L’aide israélienne à Gaza « n’a que trop tardé », selon le Board of Deputies of British Jews
La déclaration du Board of Deputies of British Jews marque un tournant pour le groupe qui, en avril, avait sanctionné plusieurs membres ayant signé une lettre ouverte condamnant Israël pour la guerre
JTA — Le Board of Deputies, conseil représentatif des Juifs britanniques, la plus grande organisation juive du Royaume-Uni, a appelé cette semaine à une augmentation rapide de l’aide à Gaza, ajoutant que les nouvelles mesures prises par le gouvernement israélien sont « essentielles, même si elles auraient dû être prises depuis longtemps ».
Cette déclaration intervient plusieurs mois après que le groupe a sanctionné des dizaines de ses membres pour avoir signé une lettre ouverte condamnant la guerre à Gaza en avril, révélant ainsi une réelle évolution du discours du BoD.
Aujourd’hui, le monde entier s’indigne face aux informations faisant état d’une famine généralisée à Gaza en raison de l’aide limitée qui parvient dans l’enclave. Certains groupes et dirigeants juifs, qui avaient auparavant exprimé leur soutien indéfectible à la campagne militaire menée par Israël à Gaza, ont changé de position – même si tous ne réclament pas la fin de la guerre.
« Les souffrances dont nous sommes témoins dans la bande de Gaza exigent une réponse », a fait savoir Phil Rosenberg, président du Board of Deputies, dans un communiqué. « Même si elles auraient dû être prises depuis longtemps, les nouvelles mesures annoncées par les autorités israéliennes pour faire face à la crise humanitaire sont essentielles. »
Et de poursuivre : « Nous devons désormais pouvoir constater une augmentation rapide, sans entrave et soutenue de l’aide par tous les moyens disponibles, avec une coopération de toutes les agences. Comme nous le répétons depuis des mois, la nourriture ne doit pas être utilisée comme une arme de guerre, par aucune des parties à ce conflit. »
Ce communiqué est intervenu la semaine dernière, le jour même où le Premier ministre britannique, Keir Starmer, a annoncé que le Royaume-Uni se joindrait à la France pour reconnaître un État palestinien cet automne si Israël n’acceptait pas un cessez-le-feu avec le Hamas, invoquant « l’échec catastrophique de l’aide » dans la région. Il a également indiqué qu’il ne donnerait pas suite à cette reconnaissance si le Hamas ne libérait pas les otages israéliens capturés lors de son attaque contre Israël le 7 octobre 2023.
Le Board of Deputies soutient « une solution négociée à deux États garantissant la sécurité d’Israël aux côtés d’un État palestinien viable », a écrit Rosenberg. Il a toutefois critiqué l’annonce de Starmer, arguant que le Royaume-Uni doit éviter « de donner du pouvoir au Hamas ou de le récompenser ».
Son organisation, a-t-il précisé, « souhaite obtenir des éclaircissements sur le fait que le gouvernement britannique ne reconnaîtrait pas un État palestinien tant que le Hamas ne satisferait pas aux exigences du Royaume-Uni, notamment l’acceptation d’un cessez-le-feu et la libération des otages ».
Rosenberg a de surcroît fait savoir que le Board of Deputies « rejette catégoriquement les propos effroyables et les propositions inacceptables de certains ministres israéliens », citant les récentes suggestions de certains ministres de l’État juif visant à déplacer les Palestiniens de Gaza et à prendre le contrôle total de l’enclave côtière.
Cette semaine, le ministre des Finances Bezalel Smotrich et le ministre de la Sécurité intérieure Itamar Ben Gvir auraient demandé à l’armée israélienne de présenter un plan visant à détruire Gaza-City et à prendre le contrôle de l’enclave. Le mois dernier, le ministre israélien des Sciences et des Technologies a publié une vidéo générée par intelligence artificielle montrant une bande de Gaza réaménagée et appelant à « l’émigration volontaire » des Palestiniens. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’était pour sa part déjà prononcé en faveur de la promotion de l’émigration volontaire des Palestiniens comme condition à la fin de la guerre à Gaza.
Vendredi dernier, l’ancienne présidente du Board of Deputies, Marie van der Zyl, a également dénoncé l’insuffisance de l’aide apportée aux Palestiniens dans une tribune publiée dans le Jewish News, écrivant que « la famine et la souffrance humaine, à cette échelle, sont incompatibles avec les valeurs fondamentales de notre foi ».
Cette prise de parole du Board of Deputies intervient alors que 1 200 rabbins du monde entier ont signé une lettre appelant à la fin de la crise humanitaire en cours à Gaza, une lettre rédigée par trois rabbins éminents, dont Jonathan Wittenberg, qui dirige une synagogue londonienne rassemblant plus de 3 000 membres.