Deux ans après, les survivants du festival Supernova réunis en hommage aux morts et aux vivants

Lors d'une soirée commémorative à Tel Aviv, les familles endeuillées et les survivants du massacre perpétré par le Hamas le 7 octobre s'engagent à se souvenir, à reconstruire et à ramener chez eux les otages toujours retenus à Gaza

Une foule se rassemble à la cérémonie commémorative organisée par l'association communautaire Nova Tribe à Tel Aviv, pour commémorer les deux ans du massacre perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023 lors du festival Supernova, le 5 octobre 2025. (Crédit : Eclipse Media)

Dimanche soir, deux ans après le massacre perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023 lors du festival Supernova, dans le sud d’Israël, des centaines de familles endeuillées, de survivants et d’amis se sont réunis à Tel-Aviv pour une cérémonie organisée en leur mémoire par l’association communautaire Nova Tribe.

Le festival Supernova s’est tenu dans la région de Reim, près de la frontière avec Gaza, dans le cadre des célébrations de la fête de Souccot en 2023. Le 7 octobre, aux premières heures du matin, des terroristes du Hamas ont pris d’assaut le site du festival dans le cadre d’une attaque surprise visant le sud d’Israël, tuant 378 personnes et en kidnappant des dizaines d’autres. Ce qui avait commencé comme une fête et des danses au lever du soleil est alors devenu le massacre de civils le plus meurtrier de l’histoire d’Israël.

Chagrin, musique et résilience ont teinté la soirée de dimanche, animée par Hen Zander, journaliste de la Treizième chaîne, dont la sœur Noa a été assassinée alors qu’elle tentait de fuir le festival.

« Être une sœur endeuillée, c’est sentir sa vie s’effondrer en un instant, c’est voir sa famille se désagréger, c’est savoir qu’une partie de soi-même meurt aussi », a-t-elle déclaré à l’assistance. « Chacun vit son deuil différemment, chacun y fait face différemment, mais nous essayons tous de rester forts pour préserver la famille qui nous reste. »

Parmi les artistes présents dimanche figuraient la pop star Eden Ben Zaken et le groupe Heart of Nova, formé par des survivants et des proches des victimes, qui ont interprété des titres sur les thème de la perte et de l’espoir, sous un grand écran où défilaient des photos des victimes.

« Cet événement me rappelle que je dois apprécier ma vie, le fait d’avoir survécu, d’avoir pu rentrer chez moi », a confié Tali Binner, survivante et chanteuse du groupe Heart of Nova, au Times of Israel.

Tali Binner, survivante du festival Supernova, se tient devant les photos des personnes tuées lors du massacre perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023, le 5 octobre 2025. (Crédit : Stav Levaton/Times of Israel)

Avant le 7 octobre, Binner était infirmière en salle d’opération. Ce matin-là, elle s’est retrouvée piégée pendant des heures sur le site du festival, à l’intérieur d’un camping-car encerclé des hommes armés du Hamas, qui tiraient à balles réelles et tentaient de les kidnapper, ou de les brûler vifs. Tous les occupants ont miraculeusement survécu.

« [Le 7 octobre] a marqué une épreuve difficile, une épreuve sans fin », a-t-elle expliqué en regardant l’écran sur lequel étaient affichés les visages des victimes. « Voir les photos de mes amis, de personnes dont j’ai vu les corps, c’est très dur. »

Sur son tee-shirt, deux rubans jaunes symbolisant les otages, deux pour marquer les deux ans depuis que 251 personnes enlevées ont été emmenés de force à Gaza. Quarante-huit d’entre eux sont toujours en captivité, dont 14 membres de la communauté du festival Supernova.

« J’espère ne pas avoir à en ajouter un troisième », a-t-elle soupiré.

Les familles endeuillées, les amis et les survivants du festival Supernova se réunissent à Tel Aviv pour commémorer les deux ans du massacre perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023, le 5 octobre 2025. (Crédit : Eclipse Media)

Secouru à Gaza en juin, Almog Meir Jan, ancien otage et survivant du festival, s’est adressé à la foule en ces termes : « Nous ne nous arrêterons pas tant que tout le monde ne sera pas rentré chez lui. C’est la mission de ma vie, c’est celle de nos vies à tous. »

Pour Binner, la cérémonie a été à la fois douloureuse et apaisante. « Toute notre communauté est fondée sur la musique », a-t-elle précisé. « Nous sommes réunis pour célébrer la vie, pour célébrer la musique. Aujourd’hui, nous associons la musique à la douleur et au deuil, et cela, en soi, est apaisant. »

Binner a souligné l’importance de la Nova Tribe Community Association dans l’aide apportée aux survivants, pour qu’ils retrouvent un sentiment d’appartenance après l’attaque. Contrairement aux communautés des kibboutz qui ont enduré l’assaut ensemble et sont restées unies ensuite, les survivants du festival Supernova sont dispersés à travers Israël – et même au-delà.

La pop star israélienne Eden Ben Zaken se produit lors d’un événement commémorant les deux ans du massacre perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023 lors du festival de musique Supernova, le 5 octobre 2025. (Crédit : Eclipse Media)

« Le pays tout entier a convergé pour former une petite ville pendant quelques heures, puis chacun a regagné sa région », a-t-elle ajouté. « Cette communauté a fait de nous une famille, dont personne ne veut faire partie, mais que personne ne peut quitter. »

Simo Sela, le père de Ram « Eagle » Sela, ce producteur d’événements tué lors du festival, laissant derrière lui sa femme depuis un an et demi, Lilach, fait également partie du groupe Heart of Nova. Sela, qui s’est fait tatouer un aigle en mémoire de son fils, a rejoint le groupe afin de perpétuer l’esprit de son fils à travers la musique.

« Depuis ce jour, ma famille et moi avons fait tout ce que nous pouvions pour lui rendre hommage », a-t-il raconté. « Vendredi dernier, nous avons organisé une cérémonie commémorative chez nous, en présence de 400 amis. Il aimait les fêtes, la bière fraîche, la bonne cuisine… il aimait la belle vie. »

La famille a également acheté un foodtruck, qui se déplace dans des bases militaires pour servir des repas aux soldats de l’armée israélienne.

Simo Sela, père de Ram Sela, victime de Nova, montrant son tatouage en l’honneur de son fils lors d’un événement commémorant les deux ans du massacre perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023, le 5 octobre 2025. (Crédit : Stav Levaton/Times of Israel)

« La communauté Nova, c’était un groupe spécial, un groupe de personnes qui aimaient danser et s’amuser, être heureuses », a déclaré Sela. « Certains ont du mal à comprendre, car elles n’ont pas vécu cela. Après deux ans, le monde a presque oublié. Nous devons leur rappeler ce que notre nation a traversé. »

À la fin de la soirée, Rif Peretz, président de l’association communautaire Nova Tribe, a pris la parole : « Notre objectif est de veiller à ce qu’aucun membre de la communauté Nova ne soit abandonné. À travers cette soirée et les activités que nous entretenons, nous honorons la mémoire de ceux que nous avons perdus, et nous soutenons les familles et les survivants. »

Et Binner ajoute, pour sa part : « L’objectif est de rappeler aux gens que nous ne sommes pas seulement une communauté d’amateurs de musique trance et de drogues. Nous sommes une communauté de lumière. »

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