La police empêcherait l’armée d’arrêter les réfractaires dans les quartiers haredim
Des responsables militaires expliquent à la procureure générale que la police libère régulièrement les réfractaires arrêtés avec une simple convocation de la police militaire ; la police n'a pas nié
Des responsables militaires ont déclaré lors d’une réunion organisée la semaine dernière par la procureure générale, Gali Baharav-Miara, que la police empêchait systématiquement l’armée d’arrêter les réfractaires à la conscription dans les quartiers ultra-orthodoxes.
Selon le compte-rendu de cette réunion publié dimanche, les officiers de la police militaire ont fait état de « difficultés importantes » pour coordonner l’arrestation des réfractaires avec la police dans les quartiers à forte population haredi.
« Dans la pratique, les agents de la police militaire ne reçoivent généralement pas l’autorisation de la police israélienne pour mener des opérations dans les quartiers haredim ou mixtes », peut-on lire dans le compte-rendu, qui précise que toute opération de l’armée visant des réfractaires à la conscription nécessite l’accord préalable de la police locale.
Des responsables militaires ont également noté que, conformément à la politique de la police, « les membres de la communauté haredi arrêtés au hasard par la police et qui s’avèrent être des réfractaires ou des déserteurs une fois en état d’arrestation sont en réalité relâchés ».
Au lieu de maintenir les déserteurs en détention pendant une demi-heure, le temps que la police militaire vienne les chercher, comme cela avait été convenu précédemment, la police libère régulièrement les réfractaires ultra-orthodoxes après leur avoir enjoint de se présenter à l’armée.
Ces déclarations ont été faites mercredi lors d’une discussion entre Baharav-Miara et de hauts responsables de l’armée et de la police. Il s’agissait de la douzième réunion de suivi de la procureure générale concernant l’application de la conscription, comme l’avait exigé la Haute Cour de justice.
La police a confirmé certains éléments de ce compte-rendu à la suite d’une demande de commentaires. Elle a déclaré que, conformément à sa politique, elle envoyait une convocation aux réfractaires à la conscription pour qu’ils se présentent devant la police militaire afin d’être « traités ultérieurement par les responsables de l’armée », lorsque cela s’avérait nécessaire.
« Les demandes d’assistance de la police formulées par les responsables de l’armée seront examinées, comme d’habitude, en tenant compte de tous les éléments », a ajouté la police.
Elle n’a pas commenté le processus d’autorisation accordé aux officiers de la police militaire pour intervenir dans les quartiers haredim.
Au cours de cette réunion, les représentants de la police ont souligné leur besoin de renforts, affirmant qu’ils avaient besoin d’au moins six nouvelles compagnies de la police des frontières pour pouvoir appliquer correctement les mesures contre le refus de se soumettre à la conscription.
Selon les données examinées lors de la réunion, l’armée estime que 71 000 personnes échappent au service militaire, dont 80 % sont des ultra-orthodoxes.
Bien que le taux d’enrôlement des Haredim dans l’armée ait légèrement augmenté, il est « loin de répondre aux besoins de l’armée ou au principe d’égalité », a-t-il été souligné dans le compte-rendu.
Les responsables militaires ont affirmé que le projet de loi visant à réglementer les exemptions pour les étudiants ultra-orthodoxes, actuellement en cours d’examen à la Knesset, créait un effet dissuasif pour s’engager dans l’armée, car il rétablit le financement public des yeshivot. Ils ont également préconisé des sanctions économiques plus sévères pour faire respecter la conscription.
On estime actuellement à environ 80 000 le nombre d’hommes ultra-orthodoxes âgés de 18 à 24 ans qui sont aptes au service militaire mais ne se sont pas enrôlés. Tsahal a déclaré avoir un besoin urgent de 12 000 recrues, en raison de la pression exercée sur les forces permanentes et de réserve dans le contexte de la guerre en cours contre le groupe terroriste palestinien du Hamas à Gaza et d’autres défis militaires.
Au cours des deux dernières années, les dirigeants haredim ont fait pression pour obtenir une loi exemptant leurs électeurs du service militaire, après que la Cour suprême a jugé illégales les dispenses générales du service militaire accordées depuis longtemps aux ultra-orthodoxes étudiant en yeshiva.
Depuis lors, les députés de la coalition, qui dépendent du soutien des Haredim pour rester au gouvernement, ont eu du mal à trouver une formulation susceptible de gagner le soutien des ultra-orthodoxes, tout en répondant aux exigences de la communauté de partager le fardeau du service militaire obligatoire.
comments