La Bibliothèque nationale dévoile un ma’hzor du 14e siècle avec des prières inédites

Numérisé récemment, ce livre de prières du rite de Kaffa en Crimée contient des poèmes uniques de Yom Kippour, témoignant de traditions disparues

Les dernières pages d’un livre de prières de Kippour datant du 14ᵉ siècle, comprenant des poèmes liturgiques jusqu’alors inconnus, dévoilées par la Bibliothèque nationale le 25 septembre 2025. (Crédit : Maison de vente aux enchères Kedem)

Un ma’hzor (livre de prières pour les fêtes juives) du 14ᵉ siècle récemment acquis contient des poèmes liturgiques inédits pour Kippour, a annoncé jeudi la Bibliothèque nationale d’Israël.

Selon le Dr Chaim Neria, conservateur de la collection Haim et Hanna Solomon Judaica de la BNI, cette découverte rare éclaire une époque antérieure à la standardisation des prières après l’invention de l’imprimerie.

Le manuscrit reflète le rite de Kaffa (nousa’h Kaffa), une tradition liturgique née dans la ville portuaire de Kaffa, sur la péninsule de Crimée, au bord de la mer Noire. La région constituait alors un carrefour dynamique de la vie juive, abritant diverses communautés, notamment les Krimchaks (Criméens), les Karaïtes, les Khazars, les Génois, les Séfarades et les Ashkénazes.

Le rite de Kaffa présente des affinités notables avec la tradition judéo-grecque romaniote, pratiquée par les Juifs romaniotes de Grèce continentale et insulaire.

« Nous connaissions déjà le rite de Kaffa, mais ce ma’hzor semble avoir été rédigé avant que la tradition ne soit codifiée », a expliqué Neria au Times of Israel par téléphone.

« Ce qui nous a vraiment surpris, c’est que le ma’hzor contient plusieurs piyyoutim [poèmes liturgiques] totalement inconnus ailleurs, ainsi que d’autres qui n’avaient été attestés jusqu’ici que dans des documents retrouvés dans la Genizah du Caire », a-t-il ajouté, faisant référence au trésor de manuscrits juifs conservés durant des siècles dans une synagogue de la capitale égyptienne.

Les prières de Neilah, la fin de la prière pour l’expiation lors du service de Yom Kippour, sur la place des Otages à Tel Aviv, le 12 octobre 2024. (Crédit : Paulina Patimer/Mouvement de protestation pour la démocratie)

Selon la tradition, à Yom Kippour, célébré en 2025 du soir du 1ᵉʳ octobre jusqu’au soir du 2, les Juifs jeûnent et consacrent la journée à la prière et à l’expiation.

Les piyyoutim constituent un élément central des prières récitées tout au long de ce jour saint.

Le ma’hzor a été acquis auprès du collectionneur privé Avigdor Klagsbald. Bien qu’il ne soit pas exposé au public, il a été entièrement numérisé et est accessible en ligne.

« Nous sommes impatients de le faire examiner par des spécialistes afin d’en savoir plus sur les piyyoutim », a poursuivi Neria.

Il a souligné que le ma’hzor remontait à une époque antérieure à l’imprimerie, qui a rapidement uniformisé les traditions des communautés, écartant les passages moins populaires de la liturgie.

Dr Chaim Neria, conservateur de la collection Haim et Hanna Solomon Judaica à la Bibliothèque nationale d’Israël. (Crédit : Bibliothèque nationale d’Israël)

« Nous avons ici un document unique, car ces piyyoutim n’ont survécu que dans ce ma’hzor », a déclaré Neria.

Sur sa dernière page, le ma’hzor comprend également une version inédite d’une bénédiction pour les personnes en deuil.

« Béni sois-Tu… Qui comprend chaque créature… Ressusciteur des morts. Puisses-Tu bientôt avoir pitié de Ton peuple et réconforter le cœur des endeuillés… Consolateur de Sion et du cœur des endeuillés. Et que tous ceux qui font du bien à autrui soient récompensés… Qui récompense généreusement ceux qui font le bien. Puisses-Tu retenir Ta colère… Toi qui nous préserves de la peste, de l’épée, de la destruction et du fléau… », peut-on lire dans la bénédiction, selon la traduction partagée par la bibliothèque.

Neria a ajouté que ces mots lui semblaient particulièrement pertinents en ces temps troublés.

« Cela pourrait être une façon de demander à Dieu de mettre fin à la guerre », a-t-il fait remarquer.

Le chercheur a insisté sur le fait que la documentation et la préservation de ces traditions constituent une mission fondamentale de la Bibliothèque.

« Nous nous considérons comme les gardiens du patrimoine du peuple juif, en particulier des traditions qui ne sont plus pratiquées aujourd’hui », a indiqué Neria. « Elles font toujours partie de notre histoire collective, et il est essentiel de les préserver et de leur redonner une voix. Peut-être qu’à l’avenir, une communauté redécouvrira l’un de ces piyyoutim oubliés et le fera revivre. »

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