Analyse

L’attaque contre le vol flydubai peut-elle sauver la campagne de Netanyahu ?

Attentif à son image, le Premier ministre tire parti de sa position pour s’associer à l’héroïsme des passagers et suggérer qu’Israël ne peut risquer un nouveau dirigeant

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, entouré de ses partisans, lors d'une tournée de campagne électorale à Ashdod, dans le sud du pays, le 29 septembre 2026. (Crédit : Liron Moldovan/Flash90)

Dans les heures qui ont suivi l’annonce, en Israël, qu’un avion rempli de leurs compatriotes avait accompli l’impossible ou presque, sauvant quelque 180 vies lorsque des passagers ont repoussé un agresseur apparemment déterminé à faire s’écraser l’appareil de flydubai et permis à celui-ci, avec un peu d’aide, d’atterrir sans encombre en Arabie saoudite, les comptes de Benjamin Netanyahu sur les réseaux sociaux se sont soudain animés.

On l’y voyait étreindre Yaniv Hayun, l’un des héros de cette lutte. Une autre vidéo le montrait en train de se livrer à l’un des exercices qui lui sont les plus naturels, s’adressant directement à la caméra au sujet de l’attaque qui venait de mettre ses concitoyens en danger. Dans une autre encore, largement relayée en ligne, on pouvait voir le Premier ministre assis aux côtés de Hayun tandis que celui-ci racontait comment, contre toute attente, il avait réussi à maîtriser l’agresseur et contribué à ramener l’avion en sécurité grâce à des connaissances glanées dans une émission de télévision.

Le contraste avec les rivaux de Netanyahu est frappant. Gadi Eisenkot, son principal adversaire, s’est contenté mercredi d’une photo soigneusement mise en scène sur Instagram accompagnée d’un texte saluant l’héroïsme des passagers, leur sang-froid et leur solidarité. Yaïr Golan a publié sur X un message similaire.

Naftali Bennett, qui avait lui aussi salué les passagers sur X, a publié trois extraits d’interviews télévisées accordées mercredi. Dans la première, diffusée par une chaîne israélienne, il s’en prenait à Netanyahu au sujet de l’incident ; dans les deux autres, diffusées en anglais par des chaînes d’information étrangères, il saluait l’action des passagers. Yaïr Lapid, numéro deux de Bennett, a pour sa part publié trois messages sur X contestant la version de Netanyahu et de son entourage concernant la nature d’une récente alerte de sécurité lancée par le Premier ministre.

Le sauvetage du vol flydubai avait, en effet, tout d’un scénario de cinéma. C’est un immense soulagement qu’un avion rempli de familles israéliennes ne se soit pas écrasé dans le désert, dans ce qui aurait constitué une attaque d’une violence indescriptible et la deuxième catastrophe civile la plus meurtrière de l’histoire du pays, derrière celle du 7-Octobre. Si le pire a été évité, c’est grâce à l’ingéniosité et au courage des passagers, de l’équipage et du pilote blessé.

L’épisode semble également constituer une aubaine politique pour le Premier ministre, qui accuse un retard dans presque tous les sondages à moins de quatre semaines du scrutin. Netanyahu sait exploiter l’avantage que lui confère sa fonction ; il conserve un instinct aigu pour les médias, ainsi que pour la manière d’associer son image à un acte d’héroïsme, même lorsqu’il n’y a joué aucun rôle direct.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu rencontre Yaniv Hayun, l’un des Israéliens qui a aidé à maîtriser un copilote de flydubai qui aurait tenté de détourner et de faire s’écraser un avion rempli d’Israéliens, à l’arrivée des passagers à l’aéroport Ben Gurion le 30 septembre 2026. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Mais cet avantage de Netanyahu va bien au-delà de son sens de la mise en scène. Depuis des décennies, il adresse aux Israéliens le message suivant : il est capable de préserver la sécurité et la force du pays face au chaos et à une multitude de menaces redoutables. Une image qui s’est toutefois effondrée le 7-Octobre, lorsque la pire catastrophe sécuritaire de l’histoire d’Israël s’est produite alors qu’il était au pouvoir. Ces trois dernières années, Netanyahu s’est donc efforcé de rétablir son image, et de détourner l’attention du pogrom qui avait été perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas.

Les opposants de Netanyahu, quant à eux, ont cherché à établir un parallèle entre l’incident de flydubai et le 7-Octobre. Ils ont fait valoir que, tout comme les services de sécurité israéliens avaient, de manière inexcusable, laissé les citoyens livrés à eux-mêmes ce jour-là, les passagers de l’avion avaient dû se défendre seuls. Mais il existe une différence cruciale entre l’attaque du 7-Octobre et celle du vol flydubai : cette dernière a été déjouée. Ce sont les Israéliens qui ont remporté la victoire.

Aujourd’hui, Netanyahu espère pouvoir s’associer à ce succès – plutôt qu’à la terrible débâcle du 7-Octobre. Le sauvetage de l’avion n’est certes pas son œuvre, mais en tant que Premier ministre, c’est à lui qu’il revient de poser aux côtés des passagers soulagés, de s’adresser à la nation d’une voix grave et profonde, et d’annoncer de nouvelles mesures de sécurité.

Quant à ses adversaires, ils tentent d’utiliser l’un des rares moments de l’histoire récente d’Israël justifiant de s’en prendre au Premier ministre. Et ils ne sont pas les seuls à s’adonner à des jeux politiques. Ne se laissant jamais distancer, Netanyahu et son entourage semblent tenter de relier l’incident de flydubai à un vague avertissement concernant un danger provenant d’« ennemis » que le Premier ministre avait lancé la veille. Mais Lapid, à qui Netanyahu avait fait part de ces menaces, insiste sur le fait que rien de comparable à l’attaque de l’avion n’avait jamais été mentionné.

Yaïr Lapid, député et chef du parti Yesh Atid, lors d’une réunion de groupe parlementaire, à la Knesset, le 29 juin 2026. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

On aurait pu penser que le sauvetage spectaculaire d’Israéliens pris au piège dans les airs, dans des circonstances quasi miraculeuses, serait l’occasion de mettre la politique de côté et de célébrer leur courage. Mais ceux qui nourrissaient cet espoir ne connaissent manifestement pas l’Israël de 2026.

Au-delà de la bataille politique, cette attaque déjouée permet à Netanyahu de faire passer un message fort à la veille du scrutin, un message qu’il n’a cessé de marteler tout au long de sa carrière : le danger est toujours là. On ne peut pas faire confiance aux voisins d’Israël. Dans un tel contexte, est-il judicieux de voter pour une coalition qui n’a pas fait ses preuves, et qui pourrait devoir compter sur les voix des partis arabes ?

Bien sûr, cet incident pourrait finir par nuire aux chances de Netanyahu. En effet, même si l’attaque n’a pas abouti, elle a mis au jour des failles de sécurité critiques ainsi que des menaces pour la sécurité des Israéliens dans les airs. Et à une semaine seulement du troisième anniversaire du 7-Octobre, les politiciens de l’opposition pourraient continuer à souligner qu’à l’époque, comme aujourd’hui, le gouvernement chargé de protéger les Israéliens brillait par son absence, pendant que de simples citoyens comblaient le vide.

Mais surtout, les électeurs oublient très vite, surtout lorsqu’ils sont submergés, pendant un mois entier, par des discours de campagne diffusés jour et nuit. Le sauvetage du vol flydubai entrera sans aucun doute dans les annales de l’histoire israélienne. Mais en tant que thème de campagne, il risque d’être rapidement éclipsé par un nouveau scandale ou un nouveau débat. Lorsque l’anniversaire du 7-Octobre arrivera, dans moins d’une semaine, c’est ce sujet qui sera à nouveau au centre des préoccupations des électeurs.

Pour l’instant, cependant, les exploits des héros du vol flydubai 1073 semblent avoir donné des ailes à Bibi. Et avec une élection qui se joue à un cheveu, cela pourrait faire la différence.

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