Effrayés et en colère, les déplacés libanais affluent sur une plage de Beyrouth
Les abris sont quasi-pleins après que Tsahal a exhorté les habitants du bastion du Hezbollah, Dahiyeh, à évacuer, alors que le groupe terroriste tire des roquettes sur Israël
Sur le front de mer de Beyrouth, des centaines d’habitants de la banlieue sud sont assis sur le gazon, le sable et à même le trottoir. Ils ont fui à la hâte, jeudi, la Dahiyeh, le bastion historique du groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah, après un appel à évacuer lancé par l’armée israélienne.
« Nous avons fui la banlieue, c’est une humiliation, nous allons dormir dans la rue. […] Nous n’avons rien emporté avec nous », confie à l’AFP un homme qui préfère garder l’anonymat.
Hommes, femmes, vieillards et enfants : certains sont arrivés à pied, traînant de petites valises ou des sacs dans lesquels ils avaient jeté quelques affaires dans la précipitation.
La panique s’est emparée de Beyrouth dans l’après-midi, après un appel sans précédent de Tsahal enjoignant d’évacuer toute la banlieue sud, pilonnée depuis que le Liban a été entraîné dans la guerre régionale par le Hezbollah, lundi.
« Message urgent aux habitants » de la banlieue sud de la capitale : « Sauvez vos vies et évacuez immédiatement », a averti sur le réseau social X le porte-parole arabophone de l’armée israélienne, en indiquant des itinéraires vers le nord et l’est.
Abou Ahmed, 61 ans, raconte qu’il a passé la dernière guerre entre le Hezbollah pro-République islamique et Israël – entre octobre 2023 et novembre 2024 – à dormir sous une tente avec sa famille au pied des immeubles de luxe qui longent ce front de mer.
Cette fois, il a envoyé sa femme et ses enfants se mettre à l’abri à Damas, en Syrie voisine, et compte tout de même rentrer dormir chez lui, sur la route de l’aéroport, à proximité de la banlieue sud.
« Une question de chance »
Le ministre des Finances Bezalel Smotrich, en sa qualité de ministre délégué au ministère de la Défense, avait menacé jeudi la banlieue sud de Beyrouth – bastion du Hezbollah connu sous le nom de Dahiyeh -, de subir la même dévastation qu’Israël a infligée à Gaza depuis le début de la guerre contre le groupe terroriste palestinien du Hamas.
Cet avertissement a été adressé au lendemain de l’allocution du chef du Hezbollah, Naïm Qassem.
« À ceux qui demandent pourquoi ce moment précis, je leur demande : veut-on que nous patientions indéfiniment ? », a demandé Qassem.
« Le Hezbollah et sa résistance islamique répondent à l’agression israélo-américaine et c’est un droit légitime… Pour nous, il s’agit d’une défense existentielle. »
Qassem a également affirmé que la décision officielle prise en août par le gouvernement libanais de placer toutes les armes du pays, principalement celles du Hezbollah, sous le contrôle de l’État « était une grave erreur qui a affaibli la position de l’État libanais et légitimé la liberté d’agression d’Israël ».
« Tant qu’il y aura occupation [Israël], la résistance et les armes seront un droit », a-t-il ajouté.
« Je n’ai pas peur pour ma vie, car je suis seul. C’est une question de chance », dit Abou Ahmed, qui n’a connu que la guerre depuis son enfance.
Il avait 10 ans lorsque la guerre civile a éclaté au Liban, de 1975 à 1990.
« À quoi sert cette guerre ? » s’insurge-t-il.
Des embouteillages monstres se sont formés dès la publication de l’avertissement israélien aux abords de la banlieue sud, où vivent normalement entre 600 000 et 800 000 personnes.
Des images diffusées par les chaînes locales et sur les réseaux sociaux montrent des foules fuyant à pied, à moto ou en voiture.
Les déplacés partagent la même colère.
« La situation est très mauvaise, qu’est-ce que je dois expliquer de plus ! », s’écrie un autre homme qui, lui aussi, préfère taire son identité.
« La banlieue s’est presque vidée », a rapporté l’Agence nationale d’information (ANI).
Face à la fuite des habitants de la banlieue, l’organisme gouvernemental de gestion des catastrophes a appelé les déplacés à se diriger vers l’est et le nord du pays, car les centres d’accueil de la capitale sont saturés.
Des bureaux ont fermé précipitamment dans la capitale, renvoyant leurs employés chez eux.
« Le pays vit à nouveau un cauchemar. Mais aucun camp ne peut parvenir à une solution durable par la force », a déploré sur X la coordinatrice spéciale de l’ONU au Liban, Jeanine Hennis.
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