Interception de la flottille de Gaza : blocus non brisé, Thunberg et d’autres arrêtés

La marine aborde 41 navires du Global-Sumud ayant refusé de changer de cap ; 400 militants ramenés en Israël en attente d'expulsion ; ministère des Affaires étrangères : tous sont «sains et saufs »

Les soldats de la marine israéliennes montent à bord des bateaux de la flottille Global Sumud en mer Méditerranée, tôt le matin du 2 octobre 2025. (Capture d'écran : YouTube/Global Sumud Flotilla)

La marine israélienne a intercepté l’importante flottille pro-palestinienne qui tentait de briser son blocus maritime sur la bande de Gaza contrôlée par le Hamas, après que l’armée a lancé aux navires un dernier avertissement leur demandant de changer de cap.

Cette opération de la marine israélienne, qui s’est déroulée alors que tout le pays célébrait Yom Kippour, a débuté mercredi soir. Elle s’est poursuivie toute la nuit, jusqu’à jeudi.

En l’espace de 12 heures, les forces de l’unité commando navale Shayetet 13 ont abordé 41 des navires de la flottille Global Sumud. Après avoir brouillé les communications, elles ont arrêté quelque 400 militants à bord, les aspergeant à l’aide de canons à eau. Si les militants avaient rapporté la participation de 47 bateaux à la flottille, certains navires ont apparemment fait demi-tour plus tôt.

L’interception de la flottille a été réalisée par la flotte de navires lance-missiles de la marine, l’unité de sécurité portuaire Snapir et d’autres forces. Les six plus grands navires de la flottille ont été abordés en premier. Les plus petits l’ont été ensuite, selon l’armée.

L’action de « provocation » de la flottille Global Sumud « est désormais terminée » sans qu’aucun incident majeur n’ait été signalé, a fait savoir le ministère israélien des Affaires étrangères peu avant 14 heures.

« Aucun des yachts du Hamas-Sumud n’est parvenu à pénétrer dans une zone de combat active ni à briser le blocus maritime légal », a rapporté le ministère.

Des soldats de la marine israélienne montent à bord des bateaux de la flottille Global Sumud en mer Méditerranée, tôt le matin du 2 octobre 2025. (Crédit : flottille Global Sumud)

« Tous les passagers sont sains et saufs. Ils sont en route vers Israël, d’où ils seront expulsés vers l’Europe », a ajouté le ministère.

L’un des nouveaux navires de soutien logistique de la marine israélienne a été vu arrivant au port d’Ashdod avec, à bord, certains des militants arrêtés. Les 41 navires ont été remorqués jusqu’au port.

Plus de 600 policiers accompagnés d’agents pénitentiaires et de représentants des services d’immigration ont été déployés au port d’Ashdod pour prendre en charge les militants arrêté, ont indiqué les forces de l’ordre.

Jeudi soir, la police a déclaré que plus de 250 militants avaient été soumis à une « procédure d’inspection approfondie », puis remis à l’ Autorité de l’État Civil et de l’immigration ainsi qu’au Service pénitentiaire israélien.

« L’opération se poursuit en ce moment même. Elle se poursuivra dans la nuit, jusqu’à ce que le dernier bateau de la flottille soit arrêté », a fait savoir la police.

Cette photo fournie par la police montre des militants anti-israéliens de la flottille Global Sumud en train d’être interrogés après avoir été arrêtés alors qu’ils tentaient de briser le blocus maritime imposé par Israël sur la bande de Gaza contrôlée par le Hamas, le 2 octobre 2025. (Crédit : Police israélienne)

L’un des navires de la flottille, victime de problèmes mécaniques sans lien avec les actions de l’armée, est resté en mer au large de Gaza. Le ministère a averti que « s’il se rapprochait, alors sa tentative de pénétrer dans une zone de combat active et de violer le blocus serait également empêchée ».

Contrairement à ce qu’affirment certains militants – des affirmations fondées sur des informations de suivi erronées -, aucun des navires de la flottille n’a réussi à atteindre les eaux contrôlées par Israël au large de la côte de Gaza, a précisé l’armée. Selon les données de suivi, l’un des bateaux de la flottille, le Mikeno, est apparu soudainement au large des côtes de Gaza dans la matinée, où il est apparemment resté des heures durant avec une vitesse affichée de 0 nœud et un cap de 0°, signe d’un traceur défectueux.

Greta Thunberg se trouvait à bord de l’une des premières embarcations arraisonnées. Dans une vidéo diffusée par le ministère des Affaires étrangères, on voit un soldat israélien lui remettant ses effets personnels après son arrestation.

Des militants de la flottille, dont Greta Thunberg, sont transportés vers Israël après l’interception de leurs navires par l’armée israélienne le 2 octobre 2025. (Crédit : Ministère des Affaires étrangères)

« Plusieurs navires de la flottille Hamas-Sumud ont déjà été interceptés en toute sécurité. Leurs passagers sont transférés vers un port israélien. Greta et ses amis sont sains et saufs », a annoncé mercredi soir le ministère des Affaires étrangères.

La femme politique française Marie Mesmeur et la députée européenne franco-palestinienne Rima Hassan ont signalé que leurs bateaux avaient aussi été interceptés. Sur des images diffusées en direct, on peut voir des militants jeter leurs téléphones à la mer après que des soldats ont abordé leur navire.


La flottille, qui a quitté l’Espagne il y a un mois, transporte de l’aide humanitaire destinée à Gaza – en quantité symbolique – ainsi que plus de 500 personnes, selon les organisateurs, dont certains ont été accusés par Israël d’avoir des liens avec le Hamas.

Le ministère des Affaires étrangères a publié mercredi soir une vidéo dans laquelle une lieutenant de la marine s’adresse par radio aux militants, les prévenant qu’ils « approchaient d’une zone sous blocus ».

Un navire de soutien logistique de la marine israélienne, avec à bord des militants de la flottille Global Sumud après leur arrestation, navigue en Méditerranée vers le port d’Ashdod, le 2 octobre 2025. (Crédit : AP Photo/Leo Correa)

« Si vous souhaitez acheminer de l’aide à Gaza, vous pouvez le faire par les voies établies. Veuillez changer votre cap et prendre la direction du port d’Ashdod, où l’aide que vous transportez sera soumise à un contrôle de sécurité avant d’être transférée dans la bande de Gaza », a-t-elle expliqué.

Les militants, parmi lesquels se trouvent le petit-fils de Nelson Mandela, Mandla Mandela, l’ancienne maire de Barcelone Ada Colau et plusieurs députés européens, ont cependant fait savoir qu’ils restaient déterminés à mener à bien leur mission, à savoir briser le blocus israélien et apporter de l’aide aux Palestiniens.

Cet appel du ministère à utiliser d’autres voies pour transférer l’aide vers Gaza a été repris par d’autres gouvernements européens, notamment l’Italie qui, avec l’Espagne, avait envoyé un navire de guerre pour escorter la flottille pendant une partie de son voyage – un vaisseau qui s’est toutefois arrêté à l’approche des côtes de Gaza.


Le ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani, a pour sa part confirmé l’intervention israélienne, et annoncé à  sur la chaîne publique de la Rai que les militants seraient expulsés dans les prochains jours.

Et d’ajouter que le ministre des Affaires étrangères Gideon Saar lui avait assuré que l’armée israélienne avait reçu pour instruction de « ne pas recourir à la violence ».

Les soldats de la marine israélienne montent à bord des bateaux de la flottille Global Sumud en mer Méditerranée, tôt le matin du 2 octobre 2025. (Capture d’écran : YouTube/Global Sumud Flotilla)

Le Sirius, l’Alma et l’Adara ont été interceptés à environ 70 milles marins des côtes de Gaza, ont fait savoir les organisateurs, qui ont partagé en direct les positions de la flottille.

Ces positions correspondent à l’intérieur de la zone d’exclusion déclarée par Israël, qui s’étend à 150 milles marins au large de Gaza, une zone où la marine a de surcroît déjà intercepté des navires qui tentaient de briser le blocus.

Les forces navales de l’armée israélienne abordent des bateaux de la flottille Global Sumud en Méditerranée, tôt le matin du 2 octobre 2025. (Capture d’écran : YouTube/Global Sumud Flotilla)

D’après Greg Stoker, un vétéran américain qui se trouvait à bord de l’Ohwayla, l’un des bateaux de la flottille, une dizaine de navires militaires, dont les transpondeurs étaient éteints, s’étaient approchés d’eux.

« Ils interpellent actuellement nos navires. Ils nous ordonnent de couper nos moteurs et d’attendre de nouvelles instructions, sous peine de voir nos bateaux saisis et d’en subir les conséquences », a-t-il raconté dans une vidéo publiée sur Instagram. Les autorités israéliennes ont utilisé des canons à eau contre certains bateaux, ont indiqué Stoker et d’autres militants. Ces opérations n’ont fait aucun blessé.

Les forces navales de l’armée israélienne montent à bord des bateaux de la flottille Global Sumud en Méditerranée, tôt le matin du 2 octobre 2025. (Capture d’écran : YouTube/Global Sumud Flotilla)

Peu avant que les soldats ne lancent les opérations d’abordage, des terroristes palestiniens ont tiré cinq roquettes depuis le nord de Gaza en direction d’Ashdod. Quatre de ces roquettes ont été interceptées par les défenses aériennes et une est tombée dans une zone dégagée, a rapporté l’armée israélienne.

Ni dommage, ni blessés ne sont à déplorer.

L’interception de la flottille par la marine est intervenue après que les organisateurs ont rejeté les appels à transférer l’aide, dénonçant ce qu’ils ont décrit comme une tactique « d’intimidation » de la part de l’armée israélienne, et se sont engagés à garder leur cap vers Gaza, qui est ravagée par près de deux ans de combats déclenchés par l’invasion dévastatrice du sud d’Israël par le Hamas.

Des navires de la marine israélienne escortent l’un des bateaux de la flottille civile Sumud, qui se rendait à Gaza, après l’avoir intercepté alors qu’il approchait des côtes gazaouies, en direction du port d’Ashdod, en Israël, le 2 octobre 2025. (Crédit : AP Photo/Leo Correa)

Sur le réseau social X, les organisateurs avaient écrit qu’ils restaient « vigilants alors que nous pénétrons dans la zone où les flottilles précédentes ont été interceptées et/ou attaquées ».

Israël a en effet bloqué des tentatives similaires en juin et juillet.

Israël et l’Égypte ont imposé à Gaza des blocus à différents degrés depuis que le groupe terroriste du Hamas a pris le pouvoir à ses rivaux palestiniens en 2007, lors d’un coup d’État violent.

Israël a souligné la nécessité de limiter les capacités du Hamas à faire passer des armes en contrebande. Selon les critiques, le blocus est une punition collective infligée aux quelque 2 millions de Palestiniens vivant à Gaza.

Les membres du groupe de navires de la flottille Global Sumud à destination de Gaza sont aperçus amarrés près de la petite île de Koufonisi, au sud de la Crète, le 26 septembre 2025. (Crédit : Eleftherios ELIS / AFP)

Israël fait face à une pression internationale considérable en raison de sa guerre à Gaza, une guerre qui a débuté le 7 octobre 2023, lorsque des milliers de terroristes dirigés par le Hamas ont envahi Israël, tuant environ 1 200 personnes et en prenant 251 autres en otage.

La guerre a entraîné une crise humanitaire dans la bande de Gaza, dont la plus grande partie de la population a été déplacée.

Selon le ministère de la Santé de Gaza administré par le Hamas, plus de 66 000 personnes ont été tuées ou sont présumées mortes dans les combats jusqu’à présent. Ces chiffres sont toutefois invérifiables et ne font pas la distinction entre hommes armés et civils. Israël affirme avoir tué plus de 22 000 hommes armés au combat jusqu’au mois d’août dernier, auxquels viennent s’ajouter les 1 600 terroristes abattus sur le sol israélien lors de l’attaque du 7 octobre.

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