Eisenkot : Netanyahu m’a demandé, en ma qualité de chef de Tsahal, d’ordonner aux troupes de se réfugier dans des bunkers situés dans la zone où son fils servait

Le chef du parti Yashar dit avoir rejeté cette 'demande étrange', qu'il met en lien avec les informations récentes selon lesquelles l'épouse du Premier ministre ferait pression pour obtenir une protection à vie assurée par le Shin Bet

Gadi Eisenkot, chef du parti Yashar, interviewé dans le journal télévisé de la chaîne N12, le 15 juillet 2026. (Crédit : Capture d'écran/N12)

Le chef du parti Yashar, Gadi Eisenkot, a indiqué qu’alors qu’il occupait le poste de chef d’état-major de l’armée israélienne, le Premier ministre Benjamin Netanyahu l’avait convoqué d’urgence à sa résidence pour lui demander de faire entrer le personnel militaire d’un secteur spécifique du plateau du Golan dans des bunkers souterrains.

Mercredi, lors d’une interview télévisée, Eisenkot, dont le parti Yashar devance le Likud de Netanyahu dans plusieurs sondages récents, a déclaré qu’il n’avait compris la raison de cette demande qu’après s’être penché sur la question : l’un des fils de Netanyahu servait en effet dans ce secteur.

Eisenkot a occupé le poste de chef d’état-major de Tsahal de 2015 à 2019, et Avner, le fils de Netanyahu, a servi au sein d’une unité de renseignement sur le terrain de 2014 à 2017.

« Cela m’a semblé être une demande étrange », a souligné Eisenkot à la chaîne N12 News, ajoutant qu’il avait dit à Netanyahu : « Il y a un risque constant pour les civils, pour les soldats, mais ce n’est pas la bonne chose à faire. »

L’ancien chef d’état-major a expliqué que lorsque Netanyahu a tenté d’insister sur cette demande, il a compris qu’il y avait « un problème familial qui le stressait » et que « quelque chose de complètement fou se passait autour de lui ».

Il a toutefois précisé avoir refusé cette demande, au grand dam du Premier ministre, car les inquiétudes de ce dernier n’étaient pas fondées.

De gauche à droite : Avner, Sara, Benjamin et Yaïr Netanyahu en vacances, sur le plateau du Golan, le 23 avril 2019. (Crédit : Bureau du Premier ministre)

Eisenkot a déclaré que cet incident mettait en lumière les événements récents au cours desquels l’épouse de Netanyahu, Sara, avait appelé le chef de l’agence de sécurité intérieure du Shin Bet, David Zini, pour demander une protection à vie pour elle-même et pour le Premier ministre. Dans un reportage distinct diffusé mercredi, la chaîne N12 a indiqué qu’il avait été décidé de prolonger la protection de Sara Netanyahu et des deux fils du couple pour au moins cinq ans, malgré l’opposition des responsables professionnels de l’agence de sécurité.

Cette décision aurait été prise après que les médias israéliens ont rapporté, mardi, que le Premier ministre et son épouse exerçaient de fortes pressions sur les responsables du Shin Bet et du Conseil de sécurité nationale (NSC) pour qu’ils approuvent cette demande, en arguant que la guerre contre la République islamique d’Iran et d’autres développements en matière de sécurité justifiaient la prolongation de cette protection.

Netanyahu, qui bénéficie lui-même d’une protection garantie pour les vingt prochaines années, aurait cherché à ce que cette prolongation prenne effet immédiatement, quel que soit le résultat des prochaines élections.

Toutefois, les responsables du NSC et du Shin Bet auraient manifesté des réticences face à cette initiative ; selon certaines sources, s’ils reconnaissent la gravité des menaces potentielles, ils ne voient aucune raison de se prononcer dès à présent sur les dispositions de sécurité pour les cinq prochaines années.

Le directeur de l’agence de sécurité intérieure du Shin Bet, David Zini, au cimetière militaire du mont Herzl, à Jérusalem lors de Yom HaZikaron, le 21 avril 2026. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

Le bureau du Premier ministre a démenti ces informations, tandis que le NSC et le Shin Bet ont refusé de commenter.

Eisenkot a également dit être « très préoccupé » par les informations selon lesquelles Zini aurait répondu à l’appel téléphonique de Sara Netanyahu ; il a qualifié cet incident de « très grave » et a ajouté : « Les tentatives visant à influencer le chef du Shin Bet par l’intermédiaire de membres de sa famille, de proches de sa famille, de commentateurs ou de porte-parole des médias… C’est une situation complètement insensée. »

L’ancien chef d’état-major de Tsahal a également vivement critiqué les récentes déclarations de Zini, qui affirmait que sa loyauté allait aux élus et non à l’État, et a déclaré qu’une telle personne devrait être licenciée.

« Si le chef d’une agence de sécurité estime qu’il doit une loyauté personnelle et agit en conséquence, il devrait rendre son mandat et partir… Quiconque n’est pas loyal envers l’État et dont les actions ne sont pas conformes à la loi sera tenu de rendre son mandat et de rentrer chez lui. Et s’il ne le fait pas, nous le renverrons chez lui. »

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