« Il faut les exterminer » : des projets d’attentats visent l’AIPAC aux États-Unis
Les autorités ont déjoué au moins trois projets d’attentats contre le lobby pro-Israël ou des élus ayant reçu ses dons, alors que les attaques verbales se multiplient
Fin septembre, un homme vivant au Texas a contacté les forces de l’ordre pour signaler les propos inquiétants de son ami, Benny Caldera Jr., qui lui avait dit qu’ils ne se reverraient peut-être plus.
Lorsqu’il lui a demandé des explications, Caldera lui a révélé qu’il avait l’intention de se rendre au Capitole de l’État du Texas pour y commettre une fusillade.
Caldera a ensuite montré à son ami des informations sur l’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC) affichées sur son ordinateur portable, en déclarant « Ces gens doivent être exterminés », selon une plainte déposée au pénal.
Le lendemain, son ami a enregistré une conversation au cours de laquelle Caldera lui a détaillé son projet de prendre d’assaut le Capitole du Texas.
« Notre première exigence sera d’éliminer tous ceux qui soutiennent l’AIPAC », a-t-il déclaré.
« Cette putain d’AIPAC israélienne, il faut qu’ils dégagent », a-t-il ajouté. « Ils peuvent soit démissionner immédiatement, soit rester, auquel cas, ils seront arrêtés et jugés pour trahison par un jury composé de leurs pairs. »
Les enquêteurs ont perquisitionné le domicile de Caldera, où ils ont découvert un revolver chargé dont le numéro de série avait été limé, un fusil de chasse de calibre 12 et des munitions pour d’autres armes. Il a été inculpé pour infraction à la législation sur les armes à feu et encourt cinq ans de prison.
Cette affaire est la plus récente d’une série de projets d’attaques présumés visant l’AIPAC aux États-Unis, alors que des responsables politiques et des commentateurs, tant à gauche qu’à droite, s’en prennent au lobby pro-Israël.
Caldera a également été inculpé pour menaces terroristes et encourt jusqu’à dix ans de prison.
Reprise des manifestations après le 7-Octobre
En 1977, une bombe a éventré la maison de Morris Amitay, alors directeur de l’AIPAC, pendant que lui et sa famille dormaient. L’explosion a brisé les vitres de maisons situées jusqu’à cinq pâtés de maisons de là et tué le chien de la famille, sans faire de blessés parmi ses membres. L’attentat n’a pas été revendiqué et n’a donné lieu à aucune arrestation.
Dans les années qui ont suivi, l’AIPAC a été la cible de manifestations sporadiques et de piratages informatiques à motivation politique, mais aucune nouvelle attaque violente ni aucun projet de ce type ne semblent avoir été signalés pendant des dizaines d’années.
À la suite de l’offensive meurtrière menée par le groupe terroriste palestinien du Hamas dans le sud d’Israël, le 7 octobre 2023, les discours hostiles à l’AIPAC et les manifestations contre le lobby se sont intensifiés.
En novembre 2023, le jour de Thanksgiving, des manifestants ont lancé des bombes fumigènes devant le domicile du président de l’AIPAC, Michael Tuchin, et aspergé son allée de peinture rouge pour symboliser le sang.
Les manifestants ont traité Tuchin de « tueur de bébés » et déposé devant son domicile des morceaux de tissu maculés de peinture rouge censés représenter des bébés morts, reprenant ainsi l’accusation antisémite de meurtre rituel qui remonte à plusieurs siècles.
En août 2024, le siège de l’AIPAC à Washington a été vandalisé à coups de peinture rouge en aérosol, et l’inscription « Fuck Israel » a été tracée sur ses murs.
Quelques mois plus tard, les locaux ont à nouveau été vandalisés, entraînant l’arrestation de cinq personnes.
« Une tentative de meurtre »
Le premier projet d’attaque meurtrière a été découvert en décembre 2024, lorsque la police de Floride a arrêté Forrest Pemberton, un homme armé soupçonné d’avoir préparé une attaque contre un bureau de l’AIPAC.
Selon une plainte pénale, Pemberton avait effectué des recherches en ligne sur les employés de l’AIPAC et s’était rendu, armé, à une adresse qu’il pensait être celle d’un bureau du lobby, afin d’effectuer des repérages.
En fouillant l’ordinateur du suspect, les enquêteurs ont découvert qu’il avait recherché l’adresse d’un ancien bureau de l’AIPAC en Floride, qu’il pensait toujours en activité.
Les forces de l’ordre ont arrêté Pemberton à proximité de cet ancien bureau, alors qu’il était en possession de trois armes à feu, dont un fusil d’assaut équipé d’un silencieux, ainsi que de huit chargeurs.
Il a expliqué avoir choisi cette cible en raison de son « influence politique », ajoutant qu’il était frustré par le statu quo et voulait « voir s’il pouvait changer les choses ».
Avant de partir, Pemberton avait laissé un mot à sa famille pour lui dire « au revoir » et annoncer son intention « d’attiser les flammes ».
Pemberton a été inculpé pour tentative de crime de haine ainsi que pour d’autres infractions et encourt une peine pouvant aller jusqu’à la réclusion à perpétuité.
« Les faits reprochés comprenaient une tentative de meurtre », précise l’acte d’accusation du grand jury.
Des élus liés à l’AIPAC pris pour cibles
Le troisième projet d’attaque visant des personnes liées à l’AIPAC a été révélé en juin, lorsque les autorités de l’Ohio ont arrêté Tycen Proper, soupçonné d’y avoir participé.
Les enquêteurs ont découvert que Proper et ses complices présumés avaient préparé une attaque violente contre un événement d’arts martiaux mixtes (MMA) organisé sur la pelouse de la Maison Blanche.
Le groupe aurait prévu d’organiser une manifestation près de la Maison Blanche, puis de faire survoler l’événement de l’UFC par de petits drones chargés d’explosifs, qui auraient explosé au-dessus des participants afin de provoquer une évacuation.
Des assaillants munis de fusils, positionnés près d’un point d’évacuation, auraient alors ouvert le feu sur leurs cibles au moment où celles-ci fuyaient l’événement. Les suspects avaient pris plusieurs mesures pour préparer l’attaque, notamment en achetant des armes, en démissionnant de leur emploi et en se rendant à Washington depuis différentes régions des États-Unis.
Selon la plainte pénale, Proper a déclaré à ses complices, le 13 mai, qu’ils devaient notamment viser la sénatrice américaine Marsha Blackburn.
Lorsqu’un de ses complices lui a demandé pourquoi ils devaient s’en prendre à cette élue républicaine du Tennessee, Proper a répondu « Elle a reçu de l’argent du lobby pro-Israël [sic] et les soutient », selon la plainte.
« C’est à eux que nous allons nous attaquer », a écrit Proper dans un SMS accompagné de photos de quatre élus républicains de Virginie-Occidentale, les sénateurs Jim Justice et Shelley Moore Capito, ainsi que les députés Carol Miller et Riley Moore.
Les images semblaient provenir du site TrackAIPAC.com et comportaient des informations sur les montants versés à chacun de ces élus par des comités d’action politique (PAC) pro-Israël, précise la plainte.
Selon une plainte pénale visant un autre suspect, Bryan Roa, celui-ci tenait les Juifs pour responsables de la corruption du gouvernement américain et accusait les Juifs et Israël d’être à l’origine de la guerre avec la République islamique d’Iran.
Dans les trois affaires, ce sont des proches ou des amis des suspects qui ont alerté les forces de l’ordre. Ces projets d’attaques présumés surviennent dans un contexte d’hostilité croissante de l’opinion publique américaine envers Israël, tandis que des responsables politiques et des commentateurs, à gauche comme à droite, multiplient les attaques contre l’AIPAC, présentant le lobby comme une force malveillante qui contrôlerait la politique américaine.
Le commentateur conservateur Tucker Carlson a déclaré en juillet que « les deux partis ont les mêmes bailleurs de fonds et les mêmes donateurs, qui exigent qu’ils fassent preuve de loyauté envers un pays étranger. Ils reçoivent les mêmes dons de l’AIPAC ». Le républicain Thomas Massie a accusé l’AIPAC et d’autres donateurs pro-Israël « d’intimider les membres du Congrès » afin de « dicter » la politique étrangère américaine.
À gauche, le maire de New York, Zohran Mamdani, a qualifié l’AIPAC de « monstres » en juin ; la députée Ilhan Omar a décrit le lobby comme une « force dangereuse », tandis que sa collègue Rashida Tlaib l’a qualifié de « lobby pro-génocide ».
Il n’existe aucune preuve d’un lien direct entre les déclarations de ces responsables politiques et commentateurs et les projets d’attaques violentes.
L’AIPAC n’a pas répondu à notre demande de commentaire.