La Liste arabe unie n’a pas entonné l’hymne palestinien, mais ses idées posent problème
La chanson entonnée lors d'un rassemblement, cible de fausses accusations de Netanyahu, est l'hymne non officiel du Hadash. Ses principes pourraient faire obstacle à l'opposition
La vidéo qui a suscité la controverse sur les réseaux sociaux, ces derniers jours, donne à entendre la chanson arabe « Biladi Biladi », interprétée lors d’un meeting électoral de l’alliance des partis arabes de la Liste arabe unie.
Non partagée sur le compte officiel du parti, elle est apparue en ligne le 28 octobre dernier, au lendemain des élections. La Liste arabe unie a indiqué au Times of Israel que la vidéo avait été filmée lors d’un meeting électoral à Haïfa le 24 octobre dernier, soit trois jours avant le scrutin.
Dans ce clip de 86 secondes, on peut voir plusieurs personnes sur scène, dont l’ancien député du Hadash Ayman Odeh, chanter cette chanson en arabe. Quelques personnes venues assister au meeting, qui ne semble avoir rassemblé que quelques dizaines de participants, se joignent à lui tandis que les autres restent debout sans chanter.
Selon certaines informations, ainsi qu’une publication sur les réseaux sociaux du Premier ministre Benjamin Netanyahu, cette chanson aurait été entonnée au siège de la Liste arabe unie et serait l’hymne national palestinien, lequel comprend des appels à la vengeance et au sacrifice pour la patrie.
Cette affirmation est fausse ; la chanson est en réalité l’hymne officieux du parti Hadash, parti de gauche principalement arabe ancré dans le mouvement communiste, qui fait partie de la Liste arabe unie. Elle parle pour l’essentiel de l’amour de la patrie.
Néanmoins, le sentiment qui sous-tend la chanson pointe bel et bien vers les défis à venir pour toute coopération potentielle entre la Liste arabe unie et les autres partis désireux de se débarrasser de M. Netanyahu.
La Liste arabe unie a obtenu 11 sièges lors des élections à la Knesset, auxquels s’ajoutent les huit sièges de Raam. La coopération entre ces deux partis et l’opposition sioniste est l’un des rares scénarios susceptibles de permettre la formation d’un gouvernement, ce qui a attiré une attention accrue sur les positions de ces formations.
Contrairement à Raam, qui a marqué l’histoire en intégrant une coalition gouvernementale en 2021-2022, récemment admis – pour la toute première fois – un candidat juif sur sa liste et se concentre principalement sur les questions civiles, la Liste arabe unie met l’accent sur les questions politiques, telles que le conflit israélo-palestinien, et n’a jamais fait partie d’une coalition gouvernementale.
Le site Internet de Raam range la lutte contre les violences et la criminalité au sein de la société arabe, le logement, l’économie et l’emploi parmi les priorités absolues du parti. Au bas de la liste figure une déclaration relativement vague de sa vision politique : « Soutenir un processus diplomatique garant de la sécurité… et d’un avenir meilleur pour les deux peuples. »
Le programme de 2026 de la Liste arabe unie est définitivement anti-sioniste, affirmant que le parti « constitue une véritable alternative démocratique au consensus sioniste raciste ». Le programme accuse également Israël de « génocide ».
#عاجل | احتفالات للقائمة المشتركة على وقع أغنية «بلادي بلادي» pic.twitter.com/UDhQALT2td
— Al Modon – المدن (@almodononline) October 27, 2026
L’hymne officieux du parti
« Biladi Biladi » est l’œuvre de Samih al-Qasim, poète druze qui a grandi et vécu en Galilée et a été actif au sein du mouvement communiste israélien tout au long de sa vie. Né dans les années 1930, Al-Qasim a écrit pour le journal du parti communiste Al-Ittihad. Il a également été placé à plusieurs reprises en 118e place – symbolique car non éligible – sur la liste du Hadash pour la Knesset, jusqu’à son décès en 2014.
Al-Qasim s’est, semble-t-il, inspiré pour cette chanson d’une composition égyptienne du même nom, « Biladi Biladi », devenue l’hymne égyptien. Il a conservé le titre et la mélodie de la chanson originale, écrite en 1923, mais en a modifié les paroles pour dire son amour pour le Hadash et la patrie, tout en évoquant la présumée oppression des Arabes en Israël.
La chanson dit notamment : « Ma patrie, ma patrie, ma patrie, à toi appartiennent mon amour et mon cœur. Mon Front [une référence au Hadash, dont le nom complet est le Front démocratique pour la paix et l’égalité], ô victorieux, tu es mon esprit rebelle. » ou encore « Ô restes des oppresseurs… Nous sommes un peuple qui ne cédera pas dans l’enfer de l’oppression », faisant apparemment allusion aux Palestiniens ou aux Arabes confrontés à l’oppression de l’État d’Israël.
La chanson dit encore : « Entre le Neguev et la Galilée, notre sang libre appelle », possible allusion à l’aspiration à une forme de libération de la part des habitants de la région, bien que les paroles ne les identifient pas explicitement comme des Arabes israéliens ou des Palestiniens.
Il est difficile de savoir quand Al-Qasim a écrit cette chanson. Cependant, l’ancien président du Hadash, Mohammad Barakeh, y a fait référence dans un discours dès 2005 et, à la suite du décès d’Al-Qasim en 2014, M. Barakeh l’a présentée comme « l’hymne du Hadash ».
La chanson a été interprétée lors de rassemblements du Hadash, notamment lors d’un événement en 2013, en pleine campagne électorale locale.
Dans une publication parue le 28 octobre dernier, accompagnée d’images de la chanson interprétée lors du meeting électoral de la Liste arabe unie, M. Netanyahu a affirmé, à tort, qu’il s’agissait de l’hymne officiel palestinien, à l’instar d’autres informations circulant en ligne.
M. Netanyahu a également cité des paroles qui n’apparaissent ni dans la vidéo ni dans la version complète de la chanson, notamment : « La Palestine est ma maison, elle est la terre de ma victoire. La Palestine est ma vengeance et la terre de la persévérance. »
Ces paroles proviennent d’une autre chanson, à savoir « Fidai », laquelle est l’hymne officiel de l’Autorité palestinienne depuis 2005. Contrairement à la chanson du Hadash, « Fidai » contient bel et bien des références à la vengeance et au sacrifice de sa vie pour la Palestine.
Des principes qui vont au-delà d’une chanson
Le député Ahmad Tibi, président du groupe parlementaire de la Liste arabe unie à la Knesset et n° 2 sur sa liste, a expliqué lors d’un entretien accordé samedi à la chaîne N12 qu’ « il s’agit d’une chanson du Hadash, écrite par Samih al-Qasim, intitulée ‘Jabhati Ya Zafira’ — ‘Mon Hadash, ô victorieux’ ».
Yousef Jabareen, président du parti de la Liste arabe unie, a également défendu la chanson lors d’un entretien sur cette même chaîne, samedi soir.
« Qu’est-ce que ‘Biladi Biladi’ ? ‘Ma patrie, ma patrie.’ C’est une chanson que nous chantons depuis des dizaines d’années. ‘Ma patrie, ma patrie, à toi appartiennent mon amour et mon cœur.’ Quel est le problème avec ça ? », a-t-il déclaré.
Les deux hommes politiques ont décrit avec précision les paroles de la chanson, mais n’ont pas souligné le fait qu’il s’agissait néanmoins d’un chant nationaliste arabe décrivant l’oppression, sous-entendant que l’État d’Israël était responsable de cette oppression et que ses victimes étaient des Arabes.
Cela est lié aux positions de la Liste arabe unie, lesquelles reflètent une vision plus large de ce que ses membres considèrent comme la lutte palestinienne.
Le programme de la Liste arabe unie appelle à l’établissement d’un État palestinien le long des frontières du 4 juin 1967 mais souligne que le parti entend établir un cadre constitutionnel pour Israël fondé sur une citoyenneté égale pour tous ses citoyens, indépendamment de leur affiliation nationale ou religieuse, plutôt que sur un État-nation juif.
Les hauts dirigeants du parti se sont également abstenus de qualifier le Hamas d’organisation terroriste.
Lors de sa dernière interview accordée à la chaîne N12, M. Jabareen a de nouveau refusé de le faire, déclarant seulement que son parti avait condamné le massacre du 7-Octobre perpétré par le Hamas.
« On ne peut pas mettre des slogans dans la bouche d’un élu. Chacun voit les choses selon sa propre perspective », avait-il déclaré.
Ces positions pointent vers un problème plus grand, celui d’une éventuelle coopération entre la Liste arabe unie et les dirigeants du bloc sioniste anti-Netanyahu — un problème ancré dans les principes et positions politiques de la Liste arabe unie plutôt que dans une chanson.