La police intervient lors d’un événement de gauche à Haïfa, ordonnant de retirer une pancarte appelant au retrait de Gaza
Selon l'organisateur, les policiers ont menacé d'interrompre l'événement privé en cas de 'provocation' sur scène ; la police dit être venue uniquement pour 'maintenir l'ordre public'
La police de Haïfa est intervenue à deux reprises lors d’un événement organisé par le mouvement de gauche Standing Together, d’abord jeudi soir puis à nouveau vendredi matin. Les agents ont ordonné aux militants d’enlever une pancarte exhortant Israël à se retirer de Gaza, ont rapporté les participants.
Alon-Lee Green, le directeur de Standing Together, a déclaré au Times of Israel que la police était venue à cet événement, l’assemblée annuelle du mouvement judéo-arabe qui avait lieu dans un centre de congrès de la ville, afin de vérifier les messages politiques figurant sur les pancartes.
« Ils ont d’abord prétendu qu’ils étaient venus pour s’assurer que tout allait bien. Mais ensuite, ils ont expliqué qu’ils étaient venus vérifier si les messages [politiques] étaient, selon eux, conformes à la loi », a ajouté Green.
Après avoir fait le tour des lieux, les policiers ont demandé à un groupe de participants d’enlever une pancarte sur laquelle était inscrit le slogan « Quitter Gaza », appelant l’armée israélienne à se retirer du territoire. Face à la résistance des militants, les agents ont affirmé agir sur ordre de leur commandant.
Pendant que des discours se succédaient dans la salle principale, plusieurs autres policiers armés de fusils sont entrés dans la salle et ils se sont approchés de la scène. Ils sont repartis après quelques minutes.
Les forces de l’ordre sont revenues vendredi matin pour la deuxième journée de l’événement. Selon Green, les agents ont dit aux organisateurs qu’ils étaient venus écouter les discours prononcés sur scène, menaçant de « couper les microphones et d’interrompre l’événement » s’ils entendaient des « propos provocateurs ».
« Cette salle est un lieu privé. C’est insensé, ils ne peuvent pas entrer dans une salle que nous avons payée, que nous avons louée », s’est indigné Green, qualifiant ces agissements de tactique d’intimidation.
Les forces de l’ordre, interrogées par le Times of Israel, ont nié avoir confisqué des pancartes, mais elles n’ont toutefois pas précisé si les agents avaient ordonné aux participants de retirer ou de cacher certains messages.
D’après la police, la présence des agents lors de l’événement a été « motivée par des raisons de sécurité et de maintien de l’ordre public, dans le cadre de leur responsabilité de veiller au bon déroulement de l’événement, et conformément à leur devoir de protection de la population ». « La question des pancartes fera l’objet d’une clarification auprès des agents », ont ajouté les forces de l’ordre.
Cela n’a pas été la première fois que la police, et particulièrement à Haïfa, a tenté de restreindre sévèrement la diffusion de messages politiques de gauche lors de rassemblements de masse.
En août, la police de Haïfa avait publié des directives pour la Marche des fiertés organisée chaque année dans la ville, interdisant la mise en place de stands d’information politique ainsi que l’utilisation de drapeaux susceptibles de « troubler la paix publique », notamment des pancartes anti-guerre et des affiches d’otages.
Des mesures qui avaient suscité l’indignation des organisateurs, qui avaient déposé un recours contre ces réglementations auprès de la Haute Cour. Le juge chargé de présider l’affaire avait alors sévèrement critiqué le comportement des forces de l’ordre, incitant le chef de la police Danny Levy à ouvrir une enquête sur l’incident. Plus tard, la police avait publié un communiqué dans lequel elle affirmait que les directives controversées avaient été émises par un officier subalterne « contrairement à la politique du commandant du district ».