Falsification de documents: La police dit avoir recueilli des preuves contre le chef de cabinet du Premier ministre
Tzachi Braverman, visé par une enquête pour falsification et fraude, ne devrait pas être mis en examen ; il a dit avoir modifié l'horaire d'un appel téléphonique du matin du 7-Octobre par erreur - ce qui est difficile à réfuter
La police estime avoir réuni suffisamment de preuves contre le chef de cabinet du Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui est accusé d’avoir falsifié les relevés téléphoniques du 7 octobre 2023, le jour de l’attaque perpétrée par le groupe terroriste palestinien du Hamas, ont rapporté vendredi les médias israéliens. Il ne semble toutefois pas qu’il fera l’objet d’une mise en examen.
Tzachi Braverman est, depuis 2024, sous le coup d’une enquête pour falsification et fraude présumées en lien avec une modification illégale de relevés téléphoniques, et il a été interrogé par la police dans ce contexte. Il est soupçonné d’avoir falsifié l’heure à laquelle Netanyahu avait reçu pour la première fois des informations sur l’invasion du Hamas du 7-Octobre via un appel téléphonique d’Avi Gil, qui était alors le secrétaire militaire du Premier ministre, en la faisant passer de 6 h 40 à 6 h 29.
Braverman aurait reconnu avoir modifié cet horaire, expliquant aux policiers qu’il l’avait fait par erreur.
Selon les informations parues vendredi, la police a clos l’enquête il y a plus d’un an, et a transmis le dossier aux procureurs. La décision de mettre Braverman en examen appartient désormais à la procureure générale, Gali Baharav-Miara.
La Treizième chaîne d’information a rapporté que le parquet penchait pour un classement sans suite de l’affaire ; le quotidien Haaretz a quant à lui cité des sources qui ont laissé entendre que les chances que Braverman soit poursuivi semblaient faibles, car il serait juridiquement difficile de réfuter son argument selon lequel cette modification était une erreur – et non un acte intentionnel.
Ces informations ont été révélées après que Gil a accordé deux entretiens dans lesquels il a accusé Braverman d’avoir falsifié les relevés téléphoniques au cours des mois qui ont suivi les massacres du 7-Octobre. Il a ainsi confirmé qu’une secrétaire du cabinet du Premier ministre lui avait rapporté qu’on lui avait demandé de retrouver le relevé de l’appel téléphonique qu’il avait eu avec Netanyahu sur leur ligne sécurisée à 6 h 40 au matin du 7 octobre, et que Braverman lui avait ordonné de modifier – frauduleusement – l’heure enregistrée de ce premier appel sécurisé entre Gil et Netanyahu en la faisant passer à 6 h 29.
« La première chose dont je me souviens, c’est de m’être demandé pourquoi, en janvier 2024, ils s’affairaient autour du relevé d’un appel téléphonique de quatre minutes passé le matin du 7-Octobre ? », a-t-il déclaré à la chaîne d’information N12. « À qui cela importait-il ? Qu’y avait-il dans cette conversation de si précieux, qui justifiait qu’on s’y attarde autant ? »
Dans une autre interview accordée au quotidien Israel Hayom, Gil a déclaré avoir ensuite rédigé une note manuscrite à l’attention de Baharav-Miara, dans laquelle il indiquait ne pas savoir pourquoi Braverman avait procédé à cette modification, mais qu’il estimait qu’il s’agissait d’un acte criminel. Il a également noté que la procureure générale avait déjà rappelé au chef de cabinet de Netanyahu les règles relatives à la rédaction des procès-verbaux officiels.
« Il s’agit d’un mode de fonctionnement criminel, adopté par des individus qui s’estiment autorisés à agir comme bon leur semble. Et le chef de cabinet s’est comporté comme quelqu’un qui pensait pouvoir tout se permettre », a souligné Gil. « Peut-être travaillaient-ils déjà à la version des faits que l’on entend aujourd’hui : celle selon laquelle le Premier ministre était la seule personne à agir de manière rationnelle lorsque le chaos a éclaté, puisqu’il aurait, soi-disant, donné toutes les instructions nécessaires dès le tout premier instant », a-t-il ajouté.
À la question de savoir si Netanyahu savait ce que faisait Braverman, Gil a répondu : « J’ai du mal à croire qu’il ne le savait pas. Et même s’il l’ignorait, c’est extrêmement grave. Les versions données ne sortent pas de nulle part. Quelqu’un en est responsable, quelqu’un les approuve. Il y a probablement eu une discussion, et quelqu’un a manifestement jugé important de modifier l’heure de cet appel. Mais supposons qu’il ne savait pas. Dès que je l’ai signalé, il était au courant. Et qu’a-t-il fait ? Rien. »
Réagissant aux propos de Gil, le Likud, le parti de Netanyahu, a qualifié les accusations portées contre Braverman de « fausse accusation de meurtre rituel, qui a déjà été examinée » ; il a également réitéré son affirmation selon laquelle si le Premier ministre avait été réveillé dans les heures précédant l’attaque du 7-Octobre, « tout aurait été différent ».
Outre cette affaire, Braverman fait l’objet d’une mise en examen pour entrave à la justice, fraude et abus de confiance dans le cadre d’un scandale lié à la fuite de documents classifiés. Du fait de ces accusations, il n’a pas pu prendre ses fonctions de prochain ambassadeur d’Israël au Royaume-Uni, poste pour lequel il avait été désigné.