Belgique : L’historien Joël Kotek défend son bilan après son éviction de l’IHRA
Il affirme avoir été écarté de la délégation de son pays auprès de l’Alliance internationale pour la mémoire de la Shoah après avoir évoqué la montée de l’antisémitisme en Belgique
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Quelques jours après la controverse suscitée par son éviction de la délégation belge auprès de l’Alliance internationale pour la mémoire de la Shoah (IHRA), l’historien Joël Kotek est sorti du silence pour défendre son action et contester les motifs avancés pour justifier son renvoi. Il était membre de l’IHRA depuis plus de quinze ans et est un spécialiste reconnu de l’antisémitisme et de la Shoah.
Dans un texte publié le 2 juin 2026, notamment sur le site du CRIF, le professeur émérite des universités précise n’avoir fait que remplir sa mission en présentant, lors d’une réunion de l’IHRA à Jérusalem, un exposé consacré à la progression de l’antisémitisme en Belgique et en Europe depuis le massacre perpétré par le Hamas en Israël le 7 octobre 2023.
« Nommer l’antisémitisme, ce n’est pas accuser la Belgique », écrit-il, rejetant les accusations selon lesquelles il aurait porté atteinte à l’image de son pays devant une enceinte internationale.
L’affaire avait provoqué une vive émotion dans les milieux juifs et auprès de plusieurs personnalités politiques belges. Selon la sénatrice belge Viviane Teitelbaum, qui a dénoncé une décision « choquante » et « très préoccupante », le point de rupture serait intervenu après une présentation au cours de laquelle Kotek avait évoqué plusieurs manifestations contemporaines de l’antisémitisme en Belgique.
Dans sa réponse, l’historien assure que son intervention a duré « sept minutes » et qu’elle reposait exclusivement sur des faits documentés. Il cite notamment l’affaire de l’écrivain flamand Herman Brusselmans, poursuivi après avoir écrit vouloir « trancher la gorge de tout Juif » qu’il rencontrerait, les polémiques récurrentes autour du carnaval d’Alost, retiré par l’UNESCO de sa liste du patrimoine culturel immatériel, ainsi que des caricatures assimilant la guerre à Gaza à Auschwitz.
« C’est précisément parce que je suis attaché à ce pays que je considère qu’il faut pouvoir nommer, avec lucidité et sans outrance, les formes contemporaines de l’antisémitisme qui s’y manifestent », écrit-il.
Kotek rappelle également que l’IHRA, dont la définition opérationnelle de l’antisémitisme est aujourd’hui utilisée par de nombreux États et institutions, a précisément pour mission d’étudier l’antisémitisme, la Shoah et les phénomènes de distorsion de la mémoire de l’extermination des Juifs.
L’historien s’interroge dès lors sur les raisons de son éviction. « À quoi sert l’IHRA, sinon à permettre à des experts de discuter avec franchise de telles évolutions préoccupantes ? », interroge-t-il.
Dans son texte, il insiste sur le fait que reconnaître l’existence de l’antisémitisme en Belgique ne revient pas à qualifier le pays d’antisémite. « Non, la Belgique n’est pas antisémite mais il y a des antisémites en Belgique, comme il y en a ailleurs », écrit-il.
Il souligne également que les institutions juives belges continuent à bénéficier d’une protection militaire renforcée, preuve selon lui que la menace reste prise au sérieux par les autorités.
L’éviction de Joël Kotek intervient dans un contexte de forte inquiétude au sein de la communauté juive belge. Selon le rapport 2025 de la plateforme Antisemitisme.be, les actes antisémites ont augmenté de 80 % en un an, atteignant un niveau record. Parallèlement, plusieurs organisations juives ont récemment dénoncé un climat de plus en plus hostile, notamment après des procédures judiciaires visant des mohalim à Anvers.
La Licra a apporté son soutien à l’universitaire, estimant que son éviction « affaiblit la lutte contre l’antisémitisme ».
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