Large condamnation internationale du projet E1 accusé de menacer la solution à deux États
L'ONU, l'Europe et les pays arabes dénoncent la reprise de l’implantation E1 ; Washington reste évasif, Smotrich présente cette décision comme une réponse à l’Occident
L’Europe, les pays arabes et les Nations unies (ONU), ainsi que des organisations israéliennes de défense des droits humains, ont sévèrement condamné jeudi le projet du gouvernement d’autoriser la construction de milliers de logements israéliens dans une zone contestée de Cisjordanie, décision annoncée par le ministre des Finances Bezalel Smotrich.
Le politicien d’extrême droite a annoncé jeudi son intention d’approuver les appels d’offres pour la construction de plus de 3 000 logements dans le cadre du projet controversé d’implantation E1, entre Jérusalem et Maale Adumim, affirmant que ce plan « enterre l’idée d’un État palestinien ».
L’ONU et l’Union européenne (UE) ont appelé Israël à ne pas mener à bien le projet de construction baptisé E1 qui, selon ses détracteurs, couperait la Cisjordanie en deux et empêcherait définitivement la création d’un éventuel État palestinien disposant d’une continuité territoriale.
Le patron de l’ONU, Antonio Guterres, a averti que ce projet, « s’il se concrétisait », « mettrait fin aux perspectives d’une solution à deux États » et couperait le nord du sud de la Cisjordanie. « Les implantations sont contraires au droit international… elles renforcent l’occupation. »
L’UE a exhorté Israël à « renoncer » à son projet, la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, déclarant dans un communiqué que « la décision des autorités israéliennes de faire avancer le plan de colonisation E1 sape davantage la solution à deux États tout en constituant une violation du droit international ».
Le ministre britannique des Affaires étrangères, David Lammy, a également jugé que le projet constituait « une violation flagrante du droit international » et devait être immédiatement arrêté.
« Le Royaume-Uni s’oppose fermement aux plans de colonisation E1 du gouvernement israélien, qui diviseraient un futur État palestinien en deux et constitueraient une violation flagrante du droit international. Ces plans doivent être arrêtés immédiatement », a-t-il déclaré dans un communiqué transmis par email.
À Berlin, allié historique d’Israël, le ministère des Affaires étrangères a dit s’opposer « fermement » à la poursuite par Israël de son projet. « La construction de colonies viole » les résolutions « du Conseil de sécurité des Nations unies » et « complique une solution négociée à deux États », a souligné la diplomatie allemande.
Le ministre norvégien des Affaires étrangères, Espen Barth Eide, a estimé que cette décision montre qu’Israël « cherche à s’approprier des terres appartenant aux Palestiniens afin d’empêcher une solution à deux États ».
L’Égypte s’est également opposée au projet. Le ministère des Affaires étrangères du Caire a dénoncé les « déclarations extrémistes » du ministre, y voyant « une nouvelle preuve de la dérive et de l’arrogance israéliennes ».
Le ministère égyptien a établi un lien entre cette annonce et les déclarations faites plus tôt dans la semaine par le Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui avait affirmé sur i24News se sentir proche de la vision du « Grand Israël ».
Le Qatar, médiateur entre le groupe terroriste palestinien du Hamas et Israël dans le cadre des efforts visant à obtenir un cessez-le-feu à Gaza et la libération des otages toujours aux mains des terroristes dans la bande de Gaza, s’est joint à l’Égypte pour dénoncer Smotrich et une « violation flagrante du droit international ».
L’Autorité palestinienne (AP) basée à Ramallah en Cisjordanie a « fermement condamné » ce projet et « appelé à une intervention internationale et à des sanctions pour empêcher sa mise en œuvre ». Elle a affirmé que « la construction dans la zone E1 est une continuation des plans d’occupation visant à anéantir toute possibilité d’établir l’État palestinien ».
Gelé pendant des dizaines d’années en raison de l’opposition internationale, dont celle des précédentes administrations américaines, le projet E1 relierait Jérusalem à Maale Adumim, réduisant à néant la perspective d’une continuité territoriale palestinienne entre Bethléem, Jérusalem-Est et Ramallah, considérés de longue date comme le fondement de tout État palestinien.
Le plan doit recevoir l’approbation finale du Conseil supérieur de la planification du gouvernement le 20 août.
Le projet a également été dénoncé par nombre d’organisations de défense des droits humains israéliennes et parmi elles, La Paix Maintenant, qui milite contre les implantations. L’organisation a averti que la reprise de la construction dans la zone E1 était « mortelle pour l’avenir d’Israël et pour toute chance de parvenir à une solution à deux États dans la paix ».
« Nous sommes au bord du gouffre, et le gouvernement nous y précipite à toute vitesse. Il existe une solution au conflit israélo-palestinien et à la terrible guerre à Gaza : la création d’un État palestinien aux côtés de celui d’Israël. Cette solution finira par s’imposer. Les mesures d’annexion prises par le gouvernement ne font que nous éloigner de cette solution et garantissent pour les années à venir de nouvelles effusions de sang », a déclaré le groupe dans un communiqué.
Breaking the Silence, un groupe de gauche fondé par d’anciens soldats de l’armée israélienne, a accusé Smotrich d’encourager les activités d’implantation en Cisjordanie alors que la guerre à Gaza continue de retenir l’attention du monde entier.
« Cette appropriation de terres et l’expansion des implantations ne feront pas que fragmenter davantage le territoire palestinien, elles renforceront encore l’apartheid », a-t-il déclaré.
Le plan est une « réponse sur le terrain » à la reconnaissance d’un État palestinien
Smotrich, qui, en plus d’être ministre des Finances, occupe un poste de ministre délégué au sein du ministère de la Défense, ce qui lui confère un large pouvoir de décision sur la construction des implantations, a affirmé jeudi que Netanyahu soutenait ce plan controversé. Le Premier ministre n’a toutefois pas commenté cette mesure radicale.
« Il me soutient pour tout ce qui concerne la Judée-Samarie et il me laisse créer une révolution », a déclaré Smotrich lors d’un événement organisé à Maale Adumim par le Conseil de Yesha, l’organisation qui regroupe les autorités locales des implantations.
« Après 20 ans de reports, le feu vert a été donné [et] le projet E1 est en cours », a-t-il poursuivi, ajoutant que le gouvernement « honorait sa promesse en reliant Maale Adumim par un axe stratégique, sécuritaire et démographique, qui garantit l’unité de notre capitale pour les générations futures ».
Selon lui, la reprise de ce projet, gelé depuis longtemps, est une réponse à la vague de pays occidentaux ayant annoncé ou envisagé leur intention de reconnaître un État palestinien à l’ONU en septembre.
« Quiconque dans le monde tentera de reconnaître un État palestinien recevra notre réponse sur le terrain », a-t-il déclaré. « Aujourd’hui, nous écrivons un chapitre historique de la rédemption du peuple d’Israël sur sa terre. »
Il a également affirmé que le président américain, Donald Trump, et l’ambassadeur Mike Huckabee soutenaient cette initiative, les qualifiant « d’hommes intègres, porteurs d’une voix morale claire et affirmée, qui ne se laissent pas abuser par l’hypocrisie de l’Occident ».
Jeudi après-midi, Trump et Huckabee n’avaient pas encore réagi à l’annonce de Smotrich concernant la zone E1. Le département d’État américain a toutefois publié une déclaration vague soulignant l’importance de la « stabilité » en Cisjordanie, en réponse aux questions des journalistes sur ce projet.
« Une Cisjordanie stable garantit la sécurité d’Israël et est conforme à l’objectif de l’administration Trump de parvenir à la paix dans la région », a déclaré le département d’État dans un communiqué.
« Nous restons déterminés à mettre fin à la guerre à Gaza, à empêcher le Hamas de gouverner à nouveau Gaza, à libérer les otages, y compris les dépouilles de deux Américains, et à faciliter l’acheminement de l’aide humanitaire dont la population a cruellement besoin », poursuit le communiqué, précisant que les États-Unis privilégient le suivi de la situation à Gaza plutôt que celui des développements en Cisjordanie.
Jacob Magid a contribué à cet article.
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