Israël en guerre - Jour 232

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Un soignant aide un Israélien âgé à traverser la rue à Tel Aviv. Illustration (Crédit : Kobi Gideon/Flash90)
Un soignant aide un Israélien âgé à traverser la rue à Tel Aviv. Illustration (Crédit : Kobi Gideon/Flash90)
Investigation

« Esclavage moderne » en Israël : Comment les aides-soignants étrangers sont extorqués

ToI révèle une industrie de plusieurs millions de dollars dans laquelle les aidants étrangers sont contraints de payer des « frais » à des « courtiers », au vu et au su du gouvernement

Il est près de minuit et Natalia, une Ouzbèke d’une quarantaine d’années, fait enfin une pause dans son travail d’aide à domicile chez une retraitée israélienne en fauteuil roulant.

Mais au lieu de se reposer, Natalia se trouve déjà sur son deuxième lieu de travail – illégal. En équilibre sur un balai à franges dans un seau d’eau savonneuse, un vaporisateur de détergent sur le bras et des chiffons à poussière sur l’épaule, elle essuie les sols luisants et les grands miroirs d’un immeuble du centre-ville de Tel Aviv.

Elle a expliqué au Times of Israel qu’elle exerçait ces deux emplois pour se sortir de la dette d’une « commission de placement » de près de 10 000 dollars – des frais illégaux qu’elle a été obligée de payer il y a six ans au « courtier » de l’ombre d’une agence pour l’emploi afin d’obtenir un travail en Israël.

« Si je porte plainte, les autorités ne feront rien ; la seule personne qui sera perdante, c’est moi », a-t-elle dit. « Il n’y a pas de justice ici. »

Presque toutes les familles israéliennes ont connaissance des aides-soignants étrangers qui arrivent pour s’occuper de parents vieillissants et/ou malades. Originaires des Philippines, d’Inde, du Sri Lanka, du Népal, d’Ouzbékistan, de Moldavie, d’Ukraine et d’autres pays, ils occupent une pièce de l’appartement et restent avec leurs « protégés » tous les jours, toute la journée, et sont littéralement invisibles dans la vie publique.

Peu de gens réalisent que la quasi-totalité de ces travailleurs étrangers sont victimes d’une industrie criminelle qui pèse plusieurs millions de shekels et qui prélève des honoraires de courtiers illégaux, opérant tant en Israël qu’à l’étranger. Cette industrie illicite extorque de l’argent aux soignants potentiels – des personnes qui sont souvent poussées par le désespoir financier à quitter leur famille et leurs proches et à se rendre en Israël – avec l’assurance d’y trouver un emploi.

Ces frais de placement illégaux pour les aides-soignants étrangers ne sont pas déclarés et peuvent atteindre jusqu’à 25 000 dollars. Pour payer ces pots-de-vin, les candidats sont souvent contraints de vendre leurs biens, d’encaisser leurs économies ou d’emprunter à des taux d’intérêt très élevés.

Cette extorsion systémique est connue de l’establishment israélien depuis des années. En 2018, le juge de la Cour suprême Isaac Amit a décrit cette pratique comme un « phénomène répugnant qui pourrait être perçu comme de l’esclavage moderne » ou comme un « trafic d’êtres humains à des fins de travail ».

Une enquête du Times of Israel révèle que ces opérations de marché noir se poursuivent depuis près de trente ans, mais que pas une seule enquête des autorités n’a débouché sur des accusations criminelles. Les soignants affirment que les autorités ne demanderont à aucune agence de rendre des comptes sur cette question, et que les menaces des courtiers les intimident.

Et bien qu’il y ait des tentatives pour trouver des solutions, la corruption reste endémique : les accords bilatéraux entre gouvernements sont largement considérés comme un remède. Mais le Times of Israel a obtenu des preuves – par le biais d’entretiens directs, d’appels enregistrés et de lettres de plainte – qui suggèrent que, dans certains cas, des frais illégaux continuent d’être facturés même à ceux qui sont censés être protégés par de tels accords.

Illustration : Une aide-soignante philippine aidant une femme âgée en Israël, le 2 novembre 2010. (Crédit : Moshe Shai/FLASH90)

La Dame de fer

En 2017, alors qu’elle travaillait comme soignante à Tel Aviv, Jean Trapal, originaire des Philippines, a décidé que c’en était trop. Pasteure à l’église évangélique de Tel Aviv et aide-soignante d’un survivant de la Shoah, elle avait payé 4 700 dollars de « frais de placement ».

« Je ne savais même pas que c’était illégal à l’époque », a expliqué Trapal au Times of Israel. Dans sa communauté, elle n’a cessé d’entendre parler d’autres personnes paralysées par les dettes et la pression, et c’est ainsi qu’a commencé sa campagne pour mettre fin aux frais de placement. Les réseaux sociaux sont devenus sa tribune.

« Je faisais des Facebook Lives », a-t-elle raconté, expliquant que grâce à cette plate-forme, elle pouvait prononcer des discours publics internationaux à ses amis et connaissances – d’autres aides-soignants étrangers en Israël et ceux qui envisageaient de venir.

« Je ne savais même pas que c’était illégal. »

« J’en ai parlé tous les jours. J’ai écrit à l’ambassadeur des Philippines, qui n’a, dans un premier temps, pas répondu. J’ai parlé à l’attaché protocolaire de l’ambassade, qui m’a dit : ‘Il n’y a pas d’espoir, cela dure depuis 30 ans' », a-t-elle indiqué.

« J’ai écrit aux autorités des Philippines ; elles m’ont répondu qu’il n’y avait pas de solution. Finalement, j’ai écrit au bureau du président [philippin] – et j’ai reçu une réponse ! », s’est remémorée Trapal.

Jean Trapal, une aide-soignante des Philippines, devenue militante contre les frais de placement payés par les aides-soignantes étrangères en Israël, visitant la commission du Travail, des Affaires sociales et de la Santé, à la Knesset, en mars 2018. (Crédit : Jean Trapal)

La réponse de la présidence demandant des informations supplémentaires a donné raison à Trapal. Elle a commencé à recueillir des témoignages d’aides-soignants qui avaient payé des frais illégaux pour venir en Israël. Son objectif était de faire pression sur les gouvernements des Philippines et d’Israël pour qu’ils concluent un accord bilatéral qui mettrait, une fois pour toutes, un terme à ces « pots-de-vin ».

Le montant des sommes extorquées aux soignants dépend principalement du pays d’origine du travailleur. Il s’avère que les 4 700 dollars de Trapal se situaient dans la partie inférieure du spectre.

Me Michal Tadjer, instructrice à la Clinique des droits des travailleurs de la Faculté de droit de l’université de Tel Aviv. (Crédit : Michal Tadjer)

« Le paiement moyen des frais de placement est différent selon le pays d’origine du travailleur », a expliqué Me Michal Tadjer, instructrice à la Clinique des droits des travailleurs de l’université de Tel Aviv.

« Les personnes originaires des Philippines payaient environ 11 000 dollars, mais ce montant a augmenté depuis la pandémie. Ceux qui viennent d’Europe de l’Est paient 9 000 à 10 000 dollars, et ceux qui viennent d’Inde paient environ 20 000 dollars », a expliqué Me Tadjer, qui a passé des années à travailler comme avocate avec Kav LaOved, une organisation israélienne qui défend les droits des travailleurs et fait respecter le droit du travail, pour tenter de mettre fin à cette pratique. « Tout cela est scandaleux. »

Pendant ce temps, la lutte de Trapal lui a valu le surnom de « Dame de fer » et a inspiré d’autres aides-soignants, basés en Israël en provenance de différents pays, à lutter contre les frais de placement.

Des Philippines à l’Inde

Jaiden a passé les 11 dernières années à vivre en Israël en travaillant comme aide-soignant. Suivant l’exemple de Trapal, il a créé une page Facebook qui compte aujourd’hui près de 40 000 abonnés. Sa page traite principalement des problèmes auxquels sont confrontés les aidants indiens – en particulier, les frais de placement.

« Je m’occupe d’un cas en ce moment », a-t-il dit au téléphone. « Un travailleur indien a demandé un visa d’aide-soignant, mais les agents en Israël lui demandent une énorme somme d’argent – près de 25 000 dollars. »

Il a expliqué que les mêmes personnes qui demandent l’argent proposent souvent des prêts aux travailleurs – avec un taux d’intérêt élevé de 8 ou 9 %.

« En ce moment, nous recevons beaucoup de plaintes, tant de la part des nouveaux demandeurs en Inde que de ceux qui sont déjà en Israël, au sujet des sommes demandées par les agents », a-t-il expliqué.

Illustration : Des Israéliens manifestant contre le manque d’aides-soignants étrangers en Israël, à Tel Aviv, le 18 novembre 2021. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Jaiden a expliqué comment fonctionne le processus illicite pour les aides-soignants indiens en Israël : lorsque des aides-soignants potentiels décident de venir en Terre sainte, ils s’adressent à des agences de recrutement basées en Inde qui travaillent en collaboration avec des agences en Israël. Une agence ne demande jamais directement le paiement, a expliqué Jaiden. Elle travaille plutôt avec un courtier « non affilié » qui n’a pas de contrat officiel avec l’agence mais travaille en son nom. Ce courtier basé en Inde a un homologue en Israël.

Les courtiers en Israël sont presque toujours des aides-soignants indiens qui travaillent en marge de l’agence, collectant les « honoraires » d’autres travailleurs et leur accordant des prêts à un fort taux d’intérêt dans une spirale sans fin où les endettés cherchent à rembourser leurs prêts en endettant d’autres personnes.

« Les agences de recrutement israéliennes mettent toujours les travailleurs étrangers en première ligne et en danger, car s’ils se font prendre, il n’y a aucun lien ou contrat les reliant à l’agence », a expliqué Jaiden.

Kav LaOved a confirmé que ce que Jaiden a décrit : c’est l’une des méthodes utilisées pour soutirer des honoraires illégaux. Le dénominateur commun, a dit l’organisation, est que l’argent est remis à l’agence de recrutement par l’intermédiaire d’un courtier qui est très souvent un soignant du même pays que les travailleurs qui paient les honoraires et qui parle leur langue.

« L’argent est remis à l’agence de recrutement par l’intermédiaire d’un courtier qui est très souvent un soignant du même pays que les travailleurs. »

« C’est l’un des modes de fonctionnement que nous connaissons », a déclaré Me Meytal Russo, avocate au service juridique de Kav LaOved. « Nous ne pouvons pas dire que c’est toujours à 100 % l’aide-soignant qui fait cela. Il y a des situations où le courtier est plutôt quelqu’un qui reste en Israël sans papiers ou quelqu’un qui a épousé un Israélien, entre autres. »

Me Meytal Russo du service juridique de Kav LaOved – ligne d’assistance téléphonique pour les travailleurs. (Crédit : Meytal Russo)

Comme l’industrie opère à travers de nombreuses strates tenues secrètes, il est difficile de savoir qui profite de ces honoraires. Mais selon diverses sources, y compris des hauts fonctionnaires du gouvernement et la police, 60 à 80 % des frais de placement payés par les travailleurs étrangers finissent dans les mains d’agences de recrutement israéliennes agréées.

Ces frais, qui s’élèvent à des centaines de millions de shekels chaque année, ne sont pas déclarés et ne donnent donc lieu à aucun impôt sur le revenu. Les agences de recrutement israéliennes sont légalement autorisées à facturer à l’employeur d’un travailleur étranger un total de 2 000 shekels de frais de placement à l’embauche, et 70 shekels supplémentaires par mois. La perception de tout autre frais est contraire à la loi, a confirmé Kav LaOved.

« La loi n’est pas appliquée et Israël s’est abstenu de lutter contre cette pratique déloyale », selon un rapport de Kav LaOved sur la question. Il a ajouté que les agences de recrutement en Israël et à l’étranger « exploitent un lobby puissant et influent » qui empêche Israël et d’autres pays « d’établir un arrangement alternatif pour faire venir les travailleurs étrangers et l’application de la loi qui interdit de percevoir des frais de courtage ». Le rapport a été publié en 2013, mais les militants affirment que peu de choses ont changé.

La corruption est omniprésente

En 2021, l’ancien chef du département des agences de recrutement de l’Autorité de la Population et de l’Immigration (PIBA), Nissim Shimoni, a été accusé d’avoir accepté des pots-de-vin, entre autres infractions. Dans les protocoles des procédures judiciaires qui ont suivi son arrestation en 2018, selon les médias israéliens, la police a déclaré que Shimoni avait des relations de contrepartie avec les propriétaires des entreprises et que les pots-de-vin comprenaient également des relations sexuelles.

Illustration : Un homme menotté. (Crédit : BrianAJackson via iStock par Getty images)

En 2008, Shlomo Benizri (Shas), ancien ministre du Travail de 2001 à 2003, a été accusé d’avoir accepté des pots-de-vin pour permettre à des agences de faire entrer davantage de travailleurs étrangers en Israël, d’abus de confiance et d’entrave à la justice pour des actions commises pendant son mandat de ministre. Il a purgé deux ans et demi de sa peine de quatre ans de prison.

A LIRE : Quand l’aide à domicile devient l’esclave de sa dette en Israël

En 2006, Kav LaOved a soumis une requête à la Cour suprême demandant au gouvernement de signer des accords de travail avec les pays qui envoient des travailleurs étrangers en Israël. Peu après, le ministère des Affaires étrangères a changé de position et a soutenu le point de vue des requérants selon lequel Israël devrait signer des accords bilatéraux, ce qui a incité le gouvernement israélien à examiner et à commencer à traiter les problèmes d’emploi dans les principaux domaines – agriculture, construction et soins – où les travailleurs étrangers sont nombreux. Toutefois, c’est dans le secteur des soins que les progrès ont été les plus lents.

Shirly Raisin Sasson est directrice de la division des accords bilatéraux, à l’Administration des travailleurs étrangers, à la PIBA, le principal organisme israélien responsable des travailleurs étrangers en Israël. Sasson a expliqué qu’elle et ses collègues avaient entendu parler de nombreux cas de travailleurs se plaignant d’avoir payé des frais de placement et que ces cas avaient été transmis aux enquêteurs du gouvernement, qui n’ont pas mené d’enquête rigoureuse.

« Les courtiers les avertissent qu’il y aura des conséquences pour eux et leur famille s’ils parlent »

« Les enquêteurs ont demandé à voir des preuves. Et s’ils [les travailleurs sociaux] ont des preuves, elles proviennent d’un tiers qui ne fait pas officiellement partie de l’agence pour l’emploi. Les enquêteurs n’ont donc pas été en mesure d’engager des poursuites pénales », a expliqué Sasson.

Sasson a dit qu’elle n’a pas connaissance d’un seul cas, depuis près de trente ans que les aides-soignants étrangers paient des frais de placement, dans lequel les autorités israéliennes ont poursuivi quiconque impliqué dans la perception de tels frais.

En l’absence de tout signe de poursuites à l’encontre des coupables, les victimes, les travailleurs sociaux étrangers, ne sont guère enclins à se manifester, a affirmé Jaiden.

« Les courtiers les avertissent qu’il y aura des conséquences pour eux et leurs familles s’ils parlent. Beaucoup entendent dire qu’ils seront expulsés », a poursuivi Jaiden.

À titre d’exemple, il a cité le cas d’un travailleur étranger qui avait l’intention de dénoncer les frais de placement. Le courtier lui a dit que s’il le faisait, l’agence l’accuserait d’être violent envers la personne dont il s’occupait et qu’il serait expulsé du pays.

Interrogés sur la menace d’expulsion, les responsables de la PIBA n’ont pas pu promettre qu’un tel travailleur ne serait pas expulsé, même s’il apportait des preuves concernant les frais de placement.

« Nous garantissons que nous protégerons les droits du travailleur », a déclaré Shoshana Strauss du service juridique de la PIBA. Elle a ajouté que dans les cas où le paiement des frais de placement s’est avéré être lié à la traite d’êtres humains ou au trafic sexuel, « nous protégeons les témoins, même s’ils ont payé l’argent et accepté de venir ici ».

Un aide domestique philippin poussant un Israélien âgé en chaise roulante, le 22 avril 2009. (Crédit : Abir Sultan/Flash90)

Les huit soignants interrogés par le Times of Israel, qui ont payé des frais de placement, disent qu’ils n’envisagent même pas d’approcher les autorités.

« Si les autorités le découvrent, elles nous renverront aux Philippines », a dit Maria, une aide-soignante arrivée à la fin de l’année dernière.

« Ils vont m’expulser », a dit Natalia, originaire d’Ouzbékistan. « J’ai payé 9 500 dollars pour venir ici. Il m’a fallu deux ans pour les rembourser. Depuis, je n’ai pas pu rentrer chez moi et voir ma famille depuis six ans », a-t-elle témoigné.

« Certains des Philippins qui nous ont aidés à notre arrivée sont ceux-là même qui ont des liens avec ces agences. »

Une autre raison pour laquelle les gens hésitent à s’exprimer est que le système des frais de placement est profondément ancré dans certaines parties de la communauté des aidants. Lors de l’enquête pour cet article, le Times of Israel a appris que les aidants avaient reçu des avertissements explicites par le biais des réseaux sociaux pour ne pas donner les noms des agents et des agences impliqués aux journalistes.

« Je me suis maintenant rendue compte que certaines des Philippines qui nous ont aidés à notre arrivée sont celles-là même qui ont des liens avec ces agences », a dit Maria. « Si l’une d’entre elles est touchée, toutes le seront – et cela nous retombera dessus car ils ont beaucoup plus de pouvoir et de connexions que nous dans ce pays. »

Le pouvoir des gens

Lorsque la « Dame de fer » Trapal a commencé à s’élever contre cette pratique, elle a immédiatement été confrontée à un sérieux retour de bâton, les critiques les plus virulentes venant de sa propre communauté.

« Les gens ont commencé à m’envoyer des messages sur Facebook, m’avertissant de cesser mes activités », a-t-elle raconté. Elle a très rapidement commencé à recevoir des SMS de menace.

« J’ai reçu des messages disant qu’ils allaient me tuer si je n’arrêtais pas, que les services d’immigration allaient m’expulser. J’ai dit, ‘OK, alors voyons voir' », a raconté Trapal. Elle a souligné que ce qui l’a aidée à rester forte, c’est sa foi et le soutien indéfectible de son employeur et de sa famille.

Jean Trapal, à droite, une aide-soignante des Philippines devenue militante contre les frais de placement payés par les aides-soignantes étrangères en Israël, Me Michal Tadjer, à gauche, et Me Idit Lebovitch, au centre, s’exprimant devant la commission du Travail, des Affaires sociales et de la Santé de la Knesset, en mars 2018. (Crédit : Jean Trapal)

« La famille de mon client m’a soutenue dans ce que je faisais et a installé des caméras de sécurité à l’intérieur et à l’extérieur de l’appartement où je travaillais pour que je me sente en sécurité », a raconté Jean Trapal, qui est depuis retournée aux Philippines.

D’autres personnes actuellement engagées dans le même combat craignent profondément pour leur vie.

« Si quelqu’un comme moi soulève la question, cela devient un travail qui met sa vie en danger », affirme Jaiden, décrivant les menaces de mort qu’il reçoit sur Facebook et par SMS lorsque d’autres personnes révèlent par inadvertance son vrai nom. Il a également dit ne pas vouloir que son identité soit mentionnée en raison des contacts qu’il a directement avec les courtiers et les agents.

« Si quelqu’un comme moi soulève la question, cela devient un travail qui met sa vie en danger. »

Jaiden a dit que lui et d’autres militants « ne peuvent pas abolir les frais de placement à eux seuls ». « Nous avons besoin des gouvernements pour cela. »

« Mais ce que nous essayons de faire, c’est d’aider les personnes qui paient de l’argent et ne reçoivent toujours pas d’offre d’emploi ou de visa », a-t-il dit, expliquant qu’ils s’efforcent de faire pression sur les courtiers pour qu’ils tiennent leurs promesses. « Ce que je fais est très risqué. Que se passera-t-il si quelqu’un me poursuit en justice en Inde ? Ils profèrent parfois des menaces directes – qu’ils s’en prendront à ma famille. »

Le Premier ministre indien Narendra Modi, à droite, et le Premier ministre Benjamin Netanyahu posant pour des photographes après l’arrivée du leader israélien à l’aéroport de New Delhi, le 14 janvier 2018. (Crédit : Prakash Singh/AFP)

« Nous avons déposé des plaintes à l’ambassade d’Inde, au ministère de l’Intérieur israélien », a déclaré Jaiden. « Sur cette question, tout le monde sait ce qui se passe, mais qui prendra des mesures ? »

L’ambassadrice d’Inde à Tel Aviv a confirmé qu’elle était au courant des recrutements non réglementés et de la facturation de frais de placement illégaux, et a déclaré qu’elle travaillait sur un accord bilatéral avec Israël.

« Sur cette question, tout le monde sait ce qui se passe, mais qui agira ? »

« L’accord bilatéral proposé, dont l’Inde et Israël discutent, vise à créer un mécanisme institutionnel pour protéger les droits des aidants et vise à éliminer les frais de placement illégaux en apportant de la transparence », a déclaré Rajiv Bodwade, chef adjoint de la mission indienne. « Il y a un sentiment d’urgence des deux côtés pour que cela soit mis en place, et nous espérons que l’accord sera bientôt conclu. Nous sommes convaincus que l’accord profitera aux aidants en protégeant leurs droits. »

Un nouvel espoir ?

Suite à la requête de Kav LaOved auprès de la Cour suprême pour forcer le gouvernement israélien à agir en 2006, le gouvernement a lentement commencé à introduire une série d’accords bilatéraux dans tous les secteurs des travailleurs étrangers.

Ces accords bilatéraux permettent le recrutement direct de travailleurs afin de garantir une procédure supervisée et totalement transparente. Ces accords sont une pratique acceptée depuis des dizaines d’années et sont encouragés par des organisations internationales telles que l’Organisation internationale du Travail et l’Organisation internationale pour les Migrations. Dans le secteur des soins, des accords bilatéraux ont été signés avec le Sri Lanka, l’Ouzbékistan et les Philippines.

« L’accord bilatéral est le meilleur moyen que je connaisse pour mettre fin aux frais illégaux des travailleurs étrangers »

« Je peux vous dire avec certitude que l’accord bilatéral est le meilleur moyen que je connaisse pour mettre fin aux frais illégaux pour les travailleurs étrangers », a déclaré Sasson de la PIBA.

Une partie de l’accord, qui permet de contourner les frais de placement illégaux, est une idée issue d’une application de rencontre. Ce mécanisme innovant fonctionne de telle sorte que l’identité du candidat est inconnue jusqu’à ce qu’il soit choisi par la famille qui l’emploiera.

Une travailleuse philippine assise sur un banc avec une femme âgée israélienne, le 20 mai 2009. (Crédit : Serge Attal/Flash90)

Chaque candidat doit passer un entretien dans son pays d’origine et répondre à un questionnaire informatisé. Son vrai nom est masqué par un numéro anonyme auquel les agences de recrutement agréées et les fonctionnaires du gouvernement ont accès.

« Ils peuvent effectuer des recherches dans leur base de données de candidats. Lorsqu’ils trouvent plusieurs candidats qui semblent convenir, ils envoient un lien à la famille et celle-ci peut voir les entretiens et les réponses aux questionnaires », a expliqué Sasson. Ce n’est qu’à ce moment-là que l’identité réelle de l’aidant potentiel est révélée.

Une solution imparfaite

L’accord avec les Philippines a été signé en 2018 et mis en œuvre en 2021. Pourtant, Trapal n’est plus à la fête.

« Après l’accord bilatéral, je me suis dit ‘j’en ai fini’. Mais le problème, c’est que lorsque j’ai de nouveau entendu qu’il y avait des problèmes, mon sang a commencé à bouillir », s’est-elle exclamée au téléphone.

Grâce à sa réputation dans la communauté, des soignants frustrés ont de nouveau contacté Trapal pour des problèmes de frais de placement.

L’une de ces femmes, Lilia, a contacté Trapal aux Philippines. Elle a accepté de partager son histoire avec le Times of Israel.

Des membres de la communauté philippine de Jérusalem agitant leur drapeau national ainsi que celui d’Israël en attendant l’arrivée de leur président Rodrigo Roa Duterte en visite officielle en Israël, le 2 septembre 2018. (Crédit : AFP/Menahem Kahana)

« J’ai postulé [pour travailler en Israël en tant qu’aide-soignante] en juillet 2021 », relate Lilia. « Le personnel de l’administration philippine de l’emploi à l’étranger m’a dit ‘attendez un peu, nous sommes sûrs que vous allez trouver un employeur et obtenir un visa’. »

Mais après plusieurs mois sans nouvelles, un ami lui a dit qu’il avait été contacté par un courtier lui proposant une « aide ». « J’ai cru que c’était une blague. Mais ensuite, un courtier m’a appelée directement et m’a proposée de faire en sorte que ma candidature soit privilégiée », précise Lilia – contre rémunération, bien sûr. Le courtier a demandé à Lilia de payer des milliers de dollars, ce qui l’a rendue furieuse. Lilia, qui a refusé de payer ces frais illicites, est toujours aux Philippines sans qu’aucun emploi ne l’attende en Israël. « Je suis catégorique : je ne paierai pas. Si je paie, je devrais une grosse somme d’argent à quelqu’un d’autre. Je préfère attendre d’obtenir un emploi en suivant la procédure légale. Même si j’attends depuis longtemps, le temps viendra où le Seigneur me donnera la possibilité de travailler en Israël sans payer de grosses sommes d’argent », a-t-elle dit. Lilia a partagé son expérience avec d’autres soignants dans la même situation. L’une d’entre elles a enregistré ses conversations avec le courtier et les a envoyées au Times of Israel.

Voici quelques extraits traduits de l’une de ces conversations datant du 5 août 2022 :

Courtier : Il y a tellement de candidats que ce n’est pas facile pour eux [l’agence israélienne] de trouver votre nom. Mais comme je vais leur dire que vous êtes mon candidat, ils feront plus d’efforts pour trouver votre dossier.

Aide-soignante : Madame, ceux [candidats] qui ont fait leur demande il y a presque un an, avez-vous pour habitude de privilégier leurs demandes pour les aider à se rendre en Israël ?

Courtier : Oui. Ils nous ont demandé de faire remonter leurs dossiers et maintenant ils sont déjà là. Chaque candidat doit avoir ses propres contacts. Si vous n’avez aucune relation, personne ne pourra vous aider à faire en sorte que vos papiers soient classés par ordre de priorité. Mon travail n’est pas gratuit mais ce n’est pas moi qui en fixe le prix. Par exemple, deux de mes candidats ont attendu près d’un an, puis ils se sont adressés à moi et, au bout d’une semaine, leurs dossiers ont été sélectionnés. Une fois que votre nom est sélectionné et que l’employeur signe, c’est là que vous me payez.

Aide-soignante : Madame, cela signifie que la plupart des candidats paient ces sommes énormes ?

Courtier : Oui, parce que si vous voulez venir en Israël… rien n’est gratuit ici. C’est ça le secret. Les agences sont unanimes sur ce point.

Lilia a également partagé une lettre anonyme dont elle est l’auteure avec une douzaine d’autres aides-soignants qui veulent venir travailler en Israël mais qui disent qu’on leur demande de payer des frais de placement élevés pour se faire. Aucun d’entre eux n’a payé ces frais et tous sont encore aux Philippines.

Un Philippin prenant soin d’un Israélien en fauteuil roulant. (Crédit : Abir Sultan/Flash90)

Pour vérifier ces affirmations, le Times of Israel a également contacté des Philippins récemment arrivés en Israël. Teresita, une aide-soignante du sud d’Israël arrivée en août 2022, a affirmé avoir payé 7 000 dollars de « frais de placement » – « la moitié aux Philippines et l’autre moitié que je paie encore en Israël », a-t-elle indiqué sous couvert d’anonymat, la voix tremblante de nervosité au bout du fil.

« J’ai attendu huit mois aux Philippines, sans aucune nouvelle d’un emploi. Je m’en plaignais auprès de mes amis, puis un agent m’a envoyé un message via Facebook », a-t-elle raconté. « Un mois plus tard, j’avais un contrat. »

Elle a expliqué qu’elle a laissé ses parents et sa fille adolescente aux Philippines pour prendre un emploi en Israël. « Je n’avais pas le choix, j’avais besoin de ce travail pour aider mes proches », a-t-elle dit.

« Je n’avais pas le choix, j’avais besoin de ce travail pour aider mes proches »

Elle est en colère contre les frais, qu’elle sait qu’elle n’aurait pas dû payer. « Je veux qu’ils sachent qu’exiger ces frais de placement est illégal », a-t-elle dit à propos des courtiers qui travaillent avec les agences de placement.

Une autre aide-soignante, Maria, a dit qu’elle est également arrivée ici en août 2022.

« J’ai déposé ma demande en janvier 2022. J’ai attendu pendant six mois. Puis quelqu’un m’a dit ‘si vous voulez venir rapidement, contactez cet agent’. Je les ai contactés et j’ai payé 7 000 dollars et je suis arrivée ici rapidement. Je suis toujours en train de rembourser cet argent – il me faudra un an », a dit Maria.

Une aide domestique philippine et une Israélienne âgée à Tel Aviv. (Crédit : Moshe Shai/Flash90)

« C’est une maladie », a dit Beni Domingo, un leader de la communauté philippine en Israël qui est conscient du problème depuis des années. « Pour les Philippins, c’est pire que le COVID. »

« Je me moque qu’ils me menacent. Je n’ai pas peur. Les agences ou les courtiers disent aux aides-soignants de ne pas parler. Ils disent ‘si vous parlez, nous annulerons votre visa et ils vous expulseront' », a-t-il dit, en nommant deux des agences qu’il croit savoir être impliquées. (Aucune de ces agences n’a répondu aux demandes de commentaires.)

« Et bien sûr, les aides-soignants ont peur – ils sont nouveaux ici », a-t-il ajouté.

En réponse, la PIBA a admis avoir également entendu parler de telles violations de l’accord bilatéral avec les Philippines, mais uniquement sous forme de rumeurs émanant des deux pays.

« Les deux parties collaborent étroitement sur cette question », a déclaré Sasson. « Nous serions heureux de recevoir des informations précises pour enquêter. C’est l’avantage de l’accord bilatéral : s’il y a un problème, nous avons des partenaires. »

La PIBA concède qu’il peut y avoir un pépin dans le système et Sasson admet qu’il y a un endroit où il y a peut-être « une certaine collusion ».

« Mais si nous connaissons le problème, notre branche d’enquête se penchera sur la question. C’est souvent l’affaire de la police et des autorités chargées du blanchiment d’argent. Jusqu’à présent, dans le cadre du système privé, elles n’ont pas pu, pendant des années et des années, porter plainte pour ces crimes. Peut-être que dans le cadre de l’accord – parce que nous savons qui sont tous les joueurs – si nous recevons une plainte et des preuves, seront-ils en mesure d’y donner suite », a-t-elle dit.

Selon un représentant de la PIBA, l’accord bilatéral suscite une opposition considérable, car de nombreuses agences de recrutement risquent de perdre beaucoup d’argent.

En 2018, l’Organisation Achioz des agences de recrutement israéliennes a déposé un recours auprès de la Haute Cour de justice contre la procédure de l’accord bilatéral pour le recrutement d’aides-soignants étrangers. La demande a finalement été retirée par les requérants après avoir été entendus par la Cour.

« Il était évident que des personnes des deux côtés essayaient de faire échouer l’accord », a déclaré Sasson, faisant référence aux agences de recrutement en Israël et aux Philippines.

« Je ne serais pas surprise si l’un des résultats de leur résistance est ces rumeurs [de renouvellement des frais] », a spéculé Sasson. « Mais cela ne signifie pas que nous n’avons pas le devoir de trouver un moyen d’améliorer notre accord et de faire en sorte que cela ne se produise pas. »

Me Shiri Lev-Ran Lavi. (Crédit : YouTube)

« Les recherches montrent que les accords bilatéraux contribuent effectivement à faire disparaître ce phénomène », a expliqué Me Shiri Lev-Ran Lavi, commissaire aux droits du travail des travailleurs étrangers au ministère de l’Économie.

« Mais pour que cela soit hermétiquement scellé, nous devons nous assurer que lorsque nous avons ce genre de plaintes, nous les traitons », a souligné Me Lev-Ran Lavi, répétant que l’application des accords bilatéraux est la meilleure solution.

L’ambassade des Philippines et le ministère israélien des Affaires étrangères ont décliné toute demande de commentaire.

Pour Natalia, l’aide-soignante originaire d’Ouzbékistan, il y a peu d’espoir de trouver une solution ou une compensation.

« Je ne suis pas rentrée chez moi depuis six ans », a-t-elle dit, ajoutant qu’elle essayait d’économiser autant d’argent que possible pour l’envoyer chez elle.

« Les autorités m’expulseront si elles l’apprennent », a-t-elle dit, en faisant référence à son deuxième emploi de femme de ménage. « Mais je n’en ai plus rien à faire. Je suis tellement fatiguée. »

Réponse à cet article de l’ambassadeur des Philippines en Israël Pedro R. Laylo, Jr :

Le gouvernement philippin et l’ambassade des Philippines apprécient grandement les contributions des aides-soignants philippins en Israël, qui représentent une réalisation clé dans nos relations d’État à État et de peuple à peuple avec Israël.

Nous prenons au sérieux tous les problèmes auxquels sont confrontés nos soignants, en particulier les cas signalés d’abus et d’exploitation perpétrés par des personnes sans scrupules, qu’elles soient philippines, israéliennes ou autres. Nous travaillons en étroite collaboration avec le gouvernement israélien pour enquêter sur ces cas et, si cela est justifié, poursuivre les auteurs de ces actes.

Pour ce qui est des Philippines, nous disposons de lois strictes contre le recrutement illégal, y compris l’imposition illégale de frais. Les contrevenants sont régulièrement poursuivis et sanctionnés. Toutefois, nous aurons besoin de la coopération de toutes les parties prenantes, car il sera difficile de poursuivre les contrevenants si les victimes ne signalent pas les cas ou refusent de fournir des informations. Nous encourageons la même vigilance dans la coopération avec les autorités israéliennes, notamment dans l’application des lois israéliennes pertinentes.

La collecte de frais exorbitants de placement et souvent illégaux auprès des aidants par des personnes non autorisées n’est pas passée inaperçue, et c’est précisément la raison pour laquelle nous avons conclu un accord bilatéral avec Israël en 2018. Bien qu’il ne s’agisse pas d’une solution parfaite ni permanente, l’accord a permis de renforcer l’application des règles régissant le recrutement et le placement d’aides-soignants des Philippines, de réduire considérablement l’incidence de l’exploitation ou des abus et, de manière générale, de décharger nos aides-soignants de frais et de charges inutiles ou illégaux. Les gouvernements philippin et israélien continuent de discuter des moyens de rendre cet accord plus efficace au moment où nous parlons.

Nous reconnaissons et remercions également les membres de la communauté et les défenseurs qui dénoncent les cas d’abus et d’extorsion commis à l’encontre des soignants, notamment Mme Jean Trapal, qui a été abondamment citée dans votre article.

Cependant, nous aimerions clarifier ou rectifier certaines des déclarations qu’elle a faites :

1. La déclaration attribuée à l’attaché du travail en 2017, à savoir « qu’il n’y a pas d’espoir ni de solution » est inexacte. Malgré la gravité des problèmes, l’ambassade des Philippines n’a jamais perdu espoir et n’a jamais relâché ses efforts pour protéger les aides familiaux philippins. La meilleure preuve en est l’accord bilatéral que nous avons signé en 2018.

2. Bien que nous ne connaissions pas les mots exacts utilisés ni le contexte exact de la lettre de Mme Trapal à « l’ambassadeur des Philippines », qui serait restée sans réponse, nous souhaitons préciser que la lettre ou l’e-mail a été envoyé en 2017 – à un ambassadeur précédent. Je n’ai pris mes fonctions que le 17 décembre dernier, et nous avons pour politique, sous ma surveillance, qu’aucune lettre ou correspondance de quiconque – en particulier de ressortissants philippins en détresse – ne reste sans réponse.

3. L’accord bilatéral Philippines-Israël a peut-être des imperfections, mais il n’est pas la « solution imparfaite » qui a été décrite. Il reste le meilleur mécanisme pour limiter les abus. Avec quelques ajustements, nous sommes convaincus que l’accord atteindra ses objectifs.

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