoir traversé plus de 20 postes de contrôle russes, Vlada a finalement réussi à se mettre en sécurité à Zaporijjia.

La dernière fois qu’elle a parlé à son fiancé, c’était le 16 mai, le jour où plus de 260 soldats qui tenaient bon dans l’aciérie Azovstal de Marioupol – dont Pavel – se sont rendus aux Russes et ont été emprisonnés. Des milliers d’autres ont subi le même sort dans les jours qui ont suivi.

Des militaires ukrainiens assis dans un bus après avoir quitté l’usine sidérurgique Azovstal de Marioupol assiégée, près d’un établissement pénitentiaire, à Olenivka, dans le territoire sous le gouvernement de la République populaire de Donetsk, dans l’est de l’Ukraine, le 20 mai 2022. (Crédit : AP Photo)

Trois jours plus tard, elle a été contactée de manière anonyme ; on lui a dit que Pavel était bien vivant, mais rien de plus.

« D’après les informations dont nous disposons, il se trouvait également à Olenivka, mais nous n’en savons pas plus », a déclaré Vlada.

Nous avons formé une communauté

Les femmes disent se sentir abandonnées.

Elles ne cessent de critiquer les organisations internationales dont la mission est ostensiblement de veiller à ce que le traitement des prisonniers de guerre soit conforme au droit international.

« Il est facile d’être une organisation mondiale respectée et parrainée par de nombreux pays, comme la Croix-Rouge ou les Nations unies », a déclaré Ludmilla, âgée de 37 ans, dont le frère aîné Youri faisait également partie des troupes qui défendaient l’usine Azovstal. « Mais c’est dans de telles situations qu’il est crucial pour eux d’être actifs. C’est à ce moment-là que nous avons le plus besoin d’eux. »

Un responsable de la Croix-Rouge brandissant un drapeau blanc alors qu’il s’approche de l’aciérie Azovstal à Marioupol, en Ukraine, le 1er mai 2022. (Crédit : Comité international de la Croix-Rouge via AP)

Lorsque Ludmilla a appris, par des membres de l’unité de son frère, qu’il avait choisi de rester et de défendre Marioupol au lieu de s’échapper, elle a décidé de partir à sa recherche. Elle est parvenue à Zaporijjia, mais n’a pas trouvé de chauffeur pour l’emmener à Azovstal.

Contrairement aux autres, Ludmilla a le réconfort de savoir que Yuri a probablement été transféré d’Olenivka vers un autre camp de prisonniers de guerre de Louhansk avant l’explosion. « Mais nous n’en sommes pas sûres. »

« La majeure partie du travail de ces organisations est de recueillir inlassablement des informations auprès des femmes », ont déploré ces dernières. « Alors on ne fait que remplir des formulaires, beaucoup, beaucoup de formulaires. »

« Nous écrivons constamment aux donateurs de la Croix-Rouge internationale pour leur déclarer qu’ils ne font pas réellement ce qu’ils avaient promis d’entreprendre », a ajouté Tatiana.

« Tout comme les Nations unies », poursuit-elle. « Les Nations unies ne semblent pas faire leur travail en ce moment. »

Ludmilla s’adressant au Times of Israel, à Kiev, le 4 août 2022. (Crédit : Lazar Berman/The Times of Israel)

La Troisième Convention de Genève sur les prisonniers de guerre de 1949 a renforcé et rendu universelles les protections existantes pour les soldats capturés, notamment contre les violences et les représailles. Ils doivent également avoir la possibilité de correspondre avec le monde extérieur et de s’enregistrer auprès de l’Agence centrale de recherche du Comité international de la Croix-Rouge (CICR).

La Convention de Genève donne au CICR le droit de rendre visite aux prisonniers de guerre, où qu’ils soient détenus, et de les interroger en privé pour s’assurer que leurs droits sont respectés.

Une porte-parole du CICR a souligné au Times of Israel que « nous comprenons ce que les familles traversent en ce moment, et nous sommes en contact avec elles et les accompagnons dans ces moments de détresse ».

« Nous n’aurons pas de répit tant que nous n’aurons pas accès à toutes les personnes privées de liberté dans ce conflit armé », a déclaré le directeur général du CICR, Robert Mardini, dans un communiqué. « L’accès à seulement certaines personnes n’est tout simplement pas suffisant. Et nous n’aurons de cesse tant que leurs proches n’obtiendront pas les réponses dont ils ont besoin et qu’ils méritent. »

En mars, le CICR a créé un bureau spécialisé au sein de son Agence centrale de recherche afin de localiser les prisonniers de guerre et les réfugiés. Selon le CICR, il a fourni à plus de 2 000 familles, dont celles des prisonniers de guerre, des informations sur le sort de leurs proches.

Des volontaires de la Croix-Rouge ukrainienne déplaçant un homme blessé vers une ambulance pour le transporter d’un hôpital à l’autre, à Mykolaïv, en Ukraine, le 9 août 2022. (Crédit : Evgeniy Maloletka/AP)

Les femmes ne sont pas non plus satisfaites de ce que fait le gouvernement ukrainien.

« Il y a une communication », explique Vlada. « Ils essaient de nous offrir des services, une aide psychologique et des choses comme ça. »

« Mais nous n’entendons pas ce que nous voulons entendre », a-t-elle poursuivi. « Ce que nous voulons entendre, c’est quel est leur état de santé ? Sont-ils en vie ? Ont-ils besoin d’un traitement médical ? Reçoivent-ils tout ce dont ils ont besoin ? Où sont-ils détenus ? Et nous voulons surtout entendre leur voix. Et la chose la plus importante que nous voulons entendre est qu’ils ont été ajoutés à la liste d’échange et qu’ils seront de retour sous peu. »

Lors d’une réunion avec des journalistes à Kiev jeudi dernier, le commissaire aux droits de l’homme du Parlement, Dmytro Lubinets, a déclaré qu’il continuait « à demander l’accès au site de la tragédie d’Olenivka, en impliquant des médiateurs des organisations internationales telles que le Comité international de la Croix-Rouge, le Comité international de la Croix-Rouge en Ukraine et les Nations unies, ainsi qu’en communiquant avec la partie russe ».

Son bureau a également mis en place une ligne d’assistance téléphonique et un centre à Kiev pour les parents des prisonniers de guerre.

« Aucune aide à laquelle on pourrait s’attendre n’est venue de la direction de l’armée ou du gouvernement », confirme Yana Skrotskaya, 29 ans, dont le fiancé Volodymyr a défendu Azovstal avec la 36e brigade d’infanterie navale.

Yana, qui s’est assise avec une équipe du Times of Israel dans un café en plein air du centre de Kiev mercredi, a parlé à son fiancé pour la dernière fois le 17 mai, quelques heures avant qu’il ne se rende aux Russes. Il lui a dit de ne pas s’inquiéter, que tout s’arrangerait. « Nous n’avons pas d’informations sur l’endroit où il se trouve, sur son état de santé, rien. »

Se sentant abandonnées par ceux dont elles attendaient qu’ils les aident, des femmes se sont regroupées pour tenter de libérer leurs proches. Elles avaient déjà créé un réseau autour des efforts visant à faire pression sur l’Ukraine et les gouvernements étrangers pour trouver un moyen de sauver la vie des soldats piégés dans Azovstal.

« Nous avons commencé à parler avec les épouses et les familles des soldats qui étaient là », a déclaré Yana. « Nous avons formé une communauté. »

Yana, dont le fiancé est un prisonnier de guerre en captivité en Russie, s’adressant au Times of Israel à Kiev, le 3 août 2022. (Crédit : Lazar Berman/The Times of Israel)

« À force de parler les unes avec les autres, nous avons commencé à nous soutenir mutuellement », poursuit-elle. « Nous avons pris les choses en main. »

Elles étaient heureuses de la façon dont le siège s’est terminé. « À notre avis, c’est ce qui pouvait arriver de mieux, car au moins ils étaient en vie. Ils n’auraient pas survécu beaucoup plus longtemps à l’usine », a déclaré Yana.

Tatiana, Vlada, Ludmilla, Yana et des milliers d’autres épouses, mères et fiancées passent désormais leurs nuits à s’inquiéter pour leurs proches – et à rêver d’eux si le sommeil vient – et leurs journées à faire tout ce qu’elles peuvent pour que les prisonniers de guerre soient une priorité pour l’Ukraine, les alliés occidentaux et les organisations internationales.

« Nous avons écrit à tout le monde », dit Ludmilla. « Nous avons écrit des lettres à [Recep Tayyip] Erdogan, président de la Turquie. Nous avons contacté les chefs religieux du monde entier. Nous avons contacté le président des États-Unis. Nous avons essayé de contacter tout le monde, juste dans l’espoir d’obtenir de l’aide. »

Des personnes et des proches des soldats du bataillon Azov pendant un rassemblement « Sauvez les militaires de Marioupol » devant le bureau de Kiev du président ukrainien Volodymyr Zelensky, le 3 mai 2022. (Crédit : Sergei Supinsky/AFP)

Les femmes n’ont pas trouvé que les gouvernements étrangers étaient particulièrement utiles non plus. Elles reçoivent des réponses pro forma et sont invitées à remplir des questionnaires.

Elles ont plusieurs demandes essentielles. Les familles veulent que la branche russe de la Croix-Rouge cesse d’être impliquée. Elles veulent que le CICR, qui a facilité le passage en toute sécurité des soldats hors d’Azovstal, remplisse le rôle qui lui incombe en vertu de la Troisième Convention de Genève, et qu’il visite et surveille les prisonniers de guerre.

Le CICR affirme qu’il n’a jamais garanti la sécurité des prisonniers de guerre entre les mains des Russes expliquant que « ce n’est pas de [leur] ressort de le faire ».

« Nous l’avions clairement indiqué en amont. Il est de l’obligation des parties au conflit de veiller à ce que les prisonniers de guerre soient protégés contre tout acte de violence, d’intimidation et de curiosité publique, ainsi que contre les effets des hostilités. »

Les familles n’ont pas directement contacté de responsables israéliens pour demander de l’aide, mais elles ont rencontré le rabbin de Kiev, Moshe Azman, pour lui demander d’intercéder auprès de Jérusalem.

Le grand rabbin de la synagogue Brodsky de Kiev, Moshe Azman, en train de prier, le 8 août 2022. (Crédit : Lazar Berman/The Times of Israel)

Le rabbin Azman s’est entretenu mardi avec des législateurs impliqués dans les relations Ukraine-Israël.

Le gouvernement ukrainien n’est pas entré en contact avec Israël, que ce soit au sujet de l’assistance sur la question des prisonniers de guerre ou de la médiation d’un échange de prisonniers avec la Russie, ont déclaré des responsables israéliens au Times of Israel.

Je suis comme de l’acier

Au début, les femmes semblaient froides et distantes. Il est rapidement devenu évident que leurs défenses émotionnelles étaient levées, qu’elles faisaient tout ce qu’elles pouvaient dans les circonstances les plus éprouvantes pour trouver la force de travailler efficacement à la libération des soldats.

« En ce moment, je suis comme de l’acier », dit Yana, dont le fiancé a été enlevé dans une usine produisant ce métal. « Rien ne peut m’atteindre. J’essaie juste de travailler autant que je le peux, notamment en aidant les autres familles. »

« Je dors à peine. Je travaille autant que je le peux, car c’est ce qui me permet de garder la tête hors de l’eau. »

Photo tirée d’une vidéo publiée par le service de presse du ministère russe de la Défense, des militaires russes fouillant des militaires ukrainiens après qu’ils ont quitté l’aciérie assiégée d’Azovstal à Marioupol, en Ukraine, le 18 mai 2022. (Crédit : Service de presse du ministère russe de la Défense via AP)

D’autres laissent échapper des larmes en parlant, faisant des pauses pour boire de l’eau et reprendre leurs esprits.

Tatiana, dont la soif d’informations au sujet de son fils n’a fait que croître, passe ses journées à chercher sur Internet toute nouvelle organisation ou personne à contacter. « Nous appelons toutes les lignes d’assistance téléphonique possibles. Nous sommes constamment en contact avec le ministère de la Défense. Nous sommes constamment en contact avec la Croix-Rouge internationale, pour essayer de trouver de nouvelles informations. »

Beaucoup de ces femmes n’ont plus d’endroit sûr où vivre. « C’est un stress permanent », soupire Tatiana, « même si nous devrions être en train de nous reposer parce que nous avons nous-mêmes vécu l’enfer, et que nous sommes à bout… mais nous continuons à avancer. »

Les deux femmes se sont laissées aller à penser à des retrouvailles avec leurs fiancés.

« Buffalo », l’un des défenseurs d’Azovstal sauvés du siège de l’aciérie de la ville portuaire ukrainienne de Marioupol, dans une clinique de Kiev, en Ukraine, le 17 juin 2022. (Crédit : AP/Natacha Pisarenko)

« Nous nous préparions à nous marier, et nous le ferons », a déclaré Vlada avec un sourire prudent. « Nous voulons une grande famille. Il veut au moins deux enfants et nous voulons vivre en paix. »

Yana envisage également des retrouvailles heureuses, mais s’attend à un chemin semé d’embûches.

« Je veux juste le serrer dans mes bras et imaginer l’avenir », a déclaré Yana. « Je ne sais pas dans quel état il sera. Il aura besoin d’une réhabilitation, physique et psychologique. Parce qu’après ce qu’il a traversé, c’est juste impossible de continuer à vivre normalement. »

Tatiana voulait juste un signe que le dernier membre de sa famille était encore en vie.

« C’est une peur permanente, c’est une douleur omniprésente, c’est juste une quantité infinie de douleur », a déclaré cette femme dont les pertes pendant la guerre ont été stupéfiantes. « Alors ce que je traverse tous les jours, me réveiller… Je donnerais tout ce que j’ai juste pour savoir qu’il est vivant. »

Quelques jours plus tard, une réponse est arrivée.

Cette mère qui a traversé une ville en flammes juste pour entendre des bribes de nouvelles de son fils a reçu un appel anonyme de l’un des prisonniers de guerre ukrainiens. Il lui a dit que son fils était à Olenivka, et qu’il avait été transféré avant l’explosion de la prison.

Et il lui a dit que son fils était bien vivant.

read more:
comments