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L’ex-secrétaire militaire de Netanyahu l’accuse d’avoir privilégié sa survie politique au détriment de la vie des otages

Dans une interview fracassante, Avi Gil affirme également que le chef de cabinet du Premier ministre a falsifié ses relevés téléphoniques de cette journée

De gauche à droite : Le chef de cabinet du Premier ministre Benjamin Netanyahu, Tzahi Braverman, le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son secrétaire militaire, le général de division Avi Gil, arrivant pour une réunion du Conseil des ministres au siège du Premier ministre, à Jérusalem, le 22 janvier 2023. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)
De gauche à droite : Le chef de cabinet du Premier ministre Benjamin Netanyahu, Tzahi Braverman, le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son secrétaire militaire, le général de division Avi Gil, arrivant pour une réunion du Conseil des ministres au siège du Premier ministre, à Jérusalem, le 22 janvier 2023. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Dans une interview fracassante, l’homme qui occupait le poste de secrétaire militaire de Benjamin Netanyahu le 7 octobre 2023 a accusé le Premier ministre d’avoir laissé passer des occasions évidentes de ramener vivants davantage d’otages de Gaza, car cela aurait mis en péril sa carrière politique.

Évoquant les réunions du Conseil des ministres pendant la guerre, Avi Gil a déclaré jeudi soir à la chaîne N12 qu’il y avait eu des moments où Netanyahu avait choisi de préserver son gouvernement plutôt que d’accepter un accord qui aurait permis de ramener des otages en Israël – dont certains sont par la suite morts en captivité -, mais qui aurait pu faire tomber sa coalition.

Gil a reconnu que le leadership exigeait d’avoir une vision d’ensemble et que « les considérations politiques font également partie du problème ».

Puis il a ajouté : « À l’époque, pensais-je que c’était une erreur ? Est-ce que je pensais qu’il fallait donner la priorité au retour des otages ? La réponse est oui. »

Au cours de cette longue interview, Gil a formulé une série d’allégations explosives, dont beaucoup portaient sur des questions cruciales : ce que Netanyahu savait avant le 7-Octobre, comment il a agi pendant l’assaut barbare et sadique mené par le groupe terroriste palestinien du Hamas, et comment il a pris ses décisions au cours des mois qui ont suivi.

L’ancien aide de camp, qui a occupé ce poste de juillet 2021 à mai 2024, a également affirmé que le chef de cabinet de Netanyahu avait falsifié ses relevés téléphoniques datant du 7-Octobre. Il a soutenu que le récit de Netanyahu des événements ayant précédé cette attaque dévastatrice, notamment dans une déclaration officielle qui a été remise dans le cadre d’une enquête menée par le contrôleur de l’État, omettait des détails cruciaux. Il a ajouté que, dans les semaines et les mois précédant l’attaque, Netanyahu avait été averti à plusieurs reprises par tous ses responsables de la sécurité d’une guerre imminente.

Avi Gil, qui a été secrétaire militaire du Premier ministre Benjamin Netanyahu de décembre 2022 à mai 2024, lors d’une interview diffusée sur la chaîne N12 le 8 octobre 2026. (Crédit : Capture d’écran/N12)

Ces accusations accablantes, formulées 19 jours avant que Netanyahu ne se présente aux premières élections depuis le 7 octobre 2023, ont suscité un démenti furieux de la part du Premier ministre, qui a rejeté la responsabilité des erreurs commises ce jour-là sur Gil. La conduite de Netanyahu autour des événements du 7-Octobre a été au cœur de la campagne électorale, et il s’est efforcé de rejeter la responsabilité sur les chefs des services de sécurité du pays pour ne pas avoir su empêcher la journée la plus sanglante de l’histoire d’Israël.

Les déclarations de Gil aux médias ont constitué « une tentative de dissimuler la vérité simple et douloureuse concernant son échec », a déclaré Netanyahu en réponse à cette interview.

Les accusations de Gil ont également suscité une indignation d’un autre ordre de la part des rivaux politiques de Netanyahu : Gadi Eisenkot, favori de la campagne électorale, a réclamé l’ouverture d’une enquête pénale sur les mensonges présumés du Premier ministre. Avigdor Liberman, chef du parti belliciste Yisrael Beytenu, a, quant à lui, accusé Netanyahu de trahison.

« Alors que d’autres frères et sœurs de la région frontalière étaient massacrés par le Hamas, Netanyahu s’employait à modifier des protocoles au lieu de les sauver », a écrit Eisenkot sur le réseau social X.

« Rien ne le sauvera de la commission d’enquête nationale que nous mettrons en place après les élections. »

« Ils auraient pu revenir plus tôt »

Sur les 251 otages capturés le 7-Octobre, 46 ont été enlevés vivants et sont morts en captivité. Alors qu’il lui était demandé, jeudi, s’il aurait été possible de ramener certains captifs vivants et de libérer plus tôt ceux qui ont survécu, Gil a simplement répondu : « Nous aurions pu. »

Gil a indiqué que Netanyahu avait cédé à la pression des ministres d’extrême-droite de sa coalition, qui souhaitaient une intensification de la guerre contre le Hamas à Gaza et s’opposaient aux accords de libération d’otages et aux cessez-le-feu. L’un de ces ministres, Itamar Ben Gvir, s’est targué d’avoir fait échouer des accords sur les otages pendant la guerre.

Des Israéliens portant des cercueils symbolisant les otages assassinés par le groupe terroriste du Hamas à Gaza, alors qu’ils manifestent, à Tel Aviv pour la libération des captifs restants, le 5 septembre 2024. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

On a demandé à Gil s’il était déjà arrivé que Netanyahu prenne une décision, pour que les ministres d’extrême-droite déclarent ensuite : « Il n’y a pas d’accord », et que Netanyahu revienne alors sur sa position. « Oui », a-t-il répondu.

« Au fil du temps, des divergences se sont creusées entre, d’une part, les recommandations faites par les autorités de la défense, et peut-être même les souhaits du Premier ministre lui-même, et, d’autre part, les décisions ou recommandations de ses ministres », a-t-il déclaré.

On lui a ensuite demandé si, pour des raisons politiques, des otages avaient été assassinés ou étaient morts en captivité alors qu’il aurait été possible de les ramener vivants chez eux.

« C’est exact », a-t-il répondu.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu présidant une réunion du Conseil des ministres au bureau du Premier ministre, à Jérusalem, le 22 janvier 2023. À ses côtés se tient son secrétaire militaire, le général Avi Gil. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

« Ils auraient pu rentrer plus tôt. »

Pressé de questions pour savoir s’il avait assisté à une réunion au cours de laquelle le Premier ministre aurait placé « le gouvernement et la politique, autrement dit sa propre survie politique » au-dessus de la vie des otages à Gaza, Gil a finalement répondu : « Concrètement, c’est exactement ce qui s’est passé. »

Lorsqu’on lui a demandé s’il avait été empêché de présenter un certain document lors d’une réunion du Conseil des ministres, ce qui aurait entraîné l’échec d’un accord sur les otages, il n’a rien répondu. Cette question a semblé faire référence à une allégation qui avait été rapportée l’an dernier par le New York Times selon laquelle un document présentant les grandes lignes d’un accord sur les otages avait été présenté lors d’une réunion du Conseil des ministres israélien – mais qu’il avait été rendu caduc lorsque le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, avait menacé de faire tomber le gouvernement.

Il accuse le chef de cabinet d’avoir falsifié les relevés téléphoniques du 7-Octobre

Gil a également accusé le chef de cabinet de Netanyahu, Tzahi Braverman, d’avoir falsifié les relevés téléphoniques de la matinée du 7-Octobre dans le but apparent de redorer l’image du Premier ministre.

La collecte des comptes-rendus de la réunion de la matinée du 7 octobre 2023 a commencé deux ou trois semaines après le début de la guerre, a déclaré Gil à N12.

À la fin de ce mois-là, a-t-il ajouté, plusieurs personnes l’ont contacté pour l’informer qu’une campagne « inhabituelle » de collecte de comptes-rendus était en cours.

« Cette collecte de comptes-rendus a été effectuée en violation des règlements », a-t-il déclaré.

Il s’est souvenu s’être adressé à la procureure générale et lui avoir demandé de clarifier officiellement les règles afin de mettre fin à cette pratique, ce qu’elle a fait.

Puis, en janvier 2024, une sténographe du cabinet du Premier ministre a déclaré en personne à Gil qu’on lui avait demandé de retrouver l’enregistrement de l’appel téléphonique qu’il avait eu avec Netanyahu sur leur ligne sécurisée à 6 h 40 le 7-Octobre, et que Braverman lui avait ordonné de modifier frauduleusement l’heure consignée de ce premier appel sécurisé entre Gil et Netanyahu pour la faire passer à 6 h 29.

« Elle est entrée dans mon bureau, a fermé la porte et m’a tout raconté », a-t-il déclaré.

« Elle comprenait que cela s’écartait des pratiques établies », a-t-il ajouté.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu assis d’un côté d’un bureau, tandis que son chef de cabinet, Tzahi Braverman, prend des notes à la tête de celui-ci, lors d’une réunion avec de hauts responsables de la sécurité : (de gauche à droite) le général de division Ronen Gofman, aide de camp du Premier ministre ; le chef d’état-major de l’armée israélienne, le lieutenant-général Herzl Halevi ; le ministre de la Défense de l’époque, Yoav Gallant ; le chef du Mossad, David Barnea ; et le chef du Shin Bet, Ronen Bar, aux quartiers généraux de l’armée de la Kirya, à Tel Aviv, le 2 octobre 2024. (Crédit : Maayan Toaf/Bureau de la presse gouvernementale)

« Un document avait été diffusé deux mois plus tôt expliquant ce qui était autorisé et ce qui ne l’était pas… Elle m’a dit qu’il m’était interdit de modifier cela. »

Elle a précisé que l’appel avait été enregistré et qu’il était daté de 6 h 40 à 6 h 44.

« Si je me souviens bien, c’est le chef de cabinet qui a effectué la modification [du compte-rendu] », a-t-il déclaré.

« Ce sont les faits. Ils sont incontestables. »

« La première chose dont je me souviens, c’est de m’être demandé pourquoi, en janvier 2024, ils s’affairaient sur la transcription d’un appel téléphonique de quatre minutes passé le matin du 7-Octobre ? », a-t-il poursuivi.

« À qui cela importait-t-il ? Qu’y avait-il dans cette conversation de si précieux pour qu’on s’en préoccupe ainsi ? »

Lorsqu’on lui a demandé si une telle modification était inhabituelle, Gil s’est exclamé : « C’est modifier une transcription. C’est modifier la vérité. Est-ce inhabituel ? J’espère que oui. »

Ce n’est pas la première fois que Braverman est accusé d’actes criminels. Il fait l’objet d’une mise en accusation pour obstruction à la justice, fraude et abus de confiance dans le cadre d’un scandale lié à la fuite de documents classifiés. En raison de ces allégations, il n’a pas pu prendre ses fonctions de prochain ambassadeur d’Israël au Royaume-Uni, poste pour lequel il avait été désigné.

« Exigez les originaux »

Gil a expliqué qu’après avoir pris connaissance de cette tentative de falsification, il avait immédiatement rédigé une note manuscrite à l’intention de la procureure générale pour l’en informer.

« Il était important pour moi de mettre cela par écrit afin de contrer toute fausse allégation ultérieure », a-t-il déclaré.

« Il s’agit d’un faux. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu rencontrant des soldats du régiment Golani près de la frontière avec Gaza, le 19 octobre 2023. (Crédit : Avi Ohayon/Bureau de la presse gouvernementale)

Lorsqu’on lui a demandé s’il avait pu y avoir d’autres falsifications de ce type, il a répondu : « C’est un fait qu’ils ont ordonné que l’heure d’un appel soit modifiée. Y a-t-il eu d’autres modifications de ce genre ? Je ne sais pas. »

Il a ajouté : « J’ai constaté une modification dans un protocole. »

Il a formulé une recommandation à l’intention de la personne qui mènera finalement l’enquête sur l’attaque : « Ne vous fiez pas uniquement aux transcriptions écrites. Exigez les enregistrements originaux… Écoutez ce qui a été dit. »

Gil a émis l’hypothèse qu’il était « possible » que la modification de l’heure de la conversation ait eu pour but de préparer le terrain pour que l’entourage de Netanyahu puisse insinuer que de hauts responsables étaient au courant de l’attaque à l’avance et que, dans le cadre d’un acte de trahison, ils l’avaient intentionnellement cachée au Premier ministre jusqu’à ce que l’attaque soit en cours.

« Vous décrivez un comportement criminel qui porte atteinte à l’État et à sa sécurité », ont fait remarquer ses interlocuteurs à Gil. Alors pourquoi, lui a-t-on demandé, les autorités chargées de l’application de la loi ne prononcent-elles pas d’actes d’accusation ?

« Demandez-leur », a-t-il répondu.

« Je connais les faits », a-t-il déclaré.

« Et les faits ne sont pas contestés. L’heure de l’appel a été modifiée. [Ou plutôt], on a tenté de la modifier, car nous l’avons découvert. C’est un incident grave, et le fait est qu’ils ne le nient pas. »

Gil : Les responsables de la sécurité avaient déclaré que la guerre était imminente avant le 7-Octobre

Une grande partie de l’interview a porté sur ce que Netanyahu savait d’une attaque potentielle, et à quel moment il en avait eu connaissance. Ces dernières semaines, de nombreux médias ont rapporté que des dirigeants de toute la région avaient lancé des avertissements concernant une attaque imminente du Hamas. Cependant, Netanyahu a catégoriquement nié ces allégations et il a insisté sur le fait que ses responsables de la sécurité lui avaient assuré qu’aucune guerre n’était à craindre.

Gil a déclaré à la chaîne N12 que de hauts responsables de la sécurité avaient émis des avertissements répétés concernant une guerre imminente au cours des semaines et des mois qui avaient précédé l’invasion et le massacre du 7 octobre 2023, même s’ils ne portaient pas sur le scénario précis qui s’était déroulé ce jour-là.

« Pendant des semaines, des documents ont été présentés », a-t-il déclaré.

Des Israéliens opposés au projet de refonte judiciaire du Premier ministre Benjamin Netanyahu ont allumé des feux de joie et bloqué une autoroute lors d’une manifestation, quelques instants après que le dirigeant israélien eut limogé son ministre de la Défense, à Tel Aviv, en Israël, le 26 mars 2023. (Crédit : Ohad Zwigenberg/AP Photo)

« Les services de sécurité ont décrit une réalité dans laquelle nos ennemis ont identifié la fracture [au sein de la société], repéré nos faiblesses et constaté l’affaiblissement de notre force de dissuasion. »

Ces avertissements avaient été lancés dans le contexte d’une âpre bataille publique autour du projet très controversé de refonte du système judiciaire israélien proposé par le gouvernement.

« Y avait-il eu un avertissement spécifique et ciblé concernant un scénario présentant une attaque comme celle-ci depuis Gaza ? La réponse est sans équivoque : non », a-t-il déclaré.

« Avions-nous commencé à constater, au sein des services de sécurité, une atteinte à notre force de dissuasion, ainsi qu’un regard différent de nos ennemis sur Israël ? La réponse est sans équivoque : oui », a-t-il ajouté.

« Et cela a été signalé à tous les échelons. »

Gil se souvient avoir personnellement transmis un avertissement au Premier ministre

Il a déclaré avoir personnellement facilité un appel téléphonique de Ronen Bar, le directeur de l’agence de sécurité intérieure du Shin Bet, à Netanyahu en juillet 2023, au sujet d’une guerre imminente. Au cours de cet appel, Bar avait officiellement déclaré qu’il « transmettait un avertissement de guerre », alors que la coalition faisait adopter le premier texte législatif majeur du programme de refonte judiciaire de Netanyahu.

« Je me suis rendu auprès du Premier ministre à l’hôpital », a expliqué Gil, faisant référence à un week-end de juillet 2023 où le chef du gouvernement avait été hospitalisé pour une déshydratation présumée. « J’ai remis trois éléments au Premier ministre : le rapport des services de renseignement du week-end, une lettre personnelle du chef d’état-major de Tsahal qu’il avait demandé de lui faire parvenir à la veille du vote de la loi, et j’ai organisé un appel téléphonique confidentiel avec le directeur du Shin Bet que j’ai mis en relation. »

Il a refusé de révéler le contenu de la lettre ou de l’appel.

« L’ancien directeur du Shin Bet a parlé avec exactitude », a-t-il répondu lorsqu’on lui a demandé si le récit ultérieur de Bar, selon lequel il avait averti Netanyahu qu’une guerre se profilait, était exact. Il a précisé que Bar s’attendait à ce que Netanyahu le convoque rapidement pour en discuter plus en détail, mais que cela ne s’était pas produit.

Il a souligné que le chef de Tsahal et le ministre de la Défense avaient envoyé deux officiers de très haut rang s’entretenir avec les parlementaires au sujet des signes avant-coureurs, mais qu’ils n’avaient pas été entendus.

« Écoutez-les au moins », a-t-il ajouté. « Vous n’êtes pas obligés d’accepter leurs positions. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) rencontre le chef de l’agence de sécurité intérieure du Shin Bet, Ronen Bar (à droite), le 18 avril 2024. Au centre se trouve Avi Gil, le secrétaire militaire de Netanyahu. (Crédit : Kobi Gideon/Bureau de la presse gouvernementale)

Lorsqu’on lui a demandé comment il était possible que l’appareil de défense n’ait pas été prêt malgré toutes les mises en garde qui avaient été formulées, il a répondu : « On ne peut pas nier l’échec colossal de toutes les hiérarchies, et en premier lieu des autorités en charge de la défense. »

Mais il a ajouté : « Tout ce que les services de sécurité savaient a été rapporté [à Netanyahu]. »

Il a confirmé l’authenticité d’un document publié portant sa signature, indiquant que Bar avait insisté pour qu’Israël procède à des assassinats ciblés de dirigeants du Hamas à Gaza durant cette période, et que cela n’avait pas eu lieu.

Lorsqu’on lui a demandé si Netanyahu avait rejeté plusieurs demandes visant à cibler Yahya Sinwar, le dirigeant du Hamas et architecte des massacres du 7-Octobre, il a déclaré : « Il y a eu des recommandations en faveur de frappes ciblées à Gaza, et elles n’ont pas été approuvées. »

Gil nie avoir eu connaissance des avertissements des Émirats arabes unis et de l’Égypte

Cependant, Gil n’a pas confirmé les informations laissant entendre que Netanyahu avait reçu des avertissements concernant le pogrom de la part de l’Égypte et des Émirats arabes unis.

Il a affirmé ne pas s’être trouvé au bureau de Netanyahu lorsque le président émirati Mohammed ben Zayed avait, semble-t-il, averti le Premier ministre que le Hamas s’apprêtait à attaquer. Alors qu’il lui était demandé s’il était possible qu’il n’ait pas eu connaissance d’une telle conversation, il n’a pas apporté de réponse.

Gil a fait remarquer que « tout ce qui se passe au bureau du Premier ministre ne figure pas nécessairement dans l’agenda officiel ».

« Je n’ai pas connaissance d’un quelconque avertissement de la part du chef des services de renseignement égyptiens, Abbas Kamel », a-t-il ajouté. Sur la base d’informations accessibles au public concernant un avion privé qui a atterri à l’aéroport Ben Gurion pendant environ une heure, 11 jours avant le massacre perpétré par le Hamas, Gil a estimé que « quelqu’un a, semble-t-il, rencontré une personne venue d’Égypte ».

Cette personne au courant devrait se manifester, a-t-il déclaré. « J’imagine que ce n’était pas pour offrir un cadeau de Noël. »

Que s’est-il passé le matin du 7-Octobre ?

L’un des principaux arguments de Netanyahu est que ses responsables de la sécurité ont délibérément omis de le réveiller à temps pour empêcher l’attaque, qui a débuté à 6 h 29, alors même que « tous les signes étaient là », et qu’il aurait pu l’arrêter s’il s’était levé plus tôt.

Des Gazaouis franchissant la barrière de sécurité entre Israël et Gaza lors de l’invasion et du pogrom menés par le Hamas dans le sud d’Israël, le 7 octobre 2023. (Crédit: Mohammed Fayq Abu Mostafa/Reuters)

Dans cette interview, Gil a donné un compte rendu détaillé des renseignements reçus dans les heures qui ont précédé l’assaut du 7-Octobre et du moment où il a décidé de réveiller le Premier ministre.

Dans la nuit précédant le 7-Octobre, des renseignements indiquant une attaque potentielle « ont circulé dans les systèmes », comme prévu, a-t-il déclaré.

« Les informations ont été transmises aux ordinateurs des services de renseignement situés dans le bureau du chef de la Division de la recherche de l’agence de renseignement militaire, du chef de l’agence de renseignement militaire, du secrétaire militaire du Premier ministre et du bureau du renseignement du secrétaire militaire. »

« Les renseignements ont afflué toute la nuit », a déclaré Gil, décrivant des « signes suspects [en provenance de Gaza], ainsi que des éléments expliquant pourquoi il s’agissait d’informations de routine, sans aucune urgence en termes de délai ».

Gil a expliqué que des milliers de documents parviennent aux bureaux chaque jour, y compris pendant la nuit.

À 3 h 55 du matin, le 7-Octobre, selon Gil, son officier de renseignement a reçu des informations sur ce que les services de renseignement israéliens observaient à Gaza, ainsi qu’un appel téléphonique du personnel des services de renseignement qui avait envoyé ces informations afin de vérifier que l’officier en avait bien pris connaissance.

Gil a noté que le message des services de renseignement répétait à plusieurs reprises les termes « de routine » et « pas inhabituel ». Le document indiquait également que d’autres analyses auraient lieu plus tard dans la journée, renforçant ainsi l’impression qu’il n’y avait pas d’urgence.

« Par conséquent, [l’officier] a pris la décision professionnelle et mûrement réfléchie de ne pas me réveiller , ce qui signifie que le Premier ministre n’a pas pris connaissance des informations immédiatement », a déclaré Gil à propos de son assistant chargé du renseignement, « car, à ses yeux, il n’y avait pas d’urgence ».

Il a ajouté qu’il y avait « certainement » d’autres cas où lui, Gil, n’avait pas été réveillé parce que les informations n’étaient pas jugées suffisamment urgentes.

Le chef d’état-major de Tsahal et le chef du Shin Bet « n’appellent pas directement le Premier ministre », a souligné Gil en réponse à une question sur les raisons pour lesquelles ils n’avaient pas téléphoné à Netanyahu. Il a précisé qu’ils pouvaient organiser un entretien avec le Premier ministre par l’intermédiaire du secrétaire militaire.

Quand a-t-il réveillé Netanyahu ?

Gil a déclaré avoir lui-même été réveillé à 6 h 12 par un appel téléphonique du chef de cabinet de Ronen Bar, directeur du Shin Bet. Ce dernier lui a indiqué qu’ils devaient s’entretenir par ligne sécurisée au sujet du « sud ».

Des terroristes du Jihad islamique palestinien traversant la barrière frontalière entre Israël et Gaza depuis Khan Younès lors de l’assaut mené par le Hamas le 7 octobre 2023. (Crédit : Saïd Khatib/AFP)

Cette conversation a eu lieu à 6 h 17, a-t-il précisé.

Le responsable du Shin Bet a indiqué à Gil qu’il y avait des signes suspects en provenance de Gaza, avec notamment le fait que des dirigeants du Hamas étaient entrés dans la clandestinité et que des cartes SIM israéliennes avaient été activées (ce qui laissait croire que les personnes en possession de ces téléphones avaient l’intention d’entrer en Israël). Il a toutefois fait remarquer qu’il y avait également des raisons de croire que rien d’inhabituel n’était sur le point de se produire.

Il a également précisé à Gil que ce n’était pas urgent et que des évaluations de la situation auraient lieu plus tard dans la journée.

Le responsable du Shin Bet a également dit qu’une unité d’élite de l’agence de sécurité intérieure était envoyée vers Gaza par mesure de précaution.

« Avant d’informer le Premier ministre, je dois m’entretenir avec au moins un autre organisme, Tsahal, qui est responsable de Gaza », a expliqué Gil. Il a donc appelé le chef d’état-major de Tsahal, Herzl Halevi, à 6 h 22 ou 6 h 23, pour une conversation de quatre ou cinq minutes.

« Et pendant que nous parlions, au bout de quelques minutes, mon téléphone s’est mis à vibrer, signalant de multiples alertes de tirs de roquettes dans le sud. »

Il a confirmé que cela s’était produit « à 6 h 29 du matin ».

C’est à ce moment-là qu’il a appelé Netanyahu sur WhatsApp pour le réveiller.

« Monsieur le Premier ministre, le Hamas a lancé une salve de roquettes très importante », a dit Gil à Netanyahu. Les deux hommes se sont ensuite entretenus sur une ligne sécurisée à 6 h 40.

« J’ai dit au Premier ministre : ‘Nous sommes en guerre’ », a déclaré Gil.

Interrogé au sujet des accusations portées par Netanyahu contre les chefs de la Défense israéliens, dont le chef du Shin Bet, Bar, qui auraient délibérément choisi de ne pas le réveiller dans les heures précédant l’invasion – laissant entendre qu’il a pu y avoir une trahison – Gil a clairement indiqué que ces allégations étaient fausses.

« Parlons des faits », a-t-il insisté.

Bien sûr, « il y a eu un échec », a-t-il poursuivi, et « l’interprétation » de ce qui se déroulait à Gaza était « absolument » erronée.

Mais, d’après ce qu’il sait, l’idée que quelqu’un aurait délibérément dissimulé des informations « est un mensonge », a-t-il affirmé.

Le Premier ministre n’a pas demandé à s’entretenir avec les responsables de la sécurité le matin du 7-Octobre – Gil

Une fois qu’il a su ce qui se passait, Netanyahu n’a pas eu de conversation avec les hauts responsables de la sécurité au cours des deux premières heures des attaques du Hamas, a précisé Gil.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) s’entretenant avec le ministre de la Défense, Yoav Gallant (au centre), et les chefs militaires pour une évaluation de la situation sécuritaire, aux quartiers généraux de l’armée de la Kirya, à Tel Aviv , le 8 octobre 2023. (Crédit : Bureau de la presse gouvernementale)

Netanyahu est arrivé aux quartiers généraux de l’armée de la Kirya, à Tel Aviv, entre 8 h 30 et 8 h 45 le 7 octobre 2023, soit deux heures après que Gil l’a réveillé.

Au cours des deux heures qui ont suivi le début des massacres, a ajouté Gil, Netanyahu ne lui a pas demandé de joindre des responsables de la sécurité.

Netanyahu a rencontré Jonathan Urich et Eli Feldstein, deux proches collaborateurs accusés d’avoir reçu de l’argent du Qatar, à la Kirya au cours des premiers jours de la guerre, alors même qu’ils ne disposaient pas d’habilitation de sécurité, a raconté Gil.

Gil a déclaré s’être assuré qu’ils n’avaient pas accès aux réunions classifiées.

Il a également évoqué un intérêt inexpliqué pour les violations présumées du traité de paix par l’Égypte, qui aurait introduit des forces non autorisées dans la péninsule du Sinaï, même s’il a noté qu’il ignorait si cela s’inscrivait dans le cadre d’une campagne d’influence qatarienne, comme certains l’ont affirmé.

Gil : « De nombreuses lacunes » dans le récit du Premier ministre sur les événements ayant précédé l’attaque

Il existe « sans aucun doute » un écart entre ce qui s’est passé avant l’attaque perpétrée par le Hamas le 7 octobre 2023 et ce qui est rapporté aux citoyens, a déclaré Gil.

« Il y a de nombreuses lacunes », a-t-il affirmé au cours de cette longue interview.

Au cours des trois dernières années, a-t-il ajouté, « un fossé s’est creusé entre les faits, la vérité, ce qui s’est réellement passé, ce qui a été dit et ce qui est présenté aujourd’hui au public ».

Gil a déclaré que le document de 55 pages remis par Netanyahu au contrôleur de l’État dans le cadre de l’enquête menée par le médiateur en février, puis rendu public, « ne reflète pas ce que j’ai vu, ce que j’ai entendu et les délibérations auxquelles j’ai participé ».

« Cela en reflète une partie », a répondu Gil lorsqu’on lui a demandé si ce document était faux et donc potentiellement constitutif d’une infraction pénale.

« Il ne reflète pas fidèlement tout ce qui a été dit lors des discussions. Il ne reflète même pas la moitié de la réalité », a-t-il ajouté.

Gil a précisé avoir rempli 16 carnets de notes manuscrites sur ce qu’il a vu et entendu au cours de son mandat.

Netanyahu insiste sur le fait que Gil « a choisi de ne pas réveiller le Premier ministre à temps »

En réponse à cette interview, Netanyahu a affirmé que Gil était au courant, « comme d’autres », de l’attaque imminente « et qu’il a choisi de ne pas réveiller le Premier ministre à temps ».

Les déclarations de Gil aux médias constituent « une tentative de dissimuler la vérité simple et douloureuse concernant son échec », a ajouté Netanyahu.

Le Premier ministre a ensuite partagé sur le réseau social X un extrait de deux minutes de la Quatorzième chaîne, censé contrer la longue interview qui a été diffusée sur la chaîne N12.

Cet extrait reprend des informations déjà diffusées concernant les renseignements reçus par Gil dans les heures qui avaient précédé le réveil de Netanyahu au début de l’attaque, notamment le fait que des dizaines de terroristes du Hamas avaient activé des cartes SIM israéliennes pour communiquer pendant l’attaque et que les dirigeants du groupe terroriste s’étaient réfugiés dans son réseau de tunnels.

Eisenkot réclame une enquête pénale ; Liberman crie à la trahison

Le parti Yashar de l’ancien chef d’état-major de Tsahal, Gadi Eisenkot, a déclaré, en réponse à cette interview, qu’il avait demandé à la procureure générale, Gali Baharav-Miara, d’enquêter pour déterminer si Netanyahu avait menti au contrôleur de l’État au sujet des événements ayant précédé l’attaque du 7-Octobre, en se fondant sur les affirmations de Gil selon lesquelles le Premier ministre avait présenté un récit trompeur.

Le chef du parti Yashar, Gadi Eisenkot, le 5 octobre 2026. (Crédit : DH/Times of Israel)

Eisenkot a également critiqué Netanyahu au sujet de l’allégation de Gil concernant la possible falsification par Braverman des relevés téléphoniques.

« Alors que d’autres frères et sœurs de la région frontalière étaient massacrés par le Hamas, Netanyahu s’employait à modifier des protocoles au lieu de les sauver », a déclaré Eisenkot sur X.

« Rien ne le sauvera de la commission d’enquête nationale que nous mettrons en place après les élections. »

Dans une vidéo, Liberman a déclaré que Baharav-Miara devait « ordonner l’ouverture immédiate d’une enquête contre le Premier ministre et ses collaborateurs pour trahison et complot ».

Liberman a également appelé le chef d’état-major de Tsahal, le lieutenant-général Eyal Zamir, à « empêcher toute tentative d’utiliser Tsahal à des fins politiques dans le seul but de modifier l’agenda public à la veille des élections » du 27 octobre.

Gil : Je me demande « chaque jour » comment cela a pu nous arriver

Lorsqu’il rencontre les familles des otages décédés à Gaza, ou d’anciens otages qui ont passé plus de temps en captivité qu’ils n’auraient dû, on a demandé à Gil : que leur dit-il ?

« Qu’ils ont raison », a-t-il répondu.

Des personnes commémorant le troisième anniversaire du pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, sur le site du festival de musique Nova, où des centaines de fêtards ont été tués et enlevés, près du kibboutz Reim, dans le sud d’Israël, le 7 octobre 2026. (Crédit : Ohad Zwigenberg/AP Photo)

Il a expliqué qu’il s’asseyait aux côtés de « personnes qui sont revenues de cet enfer, et oui, on sait bien que certaines d’entre elles auraient pu revenir plus tôt ».

Interrogé sur ce qu’il aurait pu faire différemment avec le recul, Gil a rappelé qu’il avait été soldat en uniforme au sein de l’État d’Israël pendant 35 ans, « toute ma vie d’adulte », et qu’il avait occupé un poste à responsabilité en tant que secrétaire militaire du Premier ministre.

« Cela ne peut m’être enlevé. Je porte cela en moi. Je vois les lacunes. Je rencontre les personnes qui sont revenues de leur captivité aux mains du Hamas. Et cela fait partie de moi. C’est en moi », a-t-il ajouté.

Interrogé sur la question de savoir si le Premier ministre était « responsable » des défaillances liées aux événements du 7-Octobre, Gil a répondu « oui », avant d’ajouter : « Je ne comprends pas dans quel monde on peut dissocier la notion de leadership de celle de responsabilité. »

En tant que commandant de l’unité d’élite d’infiltration Duvdevan de Tsahal, il a déclaré : « J’étais responsable du succès ou de l’échec des opérations que je menais », ajoutant : « Il n’y a pas de commandement sans responsabilité. »

Gil n’a pas répondu lorsqu’on lui a demandé comment l’Histoire jugerait Netanyahu. Mais quant à la manière dont l’histoire le jugera lui-même, il a déclaré : « Je ne sais pas. J’espère m’appuyer sur des faits avérés, et que c’est sur cette base qu’on me jugera. »

On a demandé à Gil s’il se demandait parfois « comment cela a-t-il pu nous arriver, à Tsahal ».

« Parfois ? », a-t-il rétorqué avec amertume.

« Tous les jours. »

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