Israël dément toute famine à Gaza et affirme que l’aide n’est pas distribuée
950 camions d'aide attendent du côté gazaoui de la frontière, selon le COGAT, qui accuse l'ONU d'avoir créé un goulot d'étranglement
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Emanuel Fabian est le correspondant militaire du Times of Israël.

Alors que le groupe terroriste Hamas a fait état d’une faim sans précédent dans la bande de Gaza ces derniers jours, un haut responsable de la sécurité israélienne a déclaré mardi que l’armée n’avait pas détecté de signe de famine, tout en soulignant que des mesures devaient être prises pour « stabiliser la situation humanitaire ».
Le responsable, qui s’est entretenu avec des journalistes sous couvert d’anonymat, a reconnu que la quantité d’aide parvenant aux Palestiniens dans la bande de Gaza avait récemment chuté de manière significative. Il a toutefois reproché aux instances des Nations Unies de ne pas collecter et distribuer les vivres et les fournitures qui sont à leur disposition.
Le Coordinateur des activités gouvernementales dans les territoires (COGAT), l’organe de l’armée israélienne et du ministère de la Défense qui est chargé de coordonner les livraisons d’aide à Gaza, a déclaré qu’environ 950 camions d’assistance attendaient d’être collectés par les Nations unies, du côté palestinien des postes-frontières de Kerem Shalom et de Zikim.
L’officiel a noté que l’aide qui attend actuellement d’être collectée aux deux points de passage était suffisante pour répondre aux besoins alimentaires de la bande de Gaza pendant deux semaines et demie.
« Nous n’avons pas détecté de signes de famine à ce stade, mais nous comprenons que des actions sont nécessaires pour stabiliser la situation humanitaire », a indiqué le fonctionnaire, qui a ajouté qu’il pouvait y avoir des difficultés d’accès aux denrées alimentaires dans certaines zones – ce qui, selon lui, est un problème qui doit être résolu.
Cette décision a été prise à la suite d’une « évaluation approfondie » de la situation humanitaire à Gaza qui a été réalisée par le COGAT, a-t-il précisé.
???? WATCH: 950 trucks worth of aid, currently waiting in Gaza❗️for international organizations to pick up and distribute to Gazan civilians. This is after Israel facilitated the aid entry into Gaza. pic.twitter.com/aQTR7Sryhs
— LTC Nadav Shoshani (@LTC_Shoshani) July 22, 2025
Il a expliqué que le COGAT s’était entretenu avec des membres du personnel de l’ONU pour tenter de déterminer les quantités d’assistance humanitaire qui ont été autorisées à entrer à Gaza mais qui n’ont pas été distribuées.
Selon lui, il n’y a pas de problème pour que l’aide arrive jusqu’aux postes-frontières – mais un goulot d’étranglement s’est créé au niveau de la distribution elle-même. Le responsable a affirmé qu’il avait été convenu, lors de récentes réunions, que l’ONU distribuerait 70 à 80 camions le mardi – ajoutant que dans la pratique, seuls les contenus de 30 camions ont été donnés à la population civile.
Les Nations unies ont affirmé à plusieurs reprises que le COGAT avait refusé de leur donner l’autorisation de collecter et de distribuer les denrées, et que les conditions dangereuses et complexes à l’intérieur de Gaza rendaient la distribution de l’aide très difficile.
Selon l’ONU, les restrictions imposées par Israël et les refus d’autorisation sont à l’origine de l’accumulation des stocks d’aide aux points de passage – les organisations humanitaires se voient régulièrement interdire le transfert de l’aide vers les entrepôts et vers les sites de distribution. Les convois qui ne coordonnent pas leurs déplacements avec les autorités israéliennes et qui ne disposent pas d’autorisation – des autorisations qui sont difficiles à obtenir – essuient les tirs meurtriers des soldats israéliens.
L’officiel a déclaré que les Nations unies avaient fait des demandes que le COGAT ne pouvait pas accepter concernant les livraisons – demandant, par exemple, que la police du Hamas escorte les convois. L’ONU a aussi demandé de pouvoir apporter des appareils de communication, mais Israël craint qu’ils ne finissent entre les mains du groupe terroriste.
En ce qui concerne les inquiétudes portant sur une possible famine, le responsable a déclaré que le Hamas profitait de la situation humanitaire à Gaza et qu’il avait lancé une campagne de propagande dans le but d’exercer des pressions, au moment où des négociations sont en cours sur la conclusion d’un cessez-le-feu qui permettrait la libération des otages. « C’est une manœuvre cynique et opportune visant à créer des pressions sur Israël à l’international », a estimé le responsable.
Le ministère de la Santé du Hamas a déclaré mardi que les hôpitaux de Gaza avaient enregistré 15 décès – dont quatre enfants – « dus à la famine et à la malnutrition » au cours des dernières 24 heures, ajoutant que cela portait le nombre total de cas depuis le début de la guerre à 101. 80 enfants figureraient dans ce bilan.
L’officiel a ajouté qu’Israël était en mesure de déterminer qu’il n’y avait pas de famine généralisée à Gaza en se basant sur la quantité d’aide qui parvenait aux habitants : « Nous connaissons la valeur calorique de chaque camion qui entre, et le nombre de personnes pour lesquelles il est suffisant ». Il a ajouté que le COGAT s’était également entretenu avec des Palestiniens impliqués dans la mission de distribution de l’assistance et que le bureau avait obtenu, par ce biais, d’autres renseignements indiquant qu’il n’y avait pas de famine.
Au cours des deux derniers mois, quelque 4 500 camions d’aide sont entrés au sein de l’enclave côtière, selon le COGAT. La moitié de ces camions se sont dirigés vers les sites de distribution d’aide de la Fondation humanitaire de Gaza, et l’autre moitié a été acheminée vers des entrepôts appartenant à l’ONU et à d’autres organisations d’aide approuvées. Au cours du mois dernier, 71 camions en moyenne sont entrés dans la bande de Gaza chaque jour, selon le COGAT.
Le responsable a toutefois déclaré que presque tous les poids-lourds qui rejoignaient les entrepôts des organisations ont été pillés par des foules gazaouies, et non par le Hamas.
Depuis la reprise des livraisons d’aide à Gaza, le 19 mai – après une pause qui avait débuté le 2 mars – Israël a mis en place un nouveau mécanisme pour empêcher que les camions d’aide ne soient pris en charge par le Hamas.
Ce mécanisme n’autorise que les instances d’aide internationale enregistrées auprès du ministère israélien des Affaires de la diaspora à acheminer de l’assistance à Gaza, après des contrôles de sécurité rigoureux effectués aux postes-frontières. Ce mécanisme prévoit également des sanctions pour les groupes d’aide et pour les personnes qui ne respectent pas les exigences d’Israël.
Il a expliqué que le Hamas faisait tout ce qui était en son pouvoir pour saper le nouveau mécanisme, et pour mettre notamment en difficulté les sites de distribution de la GHF. Les organisations internationales ont fait savoir que le refus d’Israël de désigner une alternative viable au Hamas a créé une situation chaotique et désespérée sur le terrain, ce qui a considérablement entravé la distribution de l’assistance.
Le système de la GHF, qui est soutenu par les États-Unis et Israël et qui intervient sur le terrain depuis deux mois dans le cadre d’un mécanisme visant à empêcher les vols de l’assistance par le Hamas, a connu de nombreux problèmes.
Les Nations unies ont annoncé mardi que plus d’un millier de Palestiniens ont été tués par les forces israéliennes alors qu’ils tentaient d’accéder aux centres de distribution de la Fondation humanitaire de Gaza depuis le début des opérations de cette dernière – citant apparemment des chiffres du Hamas.
Israël a admis avoir tiré sur des foules de Palestiniens qui s’approchaient des soldats, tout en affirmant que le nombre de victimes est exagéré. L’État juif n’a pas pour autant avancé d’autre bilan.
En plus des fusillades meurtrières quasi-quotidiennes, cette situation a obligé les Palestiniens à parcourir de longues distances en traversant les lignes militaires de Tsaha pour aller chercher des colis d’aide humanitaire. La GHF ne contrôle pas non plus les milliers de bénéficiaires venus chercher des denrées alimentaires en raison du chaos qui règne sur les sites de distribution, de sorte qu’il n’y a aucun moyen de confirmer que l’aide humanitaire parvient bien à ses destinataires.
Le Hamas a condamné avec fermeté la GHF, avertissant les civils de ne pas coopérer avec l’organisation.
Lundi, plus d’une vingtaine de pays occidentaux ont appelé Israël à mettre immédiatement fin à la guerre à Gaza et ils ont critiqué « le meurtre inhumain », ont-ils dit, des Palestiniens, déclarant qu’il était « horrible » que des civils soient tués alors qu’ils cherchaient de l’aide.
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