L’attaque du vol FZ1073 s’invite dans la campagne, l’opposition évoquant le 7-Octobre
Des élus de la coalition y voient la confirmation des avertissements de Benjamin Netanyahu concernant des attaques pré-scrutin ; l’opposition dénonce des défaillances sécuritaires et l’absence de protection des civils
L’attaque perpétrée mercredi à bord d’un vol flydubai à destination de Tel Aviv est immédiatement devenue un sujet politique brûlant. Alors que les alliés du gouvernement ont affirmé que cet incident confirmait les avertissements du Premier ministre Benjamin Netanyahu concernant des attentats pré-électoraux, les dirigeants de l’opposition ont, quant à eux, fait valoir qu’il rappelait au contraire les défaillances ayant permis le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas il y a trois ans.
Ce bras de fer politique est survenu à un moment déjà tendu de la campagne électorale, à moins d’un mois du scrutin et une semaine avant que le pays ne commémore le troisième anniversaire du 7 octobre 2023. Les questions relatives aux défaillances en matière de sécurité entourant le pogrom, à la responsabilité de celles-ci et à la gestion par Netanyahu des menaces pesant sur Israël sont restées un point de fracture central entre le gouvernement et l’opposition tout au long de la campagne.
Au cœur de cette nouvelle polémique se trouvait la question de savoir si la tentative présumée d’un copilote de faire s’écraser l’avion, mercredi matin, déjouée par des passagers qui ont réussi à maîtriser le terroriste présumé, avait un quelconque lien avec les menaces dont Netanyahu avait averti qu’elles pourraient se concrétiser avant les élections législatives du 27 octobre.
Mardi, des personnalités de l’opposition avaient accusé le Premier ministre de semer la panique sans justification en lançant un avertissement public concernant d’éventuels complots d’attentats ourdis par des ennemis non identifiés. Certains affirmaient même qu’il cherchait à compromettre les prochaines élections. Des responsables de la sécurité ont déclaré aux médias israéliens qu’ils n’avaient pas connaissance d’une menace d’attentat spécifique. Après avoir rencontré Netanyahu mardi soir, Lapid a accusé le Premier ministre d’alarmer inutilement la population et d’utiliser les questions de sécurité à des fins électorales.
Mais l’incident de mercredi matin a immédiatement servi d’argument aux alliés du gouvernement, qui ont fait valoir que l’avertissement de Netanyahu s’était confirmé – une conclusion rejetée par Lapid.
« Rien qui ressemble de près ou de loin à l’incident aérien de ce matin n’a été évoqué lors de la réunion de sécurité avec le Premier ministre hier soir. Rien de similaire, rien qui y fasse penser, pas même une allusion », a déclaré Lapid.
« Toute cette campagne médiatique que les porte-parole mènent actuellement ne fait que prouver ce qui était déjà clair hier : qu’une fois de plus, ils tentent de faire de la politique à bon marché aux dépens de la sécurité d’Israël. Une bande d’irresponsables », a-t-il ajouté.
Le conflit s’est encore aggravé après qu’une source diplomatique anonyme a déclaré à la chaîne N12 que, « contrairement à ce qu’affirme Lapid, le secrétariat militaire l’a informé mardi d’une recrudescence significative de l’activité terroriste à l’étranger, d’une ampleur jamais vue depuis des années ».
Lapid a rétorqué que l’alerte citée par la source existait depuis plus de deux ans et n’avait rien à voir avec « des avions ou quoi que ce soit ressemblant à ce qui s’est passé ce matin ».
« Cette ‘source diplomatique’ irresponsable – je me demande bien de qui il peut s’agir – ment une nouvelle fois », a écrit Lapid sur le réseau social X, laissant fortement entendre que la source serait Netanyahu.
« C’est la méthode de cette source et de son cabinet : un mensonge, puis un autre, puis encore un autre, jusqu’à ce que tout le monde soit désorienté », a poursuivi le chef de l’opposition, l’accusant de « tenter de profiter de l’héroïsme des Israéliens qui ont empêché une catastrophe à laquelle, une fois de plus, il n’était pas préparé ».
Cette polémique est survenue trois jours seulement après que Netanyahu a effectué un voyage secret aux Émirats arabes unis, d’où provenait le vol flydubai, pour une rencontre d’une heure avec le président émirati, le cheikh Mohammed ben Zayed, à Abou Dhabi. Cette visite faisait suite à des informations selon lesquelles le président aurait averti Netanyahu avant le 7-Octobre que le Hamas se préparait à la guerre, mais que le Premier ministre n’aurait pas donné suite à ces informations.
L’Associated Press a indiqué que l’objectif de cette visite était de demander à ben Zayed de démentir publiquement ces informations, que le bureau de Netanyahu a qualifiées de « fake news ». Selon l’agence de presse, la visite portait sur le renforcement des liens bilatéraux et sur les défis régionaux. De leur côté, les Émirats arabes unis ont déclaré que les deux dirigeants avaient discuté des relations bilatérales et des moyens de les renforcer.
Rien n’indiquait que la visite de Netanyahu ait un quelconque lien avec son vague avertissement concernant les menaces pesant sur la sécurité d’Israël mardi, ni avec l’incident de flydubai survenu mercredi. Toutefois, cette coïncidence a replacé la dernière polémique – portant sur ce que savait Netanyahu et sur la manière dont son gouvernement a réagi aux avertissements en matière de sécurité – dans le contexte d’un différend déjà controversé sur ces mêmes questions à l’approche du 7-Octobre.
Le gouvernement crie victoire, l’opposition évoque le 7-Octobre
Les ministres du gouvernement et leurs alliés n’ont pas tardé à présenter l’attaque déjouée contre flydubai comme une sorte de justification tant des avertissements lancés mardi par Netanyahu que, plus largement, de leurs politiques à l’égard des ennemis d’Israël. Certains ont même profité de cette attaque pour appeler à une réponse militaire renforcée dans toute la région.
« Rendons grâce à Dieu et aux passagers héroïques, mais la doctrine de sécurité d’Israël doit passer à la vitesse supérieure », a déclaré Itamar Ben Gvir, ministre de la Sécurité nationale, ajoutant : « Nous ne devons pas nous arrêter et devons persévérer jusqu’à la victoire totale en Iran, au Liban, à Gaza, ainsi qu’en Judée et en Samarie », en référence au nom biblique de la Cisjordanie.
« La croyance naïve selon laquelle nos ennemis chérissent la vie et méritent qu’on leur fasse preuve de clémence a reçu un nouveau coup de massue ce matin », a ajouté le dirigeant d’Otzma Yehudit, qui a déclaré qu’il revendiquerait le portefeuille de la Défense au sein du prochain gouvernement.
« Le terrorisme est un fléau avec lequel aucun compromis ne doit être conclu, si ce n’est celui de le vaincre et de l’éradiquer de la surface de la Terre. »
Le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, a également déclaré que « quiconque a tenté de faire s’écraser un avion et d’assassiner 180 Israéliens doit payer comme s’il les avait assassinés, tout comme le pays ou l’organisation terroriste qui l’a envoyé ».
Aucun indice n’a permis de déterminer mercredi si une organisation ou un État était à l’origine de cette attaque déjouée.
Les dirigeants de l’opposition ont toutefois rejeté l’idée selon laquelle l’incident de mercredi donnait raison au gouvernement. Ils ont fait valoir que si l’avertissement lancé mardi par Netanyahu s’était fondé sur des renseignements liés aux événements de mercredi, le Premier ministre devrait répondre à des questions sur ce qu’il a fait pour les empêcher, plutôt que de prétendre que ses dires se sont confirmés a posteriori.
Beaucoup ont également établi un parallèle direct avec l’assaut barbare et sadique du 7-Octobre, au cours duquel des civils et des équipes de sécurité locales avaient été contraints d’affronter des terroristes dans un contexte de défaillances généralisées de la sécurité de l’État. Ils ont souligné que, là encore, des citoyens ordinaires avaient dû faire face à une catastrophe que l’État n’avait pas su prévenir.
« Je n’ai pas besoin qu’un gouvernement m’avertisse, j’ai besoin qu’il me protège », a déclaré mercredi soir l’ancien Premier ministre et chef du parti Beyahad, Naftali Bennett, sur la chaîne N12.
« Vous n’êtes pas une application d’alerte, vous êtes le Premier ministre d’Israël. Si vous aviez soupçonné qu’il y avait un risque qu’un avion explose, qu’auriez-vous fait ? », a demandé Bennett.
« Commencez à assumer vos responsabilités en matière de sécurité. C’est exactement comme le 7-Octobre. »
Le chef du parti HaDemocratim, Yaïr Golan, a fait une comparaison similaire, affirmant que, comme le 7-Octobre, des Israéliens ordinaires avaient été contraints de se mobiliser face au danger.
« Comme le 7-Octobre, il y a exactement trois ans, ici aussi, l’entraide, le sens des responsabilités et la solidarité humaine ont sauvé des vies et empêché une catastrophe majeure », a déclaré Golan.
Il a également exprimé son « mépris pour les tentatives honteuses du gouvernement du ‘Hamas est un atout’ de faire de la politique mesquine aux dépens de cet héroïsme », faisant référence à une remarque de Smotrich en 2015 selon laquelle « l’Autorité palestinienne est un fardeau et le Hamas est un atout ».
Le chef du parti Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman, a quant à lui salué les passagers pour avoir pris le contrôle de la situation face à « une pression immense et un danger immédiat », tout en accusant les partisans du gouvernement et les responsables politiques de tenter de tirer un « capital politique » de cet incident.
« Alors que des gens luttaient pour leur vie, ils cherchaient un moyen de manipuler l’information », a-t-il déclaré, ajoutant que « désormais, plus rien ne surprend de la part de [ce] gouvernement ».