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L'équipe de monday.com ouvre le marché sur le Nasdaq le 10 juin 2021 (Crédit : Nasdaq)
L'équipe de monday.com ouvre le marché sur le Nasdaq le 10 juin 2021 (Crédit : Nasdaq)

High-tech: en pleine tourmente boursière, les firmes israéliennes seraient prisées

La crainte de taux d’intérêt élevés incite les investisseurs à délaisser les actifs technologiques, plus risqués, et les marchés boursiers mondiaux pâtissent du conflit ukrainien

L'équipe de monday.com ouvre le marché sur le Nasdaq le 10 juin 2021 (Crédit : Nasdaq)

Les actions des entreprises israéliennes de la Tech cotées à Wall Street ont souffert ces derniers mois, comme leurs semblables à travers le monde. La perspective de taux d’intérêt élevés a en effet incité les investisseurs à privilégier des actifs moins risqués et plus traditionnels, précipitant l’effondrement de la valorisation du secteur des hautes technologiques.

Aux problèmes d’inflation s’est ajouté jeudi une liquidation massive affectant les marchés boursiers mondiaux. Du fait de l’invasion russe de l’Ukraine, les investisseurs privilégient désormais des actifs plus sûrs, tels que l’or et les obligations d’État européennes ou américaines.

Les indices boursiers britannique et européen ont chuté, et le prix du Brent, la référence mondiale sur le marché du pétrole, a lui franchi la barre des 5 dollars le baril pour la première fois depuis août 2014.

La baisse des valorisations rendra les entreprises technologiques israéliennes, tant sur les marchés publics que privés, plus vulnérables aux prises de contrôle et provoquera une augmentation des fusions et acquisitions, a déclaré Sergey Vastchenok, analyste principal chez Oppenheimer.

« De plus en plus de multinationales vont chercher à acquérir des entreprises israéliennes à des valorisations très attrayantes », a-t-il déclaré. « L’acquisition de Tower Semiconductors par Intel pourrait constituer la première d’une série de transactions semblables cette année. Les opérations de fusions et acquisitions sont susceptibles de se développer. »

Les taux de croissance de Meta, anciennement Facebook, ou Netflix sont affectés par le triple risque d’une inflation élevée, de taux d’intérêt en hausse et de taux de croissance décevants.

« Tout est une question de répartition des actifs », a déclaré Vastchenok lors d’un entretien téléphonique. « Lorsque le capital est bon marché, les investisseurs sont heureux d’investir dans des sociétés en croissance », perçues comme des entreprises plus risquées. « Mais lorsque les taux augmentent, les investisseurs préfèrent des entreprises plus solides, de l’économie traditionnelle et démontrent une moindre appétence pour le risque. »

Les banques centrales du monde entier réfléchissent à des mesures politiques et laissent deviner de fortes présomptions de hausse des taux d’intérêt à mesure que les niveaux d’inflation augmentent, dans un contexte de pénurie mondiale engendrée par la pandémie.

La gouverneure de la Réserve fédérale américaine, Michelle Bowman, a déclaré lundi dernier qu’elle était prête à relever les taux d’intérêt au-delà du quart de point traditionnel lors de la prochaine réunion de la banque centrale en mars. Et la Banque d’Israël a signalé lundi une future hausse des taux d’intérêt, évoquant la vigueur économique du pays.

Le gouverneur de la Banque d’Israël Amir Yaron s’exprime lors d’une conférence de presse à la Banque d’Israël à Jérusalem, le 7 janvier 2019. (Crédit : Noam Revkin Fenton/Flash90)

« Au cours des derniers mois, l’inflation a flambé et on s’attend à une hausse des taux d’intérêt aux États-Unis », a déclaré Vastchenok. « Cela comprime la valorisation des entreprises en croissance. »

Selon les données rassemblées par Oppenheimer, les actions israéliennes cotées à Wall Street ont chuté en moyenne de 47 % par rapport à leur point le plus élevé au cours des 12 derniers mois, ou 52 dernières semaines jusqu’au vendredi 18 février, et en moyenne de 16 % depuis le début de 2022. Ceci est à mettre en rapport avec la baisse de l’indice composite Nasdaq, à forte composante technologique, de 18 % par rapport à son sommet des 52 dernières semaines et de 20 % depuis le début de l’année.

Au cours de l’année 2021, les entreprises technologiques israéliennes ont levé 25,6 milliards de dollars d’investissements privés, alors que les banques centrales augmentaient la liquidité sur les marchés pour maintenir les économies à flot pendant les confinements liés à la pandémie. Les chiffres ont pulvérisé un précédent record de financement de 10,3 milliards de dollars dans les entreprises technologiques israéliennes en 2020, selon les données compilées par le Centre de recherche IVC et le cabinet d’avocats Meitar.

La direction d’IronSource au mois de mars 2021. (Autorisation)

Il y a également eu un nombre record d’introductions en bourse l’an dernier – 75 – à un taux d’agrégation après évaluation de 79 milliards de dollars. Sur ces 75 introductions en bourse, 23 ont eu lieu à Wall Street, selon les données d’IVC-Meitar, le reste à la Bourse de Tel Aviv. En outre, 13 entreprises ont préféré emprunter la voie des SPAC (sociétés d’acquisition à vocation spéciale), levant un total de 2,93 milliards de dollars sur les marchés financiers.

L’économie israélienne a rebondi en 2021, mesurée à 8,1 % -la plus forte croissance en 21 ans – après s’être contractée d’environ 2,4 % en 2020 dans le contexte de la pandémie. L’économie devrait croître de 5,5 % cette année, selon la Banque d’Israël et de 5 % en 2023.

L’industrie des nouvelles technologies a joué un rôle déterminant dans la reprise économique du pays, car non seulement elle a poursuivi ses activités, avec des travailleurs travaillant à domicile, mais elle a même prospéré pendant la pandémie alors que la demande de technologies augmentait à mesure que le monde effectuait une transition numérique d’envergure. Des cours de yoga aux achats, en passant par le travail et les études à domicile ou la conclusion d’offres, tout le monde avait besoin d’ordinateurs, de sites Web et d’applications pour survivre économiquement à la pandémie.

« Dans un monde post-coronavirus, dans lequel l’argent ne coule pas aussi facilement que pendant la pandémie et où les taux d’intérêt sont plus élevés, les investisseurs accordent plus d’attention aux entreprises de l’économie réelle et à la réouverture de l’économie, au détriment des entreprises qui ont prospéré pendant les confinements et ont bénéficié de la pandémie », a déclaré Vastchenok.

« Nous sommes dans une situation opposée à celle qui prévalait pendant la pandémie », a déclaré Vastchenok. « Maintenant que le coronavirus a disparu, nous revenons à la normale et les valorisations des entreprises de technologie et des entreprises qui ont prospéré pendant la pandémie sont lourdement touchées. »

Les actions de Global-e Online Ltd., une plateforme de commerce électronique, par exemple, ont chuté de 61 % par rapport à leur sommet des 52 semaines précédant le 18 février et de 48 % depuis le début de l’année. La société avait inscrit ses actions au Nasdaq en mai.

Monday.com, le développeur d’une plate-forme de collaboration et gestion professionnelle, qui a obtenu une introduction en bourse en juin à une valeur de 6,8 milliards de dollars, a vu le cours de son action chuter de 56 % par rapport à son plus haut niveau des 52 semaines précédant le 18 février, et de 36 % depuis le début de l’année.

Les actions de Monday.com ont chuté de 18 % dans les échanges avant bourse mercredi, après la publication de ses résultats du quatrième trimestre et de l’exercice 2021. La société a déclaré que les revenus annuels avaient bondi de 91 % d’une année sur l’autre pour atteindre 308 millions de dollars, tandis que la perte nette s’était réduite à quelque 137 millions de dollars, contre 171 millions de dollars en 2020. Même si les résultats de la société ont dépassé les attentes de Wall Street, les actions ont chuté parce que la société a déclaré s’attendre à une perte d’exploitation plus élevée en 2022, a expliqué Vastchenok.

WalkMe, qui a également coté des actions au Nasdaq en juin, à une valorisation de 2,5 milliards de dollars, a vu ses actions chuter d’environ 17 % cette année et de 53 % par rapport à son plus haut niveau des 52 dernières semaines.

Lemonade, un assureur en ligne basé à New York qui a introduit des actions à la Bourse de New York en juillet 2020 à une valorisation boursière de 1,6 milliard de dollars, a chuté de 31 % depuis le début de l’année (au 18 février) et de 84 % par rapport à son sommet des 52 dernières semaines.

Shai Wininger, aux bureaux de Tel Aviv de Lemonade, le 20 décembre 2017 (Crédit : Shoshanna Solomon/Times of Israel)

Les baisses n’ont pas épargné les sociétés israéliennes plus anciennes cotées aux États-Unis. Wix, un développeur de logiciels spécialisé dans l’aide aux entreprises pour la création et l’exploitation de sites Web, a chuté de 19 % cette année, au 18 février, et ses actions ont chuté de 64 % par rapport à leur plus haut niveau des 52 dernières semaines. La valorisation de la société s’est effondrée de 19,6 milliards de dollars en février 2021 à seulement 4,83 milliards de dollars un an plus tard.

Wix, qui a été introduite en bourse sur le Nasdaq en 2013, a déclaré le 16 février qu’elle avait enregistré une perte nette d’environ 117 millions de dollars en 2021, contre une perte de quelque 167 millions de dollars en 2020, les ventes de l’année ayant augmenté de 29 % à 1,27 milliard. Mais les coûts des ventes ont bondi et la perte d’exploitation s’est creusée à 325 millions de dollars contre 199 millions de dollars un an plus tôt. La société a déclaré qu’elle ne pouvait pas fournir d’estimations pour 2022, en raison de l’incertitude causée par la pandémie de coronavirus.

Vastchenok a déclaré que la croissance de ces entreprises technologiques devrait ralentir à mesure que la demande post-COVID s’atténuera. Les entreprises israéliennes ont également vu les coûts augmenter : le shekel fort, déjà parmi les devises les plus fortes au monde l’année dernière, a renchéri les salaires israéliens, tandis que les niveaux de salaires augmentaient dans un contexte de concurrence féroce pour les talents. Les coûts de marketing numérique ont également augmenté, a déclaré Vastchenok.

« Cette flambée des coûts a soit renchéri les pertes, soit réduit la rentabilité », a-t-il déclaré. « Lorsque le loyer de l’argent augmente, les investisseurs ont beaucoup moins de patience avec les entreprises qui ne sont pas rentables et qui croissent moins vite, ou à un rythme plus lent que prévu. »

Parce que beaucoup d’entreprises israéliennes sont nouvelles sur le marché, a-t-il ajouté, elles ont été parmi les premières à être balayées lorsque les vents ont changé de direction.

« C’est une logique de dernier entré, premier sorti : dans les moments difficiles, les investisseurs s’en tiennent aux entreprises qu’ils connaissent et en qui ils ont confiance, pas aux nouveaux arrivants, qu’ils connaissent à peine », a-t-il déclaré.

Les valorisations plus faibles sur les marchés publics se refléteront également sur les valorisations des entreprises technologiques privées, a-t-il déclaré, les startups et les sociétés en croissance reportant leurs plans de collecte de fonds ou leurs premiers appels publics à l’épargne.

Il est possible que les entreprises du secteur des nouvelles technologies ralentissent le rythme des nouvelles embauches, voire se séparent de collaborateurs pour plafonner leurs coûts. « Ce bouleversement va ramener de la rationalité sur le marché et dans les salaires », a déclaré Vastchenok.

Les valorisations plus faibles rendront également les entreprises technologiques israéliennes plus vulnérables aux prises de contrôle, que ce soit sur les marchés publics ou privés.

IronSource, qui a fusionné avec un SPAC en avril avec une valorisation de 11,1 milliards de dollars, a vu ses actions à la Bourse de New York chuter de 53% par rapport à leur sommet des 52 dernières semaines. La valorisation de la société est d’environ 6,1 milliards de dollars aujourd’hui.

Des piétons passent devant la Bourse de New York, dans le quartier financier de New York, le 23 mars 2021. (AP/Mary Altaffer)

Selon les chiffres d’Oppenheimer, Fiverr, un fournisseur de services indépendants en ligne introduit en bourse en 2019 à New York, a vu ses actions plonger de 76 % par rapport à leur pic des 52 dernières semaines. La valorisation de la société est tombée à quelque 3 milliards de dollars alors qu’elle était cotée à 11,5 milliards de dollars en février de l’an dernier.

« La baisse des valorisations sur le marché public n’est pas l’apanage des entreprises israéliennes », car les baisses affectent les entreprises technologiques du monde entier, a déclaré Dan Shamgar, associé principal et responsable du secteur de la high-tech au cabinet d’avocats Meitar, à Tel Aviv.

Les valorisations de ces entreprises israéliennes sont en baisse, tout comme celles d’autres entreprises technologiques, a-t-il dit, parce qu’elles étaient peut-être trop élevées, entraînées par la très forte concurrence en matière de transactions l’année dernière. Mais les entreprises derrière ces entreprises israéliennes restent « très fortes », a déclaré Shamgar.

« La grande majorité des entreprises israéliennes introduites en bourse en 2021 étaient des entreprises avec des activités très importantes », a-t-il déclaré. Elles avaient des plans d’expansion importants pour l’avenir et une « stratégie de croissance à long terme avec des produits et une clientèle solides, ainsi qu’un vaste éventail de produits. Ce sont sans aucun doute des entreprises – en général –solides qui … méritent d’être cotés en bourse avec des valorisations élevées.

Les marchés ont tendance à fluctuer, a-t-il déclaré. Mais les entreprises sont « très saines et prometteuses ». Lorsque les valorisations sont plus faibles, a-t-il dit, cela affecte le nombre d’entreprises qui envisagent d’entrer en bourse.

« Si on considère la filière en 2022, il y a certainement moins d’entreprises qu’en 2021 qui envisagent d’entrer en bourse », a déclaré Shamgar. « Mais les candidats à l’introduction en bourse sont tous des entreprises solides avec une croissance incroyable. Ces entreprises se portent toujours très bien en termes d’activités, mais elles vont probablement revoir le moment où elles entreront réellement en bourse. »

Le marché SPAC est également moins attrayant aujourd’hui qu’il ne l’était l’année dernière. En raison d’un contrôle réglementaire accru aux États-Unis, les transactions SPAC sont aujourd’hui « plus compliquées » que par le passé, a déclaré Shamgar, et il y a moins d’investissement disponible pour de telles transactions.

Parce que beaucoup de SPAC ont été mis en place, qui recherchent des transactions, cela demeure une « option envisageable » pour accéder aux marchés publics, a-t-il déclaré, mais « il faut plus de temps et plus d’efforts pour parvenir à la conclusion d’une transaction ».

Les valorisations plus faibles pourraient en effet déclencher une augmentation des opérations de fusion et d’acquisition, les entreprises israéliennes étant vendues au plus offrant, a déclaré Shamgar. Mais il estime que la détermination des fondateurs et des entrepreneurs israéliens à conserver leurs entreprises et à les faire devenir des leaders de l’industrie n’a pas changé.

« Le grand changement que nous avons vécu dans le secteur technologique israélien au cours des dernières années est que de plus en plus d’entreprises cherchent à devenir des acteurs à long terme dans les industries concernées », a-t-il déclaré.

« Les fusions et acquisitions sont évidemment une possibilité, mais je vois de plus en plus de fondateurs et d’entrepreneurs qui cherchent à créer des acteurs mondiaux forts, pour longtemps. »

« Je pense que la plupart de ces entreprises considéreront cet épisode comme un ralentissement temporaire qui, au fil du temps, sera corrigé par un retour à des valorisations plus élevées », a-t-il conclu.

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