La demande de grâce de Netanyahu, c’est « un coup gagnant-gagnant » – média
Deux sondages révèlent une majorité relative de plus de 40 % d'Israéliens opposée à tout geste de clémence du président Isaac Herzog
La demande de grâce présidentielle de Benjamin Netanyahu est perçue en Israël comme un coup politique destiné à redorer le blason d’un Premier ministre qui brigue sa propre succession en 2026.
Premier chef de gouvernement israélien à être poursuivi en justice alors qu’il est en fonctions, M. Netanyahu comparaît chaque semaine devant un tribunal dans trois affaires de corruption.
Sa demande de grâce, formalisée dimanche auprès du président Isaac Herzog, a pris tout le monde de court en Israël. Deux sondages publiés depuis révèlent une majorité relative de plus de 40 % d’Israéliens opposée à tout geste de clémence de M. Herzog.
Ce « n’est pas une démarche juridique. C’est une démarche purement politique », analyse Nahum Barnea, éditorialiste du quotidien Yediot Aharonot dans un article publié lundi.
Pour Netanyahu, « la demande de grâce est le premier acte d’une négociation (visant à) parvenir à un accord qui mettra fin à son procès », écrit M. Barnea, et c’est « un coup gagnant-gagnant ».
S’il obtient gain de cause, « il sera libéré de son procès, prouvera à son électorat qu’il est tout-puissant et pourra surfer sur cette vague jusqu’à la victoire électorale » et en cas contraire, « il se fera passer pour la victime jusqu’à la victoire électorale », ajoute l’éditorialiste.
A 76 ans, dont plus de 18 à la tête du gouvernement depuis 1996, M. Netanyahu est le Premier ministre israélien ayant passé le plus grand nombre d’années en exercice.
Il a toujours clamé son innocence et dénoncé ses procès comme une cabale montée par ses ennemis, et compte bien se représenter.
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La législature actuelle s’achève en novembre. D’ici là, des élections anticipées sont possibles, qu’elles soient provoquées par M. Netanyahu lui-même ou qu’il y soit contraint en cas de perte de sa majorité, très fragile.
Selon de récents sondages, près de deux Israéliens sur trois souhaitent voir M. Netanyahu reconnaître sa responsabilité dans l’échec des autorités à empêcher l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023, journée la plus meurtrière de l’histoire d’Israël, ayant déclenché la guerre de Gaza.
Mais plusieurs enquêtes d’opinion montrent également qu’en cas d’élections, le Premier ministre et son parti, le Likud, arriveraient en tête. Cela placerait M. Netanyahu en position idéale pour former le prochain gouvernement.
Pour Dorit Koskas, ancienne responsable à la faculté de droit de Tel-Aviv, la demande de grâce est « un outil politique » pour Netanyahu. Celui-ci cherche ainsi à « effacer les conséquences de ses défaillances pour continuer sa carrière politique au lieu de rendre enfin des comptes », dit-elle à l’AFP.
Ari Shavit, journaliste politique au Yediot Aharonot, estime que le Premier ministre propose en fait un marché. Il s’agit, écrit-il, d’ « accorder la grâce à Netanyahu en échange d’un arrêt total de la réforme judiciaire » ayant profondément divisé le pays en 2023, avant la guerre.
Présenté par le gouvernement comme un nécessaire rééquilibrage des pouvoirs, et par ses détracteurs comme une menace pour la démocratie, ce projet de réforme a provoqué l’un des plus gros mouvements populaires de contestation qu’ait connu Israël.
Dans sa lettre de demande de grâce, M. Netanyahu a insisté sur le besoin de « mettre fin aux divisions ».
Le Premier ministre a reçu l’appui du président américain Donald Trump, qui n’a pas hésité à écrire en novembre à M. Herzog pour lui demander cette grâce.
Alors que l’opposition refuse que Netanyahu bénéficie de la clémence présidentielle sans se retirer de la vie politique, M. Herzog s’est engagé lundi à ne prendre en compte dans sa décision « que le bien de l’Etat et de la société israélienne ».
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