La révolution technologique préhistorique due à la taille réduite des proies, et non au développement du cerveau – chercheurs israéliens
Selon une nouvelle étude de chercheurs de l'université de Tel Aviv, la disparition des mégaherbivores au Levant aurait incité les humains à créer des outils plus petits et sophistiqués il y a 200 000 ans
Il y a près de 200 000 ans, les hommes préhistoriques ont abandonné les outils en pierre volumineux et lourds que leurs ancêtres utilisaient depuis près de 2 millions d’années – bifaces, couteaux à découper et grands racloirs – au profit d’ustensiles plus petits et plus sophistiqués.
Jusqu’à récemment, les chercheurs attribuaient ce changement à une augmentation des capacités cognitives des anciens hominidés. Mais une étude récente, menée par des chercheurs de l’université de Tel Aviv et publiée dans le numéro d’avril de la revue Quarterly Science Review, semble indiquer que la disparition des mégaherbivores, notamment des éléphants et des hippopotames, a également joué un rôle déterminant dans ce phénomène.
« Au Paléolithique inférieur, il y a environ 2 millions à 200 000 ans, les humains utilisaient couramment des outils très résistants tels que des bifaces, des couteaux à découper et d’imposants racloirs », a expliqué Vlad Litov, doctorant et auteur principal de l’étude, dans un communiqué. « Ces outils étaient particulièrement bien adaptés à la découpe et au conditionnement des très gros animaux qui constituaient la principale source de nourriture des humains à cette époque. »
« Avec le passage au Paléolithique moyen, il y a environ 200 000 ans, les instruments lourds ont presque entièrement disparu, remplacés par des outils plus petits, plus légers et plus sophistiqués », a-t-il ajouté. « Jusqu’à maintenant, cette évolution avait été attribuée aux progrès de la cognition humaine. Dans notre nouvelle étude, nous proposons une nouvelle interprétation : cette évolution technologique a été principalement motivée par le déclin massif des mégaherbivores. »
Les éléphants qui parcouraient le Moyen-Orient – et qui ont disparu de la région il y a 400 000 ans – appartenaient à l’espèce des « éléphants à défenses droites » ; les plus grands mâles pouvaient peser jusqu’à 13 tonnes. À titre de comparaison, le poids d’un éléphant d’Afrique est en moyenne de 7 tonnes pour les mâles.
Les premiers humains ne chassaient que rarement les éléphants. Mais lorsqu’ils le faisaient, leurs proies pouvaient nourrir leur communauté pendant des mois. Parmi les autres mégaherbivores de la région figuraient les rhinocéros et les hippopotames.
Les chercheurs ont analysé des restes d’animaux et des ustensiles en pierre mis au jour sur des dizaines de sites de la région du Levant.
Il y a près de 200 000 ans, les humains ont commencé à chasser des animaux de plus petite taille comme le daim, se servant d’outils plus petits, sans doute plus efficaces pour dépecer leurs proies.
« Ces découvertes apportent un éclairage nouveau sur la relation entre les premiers humains et leur environnement. Elles soulignent à quel point des changements écologiques profonds peuvent modeler la culture, la technologie et les modes de vie humains au fil du temps », a indiqué le professeur Ran Barkai dans le communiqué.
« Nos recherches suggèrent que les bouleversements technologiques majeurs de la préhistoire ne sont pas le résultat d’un bond soudain des capacités cognitives humaines, mais plutôt une réponse directe à des modifications environnementales significatives », a-t-il ajouté. « En ce sens, l’environnement n’a pas seulement influencé les premiers humains : il a directement façonné leur technologie, et peut-être même leur développement culturel et cognitif. »
Ce dernier article s’inscrit dans le cadre d’un projet de recherche plus vaste que Barkai et son équipe mènent depuis plus de dix ans, et qui porte sur le rôle des mégaherbivores et de leur extinction dans l’alimentation et l’évolution de l’homme.
Des recherches antérieures avaient également montré que l’extinction des grands animaux avait contraint les humains à s’adapter à des proies de plus en plus petites et, enfin, à domestiquer des végétaux et des animaux au cours de la révolution agricole.
Melanie Lidman a contribué à cet article.