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Analyse

L’attaque contre le vol FZ1073 met en lumière les limites de la sécurité aérienne israélienne

Agents de sécurité à bord, contrôles renforcés, règles strictes dans le cockpit : le dispositif israélien peut-il garantir la sécurité des vols étrangers ?

Un Boeing 737 MAX 8 de la compagnie flydubai sur le tarmac après son atterrissage, à l'aéroport Ben Gurion, en Israël, le 30 septembre 2026. (Crédit : Jack Guez/AFP)
Un Boeing 737 MAX 8 de la compagnie flydubai sur le tarmac après son atterrissage, à l'aéroport Ben Gurion, en Israël, le 30 septembre 2026. (Crédit : Jack Guez/AFP)

Le vol FZ1073 de la compagnie émiratie flydubai, qui a effectué un atterrissage d’urgence en Arabie saoudite mercredi après que le copilote a vraisemblablement tenté de précipiter l’avion au sol, semble être l’épisode au cours duquel les voyageurs israéliens ont été le plus près d’être tués intentionnellement depuis plus de vingt ans.

Bien que certains détails restent flous, cet incident soulève des questions inquiétantes quant aux vulnérabilités, à un moment où les ennemis d’Israël ont toutes les raisons de tenter de mener des attaques visant à faire un grand nombre de victimes parmi ses citoyens.

La catastrophe évitée de justesse mercredi rappelle une autre tentative d’attentat survenue en 2002. Le 28 novembre de cette année-là, alors que dix Kenyans et trois Israéliens étaient tués et 80 autres blessés par l’explosion d’une voiture piégée devant l’hôtel Paradise de Mombasa, propriété d’Israéliens, un missile sol-air (SAM) a pris pour cible, sans toutefois l’atteindre, un avion de la compagnie Arkia qui transportait 271 personnes, alors qu’il décollait de l’aéroport de Mombasa.

Cette tentative de massacre de passagers israéliens est survenue un peu plus d’un an après la mort de 78 passagers et membres d’équipage, pour la plupart israéliens, lorsque leur vol reliant Tel Aviv à Novossibirsk, en Russie, a été abattu par erreur par l’armée de l’air ukrainienne.

Et le souvenir d’une série de détournements d’avions par des groupes terroristes palestiniens revient immédiatement à l’esprit des Israéliens lorsque leurs compatriotes sont pris pour cible dans les airs.

Le célèbre raid d’Entebbe de 1976, au cours duquel des commandos israéliens ont secouru 102 des 106 otages après que leur avion d’Air France a été détourné par des terroristes vers l’Ouganda, a coûté la vie au commandant de l’opération de sauvetage, Yoni Netanyahu.

Une foule en liesse à l’aéroport Ben Gurion portant en triomphe un soldat de l’équipe de sauvetage qui a libéré les otages détournés en Ouganda, le 4 juillet 1976. À l’arrière-plan, on aperçoit l’avion de transport C-130 qui a participé au raid. Le visage du sauveteur est masqué pour des raisons de sécurité. (Crédit : AP Photo/Pool)

Quatre ans plus tôt, son frère cadet, Benjamin, qui est aujourd’hui Premier ministre d’Israël, faisait partie de l’unité d’élite de l’état-major Sayeret Matkal. Cette unité de commandos avait secouru 90 passagers d’un vol Sabena détourné par des terroristes du groupe palestinien « Septembre noir » et contraint d’atterrir en Israël.

L’ère des détournements d’avions palestiniens très médiatisés avait débuté en 1968, lorsque des terroristes du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) avaient mené le seul détournement réussi d’un vol El Al, le forçant à atterrir en Algérie. Les douze passagers juifs ont finalement été libérés quarante jours plus tard, lorsqu’Israël a accepté de relâcher seize terroristes.

Une sécurité sans précédent

Il n’est un secret pour personne que les vols constituent une cible alléchante pour les pays ennemis et les groupes terroristes. Si l’avion est pris d’assaut et contraint d’atterrir en territoire hostile, les pirates de l’air disposent alors de dizaines, voire de centaines de passagers israéliens comme monnaie d’échange.

Un avion d’El Al décollant de l’aéroport international Ben Gurion, près de Tel Aviv, le 5 mars 2026. (Crédit : Yossi Aloni/Flash90)

Et si les pirates de l’air font s’écraser l’avion, ils risquent de tuer davantage de civils israéliens qu’une dizaine d’attentats-suicides ou d’attaques à la roquette réussis.

Israël a pris conscience de ce danger dès le début de son existence et prend des mesures sans précédent pour assurer la sécurité de ses avions civils.

Avant de pouvoir s’enregistrer, les passagers doivent s’entretenir avec des agents de sécurité, formés pour repérer les comportements suspects et les tentatives de dissimulation d’informations.

Une fois à bord, des mesures encore plus spécifiques protègent les passagers.

Un agent de sécurité aéroportuaire israélien patrouillant avec un chien à l’aéroport Ben Gurion, près de Tel Aviv, le 22 mars 2016. (Crédit : Ariel Schalit/AP Photo)

Toutes les compagnies aériennes israéliennes disposent d’agents de sécurité armés à bord de chaque vol international.

Les avions d’El Al sont même équipés de systèmes antimissiles destinés à les protéger contre toute répétition du drame de 2002.

Les cockpits, cibles privilégiées des détournements d’avions, sont également protégés avec le plus grand soin. Les portes des cockpits sont blindées et doivent rester verrouillées en permanence pendant le vol.

Les pilotes devant parfois quitter le cockpit pour se restaurer ou se rendre aux toilettes, ceux-ci sont dotés de doubles portes, dont l’une reste verrouillée en permanence.

Protection assurée par l’armée de l’air israélienne

Tsahal joue également un rôle clé dans la sécurité des vols civils.

L’un des rôles de l’armée de l’air israélienne consiste à gérer les incidents inhabituels impliquant des avions civils à destination d’Israël, notamment en prévenant tout risque d’attaque terroriste aérienne.

L’armée de l’air israélienne a indiqué disposer d’un protocole pouvant être activé dans divers scénarios, notamment lorsque :
– un avion s’écarte de sa trajectoire de vol prévue ;
– un avion ne répond pas aux appels radio ;
– un avion émet un signal de détresse ;
– un avion subit une défaillance technique ;
– un passager est victime d’une urgence médicale nécessitant un atterrissage d’urgence.

Illustration : Un avion de chasse F-16 de l’armée de l’air israélienne décollant pour une vague de frappes de grande envergure contre le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah, le 8 avril 2026. (Crédit : Armée israélienne)

Lorsque ce protocole est activé, les autorités prennent des mesures pour protéger l’espace aérien israélien. Si nécessaire, l’espace aérien est fermé et des avions de chasse sont dépêchés pour identifier et escorter l’avion civil.

Parallèlement, l’armée procède à des évaluations continues jusqu’à ce qu’elle comprenne les circonstances et résolve le problème.

Un responsable militaire a déclaré que l’armée de l’air israélienne s’entraînait régulièrement à l’application de ce protocole, en mettant l’accent sur la résolution rapide des incidents et la prise de décisions éclairées.

Les unités concernées de l’armée de l’air israélienne doivent être capables de passer rapidement de l’identification d’une anomalie ou d’un signe suspect à la compréhension de la situation et à la mise en œuvre de la réponse appropriée.

Des avions de chasse israéliens participant à un spectacle aérien marquant le 75ᵉ anniversaire de l’indépendance du pays au-dessus de voiliers en mer Méditerranée, à Tel Aviv, en Israël, le 26 avril 2023. (Crédit : Ariel Schalit/AP Photo)

Le déclenchement du protocole n’implique pas nécessairement la suspicion d’un incident de sécurité, car il a parfois été provoqué par des dysfonctionnements techniques, des problèmes de communication, des écarts par rapport à la trajectoire de vol ou des erreurs humaines commises par les équipages d’avions à destination d’Israël.

Le responsable militaire a déclaré que l’armée de l’air israélienne examinait chaque incident inhabituel jusqu’à ce que le problème soit résolu, ajoutant qu’elle était prête « à tout moment à défendre l’espace aérien et les frontières du pays contre diverses menaces, tant en situation normale qu’en situation d’urgence ».

« Les troupes restent en alerte constante et s’efforcent de préserver la liberté d’action et la sécurité dans l’espace aérien, tout en conservant la capacité de passer rapidement des opérations de routine à une réponse opérationnelle en fonction de l’évolution de la menace », a ajouté le responsable.

Vulnérabilités

Des employés préparant un vol FlyDubaï à l’aéroport international de Dubaï, à Dubaï, aux Émirats arabes unis, le 18 octobre 2024. (Crédit : Jon Gambrell/AP Photo)

Même avec la mise en place d’un dispositif de sécurité à plusieurs niveaux, des vulnérabilités subsistent.

L’incident de mercredi a mis en évidence celles liées aux compagnies aériennes non israéliennes assurant des vols à destination et en provenance du pays.

Les compagnies aériennes étrangères, comme flydubai, desservent souvent l’aéroport Ben Gurion avec des avions remplis de citoyens israéliens, mais ne disposent pas des mêmes mesures de sécurité. Israël ne peut pas leur imposer la présence d’agents de sécurité à bord, la sécurisation du cockpit ou des contrôles avant l’embarquement.

« Il peut s’agir d’un vol de 400 personnes en provenance de Dubaï sans agent de sécurité à bord », a déclaré un professionnel israélien de la sécurité aérienne au Times of Israel.

Le secrétaire du Conseil de sécurité nationale, Ali Larijani (au centre), arrivant à Mascate, à Oman, le 10 février 2026. (Crédit : Conseil de sécurité nationale iranien/AFP)

Étonnamment – et cela semble avoir joué un rôle majeur dans l’incident de mercredi -, Israël ne peut pas non plus imposer de restrictions quant à la nationalité des pilotes étrangers desservant Israël tant qu’ils restent à bord de l’avion, a précisé l’expert.

Le pilote de flydubai qui a poignardé son collègue était, selon certaines informations, un ressortissant omanais, pays qui ne reconnaît pas Israël.

Israël conclut souvent des accords avec d’autres pays pour empêcher les pilotes de certaines nations de survoler son territoire. Cependant, pour des raisons qui n’ont pas encore été révélées, cela n’a apparemment pas empêché un pilote, qui serait originaire d’Oman, de piloter un avion rempli d’Israéliens en direction de Tel Aviv.

D’autres questions urgentes restent sans réponse, notamment celle de l’implication étrangère dans cet incident. Le terroriste présumé a-t-il agi seul, ou agissait-il à la demande d’une puissance étrangère, en particulier l’Iran ?

La République islamique est en effet à l’origine de nombreux complots terroristes visant des cibles juives et israéliennes.

Selon l’agence de renseignement du Mossad, plusieurs tentatives iraniennes visant à orchestrer des attentats terroristes en Israël au cours des deux dernières années ont été déjouées.

En avril, le Mossad et l’agence de sécurité intérieure du Shin Bet avaient annoncé qu’Israël avait démantelé un réseau terroriste iranien qui ciblait des responsables et des intérêts israéliens à travers le monde.

Auparavant, en octobre 2025, le Mossad avait révélé des informations concernant un réseau terroriste transnational contrôlé par la Force Al-Qods, l’unité d’élite du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI), le bras armé du régime iranien, qu’il accusait d’être à l’origine d’une série d’attaques récentes contre des sites juifs dans des pays occidentaux.

Des personnes tenant des photos de victimes lors d’une cérémonie commémorant l’anniversaire de l’attentat de l’Association mutuelle israélite d’Argentine (AMIA), à Buenos Aires, le 18 juillet 2024. (Crédit : Tomas Cuesta/AFP)

En 2024, un tribunal argentin a imputé à l’Iran la responsabilité d’avoir ordonné les attentats meurtriers de 1992 contre l’ambassade d’Israël et celui de 1994 contre le centre juif de l’Association mutuelle israélite argentine (AMIA).

Aucun élément de preuve n’a été mis en avant pour établir un lien entre l’Iran et l’incident du vol FZ1073 de flydubai.

Toutefois, cette affaire fait partie des nombreuses préoccupations urgentes qui restent en suspens alors qu’Israël, les Émirats arabes unis et d’autres partenaires font le point sur ce qui aurait pu être une tragédie nationale.

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