Israël libère des Palestiniens en détention administrative, officiellement par manque de place
Les personnes libérées jeudi auraient dû l'être en mars ; Ben Gvir s'insurge contre cette décision, soulignant sa proximité avec une attaque terroriste en Cisjordanie
L’armée israélienne et le Shin Bet ont déclaré jeudi soir qu’une quarantaine de suspects palestiniens détenus en détention administrative avaient été libérés, de façon à faire de la place « pour les détenus représentant une menace plus élevée ».
Le communiqué indique que les libérations devraient avoir lieu dans le mois qui vient.
La détention administrative est un instrument controversé qui permet que des Palestiniens soupçonnés de terrorisme et, plus rarement, des Juifs soupçonnés de terrorisme, soient détenus sans inculpation ni procès. Il est généralement utilisé lorsque les autorités disposent de renseignements liant un suspect à un crime, mais qu’elles n’ont pas suffisamment de preuves pour porter l’affaire en justice.
Ces détentions doivent être renouvelées par un tribunal militaire tous les six mois, mais les prisonniers peuvent rester en prison pendant des années au titre de ce mécanisme.
Israël affirme que la détention administrative permet de détenir des suspects sans divulguer de renseignements sensibles et de mettre hors d’état de nuire de dangereux terroristes. Ses critiques estiment qu’elle prive les prisonniers du bénéfice d’une procédure régulière.
Le ministre de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir, s’est insurgé contre le principe de ces libérations, affirmant qu’elles n’avaient rien à voir avec un manque de place.
« [Ils ont été relâchés] sur ordre direct du chef du Shin Bet, dans un ‘geste’ avant le Ramadan », a affirmé le politicien d’extrême droite.
Ben Gvir a déclaré que le Service des prisons d’Israël, sous son autorité, « n’avait pas son mot à dire sur la question ».
Il s’est également emporté contre le chef du Shin Bet, Ronen Bar, parce que la libération a eu lieu le jour où deux Israéliens ont été tués dans une fusillade terroriste en Cisjordanie et un jour après la prorogation de la détention administrative d’un militant des implantations.
« Il est inquiétant que le jour où deux Juifs ont été assassinés, le chef du Shin Bet choisisse de faire une fleur aux meurtriers », a-t-il écrit.
Selon des militants, en février, le nombre de prisonniers palestiniens dans les prisons israéliennes serait passé à près de 9 000, contre 5 200 avant le 7 octobre, jour où les terroristes du Hamas ont envahi le sud d’Israël et massacré près de 1 200 personnes, essentiellement des civils, chez eux ou dans une rave en plein air, et fait 253 otages.
Les autorités pénitentiaires israéliennes ont déclaré l’état d’urgence suite au 7 octobre afin que les détenus ne soient pas impliqués dans d’autres troubles.
Depuis, la célèbre radio palestinienne Radio Ajyal a été inondée de messages de proches de prisonniers faisant état de restrictions sévères imposées aux détenus, à commencer par l’interdiction des visites ou des appels téléphoniques.
Le groupe de défense des prisonniers palestiniens a déclaré que les visites du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) avaient également cessé. Le CICR et Israël se sont refusés à tout commentaire, mais Israël avait d’ores et déjà fait savoir que les visites du CICR étaient suspendues jusqu’à ce que le Hamas permette à la Croix-Rouge d’accéder aux otages à Gaza.
Certains Palestiniens sont effectivement détenus sans inculpation, mais les motifs d’arrestation les plus courants vont des appels à la violence en ligne aux présomptions d’activités terroristes.
L’Américaine d’origine palestinienne Samaher Esmail, arrêtée après avoir publié des contenus liés au terrorisme sur les réseaux sociaux, a elle aussi été libérée sous caution jeudi, après trois semaines d’emprisonnement.
Son arrestation avait fait des vagues au sein de la communauté internationale en raison de sa double nationalité mais aussi de l’activisme de son fils Suliman Hamed, installé à la Nouvelle-Orléans, qui avait appelé l’attention sur le sort de sa mère sur les réseaux sociaux ainsi que dans les médias grand public.
L’avocat d’Esmail accuse les forces de l’ordre israéliennes de l’avoir battue lors de son interpellation, de ne pas lui avoir laissé le temps de mettre son hijab et de ne pas avoir demandé correctement si Esmail souhaitait voir un avocat.
On ignore encore si Esmail fait partie des personnes libérées jeudi ou si sa libération sous caution fera l’objet d’un traitement distinct.