David Zini affirme avoir accepté son poste par « loyauté » à l’égard des dirigeants élus
Des propos qui ont fait bondir Yoram Cohen, lui-même ancien chef du Shin Bet, et le président du parti des Démocrates, Yair Golan, qui ont rappelé que la seule loyauté de l’agence allait "à l’État d’Israël"
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Le chef du Shin Bet, David Zini, a expliqué mardi qu’il avait accepté son poste en raison de sa capacité à faire preuve de « loyauté à l’égard des responsables élus » – affirmant toutefois qu’il apportait son propre programme à cette fonction. Il a aussi critiqué le système judiciaire israélien avec vivacité.
Des enregistrements, qui ont été diffusés pour la première fois par le site internet d’information i24news, ont montré Zini — qui a pris ses fonctions en octobre 2025 — s’exprimant lors d’un événement qui a eu lieu mardi. Des extraits de ce discours ont ensuite été diffusés par le Shin Bet.
Dans ces enregistrements, Zini explique avoir accepté ce poste car « j’avais le sentiment d’avoir de bonnes qualifications, peut-être même plus que d’autres, avec cette capacité à conserver ma loyauté à l’égard des responsables élus et ce, indépendamment des opinions qu’ils défendent ».
Des propos qui ont fait bondir Yoram Cohen, l’un des anciens dirigeants de l’agence de sécurité – qui a aussi estimé que l’auto-évaluation, de la part de Zini, des qualités qui lui auraient valu son poste était « inquiétante ». »
« La loyauté exclusive du chef d’une instance de sécurité – c’est le cas également pour tout titulaire d’une fonction publique – doit aller avant tout à l’État d’Israël, à ses lois et à ses citoyens », a écrit Cohen dans un post publié sur le réseau social X.
Le chef du parti des Démocrates, Yair Golan, a pour sa part dénoncé « l’une des déclarations les plus dangereuses jamais entendues » de la part du chef d’une agence de sécurité.
« Le chef du Shin Bet est censé n’être loyal qu’envers l’État d’Israël, sa sécurité et la loi. Point barre », a noté Golan sur X. « Ceux qui prennent leurs fonctions avec un programme politique, en déclarant que leur travail consiste à servir le gouvernement et non l’État, représentent un danger pour la sécurité de l’État », a affirmé Golan, qui est ancien chef d’état-major adjoint de l’armée israélienne.
Dans sa prise de parole qui, selon le site d’information Ynet, a eu lieu à l’Institut Argaman, un think tank conservateur, Zini a aussi parlé de son nouveau travail avec enthousiasme.
« J’observe la guerre, je siège au Conseil des ministres, j’observe la manière dont les ministères contribuent à l’effort de guerre, et je vous le dis, c’est miraculeux », s’est-il exclamé.
« J’ai une vision du monde, je ne suis pas une marionnette ballottée par le vent », a affirmé Zini. « J’ai un programme, je veux le faire avancer — c’est ma responsabilité. C’est mon travail. Je dois être la locomotive. D’un autre côté, je dois faire preuve de modestie à l’égard des élus. A un moment donné, je pourrais devenir le dernier wagon du train — ‘Dites-moi où nous allons’, » a-t-il commenté.
Selon i24news, Zini a également tenu des propos désobligeants à l’égard des avocats et du système judiciaire israélien, expliquant : « Regardez combien nous avons d’avocats… et c’est de là d’où émergent des monstres qui portent atteinte aux droits de l’Homme, aux droits des individus, à la croissance, à l’économie, à la prospérité, à la sécurité nationale — dans tous les domaines imaginables ».
Zini aurait accusé les avocats de « porter atteinte aux individus et de les piétiner au nom de toutes sortes de procédures et de réglementations. Avec tout le respect que je dois aux avocats et aux professionnels du droit, en reconnaissant leur importance, il n’empêche qu’ils ne sont qu’un outil ».
« Je ne parle pas du ministère de la Justice », a-t-il ajouté, provoquant quelques applaudissements épars.
Zini a indiqué que « c’est de là dont une partie de nos difficultés sont provenues avant Simhat Torah », faisant référence au pogrom commis par le Hamas dans le sud d’Israël, le 7 octobre 2023.
« Nous avons longtemps confondu l’essentiel avec les détails techniques, alors que les deux sont importants. Pour ceux qui comprennent l’essentiel, qui croient à l’essentiel, les petits détails sont plus importants. Et pour ceux qui ne se soucient pas des petits détails, les grandes choses n’ont probablement pas vraiment d’importance non plus », a-t-il déclaré.
Terroristes juifs présumés
Par ailleurs, le journal Haaretz a fait savoir, dans la journée de mardi, que Zini envisageait de démettre de ses fonctions le chef du service des enquêtes du Shin Bet en raison du traitement réservé aux terroristes juifs présumés.
Des sources ont confié au quotidien que Zini et ses collaborateurs avaient récemment critiqué un « manque de proportionnalité » dans la manière dont les enquêteurs du département traitent, semble-t-il, les suspects.
Selon Haaretz, alors que la pratique de la détention administrative a été abandonnée s’agissant des terroristes juifs présumés, l’agence empêche dorénavant ces derniers de rencontrer leurs avocats – ce qui constitue l’un des derniers moyens dont elle dispose. Ce qui a été dénoncé avec véhémence par les députés de la droite de l’échiquier politique.
L’article a aussi indiqué que Zini et ses proches, au sein du Shin Bet, prenaient fréquemment un certain plaisir à rabaisser les chefs des différents départements de l’agence, utilisant un minuteur lors des réunions pour s’assurer qu’ils ne parlent pas trop longtemps.
Une source au sein du ministère de la Défense a confié à Haaretz que la volonté de remplacer le chef du service des investigations était due au fait qu’il avait été un allié, dans le passé, du prédécesseur immédiat de Zini, Ronen Bar.
Selon certaines sources, Zini minimiserait souvent les violences commises par les partisans du mouvement pro-implantations, évoquant des « frictions ».
Les attaques lancées par les extrémistes juifs à l’encontre des Palestiniens de Cisjordanie – avec notamment des homicides – sont en hausse depuis des mois. Si elles font l’objet de signalements quotidiens, elles n’ont que rarement donné lieu à des poursuites.
Mardi également, Haaretz a indiqué que Zini avait demandé à la procureure générale Gali Baharav-Miara de réexaminer le positionnement du Shin Bet – qui avait été soumis avant son arrivée à sa fonction – concernant le parti kahaniste « Israël, juif, fort et complet ».
Ce parti d’extrême droite a été exclu le mois dernier de la course électorale à la lumière d’informations qui ont été fournies par l’agence, a précisé l’article.
Ainsi, selon Haaretz, le Shin Bet a averti que le parti était dirigé par les extrémistes de droite Baruch Marzel et Michael Ben Ari – deux militants de premier plan au sein du parti Kach avant que ce dernier ne soit officiellement dissous en 1994, après que le gouvernement l’a inscrit sur la liste noire des groupes terroristes.
Ben Ari et Marzel éont figuré parmi les membres fondateurs du parti d’extrême droite Otzma Yehudit, qui est aujourd’hui placé sous la houlette du ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir.
Ben Ari avait été déclaré inéligible par la Haute Cour de justice avant les élections du mois d’avril 2019 en raison de ses incitations répétées à la haine contre les Arabes. Marzel, pour sa part, avait pris la tête du parti Kach après l’assassinat de son fondateur en 1990. Depuis, il est resté connu pour poursuivre l’objectif d’obliger les citoyens arabes d’Israël à quitter le pays.
Une nomination dénoncée devant la Haute Cour
La désignation de Zini au poste de chef du Shin Bet a entraîné la controverse. Des personnalités et des groupes se sont tournés vers la Haute Cour pour demander qu’il soit déclaré inéligible à ce poste, arguant qu’il n’était pas apte à l’assumer.
Un groupe d’anciens chefs du Shin Bet a appelé le prestigieux tribunal à intervenir dans cette nomination, affirmant que Zini manquait d’expérience pertinente et s’inquiétant de ses convictions religieuses et politiques « messianiques », ont-ils dit. Les recours ont finalement été rejetés par les juges.
Au mois d’avril, Zini a ordonné le démantèlement d’un mémorial artisanal qui avait été érigé à l’entrée du siège de l’agence de renseignement, à Tel Aviv – mémorial qui rendait hommage à ses employés tués lors du pogrom du 7 octobre. Un proche a confié, dimanche, que Zini avait justifié cette décision en affirmant que « de l’eau a coulé sous les ponts depuis ».
Il aurait également, selon certaines sources, ordonné l’annulation d’un événement qui était prévu dans le cadre du Mois des fiertés au sein de l’agence de sécurité. Il aurait bloqué une série d’initiatives entreprises dans ce contexte, mettant ainsi fin de fait au groupe qui réunissait les employés LGBTQ de l’organisation.
Avant de le placer à la direction du Shin Bet, le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait, semble-t-il, refusé de nommer Zini au poste de secrétaire militaire, déclarant à ses proches après l’avoir interrogé qu’il était « trop messianique ».
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