Indignation suite à un avis de manifestation au mémorial de Buchenwald
Il s'agit d'une manifestation organisée par un groupe anti-sioniste d’extrême gauche qui proteste contre l'interdiction du port du keffieh à l'intérieur du mémorial
JTA — Un groupe antisioniste allemand a été largement condamné après avoir annoncé son intention d’organiser une manifestation dénonçant le mémorial du camp de concentration de Buchenwald, en réponse à une interdiction faite d’arborer des symboles pro-palestiniens sur le site.
L’organisation Kufiyas in Buchenwald a estimé que le mémorial est devenu un lieu de « révisionnisme historique et de négation du génocide ». Elle a annoncé organiser une manifestation en date du 11 avril – la date-anniversaire de la libération du camp de concentration nazi.
« Au lieu d’honorer les persécutés et de s’opposer résolument à tout génocide, le mémorial diffuse la propagande israélienne et il fournit des munitions idéologiques pour justifier le génocide qui est actuellement en cours en Palestine », a commenté le groupe sur son site internet.
Entre 1937 et 1945, 56 000 prisonniers, dont 11 000 Juifs – exclusivement des hommes – avaient été assassinés à Buchenwald, l’un des tous premiers camps de concentration construits par les nazis.
L’année dernière, un tribunal allemand avait estimé que le camp de concentration avait le droit de refuser l’entrée aux visiteurs portant le keffieh, le foulard traditionnel palestinien qui a été adopté par les manifestants anti-israéliens. Une décision qui avait suivi un procès intenté par une femme qui avait tenté de porter ce foulard lors d’un événement de commémoration de la libération du camp.
La femme – qui n’avait été identifiée que par son prénom, Anna – avait rendu public son témoignage sur la page Instagram de Kufiyas in Buchenwald, affirmant avoir tiré son inspiration de la résistance qui avait été affichée, dans le passé, par les prisonniers de Buchenwald.
« Notre principe fondamental est le suivant : la critique des politiques du gouvernement israélien, de la politique de colonisation ou des actions dans la bande de Gaza est légitime », a expliqué, de son côté, le directeur de la Fondation Buchenwald, Jens-Christian Wagner, dans une déclaration qui évoquait les différents protocoles du mémorial. « Cette critique devient toutefois antisémite quand elle est utilisée pour relativiser la Shoah et pour discréditer ses victimes en les présentant comme des auteurs de génocide. C’est quelque chose que nous ne tolérerons pas au mémorial de Buchenwald ».
Une multitude de groupes pro-palestiniens ont rejoint cette campagne contre le mémorial – avec parmi eux le Réseau international juif antisioniste et le groupe allemand Jewish Voice for a Just Peace in the Middle East, qui a défendu l’organisation de la manifestation sur le réseau social X en disant que « la commémoration des crimes allemands passés a tout à fait un rapport avec le rejet des crimes actuels ».
Dans un post paru sur Instagram qui annonçait la manifestation, au début du mois de février, le groupe Kufiyas in Buchenwald avait écrit qu’il organiserait un « mouvement public de protestation » à Weimar, la ville allemande située à proximité du camp de concentration. Le groupe avait également précisé qu’il prévoyait d’organiser des conférences et une « visite guidée qui illustrera de manière vivante les événements qui se sont déroulés dans l’ancien camp de concentration ».
Il est difficile de dire si la manifestation doit avoir lieu à l’extérieur du mémorial lui-même. Kufiyas in Buchenwald n’a pas répondu à une demande de renseignements de la JTA concernant le lieu de rendez-vous exact du rassemblement.
La manifestation a rapidement suscité les condamnations des officiels allemands et notamment celle du responsable de la lutte contre l’antisémitisme, Felix Klein, qui a déclaré au journal suisse Neue Zürcher Zeitung qu’elle marquait « une nouvelle bassesse dans l’inversion des rôles entre bourreaux et victimes, un renversement qui est devenu malheureusement trop fréquent ».
Buchenwald est l’un des plus grands camps de concentration établis sur le sol allemand : il est devenu l’un des principaux sites commémoratifs de la Shoah en Allemagne.
Michael Panse, commissaire chargé de la lutte contre l’antisémitisme pour l’état allemand de Thuringe, où se trouve Weimar, a confié au journal que le mouvement de protestation était « de mauvais goût et ignorant sur le plan historique ».
Le Congrès juif européen, de son côté, a écrit dans un article posté sur le réseau social X que cette manifestation représentait une « instrumentalisation profondément troublante de la mémoire de la Shoah ».
« Les sites de commémoration de la Shoah sont des lieux de réflexion solennelle et de respect pour les victimes du national-socialisme », a noté l’article. « Ils ne doivent jamais être exploités pour assurer la promotion de programmes qui nient la légitimité d’Israël, ou qui glorifient ceux qui commettent des actes de violence à l’encontre des Juifs ».
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