Eisenkot et Netanyahu revendiquent tous deux la victoire malgré l’impasse annoncée
Aucun des deux blocs n’a la majorité nécessaire pour former une coalition sans renier ses promesses électorales ; les partis appellent à attendre les résultats définitifs
Mardi soir, après l’annonce des résultats des sondages à la sortie des urnes, le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le chef du parti Yashar, Gadi Eisenkot, ont tous deux prononcé des discours de victoire, chacun s’engageant à former le prochain gouvernement, alors même que les chiffres indiquaient que le scrutin de la journée s’était soldé par une impasse.
Netanyahu semblait bénéficier d’un avantage : son parti, le Likud, était donné en tête avec 27 sièges dans les trois sondages à la sortie des urnes, devançant Yashar de cinq ou six sièges. Bien que les partis anti-Netanyahu aient été favoris face au bloc au pouvoir, ils ne pourront pas former de coalition à moins que plusieurs chefs de parti ne reviennent sur leur promesse de campagne de ne pas s’allier avec des partis dirigés par des Arabes.
Le bloc pro-Netanyahu n’a pas non plus atteint le nombre de sièges qu’il détient actuellement à la Knesset, obtenant 51 ou 52 sièges selon les différents sondages. Les résultats partiels du dépouillement ont porté ce chiffre à 57.
Plus d’un tiers des suffrages avaient été dépouillés mercredi matin, mais il faudra peut-être encore plusieurs jours avant que les résultats ne soient définitifs, les bulletins « à double enveloppe » des soldats de l’armée israélienne, des diplomates et d’autres personnes n’ayant pas voté dans leur bureau de vote attitré devant être comptabilisés en dernier.
Mercredi en milieu de soirée, le bloc de Netanyahu en comptait 53.
Eisenkot s’est adressé à ses partisans plus tôt dans la nuit, peu après que les premiers sondages à la sortie des urnes ont indiqué que les partis d’opposition dirigés par des Juifs avaient obtenu plus de sièges que le bloc pro-Netanyahu.
Il a insisté sur le fait que les Israéliens avaient voté pour le changement et contre la poursuite du règne de Netanyahu.
« Il s’agit encore des résultats des sondages à la sortie des urnes, et nous devons attendre le décompte final », a déclaré Eisenkot depuis le siège de son parti à Tel Aviv.
« Mais il est d’ores et déjà clair que ce soir, Netanyahu est confronté à une majorité sioniste, responsable, plus large et plus forte. »
« Le peuple a voté pour le changement. La coalition de l’échec a perdu la confiance du peuple. Le peuple israélien a voté contre le maintien de Netanyahu au poste de Premier ministre », a-t-il ajouté.
Peu après qu’il eut quitté la scène, la chaîne N12 a mis à jour son sondage à la sortie des urnes pour indiquer un avantage du bloc de Netanyahu (52 sièges) sur les partis d’opposition juifs (49 sièges). Les deux autres grands sondages à la sortie des urnes des chaînes de télévision prévoyaient une égalité à 51-51.
Eisenkot a appelé Netanyahu à « accepter le vote de défiance du peuple » et à se retirer de la vie politique, ajoutant qu’ « avec un taux de participation aussi élevé [77,7 %], organiser de nouvelles élections serait une erreur ».
« Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour former un gouvernement sioniste au service de tous », a-t-il déclaré, décrivant une telle coalition comme attachée au « service militaire universel » et au « démantèlement du Hamas », et précisant qu’elle devait « respecter et prendre en compte toutes les composantes de la société ».
S’adressant aux responsables des services de sécurité et de la fonction publique, Eisenkot les a exhortés à « servir uniquement le pays et les intérêts des citoyens israéliens ».
« L’ère de l’esquive, de l’échec et des mensonges est révolue », a-t-il ajouté.
« Nous avons montré qu’il ne s’agit pas de la victoire d’un camp sur un autre, mais d’une victoire pour l’ensemble du peuple d’Israël. »
Netanyahu : « Une majorité décisive… parmi la communauté sioniste »
Alors qu’Eisenkot s’est exprimé environ 30 minutes après la fermeture des bureaux de vote, à 22 heures, Netanyahu a attendu cinq heures avant de prendre la parole.
Montant sur scène après 3 heures du matin, heure locale, Netanyahu a affirmé que le bloc de droite avait remporté une nette majorité parmi les électeurs juifs et a déclaré qu’il s’emploierait à former le prochain gouvernement.
« Nous attendons toujours les résultats définitifs », a-t-il déclaré, tout en proclamant que « le Likud est le plus grand parti d’Israël ».
« Le bloc de droite dispose d’une majorité claire et décisive parmi le public sioniste… parmi la communauté juive et tous ceux qui soutiennent l’État », a-t-il déclaré, semblant ainsi écarter la minorité arabe d’Israël.
C’est pourquoi « nous avons besoin d’un gouvernement de droite, nationaliste et fort. C’est ce qu’il faut faire », a-t-il ajouté, sans pour autant proclamer explicitement sa victoire aux élections.
Il est impensable « de mettre Israël en danger et de former un gouvernement qui s’appuie sur des partis arabes antisionistes », a-t-il déclaré, « des partis qui s’opposent à notre existence même, qui considèrent le Hamas comme une organisation caritative, qui qualifient nos soldats de criminels de guerre ».
Netanyahu a également déclaré : « Israël est confronté à une occasion historique et unique, aux côtés de notre ami le président Trump… d’éliminer la menace iranienne une fois pour toutes. »
« Nous avons réussi à vaincre nos ennemis, et nous y parviendrons à l’avenir », a-t-il conclu.
Une opposition sioniste proclame sa victoire – sans majorité
Les dirigeants des petits partis ont eux aussi fait des déclarations catégoriques, alors que le résultat est encore incertain.
L’ancien Premier ministre Naftali Bennett – dont le parti Beyahad a remporté 12 sièges, selon les sondages à la sortie des urnes – a déclaré que Netanyahu avait perdu les élections.
« Le peuple d’Israël s’est exprimé haut et fort : Netanyahu a perdu, et le gouvernement du 7-Octobre va partir ! », a déclaré le dirigeant de Beyahad depuis le siège de son parti à Tel Aviv.
Bennett a reconnu que les résultats définitifs pourraient changer la donne, mais a indiqué que les dirigeants de l’opposition s’employaient déjà à former un gouvernement.
« Nous ferons tout, sans ego, pour former un gouvernement sioniste issu de l’alliance de ceux qui servent », a-t-il affirmé.
« Mettons-nous au travail. Nous avons un pays à reconstruire. »
Prenant la parole après Bennett, le numéro deux du parti et ancien Premier ministre, Yaïr Lapid, a déclaré qu’Israël avait été « sauvé » du règne de Netanyahu. Il a insisté sur le fait que l’opposition avait pour mandat de former le prochain gouvernement, bien que les sondages à la sortie des urnes ne montraient aucune majorité claire.
« La mission est claire : former un gouvernement sioniste. Il ne sera peut-être pas parfait dès le premier jour, mais nous le renforcerons avec le temps. Ce ne sera peut-être pas une large coalition dès le premier jour, mais nous l’élargirons avec le temps. »
Bennett et Lapid ont exclu tout gouvernement avec l’un ou l’autre des partis dirigés par des Arabes, y compris Raam, plus modéré, qui a répondu aux appels en faveur de la reconnaissance d’Israël en tant qu’État juif.
Le chef d’Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman, qui a pris des engagements de campagne similaires, a appelé à la patience en attendant les résultats définitifs, prédisant une forte progression de son parti grâce aux votes des soldats de Tsahal exprimés dans des « doubles enveloppes ».
S’adressant à ses partisans au siège électoral d’Yisrael Beytenu à Tel Aviv tard dans la nuit de mardi, Liberman a plaisanté en expliquant qu’il était en retard à cause d’un rendez-vous chez le médecin pour soigner son « tempérament explosif ».
« Nous devons tenir bon jusqu’à ce que nous voyions les résultats définitifs », a-t-il déclaré. « D’ici vendredi, nous aurons une image beaucoup plus claire, et bien plus optimiste que ce que nous voyons aujourd’hui. »
S’adressant aux membres du Likud, Liberman les a exhortés à lancer une « rébellion » et à faire défection du camp de Netanyahu afin de permettre la formation d’un « véritable » gouvernement de droite, affirmant que la coalition actuelle était composée « d’opportunistes égoïstes s’accrochant à leurs sièges ».
Yaïr Golan, chef du parti de gauche HaDemocratim, a déclaré que son groupe était « prêt à travailler avec tous nos partenaires » pour former un gouvernement.
Golan s’est ainsi démarqué des autres dirigeants des partis à majorité juive en se montrant ouvert à l’idée d’une collaboration avec le parti islamiste Raam, dirigé par Mansour Abbas.
« Le peuple nous a confié la mission de traduire en actes la confiance qu’il nous a accordée pour sauver Israël », a-t-il déclaré dans un discours prononcé mardi soir devant ses partisans.
« Le mandat que nous avons reçu du peuple est un ordre opérationnel visant à remettre le pays sur pied. »
Les partis dirigés par des Arabes célèbrent des résultats historiques
Au siège de la Liste arabe unie à Nazareth, le chef du parti, Youssef Jabareen, a déclaré à ses partisans que son parti « espère renvoyer chez eux Bibi [Netanyahu], [Bezalel] Smotrich et ce gouvernement aux mains ensanglantées ».
Jabareen a affirmé que les résultats des sondages à la sortie des urnes, qui indiquent un score record pour les partis dirigés par des Arabes, « ont prouvé que nous sommes une force politique qui ne peut être ignorée ».
Cette élection montre « qu’il est impossible de construire un avenir ici sans que notre voix soit entendue, quel que soit le scénario politique », a-t-il ajouté.
Il a promis que la Liste arabe unie « représentera notre communauté avec fierté et saura prendre des décisions responsables et fermes pour la protéger », en évoquant plusieurs préoccupations majeures, notamment la criminalité violente, la démolition de logements arabes par l’État et « le racisme dans tous les domaines de la vie ».
Le chef de Raam, Mansour Abbas, s’est également réjoui des résultats de son parti, déclarant à ses partisans : « Nous transformerons ce poids électoral en une force politique influente. »
« Nous sommes là – nous ne restons pas sur la touche », a-t-il ajouté.
S’adressant à Yoav Segalovitz, le député juif et haut responsable de la police qui a mené une campagne sans précédent en tant que numéro 2 sur la liste du parti, Abbas a ajouté en hébreu : « Cher ami courageux, tu es entré dans l’Histoire. »
Les implantations et la Torah ont « gagné »
Depuis le siège d’Otzma Yehudit à Modiin, le chef du parti, Itamar Ben Gvir, a mis en garde Netanyahu contre la formation d’un gouvernement d’union nationale avec Eisenkot dans un discours enflammé.
Il a déclaré à ses partisans : « Je suis fier de notre parcours et des réformes que nous avons promises et mises en œuvre pour la population », citant la législation sur la peine de mort, la démolition d’habitations bédouines construites illégalement dans le Néguev, ainsi que l’imposition de conditions de détention sévères aux prisonniers de sécurité, comme les principales mesures que son parti a menées à bien au sein du dernier gouvernement.
Il a dit avoir entendu des rumeurs « concernant un gouvernement d’union nationale avec Eisenkot », ce qui exclurait vraisemblablement Otzma Yehudit au profit de partis plus modérés, et a prévenu que ce serait « une terrible erreur ».
S’adressant à ses partisans au siège de son parti, HaTzionout HaDatit, le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, a rejeté les déclarations des dirigeants de l’opposition selon lesquelles les premiers sondages à la sortie des urnes marqueraient une défaite pour le bloc pro-Netanyahu.
« Nous ne vous laisserons pas faire la fête. Ils font la fête parce qu’ils pensent qu’ils parviendront à inverser le cours de notre révolution de l’expansion de la présence juive en Judée et en Samarie », a-t-il affirmé, utilisant le nom biblique de la Cisjordanie.
« Ils n’y parviendront pas. Des implantations juives verront le jour à Gaza. »
Au siège de Yahadout HaTorah, à Bnei Brak, le chef du parti, le député Yaakov Asher, a affirmé que « la Torah avait gagné ».
« Que ne nous ont-ils pas fait ? Ils nous ont menacés », a-t-il déclaré.
« Mais les chefs spirituels d’Israël ont gagné. La communauté haredi a répondu à l’appel de nos rabbins et de nos sages, malgré les tentatives visant à saper le lien et la connexion avec les principales autorités de la Torah de cette génération. La population nous a accordé sa confiance – et nous ne la décevrons pas. »
Asher a souligné que, les résultats n’étant pas encore tous connus, il était trop tôt « pour parler de négociations politiques ».
Le chef du parti Shas, Aryeh Deri, a décidé de ne pas s’exprimer mardi soir, déclarant qu’il attendait « les résultats réellement définitifs » après des sondages à la sortie des urnes décevants.
« Les résultats des sondages à la sortie des urnes présentent des écarts importants, nous devrons donc attendre les résultats définitifs », a-t-il indiqué dans un communiqué, après que les sondages ont prédit que le parti obtiendrait six ou sept sièges, contre onze actuellement.
« D’après les données dont je dispose, Shas obtiendra un très bon résultat qui reflétera l’énorme travail accompli sur le terrain. »
L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.
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