Des rabbins appellent Israël à cesser d’utiliser la famine comme arme de guerre
Dans une lettre, des rabbins du monde entier alertent contre une "crise morale grave" et appellent le gouvernement à agir d'urgence "pour ramener tous les otages et mettre fin aux combats"
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Des centaines de rabbins du monde entier ont signé une lettre dans laquelle ils exhortent Israël à cesser d’utiliser la famine comme « arme de guerre », à ramener les otages chez eux, et à mettre fin aux combats à Gaza.
Cette lettre, publiée vendredi et signée par plusieurs éminents rabbins de différentes courants du judaïsme, affirme que « le peuple juif fait face à une crise morale grave ».
Les signataires de ce texte se disent « profondément attachés au bien-être d’Israël et du peuple juif », mais « ne peuvent rester silencieux » face au nombre croissant de morts et à la famine grandissante à Gaza.
Cette lettre intervient dans un contexte de hausse de l’inquiétude mondiale face aux informations faisant état de famine et de pénuries alimentaires dans l’enclave déchirée par la guerre. Elle constitue l’un des exemples les plus marquants de dirigeants juifs et pro-israéliens exprimant publiquement leur crainte et demandant à Israël de prendre les mesures nécessaires pour y remédier.
« Nous reconnaissons – et subissons pour nombre d’entre nous – les énormes défis auxquels l’État d’Israël fait face sans relâche, entouré d’ennemis depuis si longtemps et confronté à des menaces existentielles provenant de nombreuses sources », peut-on lire dans la lettre.
Les signataires ont également déclaré apporter un « soutien sans équivoque » au combat d’Israël contre le Hamas et le Hezbollah, et comprendre la politique de l’armée israélienne visant à protéger la vie de ses soldats.
« Mais nous ne pouvons pas tolérer les massacres de civils, parmi lesquels un grand nombre de femmes, d’enfants et de personnes âgées, ni l’utilisation de la famine comme arme de guerre », poursuit la lettre. « Les restrictions sévères imposées à l’aide humanitaire à Gaza, ainsi que la politique consistant à priver une population civile dans le besoin d’alimentation, d’eau et de fournitures médicales sont contraires aux valeurs fondamentales du judaïsme telles que nous les envisageons. »
Selon le ministère de la Santé dirigé par le Hamas, les décès dus à la famine à Gaza connaissent une importante augmentation. Des centaines d’organisations humanitaires ont qualifié la situation de catastrophe humanitaire, appelant Israël à laisser entrer davantage de fournitures diverses. Des dizaines de dirigeants mondiaux ont pour leur part exhorté l’État juif à mettre fin à la guerre.
Les autorités israéliennes ont rejeté ces accusations, niant que l’armée israélienne soit à l’origine de la famine dans la bande de Gaza et accusant les Nations unies et le Hamas d’entraver l’acheminement de l’aide humanitaire aux civils.
Toutefois, face à la condamnation internationale, le gouvernement a pris dimanche plusieurs mesures afin d’accélérer l’acheminement des secours, incluant notamment des largages aériens, l’ouverture de nouveaux couloirs humanitaires, ainsi que des pauses de 10 heures dans les combats, dans certaines zones, afin de garantir la livraison de l’aide.
La lettre, rendue publique avant qu’Israël n’annonce ces mesures, a été rédigée par le rabbin Jonathan Wittenberg, grand rabbin du mouvement Massorti au Royaume-Uni, le rabbin Arthur Green, éminent spécialiste du mysticisme juif et ancien directeur du Hebrew College de Boston, et le rabbin Ariel Pollak de la synagogue Massorti Kehilat Sinai, de Tel Aviv.
La missive des rabbins portait principalement sur la politique israélienne à Gaza, appelant Israël à « cesser immédiatement d’utiliser et de menacer d’utiliser la famine comme arme de guerre » ainsi qu’à laisser entrer « une aide humanitaire massive », tout en prenant les dispositions nécessaires pour empêcher le Hamas de la détourner.
Elle exigeait également qu’Israël « s’emploie d’urgence et par tous les moyens possibles à ramener tous les otages et à mettre fin aux combats ».
La plupart des rabbins signataires résident aux États-Unis, seuls quelques dizaines d’entre eux se trouvent en Israël.
Parmi les signataires célèbres figuraient la rabbin Sharon Brous, qui dirige la synagogue non confessionnelle IKAR à Los Angeles, le rabbin et écrivain Irwin Kula, Chaim Seidler-Feller, rabbin de longue date au Hillel Center enseignant désormais au Shalom Hartman Institute, Rachel Timoner, femme rabbin de New York, et Marc D. Angel, rabbin orthodoxe libéral.
Selon des sondages répétés, la majorité des Israéliens sont favorables à un accord qui permettrait la libération des 50 otages encore détenus par le Hamas en échange de la fin de la guerre, mais les négociations au Qatar entre les deux parties ont échoué la semaine dernière.
Cette lettre a été publiée alors qu’au moins deux grands groupes juifs américains ont publiquement rejeté les discours radicaux sur Gaza.
Mardi, l’American Jewish Committee a critiqué le représentant Républicain juif Randy Fine, qui a déclaré sur le réseau social X : « Libérez les otages. Et jusque-là, laissez la famine s’installer. » L’organisation a répondu que « laisser entendre que la famine est une tactique légitime est inacceptable ».
The serious humanitarian situation in Gaza must not be taken lightly, especially by those at the highest levels of government.
Implying that starvation is a legitimate tactic is unacceptable.
All those in need of humanitarian aid should receive it promptly and safely. Our… https://t.co/GRjD33AEMu
— American Jewish Committee (@AJCGlobal) July 23, 2025
L’Anti-Defamation League a estimé vendredi dernier que la déclaration du ministre du Patrimoine Amichay Eliyahu selon laquelle le gouvernement « fait au plus vite pour que Gaza soit rayée de la carte » est « moralement répugnante et stratégiquement imprudente ».
La lettre des rabbins critiquait également la politique israélienne en Cisjordanie, exhortant le gouvernement à « recourir aux forces de l’ordre pour mettre fin à la violence des résidents d’implantation en Cisjordanie, et enquêter et poursuivre avec fermeté ceux d’entre eux qui harcèlent et agressent les Palestiniens ».
Selon le texte, les responsables et les groupes israéliens partageaient une part de responsabilité dans la situation actuelle. Les rabbins ont appelé au dialogue en faveur de « la sécurité pour Israël, la dignité et l’espoir pour les Palestiniens, et un avenir pacifique viable pour toute la région ».
« Les déclarations d’intention répétées et les agissements des ministres du gouvernement israélien, de certains officiers de Tsahal, ainsi que le comportement criminel et violent des groupes de résidents d’implantations en Cisjordanie, souvent avec le soutien de la police et de l’armée, font partie des facteurs majeurs qui nous ont conduits à cette crise », ont-ils ajouté.
« Le meurtre de nombreux Palestiniens à Gaza, notamment de certains qui cherchaient désespérément de la nourriture, a été largement rapporté par des médias respectables et ne peut raisonnablement être nié », ont affirmé les rabbins.
la Communauté du Times of Israël !







