En fleurs avant le printemps, l’amandier est un don du symbolisme juif
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Amandiers en fleurs, le 21 février 2020. (Anat Hermony / FLASH90)
Amandiers en fleurs, le 21 février 2020. (Anat Hermony / FLASH90)

En fleurs avant le printemps, l’amandier est un don du symbolisme juif

Objet d’un miracle biblique et symbole d’ardeur au travail, l’amandier fleurit pour la fête juive des arbres, lorsque les autres plantes dorment encore dans l’étreinte de l’hiver

Dans son œuvre phare, Last Child in the Woods, Richard Louv conçoit l’hypothèse que les humains ont une connexion génétiquement programmée à la nature.

C’est une connexion qui prend vie avec la floraison d’un arbre ou d’une fleur, stimulant une sorte de joie qui transcende l’esthétique et rappelle une époque où la pleine floraison était un symbole indéniable de la survie des humains.

La dépendance à la générosité de la nature est à l’origine de mentions bibliques de plus d’une centaine de plantes, souvent pour des raisons symboliques qui peuvent enrichir notre compréhension des textes.

Mercredi soir et jeudi, les Juifs d’Israël et du monde entier ont marqué la petite fête de Tou Bichvat, qui célèbre la nature en plantant des arbres et en mangeant des fruits (souvent secs), et en accordant une grande attention à l’arboriculture.

C’est un peu tôt, car la majorité des arbres et autres plantes sont encore en hibernation, mais ce n’est pas le cas de l’amandier, qui commence à fleurir en Israël à cette époque et devient le premier arbre à frimer en exhibant sa floraison printanière.

Une abeille butine le nectar d’un amandier dans le nord d’Israël, le 14 février 2018. (Crédit : Anat Hermony / Flash90)

Membre de la famille des roses, l’amandier en fleurs est à Israël ce que le cerisier en fleurs est au Japon, un arbre qui produit des dizaines de milliers de délicates fleurs blanches ou roses, d’autant plus saillantes qu’elles fleurissent avant l’émergence des feuilles.

En produisant autant de fleurs, l’amandier assure ses arrières, augmentant ses chances que certaines au moins soient pollinisées et fertilisées.

L’amandier sauvage est en fait un buisson dont le fruit est amer et dont les graines libèrent du cyanure lorsqu’on les mord. C’est une défense contre les herbivores. Les amandiers communs (Amygdalus communis) qui produisent des fruits sucrés sont cultivés, même s’ils s’auto-ensemencent souvent et se rencontrent dans des endroits très sauvages.

Dans la Bible, un miracle impliquant une branche d’amande détermine le choix de la tribu de Lévi pour fournir les prêtres d’Israël.

Les Israélites sont au bord du gouffre. Koré a tenté de mener une rébellion contre Moïse, et Dieu les a punis lui et ses complices et il a envoyé la peste pour en finir avec les milliers d’hommes qui les ont soutenus.

Dans le Livre des Nombres, Dieu ordonne à Moïse d’obtenir une tige, ou une branche, de chacun des 12 chefs tribaux et de les placer dans la tente de réunion devant l’Arche de l’Alliance.

« L’homme que je choisirai sera celui dont la branche fleurira ; ainsi j’apaiserai, en les écartant de moi, les récriminations que les enfants d’Israël élèvent contre vous », dit le Seigneur à Moïse dans le Livre des Nombres (17 : 20).

Moïse s’exécute.

« Et le lendemain, Moïse entra dans la tente du Témoignage, et voici : la branche d’Aaron pour la maison de Lévi avait germé, la branche avait produit des bourgeons, des fleurs épanouies, et portait des amandes mûres », peut-on lire dans les textes sacrés.

« Les bourgeons de la branche d’Aaron », gravure sur bois de 1860 par Julius Schnorr von Karolsfeld. (Domaine public, Wikimedia Commons)

Dieu explique alors à Aaron, chef de la tribu des Lévites, quelles responsabilités sa famille et ses descendants auront dans le saint sanctuaire.

Pourquoi des amandes ? Dans la nature, l’amande fleurit en premier, mais il lui faut beaucoup de temps pour produire des fruits mûrs. Cette branche particulière développait des bourgeons, fleurissait et produisait des amandes mûres simultanément – ce que tout agriculteur de l’époque savait impossible sans un miracle.

Dans un autre contexte, à un autre moment, un penseur apocryphe du 5e siècle avant notre ère nommé Ahikar a demandé à ses disciples d’imiter le mûrier – qui fructifie juste après sa floraison – plutôt que l’amandier, qui prend son temps.

Une autre référence à l’amandier apparaît dans l’Exode (25 : 32-33), lorsque Dieu donne des instructions précises sur la façon dont il veut qu’on dispose le sanctuaire.

Une menorah biblique reconstruite dans la vieille ville de Jérusalem, le 9 décembre 2020. (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)

En décrivant la Menorah (lampe à huile), il dit : « Six branches se détacheront du chandelier sur les côtés : trois branches d’un côté et trois branches de l’autre. Sur une branche, trois coupes en forme d’amande avec bouton [sépales en forme de coupoles qui protègent les pétales] et fleur ; et trois coupes en forme d’amande avec bouton et fleur sur l’autre branche ; et ainsi pour les six branches sortant du chandelier.

La racine du mot hébreu « amande », « chaked », a donné un autre mot, « shakdanout ». On l’attribue à une personne industrieuse et à quelqu’un qui étudie la Torah avec persévérance et diligence. Dans le Livre de Jérémie (1 : 11-12), « shakdanoot » dénote également la vigilance.

« De nouveau, la parole de l’Éternel me fut adressée : « Jérémie, que vois-tu ? » Et je dis : « Je vois une branche d’amandier. » Alors l’Éternel me dit :« Tu as bien vu ; car je veille sur ma parole pour l’accomplir. »

Amandes. (Mélanie Fidler / Flash90)

Dans le christianisme, l’amande, avec sa graine protégée par une coque extérieure et une coquille dure, symbolise la pureté de la vierge et la piété cachée dans la forme humaine de Jésus.

Statue de Notre-Dame de Siluva, la Vierge Marie à Siluva, en Lituanie, dans la basilique du sanctuaire national de l’Immaculée Conception à Washington, photo prise le 1er septembre 2015. (AP / Carolyn Kaster)

C’est pourquoi les icônes chrétiennes présentent souvent la Vierge Marie et Jésus-Christ dans une mandorle ou un cadre en forme d’amande. (Mandorla signifie amande en italien.)

Tou Bishvat (littéralement le 15e jour du mois hébraïque de Shvat) n’apparaît pas dans la Bible. Elle est mentionnée pour la première fois dans la Mishna (la collection écrite des enseignements rabbiniques) comme le « nouvel an des arbres », selon l’École d’Hillel, tandis que l’École de Shammai a déterminé que ce nouvel an tombait le premier jour de Shvat.

En fait, comme l’explique l’érudit juif médiéval Maïmonide dans son commentaire sur le Traité de Rosh Hashana, plutôt que de marquer un festival, Tou Bishvat signifiait la clôture d’une année fiscale pour la dîme.

Paysage d’amandiers en fleurs sur les hauteurs du Golan, le 11 février 2019. (Crédit : Maor Kinsbursky / Flash90)

La majorité des arbres fruitiers en Israël sont à feuilles caduques. Ils perdent leurs feuilles à l’automne et deviennent dormants, commençant à reprendre vie vers le mois de Shvat, qui tombe généralement autour du mois de février.

Comme l’explique Nogah Hareuveni dans « La nature dans notre patrimoine biblique », les fruits qui avaient commencé à se former avant le 15 de Shvat étaient taxés avec les autres cultures de l’année qui s’achève, tandis que ceux qui commençaient à prendre forme après cette date seraient taxés l’année suivante.

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