Le collier préhistorique trouvé en Israël est-il le premier collier du monde ?
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Des fossiles de coquillages vieux de 160 000 ans trouvés dans la grotte de  Misliya dans les montagnes du Carmel, en Israël (Crédit : Oz Rittner)
Des fossiles de coquillages vieux de 160 000 ans trouvés dans la grotte de Misliya dans les montagnes du Carmel, en Israël (Crédit : Oz Rittner)

Le collier préhistorique trouvé en Israël est-il le premier collier du monde ?

Les expériences menées sur des fossiles de coquillages trouvés dans des grottes du nord du pays indiquent qu’ils sont les premiers exemples de parure humaine de ce type

Amanda Borschel-Dan édite la rubrique « Le Monde Juif »

Il y a environ 160 000 à 120 000 ans, les premiers humains avaient commencé à assembler des coquillages peints et à les assembler pour former une parure, selon une nouvelle étude interdisciplinaire et internationale publiée dans le journal en open source One journal, la semaine dernière.

Les auteurs – une équipe de scientifiques dirigée par Daniella E. Bar-Yosef Mayer, de l’université de Tel Aviv, et Iris Groman-Yaroslavski, de l’université de Haïfa – ont réalisé des expérimentations sur des ensembles de coquillages de type Glycymeris qui avaient été découverts dans des grottes israéliennes.

Et ils ont trouvé la preuve qu’une ficelle réalisée à partir d’une forme de lin cultivé avait été glissée, dans le passé, dans les trous naturels figurant dans ces coquillages bivalves – apparemment pour former les tous premiers colliers jamais portés par les êtres humains.

Jusqu’à présent, l’exemple le plus ancien d’utilisation de ficelle avait été décelé dans des fibres qui avaient été découvertes sur une serre d’aigle à Krapina, en Croatie, il y a 130 000 ans.

Les premiers êtres humains avaient migré d’Afrique – probablement pendant un âge de glace dans le Levantin – il y a environ 200 000 ans. Ils étaient arrivés dans les grottes israéliennes accompagnés de leurs ensembles de coquillages. Dans la nouvelle étude, les auteurs suggèrent que ces coquillages – qui étaient abondants sur les plages situées à distance raisonnable des grottes de Carmel – avaient été précisément choisis en raison de leurs trous.

« Nos données suggèrent que parfois – à cette époque très éloignée qui remonte à il y a 160 000 ans et 120 000 ans – la technologie de la corde est apparue et que cette technologie a dynamisé la collecte de coquillages naturellement perforés pour en faire des parures, une pratique commune à ce jour », écrivent les auteurs dans l’article intitulé : « On holes and strings: Earliest displays of human adornment in the Middle Palaeolithic ».

Les auteurs décrivent une progression dans le choix des coquillages : Ceux qui ont été retrouvés dans la grotte de Misliya, qui date d’il y a 240 000 à 160 000 ans, sont intacts et n’ont apparemment pas été utilisés à des desseins de décoration. Dans l’ensemble de coquillages qui a été retrouvé dans la grotte de Qafzeh, il y a environ 120 000 ans, la vaste majorité des coquillages affichaient des perforations.

Qui est apparu le premier ? Le trou ou la ficelle ?

En plus de décrire une série d’expérimentations créatives pour reproduire l’usure du coquillage enfilé sur de la ficelle, les auteurs incluent dans leur article des hypothèses visant à expliquer psychologiquement les motivations intervenant lors du choix de ces parures.

Les auteurs présument que « les êtres humains modernes ont collectionné des coquillages Glycymeris naturellement troués pour un usage symbolique également… [la collection de coquillages] est à la fois un reflet du désir et de la capacité technologique à enfiler des perles de coquillage sur une ficelle, pour en parer le corps ».

La carte des sites mentionnés dans le texte et la localisation des grottes de Misliya et de Qafzeh caves. (inserts de Hershkovitz et al. 2018)

Là où se trouvaient les premiers humains, il y avait également des coquillages bivalves, qui étaient considérés comme « un signe distinctif de comportement humain moderne », écrivent les auteurs. « Ce comportement symbolique exhibé par les êtres humains modernes est dorénavant bien établi et l’usage de perles sous forme de coquillages est l’une des expressions de ce comportement », continuent-ils.

En amenant la symbolique encore un peu plus loin, une partie de l’objectif visé par la recherche a été « d’examiner la possibilité que ces premiers êtres humains du milieu du Paléolithique collectaient des coquillages naturellement perforés pour les utiliser comme parure corporelle, en tant que moyen de communication ».

Les auteurs suggèrent que les coquillages avaient pu indiquer le statut social, ou même servir de talisman. Leur rôle social a été sûrement significatif – marquant peut-être la place occupée par celui qui porte le collier dans une filiation, son statut marital ou l’affiliation à un groupe. Ils peuvent avoir également servi d’amulettes pour éloigner le mauvais œil.

Et la ficelle ?

Pour établir clairement quels matériaux étaient utilisés pour servir de ficelle présumée, les scientifiques ont lancé toute une série d’essais. Tout d’abord, ils ont frotté les coquillages avec une grande variété de tissus et étudié les modèles résistant le mieux à l’usure induite par le coquillage. Lors de la dernière phase de l’essai, ces modèles d’usure ont été examinés en utilisant une caméra de microscope ainsi qu’un microscope électronique à balayage, écrivent les auteurs.

Des coquillages de la grotte de Misliya Cave. a-b: Patella caerulea; c: Potamides conicus; d: Melanopsis lampra; e: Donax trunculus. (Crédit : Oz Rittner)

Les secondes expérimentations ont consisté à étudier les traces présentes sur les coquillages perforés qui avaient été enfilés sur du lin cultivé. Les scientifiques ont enfilé la ficelle, l’accrochant aux coquillages, « en utilisant différentes méthodes » et ils les ont placés dans différentes situations – « les accrochant de manière lâche, plus resserrée ou avec un nœud, pour créer les différents modèles d’usure par le bais des différents modes d’attache ». Puis ils ont répertorié ce qui arrivait lorsque les ficelles et les coquillages étaient accrochés les uns aux autres.

Sur les dix coquillages perforés qui ont été découverts à la grotte de Qafzeh, cinq étaient en suffisamment bon état pour mener l’expérience. Les scientifiques ont conclu que non seulement les cinq avaient été reliés entre eux par une ficelle, mais que quatre semblaient avoir été peints à l’ocre.

« Ces coquillages montrent des traces produites par le contact avec une ficelle, ainsi qu’un traitement de coloration ocre et des traces de contact entre les coquillages – des éléments qui indiquent qu’ils avaient été placés sur une ficelle », écrivent les auteurs.

La grotte de Misliya, où une mâchoire entière avec ses dents ont été récemment retrouvés. L’os maxillaire daterait d’il y a 177 000 à 194 000 ans (Crédit Mina Weinstein-Evron, Université de Haïfa)

En plus des colliers en coquillages qu’il créait, l’homme primitif, selon les scientifiques, avait également changé son style de vêtements – il y a entre 160 000 et 120 000 ans – et il avait créé des type d’attaches nouvelles grâce à l’arrivée du fil.

Dans un communiqué de presse, Bar-Yosef Mayer a indiqué que « les humains modernes avaient collecté des coquillages non-perforés pour répondre à des desseins symboliques il y a 160 000 ans ou même plus tôt et, il y a environ
120 000 ans, ils avaient commencé à collecter des coquillages perforés pour les porter sur une ficelle. Nous en tirons la conclusion que les ficelles, qui présentaient bien davantage d’utilisations potentielles, ont été inventées dans cet intervalle de temps ».

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