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  • Des prisonniers israéliens atterrissent en Israël après un échange de prisonniers de guerre à la suite de la guerre du Kippour, le 15 novembre 1973. (Crédit : Avi Simchon/Bamahane/Defense Archive)
    Des prisonniers israéliens atterrissent en Israël après un échange de prisonniers de guerre à la suite de la guerre du Kippour, le 15 novembre 1973. (Crédit : Avi Simchon/Bamahane/Defense Archive)
  • Des prisonniers israéliens débarquent en Israël après un échange de prisonniers de guerre suite à la guerre du Kippour, le 15 novembre 1973. (Crédit : Avi Simchon/Bamahane/Defense Archive)
    Des prisonniers israéliens débarquent en Israël après un échange de prisonniers de guerre suite à la guerre du Kippour, le 15 novembre 1973. (Crédit : Avi Simchon/Bamahane/Defense Archive)
  • Un soldat israélien se met à l'abri dans la péninsule du Sinaï pendant la guerre du Kippour, le 6 octobre 1973. (Crédit : Uzi Keren/Archives du ministère de la Défense)
    Un soldat israélien se met à l'abri dans la péninsule du Sinaï pendant la guerre du Kippour, le 6 octobre 1973. (Crédit : Uzi Keren/Archives du ministère de la Défense)
  • Des prisonniers Israéliens atterrissent en Israel après un échange de prisonniers de guerre des suites de la guerre du Kippur  le 15 novembre  1973. (Crédit : Avi Simchon/Bamahane/Defense Archive)
    Des prisonniers Israéliens atterrissent en Israel après un échange de prisonniers de guerre des suites de la guerre du Kippur le 15 novembre 1973. (Crédit : Avi Simchon/Bamahane/Defense Archive)

Guerre de Kippour: Libérés, les prisonniers de guerre israéliens blâment l’armée

Une semaine après leur libération, les soldats qui avaient été sur le front égyptien ont rencontré le général en chef et exigé des réponses pour les échecs de Tsahal

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Un mois après la guerre du Kippour de 1973, les plus de 200 soldats israéliens faits prisonniers par l’Égypte sont libérés et renvoyés chez eux. La plupart des prisonniers de guerre israéliens ont été capturés au cours des premiers jours des combats, alors que Tsahal était en plein milieu d’une débâcle suite à une attaque surprise de l’Égypte et de la Syrie, et ils se sont sentis trahis, en colère et désorientés, selon les transcriptions de leur libération publiées le 14 septembre par le ministère de la Défense.

Environ une semaine après leur retour en Israël, le 27 novembre 1973, les 231 soldats de Tsahal faits prisonniers par l’Égypte ont rencontré le général de division Shmuel « Gorodish » Gonen, chef du Commandement Sud pendant la guerre, et ils étaient bien déterminés à obtenir des réponses.

« Comment l’empereur a-t-il soudainement perdu ses vêtements, les meilleurs renseignements du monde ? Quand aurons-nous des réponses à ces questions ? Où sont nos bons renseignements ? » a demandé un soldat réserviste au général.

Gonen a reconnu l’échec. Dans les mois et les années qui ont suivi, l’affaire a été décortiquée et analysée, avec la conclusion que les preuves essentielles d’une attaque imminente étaient disponibles – que dans certains cas, elles n’ont pas été transmises tandis que dans d’autres, elles n’ont pas été crues faute d’orgueil.

« Il y a eu un échec en termes de renseignement, et une commission d’enquête a été formée pour l’examiner. Nous n’étions pas au courant de l’accumulation des chars égyptiens. En ce qui concerne les Syriens, nous étions au courant », a déclaré Gonen.

Gonen a été largement critiqué pendant et après la guerre, et a été remplacé quatre jours après le début du conflit par Haim Bar-Lev, un ancien chef d’état-major de Tsahal qui a depuis pris sa retraite et occupé un poste de ministre. Après la guerre, Shmuel Gonen a été accusé d’être responsable d’un grand nombre d’échecs dans les réponses initiales de Tsahal à l’attaque égyptienne et a été temporairement retiré de l’armée, avant d’être réintégré.

Shmuel Gonen (Crédit : YadL’Shirion/Wikimedia/)

Les soldats lui ont posé des questions pointues : Pourquoi n’avaient-ils pas ou peu été avertis de l’imminence d’une attaque, pourquoi n’avaient-ils pas reçu de soutien aérien et d’artillerie, et pourquoi avaient-ils été laissés sans ordres ? Gonen, qui a encouragé les hommes à poser ces questions après leur avoir donné un bref résumé des événements de la guerre, n’a eu que peu de réponses.

L’échange a eu lieu dans une base militaire à Zichron Yaakov, où les prisonniers de guerre ont été appelés après leur libération. Nombre d’entre eux se sont ensuite souvenus des questions difficiles – à la limite de l’interrogatoire – qui leur ont été posées dans cette installation. Un ancien prisonnier de guerre l’a décrit au Times of Israel en 2012 comme « une autre forme de captivité », disant que c’était « très, très inconfortable ».

La transcription de la réunion tendue de Gonen avec les prisonniers de guerre israéliens a été publiée avant le 48e anniversaire de la guerre du Kippour. Les noms des soldats n’ont jamais été écrits dans le document, qui les identifie uniquement par leur lieu de service.

« Nous étions les yeux du pays. Trois semaines avant la guerre, nous avons vu des activités irrégulières. Deux semaines avant, nous avons vu de nombreux soldats [égyptiens]… Nous avons vu des commandos venir, mesurer, observer, prendre des notes, etc. Du matin au soir, ils utilisaient des tracteurs pour construire des positions pour les chars et les batteries d’artillerie. Une semaine et demie avant la guerre, vous êtes venu nous rendre visite. Ma question est la suivante : que saviez-vous de ces choses ? J’ai dit à notre officier de renseignement qu’il allait y avoir une guerre, mais ils ne nous ont pas crus », a déclaré un soldat.

Un soldat israélien se met à l’abri dans la péninsule du Sinaï pendant la guerre du Kippour, le 6 octobre 1973. (Crédit : Uzi Keren/Archives du ministère de la Défense)

« Je pense que c’est pire que ça. Ces rapports n’ont pas été bloqués… Tsahal a cru qu’il s’agissait d’un exercice. Ils ont dit que c’était un exercice complet et non une attaque. Peut-être que si nous avions appelé les réserves, la guerre n’aurait pas éclaté… Ils ont décidé d’attaquer alors qu’il n’y avait pas de réserves », a déclaré Gonen.

Un soldat de la Mezach, ou jetée, le dernier bastion israélien le long du canal de Suez, a voulu savoir pourquoi la décision de se rendre ou de continuer à se battre leur était laissée, plutôt que de venir du quartier général.

Des prisonniers israéliens débarquent en Israël après un échange de prisonniers de guerre suite à la guerre du Kippour, le 15 novembre 1973. (Crédit : Avi Simchon/Bamahane/Defense Archive)

« Le 13 [octobre], la reddition était organisée pour 11 heures du matin. Ils ont laissé la décision finale au fort – se rendre ou continuer à se battre. C’était clair, continuer à se battre était du suicide. Pourquoi n’avons-nous pas reçu d’ordre ? » a-t-il demandé.

« Je n’ai pas de réponse quant à la raison pour laquelle l’ordre a été interrompu », a dit Gonen. « Il y a eu une décision de se rendre. Le fort était encerclé et truffé de mines. Mais nous voulions quand même effectuer un sauvetage avec des bateaux pneumatiques. Nos radars ont vu les forces [égyptiennes], nous avons dirigé des tirs d’artillerie mais nous n’avons pas pu atteindre Mezach… Mais vous ne pouvez pas dire à un jeune commandant de compagnie de se rendre. D’un autre côté, certains disent qu’on ne peut tout simplement pas se rendre. Je ne suis pas de cet avis », a déclaré Gonen.

D’autres soldats voulaient savoir pourquoi ils n’avaient pas reçu l’artillerie ou le soutien aérien qu’ils avaient demandé, ce qui aurait pu empêcher leur capture. « Nous avons demandé des tirs d’artillerie sur notre position. Nous sommes descendus dans nos bunkers, mais aucun tir n’est venu », a déclaré l’un d’eux.

Un soldat, de la 600e brigade blindée, s’est plaint d’avoir été débordé après avoir percé les lignes égyptiennes, sans même un soutien d’infanterie pour les aider.

« Nous avons attendu un soutien aérien ou de l’artillerie. Si l’infanterie avait été avec nous, nous aurions pu nous en sortir. [Les Égyptiens] nous ont baisés avec des embuscades après notre percée », a-t-il déclaré.

Des prisonniers israéliens atterrissent en Israël après un échange de prisonniers de guerre à la suite de la guerre du Kippour, le 15 novembre 1973. (Crédit : Avi Simchon/Bamahane/Defense Archive)

« Je me pose les mêmes questions. Ils avaient de l’artillerie. Pourquoi n’ont-ils pas tiré ? Je ne sais pas… Pourquoi n’ont-ils pas attaqué plus vigoureusement ? C’est aussi ma question », a déclaré Gonen.

Si le général a semblé parler franchement et honnêtement avec les prisonniers de guerre des échecs de l’armée et du pays, il a également tenté de les convaincre de ne pas céder aux sentiments de désespoir qui émergent dans l’opinion publique.

« Il y a une atmosphère morose dans le pays. N’en faites pas partie. La guerre n’est pas terminée. Les plans des Arabes à notre égard n’ont pas changé… La situation diplomatique est très grave. Ils ont reçu des missiles, des munitions, des missiles qui ne manquent jamais. Nous avons une bonne armée, mais une pauvre armée », a-t-il dit.

« Il y a beaucoup de choses que nous devons réparer. Mais nous devons être doux car ce sont nos âmes qui sont en jeu. Je suis heureux d’avoir parlé avec vous », a dit Gonen.

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