Eilat fait face à un déclin considérable du nombre de ses oiseaux migrateurs
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Des Aigrettes  au Centre international de recherche ornithologique d'Eilat. (Crédit : Noam Weiss/ IBRCE)
Des Aigrettes au Centre international de recherche ornithologique d'Eilat. (Crédit : Noam Weiss/ IBRCE)

Eilat fait face à un déclin considérable du nombre de ses oiseaux migrateurs

Destruction des habitats, pesticides, chasse, espèces invasives, éoliennes… ont des conséquences sur les populations d’oiseaux migrateurs mais les recherches manquent

Fascinés, des enfants se sont assis sur les épaules de leurs parents ou tentent de se hisser sur la pointe des pieds pour mieux apercevoir Noam Weiss en train de peser, de mesurer plusieurs petits oiseaux avant de leur accrocher une petite bague d’identification à la patte.

Les bénévoles du Centre international de recherche ornithologique d’Eilat ont placé, bien avant l’aurore, des filets pour attraper les oiseaux, plaçant chacun d’entre eux dans une petite poche en coton confortable avant de les amener au centre, où leur état de santé est inspecté et où ils sont bagués.

Là-bas, tenant délicatement chaque oiseau dans une main, Weiss, le directeur du Centre, écarte les plumes au niveau de l’estomac des oiseaux pour évaluer leur quantité de graisse ; il mesure le corps, les ailes et la queue des volatiles et les renverse dans un tube rattaché à une balance pour déterminer leur poids. Il dicte ensuite au bénévole, assis à côté de lui, les informations à intégrer dans la base de données du Centre, puis il replace avec précaution l’oiseau dans les mains de l’un des parents présents qui aura la charge de le libérer.

« Tenez-le avec douceur, comme ça », dit-il, plaçant la tête de l’oiseau entre l’index et le majeur de l’homme attentif, et refermant les autres doigts autour du corps de l’animal. « Ne le gardez pas ici, laissez-le partir », ajoute-t-il.

Les enfants s’agglutinent pour regarder une dernière fois la minuscule créature, interpellant leur père : « Abba (papa), est-ce que je peux le caresser ? » Le père ouvre alors la main et l’oiseau disparaît rapidement dans les broussailles avoisinantes.

La libération d’un oiseau qui a été bagué au Centre international d’ornithologie et de recherche à Eilat, le 22 mars 2020. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

Environ 75 000 oiseaux ont été bagués au parc au cours des huit dernières années. Les données réunies sont actuellement analysées par Weiss et l’un de ses collègues et, même si elles ne sont pas encore disponibles à la publication, les prévisions ne sont pas bonnes.

Selon Weiss, le nombre d’oiseaux qui traversent le territoire israélien pour migrer, l’hiver, en Afrique ou pour se rendre en Europe ou en Asie, pour la nidation, connaît « une baisse drastique ».

Weiss refuse de divulguer les détails de ses conclusions qu’il souhaite publier dans un journal peer-reviewed mais il remarque que si aucune espèce migratoire n’a augmenté en population, certaines connaissent un « déclin très significatif » – notamment celles qui migrent sur de longues distances, comme le Pouillot Fitis et le pie grièche-écorcheur, une espèce de passereau, dont la population a été réduite de moitié.

« Il s’agit principalement des oiseaux qui arrivent de l’extrême nord de l’Europe pour aller en Afrique », dit-il, évoquant les espèces déclinantes.

« On voit moins d’oiseaux arriver chaque année dans l’ensemble », continue-t-il. « Les oiseaux migrateurs disparaissent. Il y a une baisse drastique. On s’en rend particulièrement compte pendant les migrations de l’automne, lorsque les oiseaux partent pour passer l’hiver ailleurs ».

« L’image d’ensemble, à Eilat, n’est pas nécessairement la seule ou la principale à prendre en compte, mais elle s’inscrit dans une tendance qui se reflète également sur les sites de nidation, dans les zones où les oiseaux passent l’hiver ou dans les secteurs où ils s’arrêtent pendant le voyage ».

Un signe de ce déclin est que les oiseaux examinés sont en bonne santé et gras – ce qui indique qu’ils ne sont pas en concurrence pour l’alimentation.

« Ils sont trop peu nombreux à venir », déplore Weiss.

Noam Weiss, directeur du Centre international d’ornithologie et de recherche d’Eilat, le 22 mars 2020. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

Il y a probablement un prix à payer pour ces migrations en baisse, continue-t-il. « Les oiseaux offrent un grand nombre de services à l’écosystème. Ils pollinisent les fleurs, ils aident à répartir les graines, ils mangent des insectes parasites, ils sont nécrophages et nettoient ainsi leur environnement – et le nôtre – et ils fertilisent les terres. Chaque oiseau est unique dans les services qu’il fournit. Et si ces espèces disparaissent, les services qu’elles offrent disparaîtront, eux aussi », ajoute Weiss.

Que des déserts

Israël, qui est flanqué de vastes déserts à l’est de son territoire et de la mer Méditerranée à l’ouest, est une voie migratoire déterminante pour des centaines de millions d’oiseaux qui voyagent entre l’Europe, l’Asie et l’Afrique chaque automne et chaque printemps, notamment pour les oiseaux percheurs (de type passereau), pour les échassiers et les oiseaux de proie.

Plus d’un million de rapaces survolent chaque année le pays, dont la majorité sont des éperviers du Levant et des aigles de steppe, une espèce en péril. Il y a également des centaines de milliers de bondrées apivores et de buses variables.

Selon Ohad Hatzofe, écologiste spécialisé dans les oiseaux au sein de l’Autorité de la nature et des parcs israélienne, environ 550 espèces sont enregistrées au sein de l’État juif – une richesse qui est plus caractéristique des zones tropicales, sur une base de calcul par kilomètre. Sur ce chiffre, environ 120 ou 130 espèces vivent à l’année sur ces territoires ou viennent y nicher.

Pour se rendre sur les sites d’hivernage ou en revenir, les oiseaux des forêts doivent traverser les déserts du Sahara ou de Hejazi, ce qui représente une distance à parcourir de 3 000 kilomètres avec peu de moyens de s’alimenter. Ce qui signifie qu’Eilat est leur première ou leur dernière chance de pouvoir se nourrir avant – ou après – ce voyage de trois à quatre jours au-dessus de ces territoires hostiles.

Le secteur situé aux alentours d’Eilat était, dans le passé, un marais salant où les plantes offraient des fleurs au printemps et des fruits à l’automne, au moment-même où les oiseaux survolaient la zone. Mais avec l’élargissement de la station balnéaire, cet environnement propice et fertile a été remplacé par le développement urbain.

Des gens profitent de la plage dans la station balnéaire d’Eilat, le 6 novembre 2020. (Yossi Aloni/Flash90)

« Un marais salant est une forme de forêt magique », s’exclame Weiss. « Il ne dépend pas des chutes de pluie. Le sel, présent dans la terre, capture les petites moisissures qui se trouvent dans l’air ou dans les nappes phréatiques, et il y a de la végétation. Mais tout cela a totalement disparu ».

Le nouvel aéroport de Ramon – comme la majorité des importants projets de développement – a aussi des répercussions négatives. Un système anti-inondations construit autour de l’aéroport détourne les eaux de crue nourries par la pluie du fond des vallées, où elles abreuvaient autrefois la végétation sauvage, et de certaines parties du marais salant d’Evrona où de nombreux oiseaux migratoires ou du désert se nourrissent encore, pour les envoyer vers des canaux artificiels qui les rejettent à la mer.

L’élargissement des activités agricoles, dans la région, a renforcé les populations de certaines espèces d’oiseaux, celles qui peuvent se nourrir de presque tout, au détriment d’autres – dont le bec n’est adapté qu’à une seule type d’alimentation, et dont les ressources alimentaires sont actuellement remplacées par les récoltes cultivées.

L’agriculture est « l’ennemi numéro un de la conservation en Israël », déclare Hatzofe.

Il met en cause le détournement de l’eau pour l’irrigation au détriment de la nature, et l’assèchement des zones humides pour créer des champs qui permettront de « verdir » le désert du Negev, ainsi que la pratique de la monoculture (la culture d’un seul végétal), sans oublier l’usage des pesticides chimiques, qui sont toxiques pour le vivant.

Les environnements artificiels remplacent les environnements naturels

Le parc ornithologique d’Eilat, qui couvre une petite soixantaine d’hectares et qui a été installé dans une ancienne décharge en 1993, a été créé pour aider à compenser une partie de la perte d’habitat, offrant une oasis dense de fleurs, d’arbres fruitiers, d’insectes, de vie primitive et une couverture de végétation propice à de nombreuses espèces. Il présente, en outre, de multiples types d’habitats.

Vue aérienne du Parc de recherche ornithologique d’Eilat, dans le sud d’Israël. (Crédit : Dov Greenblat)

« Chaque oiseau a besoin de son fruit ou de son nectar spécifique à un moment donné », explique Weiss. « Et le parc combine les habitats de manière à pouvoir offrir une solution à tous ».

Les étangs offrent de l’eau et des lumières ou ombrages différents. Avec l’aide des eaux usées utilisées par une usine de dessalement, un marais salant a été recréé de toute pièce pour les fauvettes et des espèces rares de moineaux et de pie-grièches. Il y a un lac d’eau douce qui attire les oiseaux d’eau, les hérons, les martin-pêcheurs et les fauvettes, des marais peuplés par des flamants roses et des mouettes, des lits de roseaux pour les râles et les rousserolles et une forêt hébergeant une diversité d’espèces.

L’un des points d’eau du centre international de recherche ornithologique d’Eilat, le 22 mars 2020. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

Pour pouvoir suivre au mieux les oiseaux qui s’arrêtent sur le site, le parc en capture tous les matins au cours de la saison des migrations (elle s’étend du mois de mars au mois de mai et du mois d’août au mois de novembre) pour examiner leur état physique, établir des statistiques et les intégrer, avec d’autres détails, dans une banque de données, et pour les baguer de manière à pouvoir ensuite faire des comparaisons avec les chiffres des espèces qui reviendront en sens inverse.

Employé par la Société de protection de la nature en Israël, l’une des sept instances impliquées dans le parc, Weiss a débuté sa carrière au Centre en 2005 et il en est son directeur depuis sept ans.

Le marais salant au Centre international de recherche ornithologique d’Eilat, le 22 mars 2020. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

Grâce à son regarde acéré, il voit – et il semble être en mesure d’identifier – tout ce qui bouge en l’espace d’une seconde. Et, en cette matinée particulière, le principal point d’attraction est un guêpier aux couleurs vives.

Passionné des oiseaux depuis l’âge de 10 ans (« On tombe généralement amoureux des oiseaux entre l’âge de 10 et 15 ans », explique-t-il) Weiss considère que son défi principal est celui de parvenir à offrir autant d’habitats que possible aux espèces migratoires, mais aussi sédentaires. Sa méthode, pour s’attaquer à cette question, implique très largement la nécessité d’adapter les lieux créés par les hommes – en commençant par les jardins jusqu’aux bassins industriels.

Ce qui signifie souvent aller à la rencontre de la communauté pour sensibiliser sur l’importance et sur la valeur des oiseaux qui traversent le pays ou qui y vivent.

Noam Weiss, directeur du Centre international de recherche ornithologique à Eilat, tente d’identifier les oiseaux du parc, le 22 mars 2020. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

Avec environ 80 000 visiteurs annuels (le nombre enregistré avant que la pandémie de coronavirus ne s’abatte sur le pays), le Centre accueille des groupes scolaires et organise deux événements communautaires s’étendant sur deux jours, cinq fois par an.

‘L’hôtel à insectes’ du Centre international de recherche ornithologique à Eilat, tente d’identifier les oiseaux du parc, le 22 mars 2020. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

A ces occasions, le public peut découvrir les oiseaux et apprendre des astuces permettant de transformer les jardins individuels au profit des oiseaux migrateurs, en y plantant des espèces du pays, en utilisant moins de pesticides, en construisant des hôtels à insectes et en mettant à disposition des oiseaux de l’eau, des graines et des fruits – et en conservant les chats à l’intérieur des habitations pendant la saison de migration.

« Regardez donc la station de recyclage des eaux usées d’Eilat », s’exclame Weiss. Elle attire les cormorans, les canards, les hérons, les mouettes, les passereaux, les fauvettes et d’autres espèces encore.

« Pourquoi la compagnie des eaux d’Eilat s’intéresse-t-elle aux oiseaux ? Parce que tous ceux qui y travaillent sont venus ici pour assister à un événement ou à un autre. Il y a eu un changement spectaculaire au niveau de la mobilisation autour de cette question. Le résultat, c’est qu’il y a actuellement un projet en préparation qui nous implique mais qui implique aussi la compagnie des eaux, la société de protection de la nature israélienne et le ministère de la Protection environnementale qui va nous subventionner à hauteur de 100 000 shekels de manière à rendre les bassins d’eaux usés plus sûrs pour les oiseaux ».

« C’est l’opinion publique qui influence les décisionnaires », ajoute-t-il, citant une campagne de conservation de la nature qui s’était appuyée sur l’effort communautaire et qui était parvenue à convaincre le kibboutz Elot, situé à proximité, de renoncer à un accord avec l’entreprise française EDF Renouvelables qui prévoyait d’installer 13 éoliennes dans le secteur – ce qui aurait été désastreux pour les oiseaux en vol.

« Empêcher l’installation d’éoliennes sur le parcours des migrations est une bataille continuelle », poursuit-il.

La firme Melach Haaretz, qui fabrique du sel, a pour sa part supprimé tous les obstacles qui se situaient aux abords de ses bassins d’évaporation à Eilat et à Atlit, dans le nord d’Israël, en coopération avec la Société de protection de la nature et avec l’Autorité de la nature et des parcs israélienne. Ces bassins figurent parmi les dernières aires de repos offertes aux flamants roses et autres oiseaux d’eau en quête de cet habitat particulier, et les oiseaux peuvent être aperçus, là-bas, à partir de sites d’observation qui ont été installés sur le site.

Avec les agriculteurs du secteur, l’approche est différente. « Le profit des fermiers est médiocre », explique Weiss, « alors nous nous sommes intéressés à déterminer dans quelle mesure les oiseaux migratoires pouvaient devenir un atout. Plus de 90 % d’entre eux mangent des insectes, ce qui signifie qu’ils peuvent être un instrument de contrôle des parasites ».

Un projet de recherche et développement actuellement en cours au sein du ministère de l’Agriculture – il a commencé il y a un an – a établi qu’il y avait une corrélation statistique entre le nombre de pipits à gorge rousse et le nombre de ces insectes minuscules, les thrips, qui s’épanouissent dans les champs d’oignons, dit-il. Il s’est aussi avéré que les hirondelles étaient très friandes de mouches blanches qui s’attaquent aux champs de melon et de citrouilles.

Néanmoins, et pour que les oiseaux fassent leur travail, le Centre doit d’abord persuader les agriculteurs de réduire l’usage de pesticides chimiques.

Un Pipit à gorge rousse au Centre international de recherche ornithologique d’Eilat. (Crédit : Noam Weiss/ IBRCE)

Les personnels du Centre se sont rendus dans les kibboutzim voisins pour expliquer l’importance des oiseaux et pour encourager les habitants à se montrer plus amicaux envers eux, et l’instance coopère avec la marine pour construire des perchoirs et autres plateformes de nidation pour les oiseaux de mer – ces derniers ayant disparu après l’aménagement des plages touristiques.

Weiss conseille aussi l’Institut Arava d’études environnementales au kibboutz Ketura, à environ 50 kilomètres au nord d’Eilat, pour s’assurer qu’un jardin actuellement mis en place pour accueillir des espèces végétales en danger sera conçu en prenant également en compte les oiseaux.

Les complexités de la migration

Les scientifiques commencent tout juste à tenter de comprendre la dynamique complexe sous-jacente à la migration et la manière dont cette dernière évolue. Sur 10 000 espèces d’oiseaux dans le monde entier, selon les estimations (une étude, pour sa part, avance le chiffre de 18 000 espèces), environ 18 % d’entre elles migreraient, selon les conclusions tirées par les spécialistes.

La majorité des études, jusqu’à présent, ont reposé sur le décompte manuel des oiseaux dans les lieux de nidation à un moment donné, avec, dans une certaine mesure, les informations supplémentaires qui ont pu être transmises par le biais des oiseaux bagués.

Les dispositifs de suivi, des outils de géolocalisation, sont devenus suffisamment légers, depuis cinq ou six ans, pour être portés par les petits oiseaux et, de toute manière, ils servent à suivre les oiseaux individuels plutôt que les populations. Selon Nir Sapir, directeur de laboratoire au sein du département de biologie évolutionnaire et environnementale de l’université de Haïfa, il faudra encore dix à vingt ans avant de pouvoir réaliser des études comparées de modèles de vol sur la base des mesures enregistrées par les outils de géolocalisation.

L’équipe de Sapir utilise elle-même ces outils pour ses recherches qu’elle publiera bientôt et qui seront consacrées au martinet.

Par ailleurs, l’un des étudiants en doctorat de Sapir, Inbal Schekler, œuvre actuellement à comparer les données recueillies par les radars lors des migrations du printemps et de l’automne à deux endroits distincts du désert du Negev et les données qui avaient été enregistrées sur les mêmes sites, par le même radar, au début des années 1990. Les résultats de ce travail devraient être prêts dans environ un an.

Nir Sapir. (Autorisation)

Sapir n’a pas connaissance de données fiables sur la migration des oiseaux dans cette partie du monde.

Toutefois, des études précédentes – qui avaient utilisé les bagues d’identification des oiseaux, ou encore le décompte des espèces dans les lieux de migration – avaient déjà souligné un déclin survenant dans le nombre des espèces migratoires. « Les populations d’oiseaux migrateurs qui nichent dans les régions tempérées et qui passent l’hiver sous les tropiques ont déjà souffert de déclins, souvent importants, au cours des dernières décennies », avait estimé BirdLife International, une organisation de conservation des oiseaux internationale, en 2017.

Le plan de contrôle des oiseaux pan-européen a pour sa part déterminé que 71 % des espèces étudiées, qui se reproduisent en Europe et qui passent l’hiver en Afrique, ont vu leur population se réduire entre 1980 et 2009, même si de nombreuses espèces empruntent des itinéraires différents pour se rendre en Afrique.

Sapir cite une étude majeure qui a été publiée en 2019 et qui a été établie sur la base de décomptes manuels et de données radar. Elle conclut qu’un oiseau sur quatre a disparu, aux États-Unis, au cours des 50 dernières années – une baisse nette de près de trois milliards d’oiseaux par rapport aux chiffres enregistrés dans les années 1970. La vaste majorité des oiseaux disparus concerne 417 espèces migratoires et douze familles d’oiseaux, avec parmi elles les moineaux, les fauvettes, les merles et les pinsons.

Ces tendances pourraient être liées à une grande variété de phénomènes entraînés par la main humaine, avec la destruction des habitats, l’utilisation des pesticides qui tuent des insectes dont les oiseaux se nourriraient le cas échéant, la chasse, l’introduction d’espèces invasives et les obstacles créés par les hommes, comme les éoliennes et les lignes à haute-tension. Les lumières, la nuit, peuvent désorienter les oiseaux et les amener à s’écraser contre des tours. L’Autorité israélienne de la nature et des parcs analyse actuellement des données portant sur des oiseaux qui sont morts près des miroirs réfléchissants de l’usine d’énergie solaire d’Ashalim, dans le Negev.

Des recherches suggèrent qu’avec le réchauffement climatique qui rend plus habitable, pendant l’hiver, les régions du nord de l’Europe, certaines espèces restent à proximité de l’endroit où elles migrent ou, lorsqu’elles se déplacent, elles le font sur de plus petites distances.

La même étude suggère que les oiseaux parcourent dorénavant des distances de migration plus courtes ont un avantage : Ils peuvent mieux prédire l’arrivée anticipée du printemps – une autre conséquence du changement climatique – et ils peuvent ainsi trouver les meilleurs territoires pour la nidation et s’assurer d’un approvisionnement suffisant en insectes bien avant que les oiseaux, ayant fait des migrations plus éloignées, n’arrivent.

Un Gobemouche noir dans la réserve naturelle Wood of Cree Nature Reserve, près de Newton Stewart, Dumfries & Galloway, en Écosse. (Crédit : Mark Medcalf, uploaded by Snowmanradio, CC BY 2.0, Wikimedia Commons)

Un changement qui va dans les deux sens. Une étude a révélé que les populations de Gobemouche noir, un oiseau qui migre sur de longues distances, ont diminué d’environ 90 % en deux décennies parce que les oiseaux – qui sont évidemment « programmés » par d’autres facteurs, comme par leur horloge biologique – arrivaient trop tard pour trouver un approvisionnement alimentaire suffisant pour leurs nichées.

Hatzofe, de l’Autorité de la Nature et des parcs, met en garde toutefois contre les généralisations et il souligne que l’image d’ensemble est complexe et variée, en fonction notamment des espèces et des endroits. « Il est clair qu’il y a une extinction des espèces dans le monde entier », dit-il, « mais il n’y a pas une seule tendance pour autant ».

« Nous savons qu’il y a eu un déclin global des populations d’aigles des steppes depuis plusieurs années. Mais, dans le passé, les chiffres concernant les populations d’aigles pomarins avaient plongé après la catastrophe de Tchernobyl et elles se sont ensuite rétablies », ajoute-t-il.

Hatzofe dit avoir discuté avec l’armée de l’air du Milan noir, dont la population est passée, en quelques années, de 3 000 à 80 000, selon les estimations, et des cigognes noires, une espèce auparavant inconnue dans le pays – elles sont 2 000 aujourd’hui au sein de l’État juif.

Ces deux espèces ont trouvé dans l’agriculture et dans les exploitations piscicoles des ressources alimentaires précieuses et, avec une population en augmentation, elles posent aujourd’hui un danger pour les avions.

Une cigogne noire au Centre international de recherche ornithologique d’Eilat. (Crédit : Noam Weiss/ IBRCE)

« Ces chiffres signifient-ils que les populations de ces espèces ont augmenté dans le monde », s’interroge Hatzofe, « ou qu’au lieu d’aller en Afrique, elles restent en Israël ? Les cigognes noires, autrefois, traversaient le pays. Elles passent l’hiver maintenant ici, avant de retourner en Europe pour la reproduction ».

« La surpopulation d’espèces spécifiques est problématique », continue-t-il.

Noam Weiss et ses collègues sont en train d’écrire un plan-directeur pour mieux organiser l’arrêt, à Eilat et dans le sud d’Arava, des oiseaux migrateurs et ils coopèrent, en coulisses, avec leurs homologues jordaniens et palestiniens pour renforcer la préservation transfrontalière de la nature.

« Nous devons conserver des espaces ouverts et offrir des sites où les oiseaux peuvent faire escale », note Weiss. « Si, alors que nous sommes un tout petit pays, nous ne pouvons pas avoir d’impact sur l’empreinte carbone mondiale, alors il faut au moins que nous réussissions à gérer correctement ce corridor de migration et nos espèces sauvages ».

En attendant : une espèce d’oiseau a été observée pour la toute première fois en Israël au cours de ces derniers jours, selon le Jardin botanique de Jérusalem. Le héron chinois, commun en Asie de l’est, a été remarqué et photographié mardi, dans un bassin du jardin par Shahar Hizkiya, une passionnée d’ornithologie âgée de 16 ans, a noté le communiqué. Hizkiya avait été envoyée là-bas par le docteur Yoav Perlman, directeur des sciences au centre ornithologique d’Israël, qui avait eu l’information de l’arrivée de cet invité rare.

Un héron chinois observé en Israël pour la première fois, le 20 avril 2021, dans le jardin botanique de Jérusalem. (Crédit : Ori Fragman-Sapir / Jardin botanique de Jérusalem)
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