En parcourant les ruines antiques au pied du mont du Temple, Uzi Leibner a désigné plusieurs sites mis au jour ces dernières années par les archéologues à l’Ophel, la zone surélevée située à l’entrée sud de l’ancien Temple de Jérusalem.
Progressant à travers les fouilles, il s’est d’abord arrêté devant le grand escalier menant à la Porte Triple, qui fait partie des Portes de Hulda et qui constituait l’une des principales entrées du Second Temple il y a environ 2 000 ans. Il s’est ensuite dirigé vers une zone de fouilles fermée au public, où son équipe a récemment mis au jour ce qu’il a qualifié de découverte « monumentale » : un vaste complexe remarquablement bien conservé de trois anciens bains de purification rituelle, ou mikvé, très probablement utilisés à l’époque par des pèlerins juifs.
Conçu pour accueillir un grand nombre de personnes, ce complexe de bains rituels est « tout à fait exceptionnel », a déclaré Leibner, professeur à l’Institut d’archéologie de l’Université hébraïque de Jérusalem.
Le complexe remonte au début du 1ᵉʳ siècle de notre ère, vers l’an 10, peu après le règne d’Hérode le Grand, précise Leibner. Il s’agit d’une infrastructure publique destinée à accueillir les nombreux pèlerins qui affluaient vers le Temple, dont l’entrée se trouvait à une cinquantaine de mètres à peine.
Révélée à l’approche de Souccot, cette découverte permet de mieux saisir comment se déroulaient concrètement les trois fêtes de pèlerinage, Pessah, Shavouot et Souccot, aux époques du Premier et du Second Temple, a déclaré Leibner.
« À l’époque du Second Temple, lorsque le pèlerinage au Temple occupait une place majeure dans le judaïsme, cette zone accueillait des milliers de pèlerins qui devaient s’y présenter en état de pureté rituelle », a expliqué Leibner. « Ce que nous découvrons ici, à l’extérieur de l’entrée principale du mont du Temple, témoigne d’un investissement colossal dans les infrastructures destinées à accueillir ces pèlerins, avec des allées, des boutiques, des réservoirs d’eau et des dizaines de bains rituels. »
Avec sa collègue de l’Université hébraïque, la professeure Orit Peleg-Barkat, Leibner a dirigé les fouilles au cours de cinq campagnes, prenant la relève de la professeure Eilat Mazar, décédée en 2021. De nombreux mikvés anciens ont déjà été découverts autour de l’Ophel et rendus accessibles aux visiteurs, a indiqué Leibner.
Les fouilles en cours sont menées par l’Institut d’archéologie de l’Université hébraïque de Jérusalem, en coopération avec l’Armstrong Institute of Biblical Archaeology, grâce au soutien financier de l’Israel Science Foundation (ISF), de l’Armstrong Institute et du Hertog Center for the Archaeological Study of Jerusalem. Le parc archéologique est accessible au public par le Davidson Center, mais la zone de fouilles elle-même reste fermée aux visiteurs.
Une prouesse d’ingénierie dans le monde antique
Le complexe est doté d’un système hydraulique de drainage sophistiqué et exceptionnellement rare, qui évacuait l’eau des bains rituels vers la vallée du Cédron. Les conduits de drainage, hauts de plus de deux mètres à de nombreux endroits, sont suffisamment larges pour permettre d’y circuler aisément.
D’une superficie d’environ 280 mètres carrés, le complexe se distingue par une maçonnerie particulièrement soignée en pierres de taille, de grands blocs rectangulaires taillés avec précision. Il comprend quatre pièces, dont trois ont été identifiées comme de vastes bains rituels publics. Chacune est dotée d’escaliers bien conservés descendant vers un bassin enduit, muni d’un conduit d’évacuation au fond.
L’un des bassins est exceptionnellement bien conservé, sa voûte en pierre, toujours intacte, s’élevant à 4,2 mètres au-dessus du sol. Une ouverture dans le plafond indique l’endroit par lequel l’eau était versée pour remplir le bassin. À Jérusalem, il est extrêmement rare qu’une structure datant de la période du Second Temple soit ainsi conservée du sol au plafond, a déclaré Leibner.
« C’est le joyau de cette découverte », s’est-il exclamé.
Un autre bassin rectangulaire, situé juste au sud des trois mikvés, est doté d’escaliers sur ses quatre côtés. Il servait toutefois probablement à un autre usage, peut-être à la purification de récipients, a indiqué Leibner.
Lors des trois fêtes de pèlerinage, aux moments de plus forte affluence, plusieurs personnes, voire des dizaines, pouvaient s’immerger simultanément dans ces bains, a expliqué Leibner. Une séparation basse aménagée au milieu de l’un des escaliers, repérée par les chercheurs, suggère qu’un système était prévu pour organiser la circulation des baigneurs.
« Les gens entraient d’un côté et ressortaient de l’autre », a expliqué Leibner. « Ils entraient pour atteindre un état de pureté rituelle, et il valait mieux éviter de toucher quelqu’un qui ne s’était pas encore immergé. »
Au cœur des fêtes de pèlerinage
Les chercheurs tentent encore de comprendre comment s’organisaient, aux époques du Premier et du Second Temple, les trois grandes fêtes de pèlerinage, Pessah, Shavouot et Souccot, a expliqué Leibner.
À l’occasion de ces trois fêtes des moissons, la Torah ordonne à tous les hommes israélites de se rendre au Temple en état de pureté rituelle et d’y apporter des offrandes. Un tel pèlerinage supposait cependant une mobilisation considérable à l’échelle du pays et, dans les faits, cette prescription n’a pas toujours été suivie.
La Bible (2 Chroniques 35) décrit ainsi une immense célébration de Pessah organisée par le roi Josias au Premier Temple, au cours de la 18ᵉ année de son règne, tout en précisant qu’aucune fête comparable n’avait été célébrée depuis des siècles. Les habitants du royaume rival du Nord, quant à eux, furent empêchés d’effectuer ce pèlerinage lorsque le roi Jéroboam Iᵉʳ érigea à Dan et à Béthel des sanctuaires concurrents consacrés au veau d’or (1 Rois 12, 26-33).
Les archéologues n’ont encore trouvé aucune preuve matérielle de pèlerinages de masse à l’époque du Premier Temple. En revanche, cette tradition est bien attestée à la fin de la période du Second Temple, a déclaré Leibner.
Des récits vivants consignés dans la Mishnah, compilée plusieurs siècles après la destruction du Temple, décrivent des cortèges de pèlerins arrivant à Jérusalem au son de la musique et dans une atmosphère de fête, accueillis par des dignitaires religieux tandis qu’ils apportaient leurs offrandes au Temple. Josèphe, qui écrivait au 1ᵉʳ siècle, affirmait que plus de 2,7 millions de personnes avaient célébré Pessah à Jérusalem en 66 de notre ère, à la veille de la révolte contre Rome.
« Ce chiffre est évidemment largement exagéré, mais il donne une idée de l’ampleur du rassemblement », a déclaré Leibner.
Jérusalem devait faire face à d’importants défis logistiques pendant les fêtes. La ville se retrouvait temporairement surpeuplée, avec une population plusieurs fois supérieure à son niveau habituel, et il fallait loger et nourrir les visiteurs. Une inscription découverte près du mont du Temple décrit une synagogue construite par un prêtre nommé Théodote, dotée de chambres d’hôtes et de bains destinés aux visiteurs.
L’un des défis posés par une ville aussi surpeuplée était de préserver la pureté rituelle au Temple, ce qui supposait d’éviter tout contact avec des personnes considérées comme impures. Pour la période des fêtes, les autorités rabbiniques avaient établi une règle selon laquelle les personnes arrivant à Jérusalem étaient présumées rituellement pures, bien qu’on ignore si la secte élitiste des sadducéens acceptait cette décision, a précisé Leibner.
Les bains rituels de l’Ophel, près des portes sud du Temple par lesquelles arrivaient la plupart des pèlerins, jouaient donc un rôle essentiel, a expliqué Leibner. En remontant depuis la Cité de David, les hommes attendaient probablement leur tour pour s’y immerger avant de gagner l’esplanade du Temple et d’y accomplir leurs obligations religieuses. (Le terme hébreu biblique « Ophel » désigne un lieu surélevé, ou une tour fortifiée particulière située au sud-est du Temple.)
« Ce que nous observons dans ce complexe, c’est un investissement colossal dans les infrastructures publiques destinées à accueillir toutes ces personnes », a déclaré Leibner.
La quantité d’eau nécessaire à ces bains aurait largement dépassé ce que pouvaient fournir les pluies hivernales de Jérusalem, soulevant la question de son origine. Bien que la source de Gihon, au pied de la vallée du Cédron, fût la source d’eau la plus proche dans l’Antiquité, il est plus probable que l’eau ait été acheminée par un aqueduc venant des collines d’Hébron et passant par les bassins de Salomon, près de l’actuelle Efrat, a déclaré Leibner.
« Nous savons que l’aqueduc atteignait le mont du Temple à la fin de la période du Second Temple, mais nous n’avons pas encore identifié le tracé complet du canal qui acheminait l’eau jusqu’à ces bassins », a-t-il déclaré. « Très probablement, elle circulait dans des canaux aménagés dans le mur pour atteindre les bains. »
Le système de drainage est, lui, mieux connu. Les trois bains sont équipés de siphons munis de bouchons, « comme dans une baignoire moderne », a précisé Leibner. Ils se déversent dans un réseau de tunnels ramifiés, hauts de deux mètres, qui acheminaient l’eau vers la vallée du Cédron, au fond du ravin voisin.
« C’est un système de drainage extraordinaire, extrêmement rare », a-t-il déclaré en parcourant les tunnels à la lumière de sa lampe de poche. « L’eau des bains pourrait encore s’y écouler aujourd’hui. »
Les fouilles du complexe
Aucune partie du complexe récemment découvert n’était visible lorsque le célèbre archéologue, le professeur Benjamin Mazar, a commencé à fouiller le site de l’Ophel en 1968, a expliqué Leibner. Sa petite-fille, Eilat Mazar, a repris le projet en 1986 sous sa direction. Elle a mis au jour une structure byzantine une dizaine d’années avant son décès, en 2021, mais n’a pas pu en achever le dégagement. Leibner et Peleg-Barkat ont ensuite repris les fouilles pour le compte de l’Université hébraïque.
Après la destruction de Jérusalem par les Romains en 70 de notre ère, la zone située à l’extérieur du Temple est restée à l’abandon jusqu’à ce que les Byzantins y construisent un quartier résidentiel environ 300 ans plus tard.
Les bains récemment découverts se trouvaient sous un quartier résidentiel byzantin très densément bâti, dont les sols étaient situés à environ quatre mètres au-dessus des canalisations des bassins datant de l’époque du Second Temple et dont les murs recouvraient l’ensemble de la zone.
Plutôt que de démolir les bains pour faire place à de nouvelles constructions, les Byzantins ont aménagé un étage au-dessus du toit voûté du mikvé le mieux conservé, le condamnant ainsi et le transformant en citerne. Cette décision a, sans le vouloir, permis de préserver l’ancienne structure pendant plus de 1 500 ans.
« Cette structure n’a été préservée que grâce à la manière dont ils l’ont enfouie sous leurs bâtiments », a déclaré Leibner. « Au-dessus de cette rangée de mikvés, qui constituait probablement le sous-sol, rien n’a survécu. »
Sous les habitations byzantines et le complexe de mikvés, les archéologues ont également découvert un autre niveau : un complexe de bains plus ancien et moins élaboré, probablement utilisé une centaine d’années auparavant.
Cette installation antérieure, plus petite, mais néanmoins très élaborée, avait été directement taillée dans la roche, a précisé Leibner. Les archéologues l’ont découverte après avoir remarqué des dommages dans les tunnels de drainage, très probablement causés par d’anciens creuseurs qui avaient percé ses murs, a-t-il expliqué.
« Nous ne savons pas encore exactement quand elle a été construite, mais probablement à la fin de la période hasmonéenne ou au début de l’époque hérodienne », a déclaré Leibner. « Nous avons donc un complexe de purification datant du 1ᵉʳ siècle de notre ère, et un autre du 1ᵉʳ siècle avant notre ère. »
L’activité de ce centre de pèlerinage très animé a pris fin brutalement en 70 de notre ère, lorsque les légions romaines ont pris Jérusalem et détruit le Temple, situé à seulement quelques dizaines de mètres au-dessus des bains.
Des dizaines de pièces frappées pendant la Première Guerre judéo-romaine ont été retrouvées sur les sols du complexe, a indiqué Leibner, offrant une dernière trace de ceux qui fréquentaient les bains peu avant la destruction de la ville.
« C’était un lieu très animé jusqu’à la destruction de l’an 70 », a déclaré Leibner. « Ensuite, on ne trouve plus rien pendant des centaines d’années. »
Plus de 1 900 ans plus tard, alors que les Juifs affluent de nouveau à Jérusalem pour Souccot, le complexe récemment mis au jour offre un aperçu rare et tangible de la façon dont leurs ancêtres se préparaient à monter au Temple.
la Communauté du Times of Israël !
