Parmi les 50 Israéliens, vivants ou décédés, actuellement retenus en otage dans la bande de Gaza, un seul l’est depuis plus de 664 jours, c’est-à-dire bien avant le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023.
Ce vendredi 1er août, la famille du soldat Hadar Goldin marque les 11 ans de sa mort et de sa capture par des terroristes du Hamas.
« Je n’arrive toujours pas à m’y faire, même aujourd’hui » confie sa mère Leah Goldin au Times of Israel lors d’un entretien récent. « Cela fait plus de dix ans, c’est toute une génération. »
Le 1er août 2014, Hadar, officier de 23 ans de la brigade Givati, a été tué lorsque des terroristes du Hamas ont ouvert le feu sur un groupe de soldats dans le sud de Gaza, quelques heures après l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu humanitaire négocié par l’ONU et les États-Unis, durant la guerre de 2014, baptisée opération Bordure protectrice. Après l’avoir tué, les terroristes se sont emparés de son corps sans vie et l’ont entraîné dans un tunnel.
Le lendemain, l’armée israélienne annonçait que Goldin avait été tué au combat avant d’être enlevé, et l’a promu à titre posthume au grade de lieutenant.
Depuis ce jour tragique, Leah Goldin, ingénieure en informatique de profession, est devenue une fervente militante pour le rapatriement de son fils. Avec son mari Simha Goldin et leurs trois autres enfants, dont Tzur, le frère jumeau de Hadar, elle se bat depuis pour obtenir le retour de sa dépouille.
Quelques semaines avant l’enlèvement du corps de Goldin, des terroristes du Hamas avaient déjà saisi la dépouille d’Oron Shaul, tué avec six autres soldats lorsque leur véhicule blindé avait été touché par une roquette dans le nord de Gaza.
Pendant des années, leur sort a été associé à celui d’Avera Mengistu et Hisham al-Sayed, deux Israéliens souffrant manifestement de troubles mentaux, entrés volontairement à Gaza en 2014 et 2015, puis séquestrés par le Hamas.
Le 7 octobre 2023, le nombre d’Israéliens enlevés et emmenés comme otages à Gaza a brutalement augmenté lorsque des terroristes du Hamas ont lancé leur assaut meurtrier contre des communautés du sud du pays, des bases militaires et un festival de musique, assassinant plus de 1 200 personnes et en kidnappant 251.
Du jour au lendemain, le petit groupe de familles d’otages, parmi lesquelles les Goldin comptaient parmi les voix les plus actives, s’est transformé en un vaste mouvement national discordant.
Au cours des près de 22 mois qui ont suivi l’attaque, 202 des otages enlevés le 7 octobre ont été libérés, mais pas toutes en vie. Shaul, Mengistu et al-Sayed ont également été rendus. La dépouille du soldat a été retrouvée par les troupes en janvier, tandis que les deux autres ont été libérés quelques semaines plus tard dans le cadre d’un accord de cessez-le-feu.
« Ils pensaient que tout le monde allait revenir »
Avant l’invasion et le pogrom du 7 octobre, peu de gens en Israël auraient pu imaginer une campagne d’assassinats et d’enlèvements d’une telle ampleur. Les Goldin, eux, n’ont pas été surpris de voir des centaines de personnes emmenées en otage à Gaza.
« Cela me peine de dire que cela ne nous a pas surpris », a confié Leah Goldin.
Au lendemain du pogrom, la famille, en contact régulier depuis des années avec des responsables politiques et religieux, des envoyés spéciaux pour les otages et des attachés militaires, est devenue une ressource inestimable pour les proches des personnes enlevées à Gaza.
« Nous étions tous au téléphone », raconte Goldin. « Tout le monde nous appelait. »
Pour aider les familles plongées dans l’angoisse, les Goldin ont fait appel à l’Institut Psagot, spécialisé dans le traitement du syndrome de stress post-traumatique (TSPT), et ont mobilisé 2 000 bénévoles pour créer un centre d’appels visant à recueillir des informations et dresser une première liste d’otages à partir des noms des personnes portées disparues.
Ils ont également activé tous leurs contacts susceptibles de contribuer à la libération des otages, notamment Roger Carstens, envoyé spécial du président américain pour les affaires d’otages au département d’État.
Bien que Hadar n’ait pas été citoyen américain, son assassinat pendant un cessez-le-feu négocié par les États-Unis en a fait une affaire d’intérêt pour Washington.
« Je suis en contact avec Roger Carstens depuis des années », précise Goldin.
« C’était un moyen d’ouvrir la porte. »
En quelques jours, Ronen Tsur, ancien homme politique et professionnel des relations publiques, a pris la tête de ce qui allait devenir le Forum des familles d’otages et de personnes disparues. Les Goldin lui ont alors remis les listes qu’ils avaient compilées. L’objectif était de réunir plus de 250 familles afin de peser davantage sur le gouvernement pour qu’il agisse en faveur du retour des otages.
Au départ, toutefois, les familles Goldin, Shaul, Mengistu et al-Sayed avaient été exclues du forum.
« Ils pensaient que tous ceux qui avaient été enlevés le 7 octobre allaient revenir », explique Leah Goldin. « Ils nous voyaient comme un mauvais présage, une preuve de ce qui pouvait mal tourner. »
Elle se souvient que les premières listes de noms établies après le pogrom du 7 octobre ne faisaient même pas mention des quatre personnes déjà détenues à Gaza — un oubli qui leur semblait incompréhensible.
Selon Goldin, l’armée israélienne avait initialement refusé d’intégrer leur cas, affirmant que « Hadar et Oron étaient une situation à part ».
« Pour nous, c’était pire que le 7 octobre. Et nous n’avons pas accepté cela », dit-elle.
À force de pressions, notamment auprès de Gadi Eisenkot, ancien chef d’état-major et alors membre du cabinet de guerre, ainsi que du ministre de la Défense Yoav Gallant, cette décision a finalement été annulée.
« C’est une blessure qui reste ouverte », affirme Goldin.
Encore aujourd’hui, elle s’assure que, chaque fois que les otages sont évoqués dans les médias, Hadar figure bien dans le décompte.
Les groupes terroristes présents dans la bande de Gaza détiennent encore, à ce jour, 50 otages, dont Goldin, ainsi que 49 autres enlevés le 7 octobre. D’après les autorités israéliennes, 28 d’entre eux, dont Goldin, ont été officiellement déclarés morts par Tsahal, et deux autres pourraient également avoir péri. Vingt otages seraient encore en vie.
Cette semaine, les négociations en vue d’un cessez-le-feu de 60 jours à Gaza, sous médiation des États-Unis, du Qatar et de l’Égypte, et portant sur la libération de 10 otages vivants et de 18 otages décédés, étaient dans l’impasse. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et d’autres responsables ont accusé le Hamas de refuser de négocier de bonne foi.
« Nous n’avons jamais cessé d’essayer », a déclaré Netanyahu mardi, à propos des efforts visant à conclure un accord, malgré sa décision, la semaine précédente, de retirer les négociateurs israéliens des pourparlers à Doha.
« Mais un obstacle majeur demeure, et tout le monde le connaît : le Hamas. Il reste obstiné dans son refus. »
Ces propos faisaient suite aux déclarations du président américain Donald Trump, qui a affirmé que le Hamas ne libérerait jamais volontairement les derniers otages encore en vie. La semaine précédente, l’envoyé spécial américain au Moyen-Orient, Steve Witkoff, avait déclaré que Washington et Jérusalem examineraient « d’autres options » pour obtenir leur libération.
Les critiques du gouvernement l’accusent de ne pas vouloir mettre fin à la guerre et de privilégier l’action militaire, en vue de la reconquête et du rétablissement des implantations à Gaza plutôt que la libération des otages.
« Aujourd’hui, je dis que même 251 otages ne suffisent pas à pousser les décideurs à agir sans toutes ces absurdités », a déclaré Goldin. « Nous avons un problème grave, très grave, et j’en tiens pour responsables ceux que j’appelle les décideurs, car pour moi, ce ne sont pas des dirigeants. Ils ont trahi les valeurs de ce pays. »
« Des valeurs oubliées »
Goldin n’a pas cité Netanyahu par son nom, mais l’a désigné comme « la main qui a dirigé tout ce qui s’est passé ces 11 dernières années ». Netanyahu était Premier ministre en 2014, lorsque son fils a été tué et capturé, et il est resté au pouvoir presque sans interruption depuis, à l’exception d’un intermède de 18 mois dans l’opposition entre 2021 et 2022.
« C’est la même main qui ne ramène pas nos enfants, et qui sabote chaque opportunité », a-t-elle poursuivi.
« Nous vivons dans un pays juif, et pourtant tout le monde semble avoir oublié la valeur juive qui consiste à ramener un corps. Les rabbins, Tsahal, l’éthique du sionisme, selon laquelle on n’abandonne pas les soldats, la défense des droits humains… tout cela a été oublié. »
Goldin a ajouté qu’Israël devrait placer la question des otages au cœur de toutes ses démarches diplomatiques, en particulier dans le cadre des efforts visant à normaliser ses relations avec l’Arabie saoudite, affirmant que Riyad exerce une influence directe sur les soutiens du régime terroriste du Hamas dans la bande de Gaza.
« J’irais bien en Arabie saoudite demain pour voir à qui je pourrais parler, mais je ne peux pas avec mon passeport israélien », a-t-elle déclaré.
Goldin a rappelé que la résolution 2474 du Conseil de sécurité des Nations unies impose au régime iranien, qui soutient le Hamas, de permettre le retour des dépouilles des personnes disparues, dans la mesure où l’Iran est partie prenante du conflit régional contre Israël.
« Mais personne en Israël ne le demande », a-t-elle déploré.
Tout en faisant pression pour obtenir la restitution de la dépouille de son fils afin de pouvoir lui offrir une sépulture, Goldin a continué à travailler, à donner des conférences et à intervenir comme consultante dans son domaine, l’ingénierie logicielle. Son mari, quant à lui, enseigne toujours l’histoire à l’Université de Tel Aviv.
« Nous sommes des êtres humains, nous voulons continuer à faire partie de la communauté et de la société, et de notre point de vue, la vie continue », a-t-elle déclaré. « Nous continuons à sourire, à vivre notre vie avec toute la douleur et le travail acharné que cela implique. »
Lorsque la motivation lui manque, Leah pense aux paroles de Hadar, notamment aux messages qu’il avait laissés à ses soldats ou aux jeunes qu’il avait encadrés dans des camps de vacances en tant qu’animateur.
Il avait pour principe de vie de croire que chacun reçoit, à un moment donné, l’opportunité de résoudre ses propres difficultés et de réaliser de grandes choses.
Une semaine avant la mort de Hadar, la famille s’était réunie pour célébrer ses fiançailles au kibboutz Alumim, une communauté religieuse située près de la frontière avec Gaza. Ils avaient choisi ce lieu car il était facilement accessible depuis la zone de combat, la guerre faisant rage dans la bande de Gaza.
Neuf ans plus tard, le 7 octobre 2023, des terroristes dirigés par le Hamas ont envahi ce même kibboutz, assassinant et enlevant plus d’une vingtaine de travailleurs étrangers dans les environs. Alors que les terroristes progressaient vers les zones résidentielles, l’équipe de sécurité du kibboutz s’est interposée, combattant aux côtés de soldats et de policiers dans un petit parc ombragé baptisé en mémoire de Hadar Goldin. Et ils ont réussi à repousser l’assaut.
Les membres de l’équipe de sécurité « nous ont dit qu’ils avaient senti la présence de Hadar » à leur côtés, a raconté Goldin.
« Les gens me disent qu’ils regrettent de ne pas avoir prêté attention à Hadar avant le 7 octobre », confie Goldin. « Je n’ai pas besoin de cela. Je n’ai pas besoin qu’on me dise que ‘les Goldin avaient raison’. »
« Je préférerais au lieu de cela que cette prise de conscience serve à corriger la situation », dit-elle.
la Communauté du Times of Israël !
