E1, Gaza et les propos « inhumains » de Ben Gvir : Israël critiqué par ses alliés européens
Londres convoque le chargé d’affaires israélien sur l’expansion des implantations ; Canberra proteste contre la clôture de l’enquête sur la mort de sept humanitaires à Gaza
Israël a essuyé de nouvelles critiques de plusieurs de ses alliés occidentaux et des Nations unies (ONU) concernant le projet controversé d’implantation E1 en Cisjordanie, la décision de l’armée israélienne de ne pas ouvrir d’enquête pénale sur la mort de travailleurs humanitaires à Gaza et les récentes déclarations incendiaires d’un ministre d’extrême-droite.
Le ministre britannique des Affaires étrangères, Ed Miliband, a convoqué mercredi le chargé d’affaires israélien pour protester contre la décision du gouvernement d’ouvrir cette semaine un appel d’offres pour la construction de logements dans le cadre du projet E1, longtemps gelé, à Jérusalem-Est.
Ce projet, largement condamné à l’étranger, morcellerait des territoires de Cisjordanie sur lesquels les Palestiniens entendent établir un futur État.
Miliband a déclaré avoir fait savoir au ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar, « que le gouvernement israélien devait immédiatement mettre fin au projet E1, retirer l’appel d’offres et cesser toute expansion des implantations ».
Israël a lancé mardi un appel d’offres portant sur sept ensembles résidentiels, soit 1 234 logements dans la zone E1, sur les quelque 3 400 approuvés l’an dernier. Le projet relierait Jérusalem à l’implantation de Maale Adumim, tout en rompant la continuité territoriale palestinienne entre Bethléem, Jérusalem-Est et Ramallah.
Le projet était gelé depuis des années en raison d’une vive opposition internationale, notamment de la part des administrations américaines précédentes. Lors de son approbation l’année dernière, le ministre des Finances Bezalel Smotrich, qui en est un fervent défenseur, avait affirmé que le projet « réduisait pratiquement à néant l’illusion d’une solution à deux États ».
Saar a vivement réagi jeudi à la convocation du chargé d’affaires israélien par Miliband.
Dans une longue publication sur le réseau social X, le ministre des Affaires étrangères a déclaré « rejeter catégoriquement » les propos « condescendants » de Miliband, affirmant « que le peuple juif avait le droit de vivre sur l’ensemble de la Terre d’Israël, tout comme les Britanniques avaient le droit de vivre à Londres et partout au Royaume-Uni ».
« La politique systématique du gouvernement britannique, qui consiste à tenir Israël pour seul responsable tout en ignorant l’extrémisme palestinien, a déjà contribué à une vague massive de haine antisémite et d’attaques contre la communauté juive britannique », a dénoncé Saar, jugeant « profondément regrettable » la « décision de Londres de nuire aux relations entre nos pays ».
L’Allemagne a également condamné la décision concernant la zone E1, estimant qu’elle compromettait les perspectives d’une solution à deux États.
« Notre message est clair : aucune nouvelle étape vers une annexion de la Cisjordanie ne doit être franchie », a déclaré Sebastian Hille, porte-parole du chancelier allemand Friedrich Merz.
« Il ne s’agit pas seulement d’une annexion formelle, mais aussi de mesures politiques, structurelles ou autres qui, par leurs effets, conduisent de manière de plus en plus évidente à une annexion. Elles sont incompatibles avec une solution à deux États. »
« Période difficile » avec l’Australie
Les tensions diplomatiques ont également gagné Canberra, où la ministre australienne des Affaires étrangères, Penny Wong, a reçu jeudi l’ambassadeur d’Israël, Hillel Newman, qu’elle avait convoqué à la suite de la décision de Tsahal de ne pas ouvrir d’enquête pénale sur la frappe qui avait tué sept travailleurs humanitaires de l’organisation caritative américaine World Central Kitchen (WCK) à Gaza en avril 2024, dont l’Australienne Lalzawmi « Zomi » Frankcom.
À l’issue de la rencontre, Wong a reconnu que les relations entre l’Australie et Israël traversaient une « période difficile ».
« Une travailleuse humanitaire australienne a été tuée, non pas lors d’une première frappe, mais au cours de trois frappes distinctes contre un convoi humanitaire », a déclaré Wong aux journalistes à Canberra à l’issue de son entretien avec Newman.
La ministre a indiqué que l’Australie était « outrée » par cette décision, dont elle n’avait été informée que quelques instants avant son annonce publique mercredi, trop tard pour que les autorités puissent prévenir la famille de Frankcom.
Wong a déclaré que Canberra attendait encore des réponses à « de nombreuses questions », notamment sur les raisons pour lesquelles le convoi avait été frappé à trois reprises. Elle a également souligné que l’Australie avait réclamé à plusieurs reprises, sans succès, les images de drone de l’attaque.
La frappe du 1ᵉʳ avril 2024 avait été menée sur la base d’une évaluation erronée des troupes israéliennes, qui pensaient que des membres du groupe terroriste palestinien du Hamas se trouvaient à bord des véhicules de WCK. Sept travailleurs humanitaires avaient été tués. À l’issue d’une enquête de Tsahal, deux officiers avaient été limogés et plusieurs autres hauts responsables sanctionnés.
Le bureau du procureur général militaire a déclaré mercredi que, malgré les erreurs commises dans l’évaluation de la présence de terroristes du Hamas à bord des véhicules, les décisions prises par les commandants ne relevaient pas d’un comportement criminel, compte tenu des éléments jugés suspects et des circonstances opérationnelles. Il a donc estimé qu’aucun soupçon raisonnable ne justifiait l’ouverture d’une enquête de la police militaire.
Wong a déclaré que l’Australie estimait que les limogeages et les mesures disciplinaires pris à la suite de la frappe ne suffisaient pas à établir les responsabilités pour la mort des sept travailleurs humanitaires. À l’issue de leur rencontre, Newman s’est dit « profondément désolé » pour la famille de Frankcom, sans toutefois présenter d’excuses pour sa mort.
« On ne peut pas contester les conclusions d’un tribunal simplement parce qu’elles ne correspondent pas à son agenda politique », a déclaré l’ambassadeur israélien, précisant que la conclusion selon laquelle aucune responsabilité pénale n’avait été établie était intervenue « au terme de deux ans d’enquête indépendante ».
Les propos de Ben Gvir suscitent des condamnations
Par ailleurs, l’Allemagne, la France et l’ONU ont vivement condamné le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, qui a récemment appelé Israël à tuer chaque nuit des dizaines de personnes à Gaza et affirmé que certaines d’entre elles ne « méritaient pas de vivre ».
Ben Gvir a tenu ces propos lors d’une récente intervention dans le podcast de Rom Braslavski, ancien otage du groupe terroriste du Jihad islamique palestinien.
Le ministre ultranationaliste a estimé qu’Israël devrait procéder régulièrement à des éliminations ciblées à Gaza, « en éliminant 30 à 40 personnes chaque nuit », faisant vraisemblablement référence à des terroristes du Hamas et à d’autres ennemis d’Israël. Il a précisé qu’il ne parlait pas uniquement de ceux qui représentaient une menace immédiate : « Ils ne devraient pas vivre. Ce ne sont même pas des êtres humains. »
Merz a condamné les « appels inhumains » de Ben Gvir, selon les termes employés par son porte-parole, estimant qu’ils violaient le droit international et étaient « inacceptables ».
Le vice-chancelier allemand Lars Klingbeil a déclaré que ces propos « devaient avoir des conséquences », précisant que d’éventuelles sanctions contre Ben Gvir faisaient à nouveau l’objet de discussions au niveau européen.
Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, s’est joint aux condamnations, qualifiant ces propos « d’intolérables et inhumains ». Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, les a, pour sa part, jugés « effroyables », « déshumanisants » et « dangereux ».
Plusieurs pays européens ont appelé l’UE à sanctionner le ministre d’extrême-droite, mais cette proposition n’a pas obtenu l’unanimité requise.
Les appels à sanctionner Ben Gvir se sont multipliés depuis la publication, en mai, d’une vidéo le montrant humilier des activistes de la Global Sumud Flotilla, ligotés et à genoux.
À la suite de la diffusion de cette vidéo, la France a interdit à Ben Gvir l’entrée sur son territoire et appelé l’UE à lui imposer des sanctions.
La Grande-Bretagne, l’Australie, le Canada, la Nouvelle-Zélande et la Norvège avaient déjà imposé des sanctions à Ben Gvir et au ministre des Finances, Bezalel Smotrich, en juin 2025, les accusant d’avoir incité à des violences contre les Palestiniens en Cisjordanie.