L’antisémitisme dans les écoles de l’Ontario est « alarmant » et sous-déclaré

Selon le gouvernement canadien, près de 50 % des actes antisémites signalés n'ont pas fait l'objet d'une enquête, et plus de 15 % impliquent un enseignant ou un membre du personnel

Illustration : Une élève bouleversée assise dans la cour d'une école. (Crédit : iStock par Getty Images)

L’antisémitisme dans les écoles de l’Ontario est pire qu’on ne le croyait, selon un rapport publié cette semaine par le gouvernement canadien.

Depuis le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023 , au moins 781 actes antisémites ont été signalés dans les écoles primaires et secondaires de la province de l’Ontario jusqu’en avril 2025, selon ce rapport commandé par Deborah Lyons, envoyée spéciale du gouvernement canadien pour la préservation de la mémoire de la Shoah et la lutte contre l’antisémitisme.

Près de la moitié des actes antisémites signalés aux autorités scolaires n’ont pas fait l’objet d’une enquête et près d’un sur six a été perpétré ou approuvé par un enseignant ou impliquait une activité scolaire, selon le rapport.

Ce rapport, qui vise à clarifier la situation dans les écoles de l’Ontario, s’appuie sur les réponses de 599 parents juifs à un sondage en ligne diffusé par des organisations juives. Jusqu’à présent, la plupart des informations disponibles sur l’antisémitisme dans les écoles de l’Ontario provenaient de témoignages anecdotiques ou de plaintes qui n’avaient pas été résolues ni documentées, indique le rapport.

L’enquête définit les « actes antisémites » comme ceux que les parents et leurs enfants considèrent comme tels.

« Les conséquences de l’antisémitisme généralisé pour les élèves juifs et leurs parents sont désastreuses », conclut le rapport.

Deborah Lyons, envoyée spéciale du Canada pour la préservation de la mémoire de la Shoah et la lutte contre l’antisémitisme, s’exprimant au Mémorial national de la Shoah à Ottawa à l’occasion de la Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de la Shoah, le 26 janvier 2024. (Crédit : Autorisation)

« Toutes les commissions scolaires ne sont pas touchées de la même manière par la propagation de l’antisémitisme, [mais] peu de mesures sont prises pour résoudre cette crise. »

Selon le recensement de 2021, environ la moitié des 400 000 Juifs du Canada vivent à Toronto, la plus grande ville de l’Ontario. Quelque 30 000 enfants juifs scolarisés vivent dans cette province.

Environ un parent sur huit ayant répondu à l’enquête a fini par transférer ses enfants dans une autre école en raison de l’antisémitisme, précise le rapport. Dans certains cas, cela a impliqué un déménagement.

Environ 60 % des faits signalés étaient des propos anti-Israël, dont 16 % impliquaient un enseignant ou une activité scolaire, exprimant un point de vue qui faisait que les écoliers juifs se sentaient mal accueillis voire exclus.

Parmi ceux-ci, 14 % concernaient des élèves juifs tenus personnellement responsables de certains aspects de la guerre à Gaza, à l’instar d’un lycéen accusé par un camarade d’être un « terroriste, violeur et tueur de bébés » en septembre 2024.

Des enseignants ont également invité des conférenciers à présenter des points de vue pro-Hamas radicaux et déséquilibrés sur le conflit, et des membres de conseils scolaires ont arboré des keffiehs lors de réunions portant sur les mauvais traitements infligés aux écoliers juifs.

Les systèmes scolaires canadiens ont adopté la définition de l’antisémitisme de l’International Holocaust Remembrance Alliance (IHRA), qui inclut les discours et les actions niant le droit d’Israël à exister en tant qu’État juif. Cependant, les commissions scolaires appliquent cette définition de manière incohérente et omettent souvent de classer ces actes comme antisémites, indique le rapport.

Plus de 40 % des réponses faisaient référence au déni de la Shoah, à la richesse ou au pouvoir excessif des Juifs, ou à une condamnation générale des Juifs.

« Ce sont le genre d’accusations et de dénonciations qui avaient commencé à disparaître du vocabulaire et de la mentalité canadiens dans les années 1960, et qui auraient pu être considérées comme presque totalement oubliées au début de la deuxième décennie du XXIᵉ siècle », souligne le rapport.

En septembre 2024, une jeune fille juive de 13 ans a notamment été encerclée à plusieurs reprises par cinq garçons qui lui criaient « Sieg Heil ! » et faisaient le salut nazi, malgré ses supplications. En octobre 2024, une fillette de six ans vivant à Ottawa s’est entendue dire par son enseignante qu’elle n’était « qu’à moitié humaine » parce que l’un de ses parents était juif.

Environ 6 % des faits impliquaient des agressions physiques et 15 %, des actes de vandalisme, notamment des dégradations matérielles intentionnelles et des graffitis. Environ 35 % des actes concernaient des propos injurieux, notamment des menaces, des intimidations, des expressions de haine, des incitations à la violence et des insultes. Enfin, 10 % des cas impliquaient des gestes agressifs, tels que des gestes suggérant de trancher la gorge ou de tirer avec une arme à feu.

Lorsque des faits ont été signalés aux autorités scolaires, 49 % n’ont pas fait l’objet d’une enquête et, dans 8 % des cas, l’école a déclaré que l’incident n’avait pas de caractère antisémite. Dans 27 % des cas, l’école a pris des mesures correctives, comme proposer un accompagnement psychologique, suspendre l’auteur des faits ou signaler l’incident à la police.

Des étudiants et des militants priant à l’intérieur d’un campement anti-Israël, sur le campus de l’université de Toronto, dans l’Ontario, au Canada, le 2 mai 2024. (Crédit : Cole Burston/AFP)

Des groupes juifs canadiens ont déclaré que ce rapport révèle l’insuffisance des mesures prises pour lutter contre l’antisémitisme dans le système scolaire.

« Ces révélations constituent une condamnation sans appel de ce que nous entendons depuis un certain temps déjà », a déclaré Michael Levitt, président et directeur général du Centre Simon Wiesenthal.

« Alors que le gouvernement de l’Ontario et certains conseils scolaires s’efforcent de proposer une formation sur l’antisémitisme et une éducation à la Shoah au personnel et aux élèves, notre système scolaire doit faire davantage pour éradiquer l’antisémitisme et tenir les auteurs de ces actes comptables de leurs actes. Les écoles et les conseils scolaires doivent s’engager sincèrement à faire en sorte que tous les élèves, juifs ou non, se sentent les bienvenus et en sécurité. »

Le Centre consultatif des relations juives et israéliennes du Canada (CIJA) a déclaré que ce rapport « montre clairement une chose : le statu quo pour les élèves juifs de l’Ontario est intenable et inacceptable ».

« Afin de protéger les élèves et le personnel juifs, il est impératif que le gouvernement de la province accélère la mise en œuvre du programme scolaire obligatoire élargi sur la Shoah, récemment reporté, pour remédier au manque de compréhension inquiétant et à la déshumanisation continue des Juifs », a déclaré Josh Landau, directeur des relations gouvernementales du CIJA, dans un communiqué.

« Le gouvernement doit agir pour mettre en œuvre des réformes solides et systémiques qui garantiront la sécurité et l’inclusion de tous les élèves, y compris de ceux qui sont pris pour cible en raison de leur identité juive. »

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