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L'animatrice israélienne Ofira Asayag est laïque mais a allumé des bougies du Shabbat à l'antenne en 2024, pendant la guerre Israël-Hamas - signe d'une nouvelle tendance des Israéliens. (Crédit : Capture d'écran via la JTA)
L'animatrice israélienne Ofira Asayag est laïque mais a allumé des bougies du Shabbat à l'antenne en 2024, pendant la guerre Israël-Hamas - signe d'une nouvelle tendance des Israéliens. (Crédit : Capture d'écran via la JTA)

En quoi le 7-Octobre a changé la manière dont les Israéliens, plutôt laïcs, vivent leur judaïsme

Entre stands mobiles de tefillin et allumage des bougies de Shabbat, nombre d’Israéliens — dont des stars de la musique et d’ex-otages —se sont tournés vers la religion pendant la guerre : « La foi donne un ancrage »

L'animatrice israélienne Ofira Asayag est laïque mais a allumé des bougies du Shabbat à l'antenne en 2024, pendant la guerre Israël-Hamas - signe d'une nouvelle tendance des Israéliens. (Crédit : Capture d'écran via la JTA)

JTA — Dans les semaines qui ont suivi l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023, des vidéos à caractère religieux ont commencé à circuler sur les réseaux sociaux.

Des dizaines de jeunes femmes ont publié des vidéos d’elles-mêmes en train de découper leurs vêtements « immodestes », jeans, crop tops, robes courtes, en promettant de les remplacer par des jupes modestes et des couvre-chefs.

Sur TikTok, dans une vidéo devenue virale, une jeune influenceuse détruit solennellement sa garde-robe qu’elle qualifie d’offrande pour la délivrance du pays.

« Créateur du monde, je fais disparaitre ces vêtements, à toi de faire disparaitre ces dures décisions prises contre Israël », déclare-t-elle en disant ne pas vouloir donner les vêtements de peur de « ne pas rendre service à quelqu’un d’autre ».

D’autres images ont circulé, à l’instar de ces stands mobiles de tefillin, fabriques de hallot de quartier et, sur les réseaux sociaux comme dans la rue, on a constaté une augmentation notable des amulettes et pendentifs religieux. Hamsa, étoiles de David et colliers en forme d’Israël ou de l’ancien Temple de Jérusalem, il y en avait partout.

Deux ans plus tard, au moment où la terrible guerre à Gaza touche en grande partie à sa fin, ces scènes ont des airs du passé. Pourtant, le choc spirituel de ces premières semaines ne s’est pas complètement dissipé et ce regain de pratique religieuse fait désormais partie intégrante du quotidien israélien.

Un homme pose des tefillin dans les rues de Tel Aviv, le 25 mars 2025. (Miriam Alster/Flash90)

Selon un sondage publié en novembre dernier par le Jewish People Policy Institute (JPPI), les Israéliens sont 27 % à davantage respecter les coutumes religieuses depuis le début de la guerre. Environ un tiers des Israéliens juifs disent prier plus souvent, et 20 % environ déclarent lire plus souvent le Tanach ou les psaumes.

Le chef du JPPI, Shuki Friedman, affirme que nombre d’Israéliens, surtout les jeunes, estiment que la guerre les a reconnectés à leur tradition et identité juive, « pas nécessairement de manière halakhique, mais d’une manière qui se manifeste très fortement dans leur vie et l’espace public ».

C’est d’autant plus vrai pour les Israéliens qui avaient déjà un pied dans la tradition — ceux qui ont grandi dans des foyers « massortis » ou traditionnels, sans être strictement respectueux des traditions. Les massortis plongent leurs racines dans les communautés du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord (mizrahi), où l’observance religieuse était traditionnellement plus intégrée à la vie quotidienne mais moins rigide que dans l’orthodoxie européenne ; mais aujourd’hui, les massortis israéliens se rencontrent dans tous les secteurs de la société israélienne. (Cette catégorie est distincte du mouvement Massorti, le nom du judaïsme conservateur en Israël et en Europe.) Environ un tiers des Juifs israéliens s’identifient comme massortis, le JPPI divisant le groupe en deux catégories : « quelque peu religieux » et « moins religieux ».

Le démographe juif Steven M. Cohen a un jour plaisanté en disant que les Massorti israéliens étaient ceux qui « enfreignent les lois qu’ils ne veulent pas changer » – c’est-à-dire qu’ils acceptent la loi juive traditionnelle, connue sous le nom de halakha, mais l’appliquent de manière sélective. Il a par ailleurs noté qu’il n’existait pas d’équivalent américain, à part peut-être les « orthodoxes non pratiquants ».

Parmi les jeunes Juifs qui se disent « un peu religieux » massortis, 51 % des répondants ont déclaré avoir approfondi leur pratique religieuse pendant la guerre.

David Mizrachi en fait partie. Élevé dans une famille massortie, Mizrachi n’avait jamais été très assidu à la synagogue, pour respecter le Shabbat ou mettre des tefillins. Depuis le 7-Octobre, confie-t-il, il fait les trois – très religieusement.

Cette photo remise par le Forum des familles d’otages donne à voir des proches des otages du Hamas et leurs soutiens réunis sur la Place des Otages à Tel-Aviv pour Pessah, le 18 avril. 2025. (Lior Rotstein)

De son point de vue, ce changement est lié au choc des attaques et des morts survenues dans son entourage. Il connaissait personnellement les jumeaux Osher et Michael Vaknin, tués lors de la rave Nova, ainsi qu’Elkana Bohbot, pris en otage au même endroit et libéré après deux ans de captivité. Ces événements, confie-t-il, l’ont conduit au « cheshbon nefesh », le concept juif d’examen de conscience.

« J’ai compris que tous ces ennemis, ces terroristes nous en voulaient parce que nous étions juifs, pas parce que nous étions Israéliens », avance-t-il.

Dans certains foyers, la réaction est allée plus loin encore.

Selon Rozet Levy Dy Bochy, qui a grandi dans la tradition massortie et a épousé un Néerlandais non juif converti après le 7-Octobre, le 7-Octobre l’a rapprochée d’une stricte observance.

« On avait l’impression d’être dans un film d’horreur, mais la foi nous a servi d’ancre. »

« On avait l’impression d’être dans un film d’horreur, mais la foi nous a servi d’ancre », dit-elle. « Le fait de savoir que tout faisait partie du plan de Dieu et qu’à la fin quelque chose de différent, quelque chose de bon, nous attendait était réconfortant. »

Ce qu’a vécu Mizrachi, fruit des violences qui ont affecté des personnes qu’il connaissait personnellement, se rapproche des conclusions d’une autre enquête publiée en septembre dernier par l’Université hébraïque, selon lesquelles l’exposition directe à la guerre, que ce soit à travers un deuil ou des blessures, est étroitement associé à des changements sur le plan de la religiosité et de la spiritualité. Près de la moitié des répondants ont en effet déclaré des niveaux de religiosité et de spiritualité plus élevés, un quart d’entre eux se disant plus religieux et un tiers plus spirituels.

Une photo de challah, le 22 août 2025. (Nati Shohat/Flash90)

Cette tendance se reflète de façon particulièrement marquée dans les témoignages des ex-otages, qui se sont multipliés dans les médias israéliens ces douze derniers mois, certains d’entre eux évoquant des kiddouch fait sur l’eau ou des célébrations de Shabbat pour la première fois, jusqu’au refus de manger de la pita au moment de Pessah dans les tunnels de Gaza.

Cela a aussi eu des répercussions dans la culture populaire. L’actrice Gal Gadot a confié à ses 106 millions d’abonnés sur Instagram que même si elle n’était « pas une personne religieuse », elle avait allumé une bougie et prié pour le retour de tous les otages.

En novembre dernier, la plus grande star de la pop israélienne, Noa Kirel, peu connue pour son sens religieux, a célébré son mariage par une immersion au mikvé, un rassemblement pour une hafrashat hallah (séparation de la hallah), ainsi qu’un henné comme il s’en pratique chez les Juifs mizrahis.

Un autre célèbre chanteur israélien, Omer Adam, longtemps considéré comme laïc, porte désormais les tzitzit, étudie la Torah et respecte le Shabbat.

Il est désormais courant de voir des stars israéliennes donner à voir leur rituel d’allumage des bougies de Shabbat, à commencer par l’animatrice laïque Ofira Asayag, qui, un an après le début de la guerre, s’est engagée à le faire à l’antenne jusqu’au retour des otages.

Pour le sociologue Doron Shlomi, qui étudie les phénomènes religieux en Israël, cela n’a rien de surprenant car les crises collectives produisent souvent des effets similaires. S’appuyant sur des recherches issues des tremblements de terre, des guerres et de la pandémie de Covid-19, il a décrit ces deux années de guerre comme « une sorte de laboratoire », idéal pour observer la façon dont les gens se tournent vers la foi.

Des soldats juifs religieux assistent à une cérémonie de prestation de serment alors qu’ils entrent dans l’unité haredi « Netzah Yehuda » de Tsahal (Crédit : Noam Moskowitz/Flash90)

« La guerre apporte toujours deux choses », résume-t-il. « Plus de religiosité et plus de grossesses. »

Selon Shlomi, les otages et leurs familles sont à mettre à part. Pour nombre d’entre eux, poursuit-il, le fait de se tourner vers la religion a été une question de vie ou de mort, ce qui lui fait penser que certains continueront cette vie pratiquante.

Mais au sein du reste de la population, il discerne deux grands schémas. Le premier est celui de la piété comme forme de service public ou de solidarité qui se manifeste dans des habitudes personnelles, comme le fait d’observer le Shabbat ou de porter des tzitzit pour les otages, les morts ou les soldats. L’autre schéma concerne surtout les institutions et organisations, à commencer par les groupes ultra-orthodoxes comme le Habad qui ont organisé des barbecues sur les bases militaires ou les chrétiens évangéliques qui ont témoigné de leur soutien.

Si les hausses ont dépassé les baisses, les études de l’Université hébraïque et du JPPI ont toutes deux trouvé un contre-courant de plus faible intensité. Dans les deux enquêtes, près de 14 % des répondants laïcs ont déclaré que leur religiosité avait baissé et 9 % des juifs interrogés par le JPPI ont fait état d’une baisse de leur foi en Dieu, un chiffre qui monte à 16 % chez les Juifs laïcs.

Les chercheurs de l’Université hébraïque ont contextualisé leurs conclusions à travers le prisme psychologique, en s’appuyant sur une théorie de gestion du terrorisme postulant que le fait de faire face à la mortalité pousse les humains à renforcer leur vision du monde – en approfondissant leur pratique religieuse dans certains cas et en l’affaiblissant dans d’autres cas.

« Lors de périodes de stress prolongé, les individus sont susceptibles de revoir leur orientation religieuse ou spirituelle en augmentant ou diminuant leur importance », explique Yaakov Greenwald, qui a dirigé l’étude.

Le rabbin Uri Zohar chez lui à Jérusalem, non daté. (Crédit : Oren Ben Hakoon/Flash90)

Ce n’est pas la première fois que la guerre pousse les Israéliens vers la foi. Après la guerre du Kippour, en 1973, Israël a connu une recrudescence du religieux, à commencer par des personnalités laïques de tout premier plan, comme le réalisateur Uri Zohar, qui a sidéré le pays en devenant ultra-orthodoxe en 1977. Un an plus tard, c’est Effi Eitam, général de brigade multi-décoré et homme politique, qui faisait de même.

Les historiens s’interrogent sur l’ampleur réelle de cette vague post-73, mais à l’époque, il s’est dit que l’expérience de la disparition imminente du pays – pris au dépourvu, Israël a craint l’anéantissement dans les tout premiers jours de la guerre – suivie d’un retournement de situation absolument spectaculaire avait donné à un grand nombre de personnes le sentiment d’un miracle.

Selon Shlom, il est trop tôt pour estimer combien de temps durera la tendance actuelle, étant donné que le pays commence à peine à sortir de la crise. Pour autant, il estime que l’ampleur de la guerre et la vague religieuse qu’elle a engendrée sont assez profondes pour que, dans dix ans, elle soit encore là.

Et si l’expérience du mari de Rozet Levy Dy Bochy, Peter Griekspoor, est un indicateur, la guerre pourrait accoucher d’un pays plus pratiquant et peuplé de davantage de Juifs.

Au début, a dit Rozet, son mari a réagi à l’« Européenne » en tentant de trouver un équilibre et en « examinant les deux côtés » de la situation. Elle lui a dit que c’était un luxe de ne pas être juif, mais que « pour nous, il y a quelque chose dans notre ADN qui réagit dans des moments comme celui-ci. Nous avons déjà connu ça. »

Il n’aura pas fallu longtemps pour que cet équilibre se rompe. À mesure que les manifestations se multipliaient en Europe et en Amérique du Nord et que les théories du complot sur les Israéliens et les Juifs circulaient en ligne, Peter a commencé « à se sentir impliqué dans ce qui se passait ».

Le présentateur Yinon Magal lors de l’émission « The Patriots » sur la Quatorzième chaîne, le 30 août 2023. (Crédit : Capture d’écran/X ; utilisée conformément à l’article 27a de la loi sur le droit d’auteur)

« J’ai senti l’antisémitisme devenir quelque chose de personnel », explique-t-il. « Désormais, j’ai vraiment le sentiment d’être juif. De vraiment vouloir faire partie de ce peuple. Ils sont beaux, forts, résistants », dit-il, avant d’ajouter en riant, « et ils sont affreux aussi. Toujours en train de se disputer, de se battre les uns contre les autres. »

Selon Shlomi, si une grande partie de ce phénomène est effectivement le fruit d’un vrai désir d’unité et d’appartenance, il existe une autre partie plus coercitive, certains rabbins considérant le « retour » à la foi comme la seule réponse légitime et investissant, en ce sens, des sommes importantes pour qu’il gagne en ampleur. « Les Tefillin et les barbecues coûtent cher », souligne-t-il.

« Je vois Dieu partout dans ma vie. Ce qui ne m’empêche pas de me demander : jusqu’à quand allons-nous vivre par l’épée, pleins de cette haine envers les Gazaouis ? Cela n’a rien de juif. »

Il ajoute que l’essor de la pratique religieuse s’est souvent accompagné d’un réalignement politique, des personnalités publiques prônant ouvertement l’observance religieuse. Dans l’émission d’actualité « Patriots », sur la Quatorzième chaîne, l’animateur de droite Yinon Magal parle désormais fréquemment de sa propre observance depuis le début de la guerre, qu’il relie à la politique nationaliste.

Certains survivants des kibboutzim – de gauche – de la frontière de Gaza, ceux qui ont été attaqués le 7-Octobre, évoquent de semblables phénomènes dans leur propre vie, qui les ont conduits à faire leurs des pratiques plus religieuses, à l’instar des remariages pour avoir une cérémonie orthodoxe. Par ailleurs, ils ont tendance à se situer à droite.

Les données de l’enquête du JPPI révèlent la même tendance chez les jeunes juifs, avec une nette orientation à droite, quelle que soit la sensibilité politique de départ.

Mizrachi, cependant, est clairement à contre-courant. Militant pour la paix et membre du conseil d’administration de Standing Together, mouvement judéo-arabe qui a fait campagne contre la guerre, il est devenu plus respectueux des préceptes religieux, sans pour autant changer d’orientation politique.

Des membres du mouvement « Standing Together » manifestent devant le quartier général de la police nationale israélienne à Jérusalem contre la montée de la violence dans les communautés arabes en Israël, le 23 novembre 2025. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)

« Je suis juif d’abord, israélien ensuite, puis démocrate et enfin mizrahi », explique-t-il. « Je vois Dieu partout dans ma vie. Ce qui ne m’empêche pas de me demander : jusqu’à quand allons-nous vivre par l’épée, pleins de cette haine envers les Gazaouis ? Cela n’a rien de juif. »

Pour Griekspoor, ce qui est juif est avant toute chose halakhique. Cela fait six mois qu’il s’est inscrit à un programme de conversion orthodoxe sous l’autorité du rabbinat israélien, ce qui suppose de sa part l’observance parfaite de la loi juive. Il dit savoir que son choix de devenir juif défie la logique.

« Il y a les persécutions, la haine, l’antisémitisme — et le fait de ne pas pouvoir manger de cheese burgers », résume-t-il. « Il n’y a pas d’explication rationnelle. C’est plus fort que moi. »

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