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L'ambassadeur américain sortant James B. Conant fait ses adieux au Dr Hans Globke, à droite, secrétaire d'État à la chancellerie et ancien fonctionnaire nazi, avant de repartir pour les États-Unis depuis la gare de Mehlem, près de l'ambassade américaine, à Bonn, en Allemagne, le 19 février 1957. (Crédit : AP Photos/Horst Faas)
L'ambassadeur américain sortant James B. Conant fait ses adieux au Dr Hans Globke, à droite, secrétaire d'État à la chancellerie et ancien fonctionnaire nazi, avant de repartir pour les États-Unis depuis la gare de Mehlem, près de l'ambassade américaine, à Bonn, en Allemagne, le 19 février 1957. (Crédit : AP Photos/Horst Faas)

Le gouvernement d’Allemagne de l’Ouest « réhabilité » après la guerre était truffé de nazis – étude

Des recherches d’universitaires allemands révèlent l’influence persistante des fonctionnaires du IIIe reich dans un pays en reconstruction, manquant désespérément d’administrateurs expérimentés, et qui fermait les yeux

Le diplomate de l’ambassade de l’Allemagne de l’ouest à Washington, à l’origine d’une note qui accusait « ce genre de Juif libéral qui a une grande influence dans l’industrie moderne des communications » d’être responsable des innombrables émissions de télévision et autres films consacrés à la Seconde Guerre mondiale qui présentaient les soldats de la Wehrmacht comme des « méchants », n’avait probablement craint aucune conséquence pour ses propos antisémites.

Et pour cause : à cette époque, l’envoyé de Bonn aux États-Unis, Georg von Lilienfeld, était un ancien membre du parti nazi qui avait travaillé au ministère des Affaires étrangères où il était chargé de la censure des programmes radiophoniques et où il élaborait la propagande en direction des Américains.

Toutefois, comme l’ont révélé des universitaires allemands, Von Lilienfeld n’avait pas été un cas isolé dans les hautes sphères de la fonction publique ouest-allemande de l’après-guerre. Loin de là.

Début 2025, l’Institut d’histoire contemporaine de Munich-Berlin et le Centre Leibniz d’histoire contemporaine de Potsdam (ZZF) ont mis le point final à une étude consacrée aux dossiers des personnels de la Chancellerie, l’une des institutions les plus puissantes et les plus importantes d’Allemagne. L’étude a duré six ans.

Leurs conclusions, qui ont été diffusées, cet été, dans « La Chancellerie : la démocratie ouest-allemande et le passé nazi« , démontrent que, pendant la première décennie de la nouvelle République fédérale, les deux tiers des personnels qui avaient été embauchés au service du chancelier Konrad Adenauer avaient appartenu au parti nazi.

Parmi les fonctionnaires qui avaient travaillé pour le chancelier – qui avait été élu en 1949, au cours des premières élections de l’après-guerre en Allemagne de l’Ouest – figuraient des avocats qui avaient joué un rôle central dans la mise en œuvre des lois de Nuremberg, des administrateurs qui avaient supervisé le vol des biens qui appartenaient aux Juifs assassinés pendant la Shoah, ainsi que des journalistes et des cinéastes qui avaient travaillé au sein du ministère de la Propagande de Josef Goebbels.

Alors qu’elle reflète le rôle central du chancelier allemand dans la politique du pays, la Chancellerie fédérale allemande est comparable à la Maison Blanche et au 10 Downing Street.

Gunnar Take, de l’université de Stuttgart, l’un des quatre universitaires ayant mené cette étude de longue haleine, a analysé les antécédents de 107 hauts fonctionnaires qui travaillaient à la Chancellerie. Sur les 73 personnes qui avaient été embauchées jusqu’en 1958, 66 % avaient été inscrites au parti nazi et 20 avaient également appartenu à des instances du parti – tels que les SS, les SA – ou à des organisations comme le NSKK (Corps automobile national-socialiste) et comme le NSV (Secours populaire national-socialiste).

Au cours des quatre dernières années du mandat d’Adenauer, ce pourcentage était tombé à 32 %, ce qui s’explique par le fait qu’à cette époque, la majorité des hauts responsables avaient commencé leur carrière après 1945, explique Take.

Parmi les fonctionnaires de premier plan qui avaient été recrutés ou qui étaient en poste à la Chancellerie fédérale jusqu’en 1969, écrit Take, l’appartenance au parti nazi avait été « la règle plutôt que l’exception » chez les employés les plus âgés.

Portrait de l’ancien fonctionnaire nazi Hans Globke, qui a ensuite occupé le poste de conseiller principal de l’ancien chancelier Konrad Adenauer, pris le 2 mars 1963. (Crédit : Bundesarchiv, B 145 Bild-F015051-0001 / Patzek, Renate / CC-BY-SA 3.0)

Take a également étudié en profondeur les biographies des hauts responsables de centre-droit du bureau du chancelier, qui étaient en poste depuis longtemps.

Il a découvert que sur les 50 fonctionnaires nés avant 1918, seuls trois avaient résisté aux nazis. Les autres avaient soit adhéré au régime, rejoignant le parti ou ses instances professionnelles afin de faire avancer ou de préserver leur carrière, ou ils avaient été officiers dans la Wehrmacht, hauts fonctionnaires du Troisième Reich ou administrateurs dans l’Europe occupée par les nazis.

Le haut-responsable nazi le plus influent à avoir servi à la chancellerie était Hans Globke. Assistant d’Adenauer pendant une décennie, il avait joué un rôle déterminant dans le recrutement des fonctionnaires.

Pendant son mandat au ministère de l’Intérieur du Reich, Globke avait contribué à la rédaction de lois et d’ordonnances et il avait fourni des avis juridiques sur la législation nazie. Les commentaires qu’il avait pu apporter aux lois antisémites de Nuremberg de 1936 « étaient devenus omniprésents devant les tribunaux de l’Allemagne nazie, offrant de nombreuses interprétations sévères des règles », notait un profil publié en 2021 dans le Times.

Le travail de Globke au sein du ministère visait principalement à garantir que les définitions raciales soient aussi claires que possible et que leurs victimes soient faciles à identifier. Il avait ainsi, par exemple, été chargé de rédiger une loi de 1939 qui obligeait tous les Juifs à adopter les prénoms « Israël » ou « Sara ».

Au fur et à mesure que le Reich s’élargissait, Globke avait contribué à la mise en œuvre rapide des lois nazies qui étaient consacrées à la race et à la citoyenneté dans toute l’Europe. Interrogé par les Alliés en 1948, il avait finalement admis qu’il avait parfaitement conscience du fait que les Juifs étaient massacrés.

Le cerveau à l’origine du programme « Louez un Juif »

Moins connu que Globke, Friedrich Vialon avait occupé le poste de chef du département des Finances et de l’économie, au sein du ministère des Finances de la chancellerie, sous Adenauer.

Après la prise du pouvoir par les nazis, Vialon avait rapidement prouvé sa loyauté à l’égard du régime en adhérant au parti nazi et aux SA. Une obéissance qui avait porté ses fruits : régulièrement promu, il travaillait au ministère des Finances du Reich, à Berlin, en 1937.

Le massacre de la plage de Šķēde en Lettonie, en décembre 1941. (Crédit : Domaine public)

En 1941, Vialon travaillait au département des finances du nouveau Commissariat du Reich Ostland. Ce dernier avait été créé pour administrer les États baltes occupés, où la machine à tuer nazie tournait déjà à plein régime. Comme le note Take, les tentatives ultérieures de la part de Vialon pour nier avoir eu connaissance de la Shoah semblent vaines : contrairement à d’autres régions, les nazis n’avaient guère essayé de dissimuler le génocide, là-bas, avec des Juifs qui étaient brutalement assassinés au vu et au su de tous.

Vialon lui-même avait tenu un rôle déterminant concernant l’exploitation du travail forcé des Juifs et le pillage de leurs biens. Il s’était rendu « fréquemment » au camp de concentration de Salaspils, à proximité de Riga, comme en avait ultérieurement témoigné plus tard un survivant, et il avait assisté à la manière dégradante dont les Juifs étaient dépouillés de leurs vêtements et de leurs bijoux.

Sous la direction de Vialon, le nombre de Juifs « loués » par l’administration à diverses entreprises comme main-d’œuvre esclave avait plus que doublé, atteignant approximativement les 14 000.

Vialon, qui avait été initialement classé comme « fervent partisan nazi » lors du processus de dénazification, avait ensuite réussi à blanchir son nom grâce à des déclarations qu’il avait lui-même faites, ainsi qu’à des témoignages qui, dit Take, n’avaient pu être vérifiés par des recherches approfondies. Après sa retraite — sa carrière d’après-guerre avait pris fin alors qu’il occupait le poste de secrétaire d’État au ministère fédéral de la Coopération économique —, Vialon avait une nouvelle fois échappé à la justice. Accusé de parjure pour avoir prétendu ignorer l’extermination des Juifs, il avait été acquitté en 1971. Il est décédé en 1990, quelques mois après la chute du mur de Berlin.

Des carrières d’après-guerre jamais pénalisées malgré les rôles tenus dans la Shoah

Si les crimes de Globke et Vialon sont peut-être les plus flagrants, l’étude fournit d’autres exemples de personnes dont la participation au génocide nazi n’a jamais entravé la carrière après la guerre.

Rudolf Kriele, par exemple, administrateur, avait été envoyé dans les Sudètes pour diriger un district, une fonction qu’il avait exercée, à l’exception d’un bref passage en Normandie occupée, de juillet 1939 jusqu’à la fin de la guerre. Ainsi que l’ont affirmé les procureurs de l’après-guerre lors des procédures de dénazification, il s’agissait d’un poste clé, qui ne pouvait être dévolu qu’à des membres fiables du parti. Mais Kriele a réussi à échapper à toute responsabilité et, moins de dix ans plus tard, il travaillait à la Chancellerie où il s’occupait des affaires du Conseil fédéral de défense.

Konrad Adenauer (Commons)
Konrad Adenauer (Commons)

Josef Rust, quant à lui, travaillait au département bancaire du ministère de l’Économie du Reich, qui contribuait à superviser le pillage systématique des activités commerciales des Juifs allemands. Il s’était ensuite impliqué dans des projets qui visaient à exploiter le travail forcé des Soviétiques. Cinq ans après la défaite des nazis, Rust occupait une place centrale au sein de l’État ouest-allemand, travaillant à la Chancellerie sur les questions financières, économiques et sur le plan Marshall.

Par ailleurs, le bureau de presse fédéral, qui relevait de la Chancellerie, recrutait plus de journalistes et d’écrivains que de fonctionnaires.

Mais certains d’entre eux avaient des relations tout aussi délicates avec le passé nazi.

Felix von Eckardt, devenu chef du service de presse d’Adenauer en 1952, était un scénariste talentueux. Il avait travaillé sur plus de 20 films sous le Troisième Reich. Goebbels s’était fortement engagé dans son film « The Dismissal », l’un des rares à avoir reçu la distinction de « Film de la Nation » décernée par le ministère de la Propagande.

Hans-Heinrich Welchert, qui rédigeait les discours et les articles d’Adenauer, devenu plus tard chef des publications au service de presse, avait occupé les fonctions de rédacteur politique au journal berlinois de Goebbels, Der Angriff.

Hans Schirmer, chef du département des affaires étrangères au service de presse, avait pour sa part adhéré au parti nazi en 1933. Il avait ensuite travaillé au ministère de la Propagande, ainsi qu’au département de la politique radiophonique du ministère des Affaires étrangères.

« Il était problématique que des personnes qui avaient auparavant défendu les campagnes de conquête d’Hitler soient désormais responsables de l’image de la République fédérale, [et] que celles qui s’étaient auparavant engagées dans la propagande antisémite soient désormais censées représenter une politique sincère de confrontation du pays avec son passé », explique au Times of Israel l’historienne Jutta Braun, du Centre Leibniz d’histoire contemporaine de Potsdam (ZZF), qui a rédigé le chapitre de l’étude traitant du service de presse fédéral.

L’ancien chancelier allemand Konrad Adenauer, à gauche, avec le président israélien Zalman Shazar en Israël, mai 1966. (Crédit : Bundesarchiv, B 145 Bild-P092352 / CC-BY-SA 3.0)

Adenauer lui-même avait été victime des nazis. Limogé de son poste de maire de Cologne peu après l’accession au pouvoir d’Hitler, il avait été arrêté et emprisonné à deux reprises après la Nuit des longs couteaux et le complot manqué de juillet 1944 visant à assassiner Hitler.

Mais en 1949, une fois élu à la tête du gouvernement de la nouvelle République fédérale d’Allemagne, Adenauer, également désireux de tirer un trait sur la période nazie, avait fait pression pour mettre fin à la dénazification, libérer les criminels de guerre condamnés, et permettre à tous, sauf aux auteurs des crimes les plus graves, de réintégrer la fonction publique. Une démarche doublée d’un effort de réconciliation avec les alliés occidentaux et le nouvel État d’Israël, ainsi que d’une volonté d’accepter la responsabilité des crimes nazis et de verser des réparations aux victimes.

Pour Adenauer et ses partisans, la mise en place d’une administration stable et fonctionnelle requérait expérience et compétences. Mais les recherches de Take indiquent que le chancelier et Globke favorisaient également ceux qui étaient politiquement fiables et sympathisants des chrétiens-démocrates. Il s’agissait pour la plupart d’avocats conservateurs, issus de la classe moyenne supérieure et originaires de Rhénanie, la région natale d’Adenauer. Ceux qui avaient clairement démontré leur opposition au nazisme ont été recrutés à la chancellerie, mais n’ont toutefois bénéficié d’aucun traitement spécial ni d’aucune préférence.

La Dr Jutta Braun, historienne auLeibniz-Zentrum für Zeithistorische Forschung de Potsdam. (Crédit : Autorisation)

Alors que la guerre froide imprégnait les relations Est-Ouest, c’est l’engagement en faveur de l’anticommunisme qui a fourni « un pont qui a permis même aux pires antisémites de revenir au pouvoir », explique Braun.

La volonté d’Adenauer de fermer les yeux sur le rôle douteux qui avait été, sous le Troisième Reich, celui de certains de ses subordonnés, a également envoyé « un signal aux citoyens ayant un passé nazi, qui leur indiquait qu’ils pourraient profiter d’une seconde chance », ajoute-t-elle.

Dans le même temps, Braun souligne toutefois qu’Adenauer n’avait aucunement le désir de propager l’idéologie nazie. Méfiant à l’égard du manque de sentiments démocratiques de ses compatriotes, il a paradoxalement décidé, pour consolider le nouvel ordre démocratique, d’adopter des méthodes autoritaires et paternalistes.

La guerre de l’opinion publique

Mais, ainsi que le montre l’étude, la volonté du chancelier de tirer un trait sur la période la plus sombre de l’Allemagne s’est souvent traduite par un désir de « faire bonne figure à l’étranger ». Malgré tous les discours sur la nécessité d’assumer les crimes nazis, le service de presse, ainsi que les ambassades du pays à l’étranger, semblaient parfois privilégier « l’image des auteurs des crimes, au détriment du point de vue des victimes ».

La réputation de la Wehrmacht s’est avérée particulièrement controversée. Le gouvernement et la société dans son ensemble semblaient en effet désireux de s’accrocher au mythe selon lequel l’armée régulière avait les mains propres, et que la traînée sanglante des meurtres de masse qui avait traversé l’Europe occupée relevait de la seule responsabilité des SS.

Pour cette affirmation, Adenauer réussit à obtenir une approbation d’importance : en 1951, Dwight Eisenhower, chef de l’OTAN, ancien commandant suprême des forces alliées en Europe et futur président des États-Unis, s’était laissé convaincre de publier une déclaration affirmant que la grande majorité des forces de la Wehrmacht avaient agi de manière honorable.

Les films et programmes « anti-allemands » diffusés à l’étranger étaient alors devenus une priorité pour le service de presse fédéral et les ambassades du ministère des Affaires étrangères.

Une image tirée de l’émission télévisée « Combat ». (Crédit : Domaine public)

En 1963, par exemple, l’ambassade d’Allemagne au Canada s’est amèrement plainte, auprès des hauts responsables de la Canadian Broadcasting Corporation (CBC), d’émissions « injustes » et « blessantes » à l’issue d’une semaine au cours de laquelle la CBC avait diffusé un documentaire sur le soulèvement du ghetto de Varsovie, ainsi qu’un long métrage datant de 1944 sur les poursuites judiciaires – alors fictives – contre les criminels de guerre nazis.

L’ambassade s’était montrée particulièrement indignée que ces programmes aient été diffusés durant la semaine où le conseil de l’OTAN se réunissait à Ottawa. Si elle reconnaissait l’exactitude historique des émissions, elle affirmait néanmoins qu’elles perpétuaient l’idée que l’Allemagne n’avait pas changé. Grâce à leur missive, les diplomates avait réussi à obtenir des excuses de la part des dirigeants de la télévision.

La série américaine « Combat ! », qui relatait les expériences de guerre des soldats américains en Europe, avait particulièrement irrité les diplomates allemands, non seulement aux États-Unis, mais aussi dans toute l’Amérique latine. L’ambassade d’Allemagne à Caracas, par exemple, s’était plainte que les Allemands étaient présentés comme « pillant, saccageant et assassinant des femmes et des enfants ». Au Guatemala, la combinaison de la prétendue malveillance et de la célébrité incontestable de la série inquiétait les diplomates. Quand la diffusion de « Combat ! » s’est interrompue, l’attention s’est portée sur « The Rat Patrol », qui mettait en scène les exploits d’une unité alliée cherchant à harceler l’Afrika Korps de Rommel, ainsi que sur « Jericho », une série d’espionnage dont l’intrigue se déroulait dans l’Europe occupée.

Différentes réponses potentielles ont été envisagées. Des discussions ont notamment eu lieu sur les pressions économiques pouvant être exercées sur les entreprises américaines qui distribuaient « Combat ! » ainsi que sur celles qui sponsorisaient la série, notamment Coca-Cola, Colgate et General Electric. L’ambassade d’Allemagne à Washington, qui avait mis en évidence l’influence négative des « libéraux juifs » dans l’industrie cinématographique et télévisuelle, a discuté avec le service de presse de la possibilité d’inscrire cette question à l’ordre du jour du successeur d’Adenauer, Ludwig Erhard, afin qu’il l’évoque auprès du président américain Lyndon Johnson lors d’une réunion à la Maison Blanche. Par ailleurs, un journal new-yorkais destiné aux Américains d’origine allemande a collaboré avec des diplomates à une campagne qui exhortait les lecteurs à se plaindre auprès des chaînes de télévision, des annonceurs et de leurs représentants au Congrès des « émissions de télévision anti-allemandes ».

L’ancien chancelier allemand Konrad Adenauer, à gauche, avec son successeur, Ludwig Erhard, à Düsseldorf, en mars 1965. (Crédit : KAS-ACDP/Peter Bouserath, CC-BY-SA 3.0 DE)

Ainsi que le souligne Braun dans son chapitre, ce ne sont pas uniquement les fictions qui inquiétaient le gouvernement allemand. On craignait que les documentaires, comme celui qui relatait la vie dans un camp de concentration, ne viennent donner une touche d’authenticité aux « calomnies » sur le « caractère national allemand » que contenaient les fictions plus sensationnelles.

Toutefois, malgré toute l’énergie qu’il consacrait à la surveillance des programmes, le service de presse n’avait, en réalité, que peu d’influence sur eux.

« Les employés du bureau de presse ont largement échoué. Ils avaient en effet affaire à un réseau de médias publics et privés, à l’étranger, qu’ils ne pouvaient parvenir à influencer », explique Braun. « Ces épisodes en disent plus long sur l’image que les Allemands avaient d’eux-mêmes que sur l’influence du bureau de presse fédéral. La société allemande n’avait pas encore développé d’approche globalement autocritique à l’égard des crimes de l’Allemagne. »

Le service de presse n’avait, néanmoins, pas tort de reconnaître le pouvoir de la télévision pour façonner les perceptions – même si ce n’était peut-être pas de la manière qu’il avait prévue. Ainsi que le note Braun, la diffusion en Allemagne de l’Ouest de la mini-série dramatique « Holocaust » de NBC, en 1978, avec Meryl Streep, James Woods et Sam Wanamaker, « a provoqué un changement significatif dans la culture du souvenir, ainsi qu’une prise de conscience de la culpabilité allemande », obligeant le pays à – enfin – regarder ses pires crimes en face.

Ironiquement, certains des responsables de ces crimes avaient été autorisés à occuper les plus hautes fonctions du pays. Ils avaient même joué un rôle dans la construction de cette démocratie qui permettait désormais aux Allemands de se confronter à leur passé collectif.

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