Libérer les captifs doit être le principal objectif de la guerre, dit un ex-otage
Almog Meir Jan raconte à la télé israélienne sa relation avec la famille de l'officier mortellement blessé en le sauvant, explique la captivité et lance un appel à l'unité

Almog Meir Jan, prisonnier du Hamas à Gaza libéré par l’armée israélienne l’an dernier, a déclaré dans une interview diffusée samedi que le retour des otages devait être l’objectif principal de la guerre en cours, et qu’il ne pourrait retrouver une vie normale qu’une fois tous les captifs rentrés chez eux.
Dans l’émission « Meet the press » [face à la presse] diffusée sur la chaîne N12, Meir Jan a été interrogé sur le fait de savoir si, en juin dernier, il avait compris que les secours venaient le libérer lorsqu’il a entendu des coups de feu.
« Non », a-t-il répondu. « Vous savez, à Gaza, il y a énormément de coups de feu, de combats, même juste devant vous. Mais quand les tirs s’interrompent, dès les premières secondes, vous comprenez, oui. C’était fou, mais c’était inhabituel. Et les coups de feu… ensuite, ça semble faux, comme une scène de cinéma [tirée d’un film hollywoodien]. »
Dans ces moments-là, il a expliqué se concentrer majoritairement sur les instructions à suivre. « Nous avions une certitude : nous allions nous en sortir vivants. »
Au cours de la mission de sauvetage, un membre des forces israéliennes, l’officier de l’unité d’élite Yamam Arnon Zmora, a été grièvement blessé. Il a succombé plus tard à ses blessures. C’est en sa mémoire que la mission a ensuite été baptisée « Opération Arnon ».
« Il était déjà blessé quand je l’ai vu », s’est souvenu Meir Jan. « Il faisait partie de la première vague de l’attaque. Il a été touché relativement tôt. »
Interrogé sur sa relation avec la famille de Zmora, Meir Jan a indiqué : « Quand ils me voient, je peux sentir leur émotion. Ils me voient revenir à la vie. Ce qui s’est passé n’a pas été vain. Il y avait un objectif réel, et cet objectif, aujourd’hui, vit et respire sous leurs yeux. C’est pour cet objectif qu’Arnon a donné sa vie. Nous avons ce lien qui est difficile à expliquer. Un lien fait de beaucoup d’amour, même si on ne se connaît pas vraiment. Nous avons cette empathie mutuelle. Cette famille est vraiment incroyable. »
Meir Jan a rapporté être encore traumatisé par son séjour en captivité. « Le traumatisme se manifeste surtout face à des déclencheurs ordinaires, quotidiens. Comme par exemple voir une affiche, une photo qui les représente [les otages Guy Gilboa-Dalal et Evyatar David]. Cela me ramène à des temps, à des jours où je les voyais en captivité. Et c’est très difficile pour moi de penser que, sans ce sauvetage, nous serions tous toujours là-bas, et d’autre part que leurs conditions de détention pourraient être pires à cause de mon sauvetage. J’y pense beaucoup, et ça provoque beaucoup de sentiments. »
« Donc, tant que tous les otages ne seront pas de retour, vous ne pourrez pas vivre en paix avec vous-même ? », a demandé le journaliste Ben Caspit à Meir Jan. « Bien sûr que non », a répondu celui-ci.
Décrivant la vie en captivité sous l’autorité des terroristes du Hamas, Meir Jan a indiqué : « Cela dépendait vraiment des périodes, et même des jours. Certains jours, on entendait des explosions sans interruption. On pouvait littéralement faire compter à rebours – 3, 2, 1, boum. 3, 2, 1, boum. Certaines explosions très proche, d’autres non. Ça variait. Cela dépendait aussi vraiment de l’humeur des ravisseurs ce jour-là, de la façon dont ils s’étaient réveillés. S’ils avaient fait un cauchemar ou reçu de mauvaises nouvelles, comme la mort d’un membre de leur famille. »
Meir Jan a également déclaré avoir entendu parler de manifestations pour la libération d’otages durant sa captivité.
« Cela nous a donné beaucoup de force. Cela nous a donné énormément de force de voir que les gens n’avaient pas oublié, de voir cette unité. En captivité, on se sent très seul, très isolé. On espère, simplement, en se disant ‘si seulement tout le monde pouvait se réunir, avoir cette force’. En soutenant les familles des otages, en soutenant la lutte pour le retour des otages, et en gardant un objectif très clair – que les otages rentrent chez eux. »
Interrogé sur ce qu’il considérait comme l’objectif principal de la guerre, Meir Jan a affiché une position ferme, affirmant que le retour des otages devrait précéder le renversement du Hamas.
« Je pense que c’est quelque chose qui nous représente en tant que peuple. ‘Être là les uns pour les autres’, affirmer que ‘chaque âme est sacrée’, que ‘ chaque personne est un monde complet’. Je dirais la même chose des soldats », a-t-il fait savoir. « C’est difficile pour moi de découvrir qu’un autre soldat a été tué lorsque je me réveille le matin. De voir qu’un autre nom a été publié. Nous parlons de 28, 29 soldats rien que le mois dernier. C’est énorme. Et je ne vois pas vraiment de progrès dans les combats à Gaza.”
En plus de Meir Jan, l’opération Arnon a permis le sauvetage des otages Noa Argamani, Shlomi Ziv et Andrey Kozlov. Ces deux derniers se trouvaient en captivité avec Meïr Jan.
« Je pense qu’ils me connaissent mieux que beaucoup d’autres personnes qui partagent ma vie. Et oui, notre amitié continue. Nous nous comprenons réellement », a-t-il expliqué. « Andrey est souvent aux États-Unis, mais nous nous voyons – là-bas aussi. Je suis également en contact avec Noa. J’essaie vraiment de maintenir des relations et d’être un bon partenaire. »
Selon Meir Jan, malgré le traumatisme, cette expérience en captivité l’a « amélioré » en tant que personne. « J’ai pris le parti de voir ce temps comme une période où j’ai beaucoup appris sur moi-même. Je peux vous dire que j’ai énormément découvert de choses sur moi-même. J’ai appris ce que signifie la résilience. J’ai appris à prendre soin de moi-même, et à ne compter sur personne d’autre. Comment rester moi, comment conserver calme et patience. Alors oui, ce sont des choses qui me restent aujourd’hui, et qui m’aident dans la vie, qui m’aident à relativiser. »
Pour conclure, Meir Jan adressé un appel à l’unité aux téléspectateurs.
« Je pense que notre victoire en tant que pays dépend de notre unité. Parce qu’au final, des décisions devront être prises. Il y aura toujours des gens qui ne seront pas d’accord avec ces décisions, et d’autres qui le seront. Mais décider, choisir d’être et de rester un peuple uni, c’est là que commence la victoire, à mon avis. C’est là que nait une certaine valeur de victoire, d’union. Commençons à nous rassembler », a-t-il indiqué.
Les groupes terroristes de la bande de Gaza détiennent 50 otages, dont 49 des 251 enlevés par le Hamas durant l’assaut du 7 octobre 2023. Parmi ces 49 otages figurent les dépouilles d’au moins 28 personnes dont la mort a été confirmée par Tsahal. Vingt otages seraient encore en vie, et deux autres sont dans un état très préoccupant, d’après des responsables israéliens. Le Hamas détient également le corps d’un soldat de Tsahal assassiné à Gaza en 2014.
Le Hamas a relâché 30 otages – 20 civils israéliens, cinq soldats et cinq ressortissants thaïlandais – et restitué les dépouilles de huit captifs israéliens au cours d’un cessez-le-feu entre janvier et mars, ainsi qu’un otage supplémentaire, un binational américano-israélien, en mai, au titre de « geste » envers les États-Unis. Le groupe terroriste a libéré 105 civils durant une trêve d’une semaine fin novembre 2023. Quatre otages avaient été relâchés précédemment, dans les premières semaines de la guerre. En échange, Israël a libéré quelque 2 000 terroristes palestiniens emprisonnés, détenus de sécurité et Gazaouis suspects d’actes terroristes pendant la guerre.
Huit otages ont pu être libérés vivants par les soldats qui ont également récupéré les corps de 49 autres – dont trois tués par erreur par l’armée israélienne alors qu’ils tentaient d’échapper à leurs ravisseurs, ainsi que la dépouille d’un soldat assassinéen 2014.







