La Méditerranée : plus chaude, plus salée, plus acide et en forte élévation – rapport
Le rapport annuel dresse un constat préoccupant d’une mer menacée par le dérèglement climatique, où les espèces invasives prolifèrent tandis que les espèces locales déclinent
Sous l’effet du dérèglement climatique mondial et de l’activité humaine, la partie orientale de la mer Méditerranée continue de se réchauffer, de devenir plus salée et plus acide, tandis que son niveau s’élève plus rapidement que la moyenne mondiale, modifiant en profondeur l’écologie de la région, selon le dernier rapport annuel de surveillance nationale, réalisé pour le compte des ministères de l’Énergie et de l’Environnement.
La couche supérieure de la mer se réchauffe de 0,05 °C par an, ce qui correspond aux projections du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) des Nations unies (ONU), selon le rapport publié mercredi.
De 1992 à 2024, le niveau de la mer a augmenté de 15 centimètres. Avec une élévation de 4,7 millimètres par an, cette progression est plus rapide que la moyenne mondiale de 3,4 millimètres par an, ce qui accroît le risque d’inondations côtières catastrophiques lors des tempêtes.
Entre 1992 et 2024, le niveau de la mer a augmenté de 15 centimètres. Avec une élévation de 4,7 millimètres par an, la progression est plus rapide que la moyenne mondiale de 3,4 millimètres, ce qui accroît le risque d’inondations côtières lors des tempêtes.
L’acidification de l’eau de mer empêche certaines espèces, comme les palourdes et les coraux, de développer leur squelette (qui dépend du carbonate de calcium, un composé alcalin) et transforme la mer d’un puits de carbone en source d’émissions, aggravant ainsi la crise climatique et les risques d’événements météorologiques extrêmes.
Par ailleurs, la biodiversité méditerranéenne est de plus en plus bouleversée par l’arrivée d’espèces tropicales. Les espèces exotiques provenant de la mer Rouge représentent désormais 68 % de la faune à 40 mètres de profondeur, et 55 % à 80 mètres et au-delà. Le poisson-lion venimeux et les oursins à longues épines, autrefois cantonnés à Eilat, prolifèrent, tandis que des algues toxiques provoquent des nuisances récurrentes sur les plages du nord.
Pour la deuxième année consécutive, des espèces locales prisées, comme le rouget et la dorade rayée, étaient notablement absentes des filets de surveillance, vraisemblablement incapables de s’adapter au réchauffement des eaux.
La pollution continue par ailleurs de peser sur les côtes israéliennes, souligne le rapport.
Pas moins de 75 % des poissons échantillonnés en 2024, l’année couverte par l’étude, dépassaient la norme européenne stricte relative au mercure pour la consommation. Parmi eux figuraient la dorade blanche et le poisson-soldat commun. Alors que la dépollution des sols à la source, sur l’ancien site d’Electrochemical Industries à Akko, est en cours, la restauration des eaux souterraines n’a pas encore débuté, ce qui laisse présager une contamination persistante pour plusieurs années.
Les cours d’eau côtiers présentent toujours des concentrations élevées d’engrais et d’eaux usées, et certains continuent de subir des mortalités massives de poissons. Ce phénomène survient lorsque le ruissellement d’engrais déclenche des proliférations d’algues microscopiques qui épuisent l’oxygène disponible.
Par ailleurs, les niveaux d’arsenic ont fortement augmenté à la marina de Tel Aviv, au port HaYovel au sud d’Ashdod et dans le ruisseau Lachish, qui se jette dans la mer à Ashdod, pour des raisons encore inconnues des chercheurs.
Une pollution à l’argent a également été détectée au port de Haïfa et dans les marinas du centre, notamment à Hadera et Herzliya.
Le plastique reste le principal polluant des plages. Neuf des dix tortues marines examinées avaient du plastique dans leur organisme, avec plus de 100 objets recensés dans leur système digestif.
Contrairement à la Méditerranée, où les déchets sont composés à 90 % de sacs et d’emballages en plastique, les fonds marins d’Eilat, sur la mer Rouge, sont principalement jonchés d’équipements de navigation et de pêche, tels que des cordages, des structures métalliques et des blocs de béton.
Alon Zask, directeur général de l’Israel Oceanographic and Limnological Research, qui a mené cette étude pour le compte des ministères de l’Énergie et de l’Environnement, a souligné dans un communiqué la nécessité « d’investir dans une surveillance scientifique continue afin de préserver la résilience de l’environnement marin en Israël et de maintenir la capacité à faire face aux défis à venir », dans un contexte d’accélération du dérèglement climatique et d’intensification des pressions humaines.