L’ONU et Israël se renvoient la responsabilité de l’aide humanitaire à Gaza
Stéphane Dujarric a déclaré que l'autorisation de récupérer et de distribuer l'aide n'avait pas été accordée, et a aussi exclu toute coopération entre l'ONU et la GHF

Les Nations unies et Israël se sont mutuellement accusés mercredi d’être responsables de la crise alimentaire et humanitaire qui s’aggrave dans la bande de Gaza, alors que les informations et les condamnations se succèdent concernant les conditions désastreuses auxquelles sont confrontés les habitants de l’enclave.
Mardi, Israël a déclaré qu’il autorisait l’entrée dans l’enclave d’une aide humanitaire plus que suffisante, malgré les informations faisant état d’une grave insécurité alimentaire et de famine parmi les Gazaouis, et que la responsabilité du manque de distribution incombait à l’ONU, qui ne venait pas chercher l’aide qui s’accumulait du côté gazaoui de la frontière.
En réponse à ces accusations, le porte-parole de l’ONU, Stéphane Dujarric, a déclaré mercredi que les autorités israéliennes n’avaient pas donné les autorisations nécessaires pour que le personnel onusien puisse même accéder à cette aide, et encore moins la récupérer et la distribuer.
« Le poste-frontière de Kerem Shalom n’est pas un drive-in McDonald’s où l’on s’arrête pour récupérer sa commande », a déclaré Dujarric lors d’une conférence de presse.
« Pour récupérer les fournitures qui ont atteint l’un des points de passage israéliens autour de Gaza – tous clôturés et lourdement gardés -, les chauffeurs doivent obtenir plusieurs autorisations d’accès, attendre que les bombardements cessent et que les portes en fer [du point de passage] s’ouvrent », a-t-il poursuivi.
« Nous devons être autorisés à entrer avec nos propres camions. Les marchandises doivent ensuite être transférées d’un camion à l’autre. C’est une procédure très longue. »
« Il existe d’énormes obstacles bureaucratiques. Il existe d’énormes obstacles en matière de sécurité et, franchement, il y a un manque de volonté de nous permettre de faire notre travail », a-t-il poursuivi.
Même lorsque l’ONU parvient à acheminer l’aide et à la distribuer, « trop souvent, les civils qui s’approchent de nos camions sont blessés par balle ou piétinés alors qu’ils tentent de récupérer de la nourriture », a ajouté Dujarric.
« Nous devons obtenir des garanties fiables que les soldats ne s’engageront pas dans des combats et ne seront pas présents le long des itinéraires de nos convois. »
L’ONU a reconnu qu’un nombre croissant de ses convois ont été pillés par des Gazaouis désespérés, mais affirme que seule une augmentation supplémentaire du flux d’aide vers et à travers la bande de Gaza permettra de résoudre le problème de manière adéquate.
En réponse aux déclarations de Dujarric, le COGAT (Coordinateur des activités gouvernementales dans les Territoires palestiniens), l’organe chargé de faciliter l’entrée de l’aide à Gaza, a déclaré au Times of Israel qu’il s’était efforcé « d’améliorer la collecte et la distribution de l’aide aux points de passage, notamment en augmentant le nombre de points d’accès et les heures d’ouverture, en élaborant des plans conjoints avec l’ONU, etc ».
« Malgré ces efforts, une partie importante des camions n’a toujours pas été récupérée », a déclaré le COGAT, qui a insisté sur le fait qu’il continuerait à faciliter l’entrée de l’aide dans la bande de Gaza conformément au droit international.
Mercredi également, lorsqu’on lui a demandé si l’ONU accepterait les offres de collaboration de la Fondation humanitaire de Gaza (GHF) pour distribuer l’aide dans la bande de Gaza, Dujarric a déclaré que l’ONU était ouverte à toute coopération avec toute organisation respectant les principes humanitaires, mais que la GHF ne répondait pas à ces critères pour l’instant.
L’un de ces principes « consiste à ne pas mettre en place une opération qui augmenterait le risque de blessures ou de piétinement lors de la distribution de la nourriture », a-t-il déclaré, en référence à la GHF qui gère un petit nombre de sites de distribution dans des zones reculées et militarisées de l’enclave, obligeant les Gazaouis à parcourir de longues distances et à franchir des positions militaires pour récupérer l’aide humanitaire.
De son côté, la GHF a déclaré avoir distribué plus de deux millions de repas par jour.
Cependant, les boîtes de la GHF contiennent principalement des aliments secs qui doivent encore être cuisinés, alors que l’eau potable, le combustible et le matériel de cuisson sont rares.
Lors de la conférence de presse, Dujarric a déclaré que l’ONU avait distribué 158 000 repas cuisinés dans 64 cuisines communautaires depuis dimanche, précisant toutefois que ce chiffre était en baisse en raison du manque de nourriture dans la bande de Gaza.
« Nous avons un système qui fonctionne. Tout ce que nous demandons, c’est d’être autorisés à utiliser ce système. Je ne pense pas qu’il soit nécessaire d’ajouter une autre couche d’organisations à but lucratif », a-t-il ajouté.
Mercredi également, lors d’une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU consacrée à la crise alimentaire à Gaza, les envoyés de l’Autorité palestinienne (AP) et d’Israël se sont mutuellement accusés.
« Chaque jour, nous recevons des messages déchirants de Gaza… ‘J’ai faim’ », a déclaré l’envoyé de l’AP, Riyad Mansour.
« À Gaza, des journalistes affamés couvrent la réalité du personnel médical et humanitaire qui tente de sauver la vie de nourrissons et d’enfants et de leurs familles eux-mêmes affamés », a-t-il ajouté.
« Nos enfants et les habitants de Gaza nous disent : ‘J’ai faim. Il n’y a pas de nourriture pour ma famille. Nous mourrons. Aidez-nous.’ Que devrions-nous leur dire ? Que devrait leur dire le Conseil de sécurité ? », a poursuivi Mansour.
« Que le monde entier s’oppose à cette politique de famine et que pourtant la situation s’aggrave ? […] Devrions-nous leur lire les déclarations musclées ou les résolutions adoptées ? Que devons-nous leur dire », a-t-il martelé.
« Faisons-nous tout ce qui est en notre pouvoir pour sauver des millions de vies en danger ? Respectons-nous nos obligations juridiques, politiques, humanitaires et morales ? La réponse est claire : nous ne le faisons pas. »
L’ambassadeur israélien Danny Danon a accusé le groupe terroriste palestinien du Hamas d’instrumentaliser la « souffrance » des Gazaouis pour « nourrir sa propagande », et a détaillé des mesures contre des employés du Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA), qu’il accuse de « biais » à l’égard d’Israël.
« Pour le Hamas, la souffrance de son propre peuple est son arme la plus redoutable », a-t-il déclaré.
Affirmant qu’Israël rendait le Moyen-Orient plus sûr, Danon a accusé l’OCHA de « partialité » envers l’État juif.
L’OCHA est une « machine de propagande » contre Israël, qui sous-estime délibérément le nombre de camions d’aide humanitaire entrant à Gaza, a-t-il poursuivi.
« Nous ne travaillerons pas avec des organisations qui ont choisi la politique plutôt que les principes », a déclaré Danon, Israël n’accordant désormais qu’un visa d’un mois au personnel international de l’agence onusienne.
« L’OCHA a depuis longtemps cessé d’être un organisme humanitaire. Il s’agit d’un organe de propagande du Hamas qui opère au sein des institutions des Nations unies et utilise des données erronées et des discours incendiaires pour nuire à Israël », a-t-il ajouté.
En réponse à Danon, la porte-parole de l’OCHA, Eri Kaneko, a déclaré : « Toute réduction de notre propre personnel entravera nos efforts déjà limités pour atteindre les civils de Gaza qui ont un besoin urgent d’aide humanitaire vitale. »
« Je ne sais pas comment on pourrait appeler cela autrement que des gens mourant de faim en masse, et c’est créé par l’homme. C’est très clair, et c’est à cause du blocus », a déclaré de son côté Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), en conférence de presse à Genève.
Mais le gouvernement israélien a assuré mercredi qu’il n’y avait pas « de famine causée par Israël à Gaza aujourd’hui », après la mise en garde lancée par plus de 100 ONG contre une « famine » généralisée, et leur exhortation à l’adresse d’Israël de débloquer l’aide humanitaire.
« Il s’agit d’une pénurie provoquée par le Hamas », a ajouté le porte-parole du gouvernement, David Mencer, accusant le groupe terroriste palestinien d’empêcher la distribution de nourriture et de piller l’aide pour ses propres besoins.
Le président Isaac Herzog en visite dans la bande de Gaza, pour la première fois depuis le pogrom perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023, a affirmé qu’Israël agit conformément au droit international.
« Ceux qui tentent de saboter cette aide sont le Hamas et ses agents, qui sont prêts à tout pour empêcher nos forces de démanteler les infrastructures qui pourraient nous nuire, à nous et à nos civils. »
Selon les correspondants de l’AFP à Gaza, le manque de nourriture et d’eau entrave le travail des journalistes qui couvrent le conflit. Cette semaine, ils ont déclaré que la faim et le manque d’eau potable les rendaient malades et épuisés.
Certains ont même dû réduire leur couverture du conflit, qui dure maintenant depuis vingt-deux mois, l’un d’entre eux ayant déclaré : « Nous n’avons plus d’énergie à cause de la faim. »
La guerre à Gaza a éclaté lorsque quelque 6 000 Gazaouis dont 3 800 terroristes dirigés par le Hamas ont pris d’assaut le sud d’Israël le 7 octobre 2023, tué plus de 1 200 personnes, principalement des civils, enlevé 251 otages de tous âges, et commis de nombreuses atrocités et en utilisant la violence sexuelle comme arme à grande échelle.
Plus de 58 000 personnes seraient mortes à Gaza depuis le début de la guerre, selon le ministère de la Santé du Hamas. Les chiffres publiés par le groupe terroriste sont invérifiables, et ne font pas de distinction entre civils et terroristes. Israël affirme avoir tué 20 000 terroristes au combat depuis janvier, et 1 600 autres terroristes à l’intérieur du pays le 7 octobre 2023.
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