Lassés de Netanyahu, mais peu convaincus par ses rivaux : comment les indécis vont-ils voter ?

Près de 25 % des électeurs hésiteraient encore, selon un institut de sondage, et pourraient influer sur le résultat

Des panneaux d’affichage de campagne électorale représentant le chef du parti Yashar, Gadi Eisenkot (à droite), et le chef du Likud, le Premier ministre Benjamin Netanyahu, aux côtés de dirigeants de l’opposition, installés le long d’une route dans la ville de Haïfa, au nord du pays, à l’approche des prochaines élections, le 17 octobre 2026. (Crédit : Sharon Leibel/Flash90)

JTA — À la veille des élections israéliennes du 27 octobre, Nat Zitomer, guide touristique agréé à la retraite, n’avait toujours pas décidé pour quel parti voter.

« Je penche vers le centre-droit, et lors des deux dernières élections, j’ai voté pour le Likud et, avant cela, pour HaBayit HaYehudi », a déclaré Zitomer, faisant référence au parti sioniste religieux de droite fondé en 2008 par Naftali Bennett.

Bien qu’il préfère voter pour un parti de centre-droit cette fois-ci, il se trouve face à un dilemme.

« Je ne me vois pas voter pour les partis haredim » car ils encouragent la désobéissance au service militaire, a indiqué Zitomer, qui réside dans la ville de Karmiel, au nord du pays, à la Jewish Telegraphic Agency, ajoutant que d’autres partis ne répondaient pas non plus à ses attentes.

Parmi ceux qu’il a écartés figuraient les partenaires de coalition du Premier ministre Benjamin Netanyahu : Otzma Yehudit, dirigé par le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir, et HaTzionout HaDatit, dirigé par le ministre des Finances Bezalel Smotrich.

« Je ne me vois pas voter pour Ben Gvir et Smotrich, car ils sont trop à l’extrême droite », a déclaré Zitomer.

Le chef de l’opposition Yaïr Lapid (à droite) et le chef du parti Beyahad, Naftali Bennett, participant à un débat public avec des citoyens lors d’un meeting électoral, à Haïfa, dans le nord d’Israël, à la veille des prochaines élections, le 21 octobre 2026. (Crédit : Sharon Leibel/Flash90)

Il ne s’est pas non plus montré satisfait des partis opposés à Netanyahu, tels que le parti centriste Beyahad, dirigé par les anciens Premiers ministres Naftali Bennett et Yaïr Lapid. Selon Zitomer, Bennett « est souvent décrit comme un caméléon. Il dit une chose et en fait une autre ».

Voter pour Netanyahu est hors de question, a déclaré Zitomer, qui lui reproche de ne pas avoir empêché le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023 au sud d’Israël.

« Quand il était bon, il était très bon. Mais les événements du 7-Octobre se sont produits sous son mandat, et tout ce qui sort de sa bouche a pratiquement mis le monde entier contre nous. J’ai entendu dire à son sujet, et je suis plutôt d’accord : ‘Il a fait son temps.’ »

En bref, « je ne me souviens pas d’une élection où j’ai été aussi ambivalent », a souligné Zitomer.

Les sondages d’opinion réalisés par Maariv, la chaîne N12 et la Treizième chaîne estiment qu’entre 5 % et 10 % des électeurs éligibles sont indécis, bien que Mitchell Barak, sondeur à la tête de Keevon Global Research, estime que ce pourcentage est plus élevé.

Alors que presque tous les sondages prévoient que ni le bloc de droite dirigé par Benjamin Netanyahu ni le bloc de centre-gauche mené par Gadi Eisenkot n’obtiendront les 61 sièges à la Knesset nécessaires pour former un gouvernement de coalition majoritaire, ces voix indécises pourraient faire pencher la balance, a déclaré Barak à la JTA.

Barak, qui estimait début octobre le nombre d’électeurs indécis à environ 25 %, estime que ceux qui se décideront à la dernière minute « auront sans aucun doute une influence ».

« Historiquement, en Israël, les électeurs indécis choisissent un parti le week-end précédant le jour du scrutin, souvent après avoir discuté des différentes options autour de la table de Shabbat », a-t-il ajouté.

Si ne serait-ce qu’un seul des nouveaux petits partis franchit le seuil des 3,25 % permettant d’obtenir des sièges à la Knesset, « cela changera la donne. Il faut garder à l’esprit que la marge d’erreur des sondages d’opinion est supérieure au seuil d’entrée à la Knesset », a-t-il ajouté.

Ofer Kenig, chercheur à l’Institut israélien de la démocratie (IDI), se montre toutefois moins convaincu de l’impact potentiel des électeurs indécis, car la grande majorité d’entre eux a déjà choisi le bloc qu’elle soutiendra, comme le montrent les sondages d’opinion.

Il a cité un sondage de la chaîne N12 réalisé ce mois-ci, qui indiquait que 8 % des électeurs étaient indécis. « Mais si l’on y regarde de plus près, parmi ces 8 % d’indécis, la majorité hésite entre des partis appartenant au même bloc. »

Si un électeur hésite par exemple entre soutenir le Likud de Netanyahu ou le parti d’extrême-droite d’Itamar Ben Gvir, « cela n’a pas vraiment d’importance », a déclaré Kenig. Les deux partis ont en effet convenu de former un gouvernement de coalition de droite. Il en va de même pour un électeur du centre-gauche, a-t-il ajouté.

Une affiche de campagne du parti d’extrême-droite Otzma Yehudit, dirigé par le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir, apposée sur un bâtiment du marché de Mahane Yehuda à Jérusalem, à la veille des prochaines élections, le 26 octobre 2026. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Aux États-Unis, où le système est bipartite, les votes indécis peuvent avoir une grande importance », a expliqué Kenig. Mais dans le système multipartite israélien, où 37 [sic, il y en a 36] partis se disputeront les sièges de la Knesset, « la différence entre voter pour Netanyahu et voter pour Ben Gvir n’est pas très significative ».

Kenig a estimé que moins de 1 % des électeurs indécis franchiraient le clivage politique, passant de la gauche à la droite ou inversement.

Alon Yakter, maître de conférences et politologue à l’université de Tel Aviv, a déclaré que certains électeurs indécis se situaient « à droite modérée ou au centre-droit ».

« Si vous êtes favorable à l’expansion des implantations, vous avez votre place. Si vous êtes de gauche ou du centre, vous pouvez voter pour le parti HaDemocratim », né de la fusion entre le parti de gauche Meretz et le parti Avoda de centre-gauche, a expliqué Yakter.

En revanche, les Israéliens qui adoptent une position intransigeante sur la question palestinienne mais qui sont profondément mécontents de la gestion par le gouvernement actuel des événements du 7-Octobre et de leurs conséquences, de son refus de mobiliser les Haredim et de ses tentatives d’affaiblir le système judiciaire, entre autres, se sentent « politiquement sans attache », a ajouté Yakter.

Daniel Meyer, qui se décrit lui-même comme un électeur de droite et vit en Cisjordanie, en est un excellent exemple.

« Je n’ai pas trouvé de parti de droite pour lequel voter, car voter pour un tel parti reviendrait à voter pour Bibi. Mais tant que Bibi n’aura pas assumé la responsabilité de son rôle dans les événements du 7-Octobre et des quinze années qui les ont précédés, en lançant une enquête d’État, je ne peux pas le soutenir », a déclaré Meyer. Il ne votera pas non plus pour Bennett, car il estime que ce parti est trop à gauche.

Bien qu’il ne soit pas lui-même haredi, Meyer a indiqué qu’il envisageait de voter pour le nouveau parti HaTzibur HaHaredi, qui prône une plus grande intégration des ultra-orthodoxes au sein de Tsahal et de la société israélienne dans son ensemble, « car ils proposent de réels changements dont la société israélienne a désespérément besoin ».

Moti Leitner, chef du parti « HaTzibur HaHaredi » (« Le public haredi »), participant à une conférence électorale, à Tel Aviv, à la veille des prochaines élections législatives , le 21 octobre 2026. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Adele Raemer, qui a personnellement survécu au pogrom du 7-Octobre dans son mamad – l’abri antiatomique de son domicile – au kibboutz Nirim, a déclaré qu’elle évaluait encore ses options. Mais une chose est claire : elle souhaite que Netanyahu et ses partenaires de coalition quittent le pouvoir.

« Ce gouvernement a été un désastre pour nous, et je ne comprends pas comment il peut encore être populaire auprès de nombreux électeurs », a déclaré Raemer.

« J’ai le sentiment que tant de responsables politiques nous ont totalement abandonnés », non seulement après le 7-Octobre, mais aussi au cours des deux décennies d’attaques de roquettes du Hamas à la frontière avec Gaza qui ont précédé cet assaut barbare et sadique.

Raemer recherche un parti qui non seulement assurera la sécurité des frontières d’Israël, mais apportera également l’aide indispensable aux victimes du 7-Octobre, notamment aux otages survivants et aux soldats qui sont aujourd’hui aux prises avec des blessures physiques et psychologiques.

« Les gens ont subi de lourdes pertes et se sentent abandonnés. Les otages bénéficient du soutien d’initiatives privées, mais pas de celui du gouvernement. »

Désormais, a ajouté Raemer, sa priorité est de voter pour un gouvernement centriste « suffisamment puissant pour changer les choses, pour faire passer le pays avant tout ».

À l’instar de Raemer, Eva Weiss, une écrivaine vivant à Netanya, s’est dite « profondément insatisfaite » de Netanyahu et de ses partenaires de coalition actuels, et votera pour le parti qui, selon elle, a les meilleures chances de former une coalition sans les politiciens d’extrême-droite ni les principaux partis haredim.

Avec autant de partis en lice pour les 120 sièges de la Knesset, voter en Israël revient à « une sorte de roulette russe », estime Weiss.

Compte tenu des marchandages post-électoraux qui caractérisent la formation de toute coalition gouvernementale, « je me demande sur quel cheval il vaut mieux parier », a-t-elle ajouté.

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