Le hameau palestinien délabré d’Umm al-Khair, qui est situé dans le secteur des collines du sud d’Hébron, en Cisjordanie, est en proie aux difficultés et à l’adversité.
Depuis le mois d’octobre, le village est sous le coup d’un ordre de démolition concernant plus d’une dizaine de ses bâtiments. Au mois de juillet dernier, Awdah Hathaleen, militant pour la paix, qui était l’un des habitants les plus en vue du village, a été abattu, vraisemblablement par un partisan du mouvement pro-implantations israélien qui vivait dans le secteur.
La quiétude du hameau a de nouveau été troublée, lundi, quand l’armée et la police ont empêché des militants israéliens luttant pour la coexistence de planter des arbres – un événement qui avait été annoncé et organisé au préalable. Un incident qui illustre les « défis toujours plus grands », disent les habitants, qui leur sont imposés par les extrémistes juifs qui vivent à proximité et par les services de sécurité israéliens – des défis qui menacent l’existence quotidienne des villageois bien au-delà des tragédies et des épreuves qui font généralement la Une des médias.
Parmi ces difficultés qui surviennent chaque jour, les actes de harcèlement et d’intimidation permanents des extrémistes juifs, qui n’hésitent pas à s’aventurer au sein de ce village dont les résidents vivent dans la pauvreté. Les Palestiniens disent lutter également pour parvenir à conserver les activités agricoles qui leur permettent de vivre et de se nourrir. Autre combat, ce terrain de football à destination des enfants dont les Israéliens réclament la disparition.
« Tout est matière à perturbation, ici », déplore Khalil Hathaleen, le frère du militant assassiné, auprès du Times of Israel. Il se plaint du harcèlement constant des partisans du mouvement pro-implantation et des services de sécurité lorsqu’il emmène paître ses moutons et ses chèvres. Il ajoute : « Ils ne laissent pas une minute de bonheur aux enfants. Ils rendent la vie très difficile à tout le monde ».
C’est l’organisation Rabbi for Human Rights qui avait eu l’idée de planter des arbres à l’occasion de la fête juive de Tou Bichvat, qui célèbre le nouvel an des arbres. Ce genre de cérémonie est traditionnellement organisé en Israël.
Environ 150 oliviers avaient été déracinés par des extrémistes juifs résidant dans le secteur et par les forces de sécurité sur les terres d’Umm al-Khair au mois d’octobre 2025 – et les arbres qui devaient être plantés, lundi, devaient servir à les remplacer, une façon de réparer un peu les dégâts, avec pour objectif d’en planter 300 en totalité.
Mais peu après l’arrivée d’une trentaine de bénévoles de l’organisation Rabbis for Human Rights dans le hameau, des soldats de Tsahal ont fait leur entrée dans le village. Ils ont ordonné aux militants de mettre un terme à leurs activités.
Un officier de l’armée israélienne et deux autres militaires, qui avaient tous les trois le visage masqué, ont informé les militants qu’un ordre de zone militaire fermée avait été imposé à l’ensemble du village pendant 24 heures par le commandant de la brigade régionale de Judée, au sein de l’armée israélienne – ce qui impliquait que tous les non-résidents étaient tenus de quitter les lieux.
Une unité de la police est également arrivée dans le hameau pour faire respecter l’ordre.
Les habitants d’Umm al-Khair qui accompagnaient les bénévoles ont affirmé que ce sont des partisans du mouvement pro-implantations qui ont appelé les militaires afin d’interrompre la plantation des nouveaux oliviers, une affirmation qui n’a pas pu être vérifiée. Ces Israéliens vivent actuellement dans des habitations qui ont été illégalement construites, à quelques mètres du hameau.
Au cours de la saison de la récolte des olives, l’année dernière, des ordonnances de zone militaires fermée avaient régulièrement été utilisées pour entraver les activités des agriculteurs palestiniens, empêchant ces derniers, ainsi que les militants pour la paix israéliens ou internationaux, d’accéder aux arbres. Dans au moins un cas, les responsables d’une implantation israélienne avaient confirmé qu’en effet, les résidents de l’avant-poste avaient demandé l’arrêt de ces activités – qui s’apparentaient à « une manifestation illégale, » avaient-ils affirmé.
Sollicitée par le Times of Israel – qui souhaitait l’interroger sur la raison qui avait motivé l’émission de l’ordonnance de « zone militaire fermée » à l’occasion de Tou Bichvat, ainsi que sur les masques qui étaient portés par les soldats – Tsahal a refusé de répondre à nos questions.
Tsahal affirme généralement que ces ordres sont émis pour garantir la sécurité des locaux, affirmant que les activités des bénévoles entraînent souvent des « frictions », en référence aux violences qui surviennent quand les extrémistes juifs se heurtent aux Palestiniens et aux militants pour la paix. Des tensions qui sont souvent exacerbées quand les Palestiniens et les activistes pénètrent dans des oliveraies qui peuvent s’étendre au-delà de l’empreinte physique des villes et villages de Cisjordanie, les plaçant à proximité immédiate des implantations, dont l’expansion est rapide, et des avant-postes illégaux.
L’armée et la police, qui ont été accusées de ne pas prendre au sérieux les violences des extrémistes israéliens en Cisjordanie, n’ont pas jugé utile d’expliquer leur inaction face aux affrontements avec les extrémistes juifs, et la raison pour laquelle elles choisissent de décourager les initiatives qui prônent la coexistence. De nombreux observateurs affirment toutefois que cette politique est une conséquence directe du gouvernement de droite de Jérusalem, qui soutient les partisans du mouvement pro-implantations.
« Ce qui effraie le plus ce gouvernement, c’est ce que nous accomplissons ici et ensemble sur cette terre, Juifs et Arabes », commente Eid Hathaleen, un artiste d’Umm al-Khair qdont les œuvres ont été exposées avec celles du célèbre artiste chinois Ai Weiwei. (Le nom Hathaleen est partagé par de nombreux habitants du village, qui sont pour la plupart issus du même clan élargi – mais tous ne sont pas des parents proches).
« Vous avez vu le nombre de membres des forces israéliennes qui sont venus nous séparer, qui sont venus pour séparer des individus qui n’aspirent qu’à la paix ? », interroge-t-il. « Ils ne veulent pas que notre coopération et nos relations continuent normalement. Et c’est donc ce que choisit de faire le gouvernement. Tout ça, c’est plus dangereux pour eux que n’importe quoi d’autre ».
L’émission de l’ordre de fermeture est susceptible d’avoir enfreint une décision qui avait été rendue le 18 janvier par la Haute Cour de justice – les magistrats avaient fait savoir que les ordonnances de zone militaire fermée devaient s’appuyer sur « des informations concrètes et tangibles, sur la base de renseignements actualisés, démontrant que les militants ont l’intention de perturber l’ordre public ».
L’armée israélienne n’a pas répondu à une question posée par le Times of Israel, qui lui demandait si le commandant de la brigade régionale de Judée avait disposé d’informations susceptibles de justifier l’émission de l’ordre pour la journée de lundi.
Polémique autour d’un terrain de football
Ces derniers jours, les épreuves des résidents d’Umm al-Khair sont allées encore plus loin, touchant le domaine – pourtant apparemment innocent – du sport pour les enfants. En cause : un terrain de football rudimentaire, en gazon synthétique, que les habitants ont aménagé pour la jeune génération sur un terrain privé du village.
Mais la semaine dernière, l’organisation Regavim, qui s’oppose aux constructions palestiniennes dans les parties de Cisjordanie qui sont placées sous le contrôle civil et militaire des Israéliens – des pans du territoire connus sous le nom de Zone C – a écrit une lettre au ministre de la Défense Israel Katz et au commandant du commandement central de l’armée israélienne, le général de division Avi Bluth, en affirmant que l’installation du gazon synthétique était illégale et qu’elle « menaçait » l’implantation de Carmel, située à quelques dizaines de mètres seulement.
« Mais pourquoi exercent-ils des pressions sur l’État en faveur de la destruction du terrain de foot ? », s’interroge Eid, qui dit avoir invité les habitants de Carmel à venir jouer avec eux sur le terrain au lieu d’appeler les autorités à le faire disparaître.
« Il n’y a aucun endroit où les enfants peuvent jouer ici ; aucun autre endroit n’est sûr, alors nous avons créé un espace sécurisé où ils peuvent jouer, sans cailloux et sans gravats… En quoi cela dérange-t-il les résidents de l’implantation que nous ayons un terrain de football ? », s’étonne-t-il. « Cela ne menace la sécurité de personne. C’est un terrain de football. C’est un endroit simple. Les enfants y jouent du matin au soir ».
Quelques heures avant l’annulation de l’événement de Tou Bichvat, des extrémistes juifs se sont faufilés dans le hameau en profitant de l’obscurité de la nuit, plantant des drapeaux israéliens tout autour du terrain de football, sur des terres qui appartiennent aux habitants d’Umm al-Khair.
Selon Khaled Zigari, coordinateur de Rabbis for Human Rights, le village d’Umm al-Khair avait été fondé par des Bédouins qui avaient fui la région de Beer Sheva pour rejoindre la Cisjordanie placée sous le contrôle de la Jordanie après la guerre d’Indépendance d’Israël, en 1948. Ils avaient acheté les terres sur lesquelles se trouve le hameau et ils y vivent depuis lors.
Mais comme le village est situé dans la Zone C, il dépend d’Israël pour les permis de construire et pour les permis d’urbanisme. Des autorisations qui ne sont presque jamais accordées aux Palestiniens – obligeant les villageois à faire des constructions illégales.
L’Administration civile, le département du ministère de la Défense en charge des affaires civiles en Cisjordanie, a émis et exécuté à plusieurs reprises des ordres de démolition contre des bâtiments qui avaient été construits à Umm al-Khair parce qu’ils ne disposaient pas des permis nécessaires.
Affrontements meurtriers
Eid fait remarquer que, tandis que les groupes pro-implantations et les résidents de Carmel se plaignent du nouveau terrain de football, quatre maisons en préfabriqué qui ont été construites au mois d’octobre dernier sans autorisation préalable par les extrémistes juifs, à quelques mètres seulement d’Umm al-Khair, sont toujours debout. Il note que Regavim n’a pas jugé utile de se plaindre à leur sujet.
Au mois d’octobre dernier, le tribunal de district de Jérusalem avait rendu une ordonnance sommant ces partisans du mouvement pro-implantations de mettre un terme à leurs travaux de construction, et appelant les extrémistes à ne pas s’installer dans les nouvelles maisons. Un jugement qui a été ignoré, la Cour décidant finalement d’annuler son ordonnance après que les Israéliens ont emménagé dans leurs structures.
Les partisans du mouvement pro-implantations avaient d’abord amené des engins de chantier sur la colline, à la fin du mois de juillet, pour préparer le terrain pour les constructions – ce qui avait été à l’origine d’une confrontation avec les villageois qui cherchaient alors à obtenir l’arrêt de travaux qui avaient lieu sur des parcelles qu’ils revendiquaient comme étant les leurs. Dans la bagarre qui avait suivi, Awdah Hathaleen, un habitant du hameau, un militant qui s’était illustré dans le documentaire oscarisé « No Other Land », avait été abattu, vraisemblablement par Yinon Levi, entrepreneur et extrémiste juif connu.
Les organisations de défense des droits civiques ont accusé à plusieurs reprises Levi, qui a déjà été sanctionné par les États-Unis, d’être responsable d’actes graves de violence et de harcèlement à l’encontre des Palestiniens locaux – utilisant un avant-poste agricole illégal du secteur comme base d’où il intimide, en compagnie d’autres extrémistes, les communautés locales. S’il avait été arrêté après les coups de feu meurtriers, il a été depuis remis en liberté. Aucune mise en examen n’a été prononcée à son encontre.
Le frère d’Awdah, Khalil Hathaleen, dit qu’il s’occupe désormais des trois jeunes enfants de son frère. Il ajoute que son frère lui manque tous les jours.
« C’était un homme pacifique. Il écrivait sur les violences des partisans du mouvement pro-implantations. Je pense qu’ils sont venus le tuer délibérément », affirme Khalil.
Deux lois pour deux peuples
Eid Hathaleen affirme que, seulement vingt-quatre heures auparavant – alors même que l’armée et la police empêchaient les bénévoles de planter des arbres à Umm al-Khair – des résidents de l’implantation de Carmel sont entrés dans le hameau et qu’ils ont abattu des oliviers qui avaient été plantés sur des terres appartenant aux habitants du village, dans le but de créer un chemin direct reliant les nouvelles maisons en préfabriqué des extrémistes juifs à Carmel.
Eid explique avoir téléphoné à au moins trois reprises à la police, lui demandant d’intervenir auprès des résidents d’implantations – mais les forces de l’ordre ne sont arrivées qu’une heure plus tard, alors que les arbres avaient déjà été abattus.
« Lorsqu’un résident d’implantations se plaint d’un terrain de football ou qu’il déplore que des arbres soient plantés, la police vient très rapidement », note Eid. « C’est comme ça que ça se passe dans les territoires occupés. Ils veulent même mettre un terme aux activités humanitaires qui rassemblent les Juifs et les Arabes, et ils émettent des ordres à cet effet ».
Ni les forces de l’ordre, ni les représentants de l’implantation n’ont répondu aux demandes de commentaires du Times of Israel.
Le rabbin Avi Daboush, le directeur de l’organisation Rabbis for Human Rights, tient des propos similaires.
« À Tou Bichvat, cette fête au cours de laquelle le peuple d’Israël célèbre le lien entre l’Homme et la terre, l’armée israélienne a choisi d’empêcher des Israéliens et des Palestiniens de planter des arbres ensemble », regrette Daboush.
« Dans cette même Cisjordanie où les colons déracinent les arbres sans entrave, c’est précisément le fait de planter des oliviers qui est considéré comme une menace pour la sécurité », poursuit-il, ajoutant que son organisation « continuera à venir et à insister sur le partenariat et sur les valeurs de justice, de paix et de droits de l’Homme ».
La rabbin Sharon Brous, fondatrice et cheffe de la communauté juive IKAR à Los Angeles – qui est une personnalité de premier plan au sein de la diaspora juive – a fait partie des bénévoles qui se sont rendus à Umm al-Khair lundi. Elle explique que le traitement qui est réservé au village et à ses habitants est contraire aux valeurs juives.
« C’est la réalité de la Cisjordanie sauvage, où l’État de droit ne s’applique pas de manière cohérente et reconnaissable, ni de manière égalitaire aux Juifs et aux Palestiniens », affirme Brous.
« C’est une tentative évidente d’imposer son pouvoir et de montrer aux personnes qui vivent là-bas, ainsi qu’à celles qui leur sont solidaires, qu’elles n’ont aucun moyen de contrôler ce qui se passe ici », s’exclame-t-elle, évoquant l’ordre militaire qui a interdit de planter des arbres.
« Tout cela entre dans le cadre de la réalité d’une occupation bien établie, contrevenant non seulement au droit international, mais aussi aux normes démocratiques et juives », déplore-t-elle.
la Communauté du Times of Israël !
