High-tech : Arabes et Juifs israéliens appellent à guérir les divisions sociales
Rechercher
Photo d'illustration : La solidarité sur le lieu de travail. (Crédit : fizkes; iStock at Getty Images)
Photo d'illustration : La solidarité sur le lieu de travail. (Crédit : fizkes; iStock at Getty Images)

High-tech : Arabes et Juifs israéliens appellent à guérir les divisions sociales

Israël est « testé » et se trouve « au bord de l’abîme », selon un consortium de 35 fonds de capital-risque et 130 start-ups ; les citoyens doivent se battre pour la solidarité

Les affrontements sanglants auxquels Israël a assisté entre citoyens juifs et arabes, tout au long de la semaine dernière, ont entraîné de nombreuses réponses dans les secteurs technologique, commercial et de la santé.

Les leaders, Arabes et Juifs, issus de ces secteurs se sont laissés aller à des déclarations exprimant leur attachement à un pays où tous les citoyens sont traités de manière égalitaire par la loi, et ils ont appelé à « guérir la société israélienne » tout comme la nation est parvenue à guérir de la pandémie meurtrière de coronavirus.

Les tensions entre les communautés juives et arabes israéliennes ont tourné à la violence interethnique, la semaine dernière, dans les communautés judéo-arabes – transformant les villes en de véritables zones de guerre. La police a par ailleurs échoué à contenir les pires heurts à avoir eu lieu dans le pays depuis des années.

Un résident juif de Lod a succombé à ses blessures après avoir reçu une brique sur la tête pendant les émeutes et plusieurs personnes, Juives et Arabes, ont été grièvement blessées par des coups de feu ou des agressions physiques durant ces troubles, qui se sont largement apaisés cette semaine.

Un pompier dans les rues de Lod pendant les émeutes, le 12 mai 2021. (Crédit : Yossi Aloni/Flash90)

« Ces jours-ci, la société israélienne est testée et elle est au bord de l’abîme », ont fait savoir les 35 fonds de capital-risque israéliens et les 13T start-ups qui constituent l’initiative Power in Diversity, qui a été mise en place il y a quatre ans pour faire entrer les communautés minoritaires comme les Arabes, les ultra-orthodoxes, les Éthiopiens et d’autres dans l’écosystème technologique.

« Nous avons deux options devant nous : Accepter que nous sommes une société diversifiée et nous réjouir de la beauté de cette diversité, ou continuer à diaboliser ceux qui sont différents et tomber dans la haine et dans la violence », a déclaré le consortium dans un communiqué.

« Nous n’avons d’autre choix que de considérer ces moments que nous vivons comme une opotunité de changement – pour la majorité silencieuse qui perturbe le statu-quo, pour faire reculer l’agenda des extrémismes dans notre société », continue le communiqué qui a été publié sur les réseaux sociaux en anglais, en hébreu et en arabe, par le conseil de surveillance de Power in Diversity. Parmi les fonds de capital-risque inclus dans l’initiative, Viola, Pitango, Qumra, Glilot, Vintage Investment Partners et 2B Angels.

« Nous, membres de la communauté hi-tech, nous réaffirmons notre engagement à construire un pays où toute personne, indépendamment de sa religion, de son ethnie, de son genre ou de son orientation sexuelle, a droit à l’égalité des opportunités, à l’égalité de traitement garantie par la loi, au respect de ses leaders politiques et à la liberté de se déplacer librement sans craindre les abus ou la violence », continue le communiqué. « Nous nous engageons à travailler avec des individus de toutes les communautés pour faire de ce pays une lumière entre les nations, qu’elle doit être et qu’elle sera ».

« Il y aura un lendemain à ce conflit », commente Alan Feld, fondateur et administrateur israélo-canadien de Vintage Investment Partners, qui a établi l’initiative Power in Diversity.

Alan Feld, fondateur et administrateur israélo-canadien de Vintage Investment Partners (Autorisation)

« C’est la main-d’oœuvre qui permettra de dépasser les conflits, le bureau est l’un des quelques endroits où des gens issus de toutes les communautés travaillent ensemble, où ils se rencontrent dans un environnement positif et où ils doivent se rassembler pour atteindre un objectif commun », déclare Feld au cours d’un entretien téléphonique. « Les interactions permettent de briser les barrières, de construire la compréhension, la confiance et le respect ».

Feld explique que l’initiative Power in Diversity aide, depuis des années, les firmes technologiques et les fonds de capital-risque à recruter du personnel issu de communautés diverses et à dépasser les préjugés nourris par les uns et par les autres – dont les employés n’ont parfois même pas conscience. La seule manière d’avancer, continue-t-il, est d’intensifier les efforts visant à aider les individus issus de communautés différentes à travailler ensemble.

« On ne peut pas attendre que les politiciens et nos dirigeants résolvent ce problème parce qu’ils ne le font pas », poursuit-il. Finalement, ajoute-t-il, la réussite viendra des efforts menés sur le terrain.

Les événements qui se sont déroulés, la semaine dernière, ont été un « signal d’alarme », estime-t-il. « Si nous ne réglons pas ce problème, si nous ne trouvons pas un moyen de rassembler, ce qu’il s’est passé pourrait devenir un petit exemple soulignant un problème bien plus profond ».

Guérir les divisions

De la même manière, un groupe de professionnels juifs et arabes de l’écosystème des soins de santé – membres des secteurs académiques et technologiques, médecins – ont émis une déclaration d’intention intitulée « briser les barrières » en anglais, en hébreu et en arabe, appelant le public israélien à guérir les blessures de la société.

« Nous, femmes et hommes de tout le secteur du système des soins de santé, de la recherche médicale et de l’industrie technologique liée à la santé en Israël, un groupe traversant toutes les communautés, les sociétés et les religions, appelons les Israéliens à se dresser contre les incitations, contre les violences et contre la haine et à guérir les blessures », note la déclaration qui a été postée sur les plateformes de réseaux sociaux.

« Nous qui vivons, Juifs et Arabes, dans un esprit de coexistence au quotidien dans les hôpitaux, dans les dispensaires, dans les laboratoires de recherche et dans les entreprises du secteur technologique de la santé, savons que l’alternative que nous proposons est possible, comme la majorité des citoyens de ce pays le sait aussi ».

« Au cours de l’année passée, nous nous sommes battus côte à côte contre la pandémie de COVID-19 et nous avons gagné ensemble. Aujourd’hui, chacun d’entre nous – Juifs, musulmans, chrétiens, et autres personnes de toutes confessions – devons agir dans un esprit d’égalité, de partenariat réel et de respect afin de retrouver la paix et la sécurité personnelle, au nom de tous. Dans le secteur de la santé, cette réalité est déjà bien vivante et vibrante. Faisons-la vivre dans tous les secteurs de la vie. Parce que nous sommes des frères ».

Cette initiative a été lancée par le docteur Tuvik Beker, directeur-général de Pangea Therapeutics, start-up spécialisée dans l’oncologie de précision, et co-fondateur de MedAware, une start-up qui aide à réduire les erreurs de prescription.

Beker fait partie du 8400 Network, formé de professionnels des soins de santé, d’investisseurs, de fonds de capital-risque, de start-ups, d’hôpitaux, d’universités et de travailleurs du secteur public qui cherchent à faire des technologies de santé et de la bio-convergence le nouveau moteur de croissance de l’économie israélienne.

« Quand j’ai vu les violences, la semaine dernière, j’ai écrit un post sur le groupe WhatsApp du 8400 Network, qui compte environ 200 membres, en disant tout simplement que tout comme notre objectif commun était de soigner, la mission la plus pressante dorénavant serait de guérir les ruptures horribles qui sont en train de survenir entre Juifs et Arabes dans notre pays », a déclaré Beker dans un entretien téléphonique. « Le post a attiré une grande attention à l’intérieur comme à l’extérieur du 8400 Network, et c’est lui qui a entraîné cet appel au passage à l’action ».

De plus, l’initiative a commencé à proposer une série d’entretiens dans lesquels des professionnels juifs et arabes du secteur de la santé et du secteur des technologies de la santé évoquent leurs expériences de travail en commun, leurs espoirs, leurs difficultés et la manière dont, selon eux, leur vision de la coexistence peut devenir réalité, dit Beker.

« L’objectif est de montrer à la société israélienne qu’il y a une alternative », a dit Beker. « Nous pouvons construire une vie ensemble, ici, pour la prospérité mutuelle. Et c’est tout particulièrement important quand la haine se déverse dans les rues ».

L’initiative Breaking the Barriers espère également organiser un défilé conjoint avec les travailleurs juifs et arabes dans les hôpitaux – un projet qui a été mis en suspens en raison des craintes d’un grand nombre, qui redoutent des représailles. Mais l’initiative a mis en place des plans pour aider à encourager les dirigeants des hôpitaux et les chefs d’entreprise à « renforcer le dialogue positif » avec des travailleurs d’origines diverses, pour aider à « placer l’échange au premier plan et à faire en sorte que tout le monde puisse, sans peur, évoquer des problèmes perturbants », dit-il.

Dans un message texto qui a été publié parmi les membres de l’initiative, le docteur Abed Agbarya, chef de l’Institut d’oncologie au sein de l’hôpital Bnai Zion de Haïfa, a écrit que plutôt qu’une guerre civile – comme le décrivent les médias – les émeutes sont le fait d’une « guerre des gangs » qui ont « infesté les rues des deux côtés ».

« Cela fait plus de soixante-dix ans que nous vivons ensemble, avec des hauts et des bas, mais jamais la ligne rouge qui a été franchie cette fois l’avait été auparavant et la raison en est l’arrivée sur la scène d’acteurs criminels. Arabes et Juifs ont été partenaires dans la construction de l’État, dans toutes les sphères, et aujourd’hui, personne ne peut nous prendre cela et personne ne peut l’effacer ».

Les Arabes continuent aujourd’hui à « construire et à renforcer le pays dans tous les domaines : La médecine, l’université, le hi-tech, l’industrie et la construction. Nous jouons un rôle actif dans tous les domaines, partout dans le pays, et nous nourrissons de grandes ambitions : aller de l’avant, nous lier davantage et créer un impact ».

Le docteur Tuvik Beker, directeur-général de la start-up Pangea Therapeutics, spécialisée dans les cancers, et cofondateur de MedAware, une startup qui aide à réduire les erreurs de prescription. (Autorisation)

Et tout comme Israël, en tant que société, « est parvenue à s’extraire de la crise de la COVID-19, nous réussirons aussi à trouver un moyen d’émerger de cette crise, même peut-être plus fortement ensemble ».

Mardi, plusieurs conseils d’implantations juives et organisations de droite ont déclaré rompre toute relation avec la firme de télécommunications majeure Cellcom après que cette dernière a arrêté le travail pendant une heure pour protester contre les violences entre Juifs et Arabes de la semaine dernière dans le pays.

Mardi également, Erel Margalit, à la tête du fonds de capital-risque JVP, et Salim Jaber, dirigeant du conseil local d’Abu Ghosh, ont organisé une réunion d’entrepreneurs hi-tech ou du secteur social juifs et arabes pour organiser une manifestation conjointe appelant aux liens et à la coopération entre les communautés contre la violence, les divisions et les incitations. Le 26 mai, une conférence va avoir lieu à Jérusalem pour des dizaines d’entrepreneurs de start-ups situées dans les quartiers juifs et arabes de la ville pour promouvoir la coopération, a noté JVP dans un communiqué.

« Halas, Assez », a été le message en arabe et en hébreu envoyé par d’importantes firmes en Israël et publié sur les réseaux sociaux par le Forum social de l’économie. « Nous pouvons réparer les fissures, nous pouvons reconstruire. C’est là notre mission », disait le message.

Samer Haj Yehia, premier président arabe du conseil d’administration de la banque Leumi Le-Israel, s’est uni à la directrice-générale Hanan Friedman dans un message vidéo en hébreu et en arabe, réclamant la tolérance, la considération, le don et la paix.

Reem Younis, cofondatrice de la compagnie de fabrication de dispositifs médicaux Alpha Omega, dont le siège est à Nazareth, indique que tout comme les médecins s’occupent de leurs malades, inquiets de leur sécurité et de leur santé, le groupe de professionnels de la médecine appartenant à l’initiative Breaking the Barriers peut, lui aussi, promouvoir des valeurs précieuses dans la société. En tant que citoyenne israélienne palestinienne, elle explique s’identifier à la situation difficile des Palestiniens en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. « Un grand nombre parmi nous avons de la famille là-bas », continue-t-elle. « Et c’est une question importante que la communauté juive a du mal à intérioriser ».

« Mon objectif en rejoignant cette initiative est de promouvoir la justice, l’égalité, et de combler l’écart qui sépare les communautés en construisant des passerelles », dit Younis, qui n’appartient pas au 8400 Network mais qui a rejoint l’initiative Breaking the Barriers.

read more:
comments