Eisenkot promet d’exploiter rapidement sa majorité à la Knesset contre le « gouvernement du 7-Octobre »

Le chef de Yashar se dit prêt à s'allier à tout député acceptant ses conditions pour former un gouvernement sioniste : conscription universelle, reconnaissance d'Israël comme État juif et désignation du Hamas comme groupe terroriste

Gadi Eisenkot, chef du parti Yashar, aux côtés de membres de son parti au siège électoral du parti à Tel Aviv, après la fermeture des bureaux de vote et la publication des résultats des sondages à la sortie des urnes, le soir des élections législatives israéliennes, le 28 octobre 2026. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Le chef du parti Yashar, Gadi Eisenkot, s’est engagé samedi à mettre rapidement à profit la majorité parlementaire de la nouvelle Knesset, affirmant que les Israéliens avaient voté de manière décisive contre le gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu lors des élections de la semaine dernière.

Les partis anti-Netanyahu ont remporté 67 des 120 sièges de la Knesset, mais les partis sionistes anti-Netanyahu n’en ont obtenu que 48. Les 19 autres sièges reviennent à deux partis arabes, ce qui complique la voie vers le poste de Premier ministre pour le candidat Eisenkot, tout en laissant Netanyahu, dont la coalition sortante a remporté 53 sièges, également incapable de former un gouvernement majoritaire.

« Quelle que soit la manière dont on examine les chiffres, une majorité de citoyens israéliens, avec une marge de plus d’un demi-million de voix, a voté contre le gouvernement du 7-Octobre et contre les réfractaires au service militaire, et en faveur du changement », a déclaré Eisenkot dans un communiqué. Il s’est engagé à faire avancer sans délai un projet de loi visant à créer une commission d’enquête nationale sur les défaillances qui ont conduit au pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, à instaurer le service militaire obligatoire pour tous les Israéliens et à abroger les lois controversées sur la refonte du système judiciaire adoptées par le gouvernement sortant.

« Ne laissez personne vous induire en erreur : en Israël, c’est la Knesset qui accorde sa confiance au gouvernement, et non l’inverse », a-t-il souligné, affirmant que les résultats des élections sont clairs, « même si certains s’efforcent de semer le doute ».

Ses propos interviennent alors que Netanyahu et ses alliés ont remis en cause les résultats des élections de mardi en invoquant des allégations infondées d’ingérence étrangère, après avoir perdu leur majorité parlementaire.

Alors que des informations laissent entendre que Netanyahu pourrait déclencher une guerre contre la République islamique d’Iran pour prolonger son emprise sur le pouvoir, le général Eisenkot a averti que, jusqu’à la prestation de serment d’un nouveau gouvernement, il ne soutiendrait les opérations militaires « que dans les cas impliquant des menaces directes et immédiates contre Israël qui ne peuvent attendre ».

Le Premier ministre israélien et chef du Likud, Benjamin Netanyahu, au siège électoral du parti à Binyanei HaUma (Centre de conventions internationales de Jérusalem), à Jérusalem, au lendemain des élections législatives israéliennes, dans la nuit du 28 octobre 2026. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

Une nouvelle vague de combats contre la République islamique d’Iran entraînerait probablement des tirs de missiles en représailles contre Israël, ce qui entraverait les tentatives de formation d’une nouvelle coalition ou de passation du pouvoir à un nouveau gouvernement.

Eisenkot a également réaffirmé son objectif de former un « gouvernement sioniste d’État » de large coalition, déclarant que tout député prêt à accepter ses conditions de longue date « est un partenaire potentiel », tout en soulignant la nécessité d’un « effort extraordinaire » pour éviter de nouvelles élections et « une énième crise politique prolongée ». Il laisse ainsi entrevoir une volonté potentielle de coopérer avec les partis arabes et d’éventuels députés dissidents issus des membres actuels de la coalition.

Eisenkot a énuméré ces conditions comme suit : la reconnaissance d’Israël en tant qu’État juif, démocratique, libéral et égalitaire ; l’engagement envers les valeurs énoncées dans la Déclaration d’indépendance du pays ; le service national obligatoire pour tous les citoyens, qu’il soit militaire ou civil ; et la reconnaissance du Hamas comme organisation terroriste, ainsi que la nécessité de détruire ses capacités militaires et de gouvernance dans la bande de Gaza.

« La porte du gouvernement que nous mettrons en place est ouverte à tout élu qui accepte ces principes », a-t-il déclaré.

Les élections ont vu l’opposition remporter 67 sièges contre 53 pour la coalition. Cependant, ces 67 sièges se répartissent entre 48 sièges pour les partis sionistes et 19 sièges pour les partis arabes non sionistes, avec lesquels la plupart des dirigeants des partis d’opposition juifs ont précédemment déclaré qu’ils ne coopéreraient pas. Le Likud de Netanyahu a remporté 27 sièges, tandis que le parti Yashar d’Eisenkot est arrivé en deuxième position avec 21 sièges, ce qui ne permet à aucun des deux blocs d’atteindre clairement la majorité requise de 61 sièges.

Le parti Yashar d’Eisenkot a déclaré dans un communiqué que des membres du parti avaient reçu, au cours de la journée, des appels téléphoniques de ministres et de parlementaires du Likud de Netanyahu. Le communiqué cite notamment le ministre de l’Éducation, Yoav Kisch, et le vice-ministre au sein du cabinet du Premier ministre, Almog Cohen, parmi ceux qui auraient cherché à les contacter.

« Il règne manifestement une certaine hystérie au sein du Likud », indique le communiqué, faisant apparemment référence aux efforts déployés par le parti au pouvoir pour faire pression sur les membres des partis anti-Netanyahu afin qu’ils changent de camp et lui permettent ainsi d’obtenir la majorité.

Cohen a rapidement rejeté ces allégations, affirmant dans un communiqué qu’il n’avait parlé à aucun membre de Yashar et que ces allégations relevaient de « fausses informations ».

Réunions de l’opposition

Un peu plus tôt, Yaïr Lapid, numéro 2 du parti Beyahad, a déclaré avoir rencontré Eisenkot ; il s’agissait de la première rencontre officielle entre les deux hommes depuis les élections de la semaine dernière.

Lapid a indiqué qu’ils avaient discuté des résultats des élections et de la coordination de leurs actions, « animés par une volonté commune de respecter la volonté des électeurs ».

Parallèlement, Avigdor Liberman, le chef du parti d’opposition Yisrael Beytenu, a affirmé avoir reçu plusieurs demandes pour occuper le poste de président de la Knesset, sans préciser de qui elles provenaient.

Avigdor Liberman, chef d’Yisrael Beytenu, au siège électoral du parti, à Tel Aviv, le soir des élections, le 27 octobre 2026. (Crédit : Tal Gal/Flash90)

« Les malfaiteurs ne se reposent pas un seul instant », a écrit Liberman sur le réseau social X.

« J’ai reçu pas mal de demandes me proposant de revendiquer le poste de président de la Knesset. Je n’ai ni le désir ni l’intention d’être président de la Knesset. »

Un message qui a fait suite à un reportage diffusé vendredi à la télévision israélienne, selon lequel des personnalités de l’opposition prévoiraient de destituer le président de la Knesset, Amir Ohana (Likud), lors de la prestation de serment du Parlement, le 10 novembre.

Ahmad Tibi, député arabe de longue date et numéro 2 de l’alliance de la Liste arabe unie, a déclaré que son parti était prêt à soutenir les partis sionistes anti-Netanyahu pour former un gouvernement destiné à remplacer la coalition sortante, mais a souligné qu’il ne souhaitait pas faire partie du gouvernement lui-même.

Le parti de Tibi a remporté onze sièges ; l’autre parti arabe en lice, Raam, en a remporté huit. Ensemble, ils disposent de suffisamment de sièges pour donner à l’un ou l’autre bloc une majorité claire.

Du côté de la coalition sortante, les députés de la faction ultra-orthodoxe Degel Hatorah, au sein du parti Yahadout HaTorah, devaient rencontrer leurs chefs spirituels, les rabbins Dov Lando et Moshe Hirsch, samedi soir, selon la presse israélienne.

Bien que cette rencontre ait été officiellement présentée comme une simple rencontre de courtoisie, elle a fait suite à des informations parues vendredi selon lesquelles des personnalités de ce parti envisageraient d’apporter leur soutien à un gouvernement minoritaire dirigé par Eisenkot sans pour autant rejoindre officiellement sa coalition.

Avec l’autre faction qui le compose, Agoudat HaTorah, le parti Yahadout HaTorah a remporté sept sièges lors des élections.

Consultations de Herzog mercredi

Le président Isaac Herzog entamera mercredi une série de rencontres avec les représentants des partis politiques. Ceux-ci lui feront part du candidat qu’ils soutiennent pour tenter de former un gouvernement.

Ces rencontres se dérouleront à la résidence présidentielle de Jérusalem et seront retransmises en direct, selon le journal Haaretz. En fonction de la durée de ce processus, le candidat désigné par Herzog pour former un gouvernement en premier commencera ses démarches dès le week-end prochain ou au début de la semaine suivante, estime l’article.

Les discussions avec Herzog débuteront après que le président de la commission centrale électorale (CCE), le juge de la Cour suprême Noam Sohlberg, aura officiellement communiqué à Herzog les résultats des élections, également ce mercredi.

Le président Isaac Herzog et son épouse Michal déposant leur bulletin de vote dans un bureau de vote, à Jérusalem, lors des élections, le 27 octobre 2026. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

En tant que président, Herzog est habilité à choisir qui aura la première chance de former un gouvernement. Netanyahu et Eisenkot ont tous deux promis qu’ils tenteraient de former le prochain gouvernement.

Bien que la loi l’oblige à consulter les chefs de tous les partis représentés à la Knesset avant de prendre sa décision, les présidents ont historiquement souvent choisi de donner la priorité au chef de la plus grande formation, en l’occurrence le Likud. Cependant, le critère le plus important est de savoir quel député obtiendra le plus grand nombre de recommandations de la part de ses collègues pour devenir Premier ministre.

Quelle que soit la personne choisie par le président, le chef de ce parti disposera de 28 jours pour former un gouvernement et pourra demander un délai supplémentaire de 14 jours s’il estime avoir besoin de plus de temps pour finaliser une coalition.

Si ces efforts échouent, Herzog peut confier le mandat de former une coalition à un autre candidat, qui disposera alors de 28 jours pour former un gouvernement, sans possibilité de prolongation.

À défaut, il reste une dernière chance de former un gouvernement : une majorité de 61 députés pourrait recommander au président un autre candidat pour tenter de former un gouvernement, avec un délai maximal de 14 jours pour mener à bien cette mission. Si cela ne fonctionnait pas, de nouvelles élections seraient organisées.

L’élection de mardi a eu lieu quatre ans après la fin d’une période de quatre ans au cours de laquelle Israël s’est rendu aux urnes à cinq reprises, les quatre premières élections n’ayant pas permis de former des gouvernements stables.

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